| RECHERCHE |
Mon travail de recherche se situe dans le cadre de l’écologie végétale et de l’écologie des perturbations. Il est aujourd’hui couramment admis que les perturbations structurent les communautés végétales et expliquent diversité et dynamique des écosystèmes, au même titre que les stress climatiques et édaphiques ou les relations biotiques.
L’originalité de mon travail réside dans l’approche intégrée de différents aspects de l’écologie des perturbations et de différents outils de l’écologie :
- caractéristiques spatiales des zones perturbées,
- caractéristiques fonctionnelles de la végétation (résiliente, latente et de la pluie de graines)
- mise en évidence de gradients environnementaux et biotiques liés à la perturbation.
Ce travail a concerné divers types de perturbations et l’étude de la végétation s’est faite aux niveaux communautaire et/ou populationnel.
Mon travail de D.E.A. portait que l’étude diachronique de communautés végétales en système insulaire méditerranéen, sous influence de populations récentes et croissantes de Goélands leucophées (Vidal, Roche, Bonnet & Tatoni, 2001; Vidal & Bonnet, 1997; Vidal, Medail, Tatoni & Bonnet, 1997). Cette étude a démontré le fort impact des goélands sur les taxa indigènes de ces îles (Vidal, Medail, Tatoni & Bonnet, 2000) ainsi que leur influence sur la diversité spécifique et l’homogénéisation des paysages, à travers l’introduction de taxa rudéraux envahissants (Bonnet, Vidal, Medail & Tatoni, 1999). La composition floristique actuelle des îles de Marseille a été comparée à des inventaires précédemment effectués sur les même secteurs, sur des pas de temps variant de 3 à 60 ans. On en a déduit que cette perturbation massive d’origine récente par les goélands provoque des changements de composition floristique à court et à moyen terme. Les communautés végétales insulaires sont très sensibles à une telle perturbation.
Au cours de mon doctorat, j’ai étudié la recolonisation végétale post-incendie au sein des communautés végétales situées en basse Provence calcaire sur une durée de trois ans après l’incendie. L’objectif de mon travail de thèse était de mettre en évidence les effets des caractéristiques spatiales des zones incendiées sur la recolonisation végétale. Nous avons démontré l’influence de la distance depuis la lisière non brûlée sur les caractéristiques fonctionnelles des espèces végétales présentes dans les communautés post-incendie. Nous avons notamment montré dans les premières années suivant l’incendie un gradient des types de dispersion, des stratégies vitales, et des types biologiques avec la distance par rapport à la zone non brûlée. De plus, ce gradient s’accompagne d’un gradient de certaines propriétés physiques et chimiques du sol (Azote, Carbone, pH, texture et granulométrie) (Bonnet, Dutoit & Tatoni, 2002). L’étude de la banque et de la pluie de graines comparées à la végétation post-incendie montre que la similarité est plus grande entre pluie de graines et végétation exprimée qu’entre banque de graines et végétation exprimée (Bonnet, Girard, Dutoit & Tatoni, 2001). La taille des taches brûlées avait moins d’influence sur les patrons de recolonisation post-incendie. Les changements locaux rapides de composition floristique n’entraînent pas de changements de la composition floristique à une échelle plus petite dans les premières années suivant l’incendie. Cette perturbation, d’origine ancienne et récurrente, est liée à une résilience très forte des communautés végétales et peut être considérée plus comme un stress que comme une perturbation (Bonnet & Tatoni, 2004).
Entre 2001 et 2004, j’ai été recrutée en tant que post-doctorant par le US Forest Service à Fort Collins (Colorado). Mon travail aux Etats-Unis m’a conduit à étudier les effets de larges incendies sur des forêts entretenues de Pin ponderosa, au niveau des communautés végétales ainsi qu’au niveau du recrutement des populations de Pin ponderosa. J’ai focalisé mon travail sur l’influence des variables environnementales et des relations inter-spécifiques sur la germination, la croissance et la survie des plantules de pins dans différents contextes d’incendie. La récolte de données reposait sur un programme intégré de manipulations in situ et d’expérimentations en serre et en laboratoire. In situ, nous avons quantifié le long de transects les relations entre les variables environnementales et les caractéristiques des plantules, ce qui nous a conduit à modéliser le succès de germination en fonction de ces variables. Nous avons en particulier montré l’aspect positif d’une litière constituée d’aiguilles de pins roussies sur le succès de germination et de survie à différentes échelles spatiales (Bonnet, Schoettle & Shepperd, 2005 ; Bonnet, Schoettle & Shepperd, 2004). En serre, nous avons testé plusieurs combinaisons de densités de compétiteurs (Lactuca serriola et Artmesisia ludoviciana) et de plantules de pins. Nous avons démontré que la biomasse totale était déterminante dans les relations inter-spéficiques avec des plantules de Pin ponderosa (Bonnet & Schoettle, en prép.). L’identité du taxon compétiteur n’était pas un facteur important pour expliquer la réponse des plantules à la pression de compétition. Enfin, sur le terrain, nous avons testé les effets combinés de traitements d’incendie (trois sévérités d’incendie) et de traitements de compétition (pas de compétition, compétition uniquement par les racines, compétition par les racines et les feuilles) sur des semis de Pin ponderosa. Cette dernière étude a montré qu’il n’ y a pas d’effets interactifs entre les traitements de compétition et les traitements d’incendie sur la germination, la croissance et la survie des plantules (Bonnet, Schoettle, 2004). Par contre, les plantules étaient affectées par les deux traitements indépendamment l’un de l’autre.
www.fs.fed.us/rm/landscapes/Staff/
En dehors de mon propre travail de recherche, j’ai participé à plusieurs programmes de recherche, et en particulier à titre d’expert à celui mené par Anna Schoettle sur l’invasion par le pathogène ‘blister rust’ des pins blancs dans les Montagnes Rocheuses, et l’effet des incendies sur la propagation de ce pathogène.
Les écosystèmes alpins et la conservation des plantes et des habitats d’altitude constituent une autre partie importante de mon expérience professionnelle, à travers mon travail dans les montagnes Rocheuses au sein du service des forêts des Etats-Unis d’Amérique et à travers la direction du programme ‘Herbier Numérique’, visant entre autres à la création d’un site internet, outil d’aide à la détermination botanique des principales espèces végétales des Alpes de Haute Provence (www.herbier-a3v.org).