Primula vulgaris (Primulaceae)

Les paysages bocagers, constitués de prairies et de cultures entrecoupées de haies et d’éléments boisés, sont hétérogènes. L’hétérogénéité est dépendante de deux propriétés spatiales : la fragmentation - caractérisée par une diminution de la surface totale d’un habitat et son éclatement en fragments ou îlots - et la connectivité – basée sur les types de relations existant entre les éléments de structure. Le cas du bocage du Champsaur et du modèle biologique Primula vulgaris (Primulaceae) constitue un bon exemple pour étudier l’importance fonctionnelle d’un réseau de haies - dense et lâche - sur les flux biologiques au sein et entre les populations de P. vulgaris.

Quelle peut être la relation entre la structure du réseau de haies et la dispersion du pollen : rôle de corridors, filtre, barrière biologique ?

Année universitaire 2006-2007 Objectif: Des pollinisations contrôlées ont été réalisées dans les serres expérimentales afin de comparer les modalités de reproduction de P. vulgaris dans les 2 types de réseaux – dense et lâche. P. vulgaris est une espèce pérenne très commune dans l’Ouest et le Sud-est de la France jusqu’à 1000m d’altitude - distribution subméditerranéenne et atlantique – et caractéristique des habitats humides et ombragés. La reproduction de P. vulgaris présente un système d'autoincompatibilité et d’hétéromorphie qu’est la distylie.

Chaque plante mère – individualisée dans un pot différent - a été utilisée pour 6 traitements de pollinisation contrôlée : 1. Une auto-pollinisation: dépôt des grains de pollen sur le stigmate de la même fleur; 2. Une allo-pollinisation dite « intra haie » entre individus de la même haie; 3. Deux allo-pollinisations dites « intra-site » au sein du même réseau : (i) entre des individus issus de populations de taille identique et de haies différentes et (ii) entre des individus issus de populations de taille différente et de haies différentes. Le dépôt des grains de pollen sur le stigmate a été effectué à l’aide de têtes d’épingles soigneusement nettoyées après chaque croisement. Pour chaque fleur traitée, le développement ou non d’un fruit a été observé.

 

Résultats
L’espèce P. vulgaris, dans la vallée du Champsaur, n’est pas strictement auto-incompatible et que les individus issus d’un réseau dense sont plus auto-incompatibles que ceux issus d’un réseau lâche. Cette auto-incompatibilité plus importante dans le réseau dense est un moyen de favoriser le brassage génétique. Ainsi, dans le réseau dense, au sein duquel l’auto-incompatibilité est plus marquée, il est logiquement observé de fortes valeurs (> 0,5) de dépression de consanguinité d’où des croisements allogames plus fréquents dans ce réseau. Inversement, dans le réseau lâche, au sein duquel l’auto-incompatibilité est moins importante, la dépression de consanguin ité est plus faible (< 0,5) d’où des croisements autogames plus fréquents dans ce réseau ce qui a permis de purger les allèles délétères et éliminer au fil des générations la dépression de consanguinité.

D’après les performances relatives «intra-haie», «intra-site» et «inter-site», il existe une faible dépression d’allogamie localement en intra-site dans le réseau dense et lâche, c'est-à-dire que le succès reproducteur diminue quand la distance des croisements augmente. Par contre, quand la distance augmente beaucoup – dans le cas des croisements inter-site (dense x lâche) – il n’existe plus de dépression d’allogamie. Cette variation peut reposer sur l’existence d’une structuration spatiale des individus particulière en «intra-haie», «intra-site» et «inter-site» influencée par la dispersion des graines par les fourmis (myrmécochorie . Ces premiers résultats dépendent aussi d’autres facteurs, notamment les proportions respectives des CS-LS - facteur pouvant modifier le succès reproducteur chez P.vulgaris.