Connectivité physique du paysage et flux biologiques :
l’exemple du bocage du Champsaur (Hautes-Alpes)
Les principaux objectifs de cette thèse sont d’évaluer la contrainte exercée par la structure du paysage (le modèle choisi est le bocage du Champsaur) sur les flux biologiques d’espèces végétales, en utilisant des approches fonctionnelles. Plus particulièrement, il s’agit d’observer les liens qui existent entre la connectivité physique des corridors (les haies, éléments linéaires du paysage) et les flux biologiques (flux de gènes) qu’ils sont supposés supporter.
Différents niveaux d’observation sont envisagés :
1) Communautés :
Dans quelle mesure la structure du paysage détermine-t-elle la composition des communautés végétales observée dans les haies ?
e.g. : observe-t-on une réponse différentielle des espèces végétales à la connectivité du paysage selon leurs caractéristiques écologiques (spécialisation, mode de dispersion, etc.) ?
2) Population :
Afin d’étayer ce premier volet, deux modèles biologiques à dispersion limitée (myrmécochores), strictement inféodés au réseau d’éléments boisés étudié, ont été sélectionnés : Primula vulgaris et Moehringia trinervia. Les études concernant ces deux modèles se concentrent autour de deux paysages contrastés (bocage à maille très resserrée – bocage « lâche ») afin d’effectuer une comparaison inter-sites.


Figure 1 : Primula vulgaris est une espèce hétérostyle (morphe Long Style à droite, morphe Court Style à gauche), au moins partiellement autoincompatible.
Les aspects envisagés concernent principalement
(a) les flux de graines :
- abondance et distribution spatiale des deux espèces au sein du réseau de haies
- étude des distances de dispersion des graines (observations directes)
(b) les flux de pollen :
- succès de reproduction (production de fruits/ graines)
- étude des distances de dispersion du pollen par les insectes (utilisation de poudres fluorescentes).

Figure 2 : traces de poudres fluorescentes laissées par l’insecte pollinisateur (Bombylius sp. principalement) sur une fleur de Primula vulgaris
Ces deux aspects considérés (flux de graines et de pollen) s’articulent avec des études plus précises de résultantes :
(a) relation connectivité/ structuration spatiale de le diversité génétique dans le paysage (marqueurs AFLP Amplified Fragment Length Polymorphism)
(b) différentiation génétique des populations au sein de structures de paysage contrastées : testée par des pollinisations contrôlées en serre
e.g. : à « distance égale » des populations situées dans un contexte de faible connectivité sont elles plus dissemblables que des populations insérées dans un réseau de connectivité élevée ?


Figure 3 : Pollinisations contrôlées en serre
Transversalement aux deux approches considérées (populations/ communautés), la contrainte de la structure du paysage est envisagée dans une perspective temporelle (utilisation de photographies aériennes anciennes) puisque les patrons actuels observés sont a priori des résultantes contingentes de ces effets de structure, variables dans le temps (éventuels effets d’inertie, etc.).


Figure 4 : Photographies aériennes (campagne 1953, à droite ; 1999 à gauche) d’une partie du site « bocage dense »