Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie
imep Département 3
Processus fonctionnels et valorisation de la Biodiversité

Axe 4 : Diversité fonctionnelle et gestion durable

 

L’intérêt d’une approche fonctionnelle des écosystèmes naturels ou anthropisés dans une perspective de gestion durable n’est plus à démontrer.

A l’échelle des organismes et des populations, la gestion de la biodiversité ne peut se concevoir aujourd’hui sans aborder le rôle fonctionnel de la biodiversité, autre thématique phare de ce département.

A l’échelle des peuplements, par exemple en domaine forestier, caractérisé par la complexité des processus dynamiques et trophiques qui l’animent, la sylviculture moderne (futaie irrégulière vs futaie régulière, par exemple) est en permanence nourrie par les connaissances, encore trop parcellaires, sur le fonctionnement/dysfonctionnements de ces systèmes.

A une échelle plus globale, les recherches sur les gaz à effet de serre nécessitent une meilleure connaissance des systèmes fonctionnant soit comme des puits, soit comme des sources de ces mêmes gaz.

            La région méditerranéenne est caractérisée par une anthropisation très ancienne et par la prédominance d’écosystèmes qui sont le résultat d’une série temporelle de perturbations anthropiques récurrentes. La pression anthropique, les dynamiques actuelles et donc les préoccupations et enjeux environnementaux sont cependant aujourd’hui très différents au Sud et au Nord de la Méditerranée, la confrontation entre les différents scenarii apparaissant alors particulièrement riche en enseignements.

 

            Au Nord de la Méditerranée, où les problématiques de gestion sont fortement liées au phénomène de déprise agricole et pastorale, l’accent est mis, au niveau du département, sur le rôle fonctionnel des incendies et d’autre part sur la compréhension des blocages qui affectent certains stades arbustifs très stables dans le temps ou encore certains stades forestiers (Pin d’Alep, par exemple). Des expérimentations complémentaires visant à lever ces blocages (épandage de boues par exemple) sont entreprises, à la lumière des résultats sur le fonctionnement des systèmes.

L’impact sur le fonctionnement des écosystèmes forestiers, de changements d’usage ou de pratiques sylvicoles, est aussi abordé par les équipes du Département.

Sont ainsi en cours ou en projet :

-L’étude des modifications éventuelles du fonctionnement des humus et des sols dans le cadre de manipulations sylvicoles, fréquentes au Nord de la Méditerranée, telles que l’enrésinement ou les plantations d’espèce à croissance rapide (Eucalyptus, etc) toujours avec la finalité d’alerter sur les risques écologiques éventuels de telles pratiques et de proposer des gestions conservatoires moins perturbantes.

-L’étude de l’impact des différents types de préparation du sol sur la végétation et la régénération naturelle du pin d’Alep, les questions préoccupant les gestionnaires forestiers étant celle de la régénération du Pin d’Alep sous son propre couvert et celle de la gestion des rémanents d’exploitation.

-L’étude des conditions d’installation des chênes blanc et vert dans les peuplements forestiers méditerranéens afin de favoriser leur diversification et par la même leur résilience face aux perturbations anthropiques (feu, changement climatique)(Collaboration CEMAGREF). Cette approche fonctionnelle, basée à la fois sur des investigations concernant la croissance et le métabolisme secondaire de ces deux espèces, s’inscrit dans le cadre d’une gestion forestière durable soucieuse de promouvoir les chênes dans les peuplements actuels en raison des nombreux risques environnementaux qui pèsent sur les peuplements de pin : incendie, changement climatique, attaque parasitaire, accident climatique.

 

            Au Sud de la Méditerranée où les dégradations anthropiques sont encore la règle, le modèle privilégié est celui des forêts pré-steppiques d’altitude à Genévrier thurifère. Il s’agit, au niveau de ces écosystèmes fortement contraints d’un point de vue climatique et anthropique et menacés pour certains de disparition (1) de mieux connaître la résilience des systèmes, (2) de quantifier l’impact fonctionnel des dégradations anthropiques de manière à prévoir le niveau de dégradation au delà duquel la restauration du système paraît impossible. Dans ce cadre, le rôle fonctionnel de l’arbre, à la fois élément structurant de ces paysages ouverts mais aussi élément clé de leur fonctionnement est plus particulièrement envisagé, notamment dans ses relations avec le sol, via les cycle biogéochimiques. Ce modèle privilégié est ainsi utilisé comme modèle de fonctionnement d’écosystèmes pré-steppiques d’altitude dont la gestion durable constitue un enjeu majeur dans le pourtour méditerranéen.

 

Ainsi, de part et d’autre de la Méditerranée, l’approche fonctionnelle nécessite souvent de tester les performances des écosystèmes notamment par le biais de leur biomasse ou de leur productivité et plus généralement de la réserve carbonée souterraine ou aérienne qu’ils représentent, cette réserve carbonée évoluant très rapidement notamment en fonction des perturbations anthropiques. On aborde alors, à une échelle plus globale, les problématiques de variations du stock de carbone continental et des gaz à effet de serre dans le cadre du changement global, problématiques au niveau desquelles les 3 départements se rejoignent.

 

Dans tous les cas, l’approche systémique envisagée est globale, intégrant les différents compartiments de l’écosystème (végétation, sol, pédofaune) et les échanges (matière et énergie) dont ils sont le siège.