Reconstitutions spatialisées de la végétation
L'un des concepts les plus récents en termes de
regroupement de taxons pour identifier de façon plus systématique un ensemble
de taxons et qui, a priori, est applicable à l'échelle globale est celui des
biomes. C'est un concept basé sur la relation plant-bioclimat. En d'autres
termes, chaque biome correspond à un ensemble de paramètres bioclimatiques
assez bien définis. Après la première publication du modèle BIOME de
distribution des principaux biomes à l'échelle globale par Prentice et al. (1992), nous avons adapté en
collaboration avec C. Prentice, les principes de ce modèle à l'utilisation des
pollens (Guiot et al., 1996).
Les simulations obtenues à partir du modèle BIOME
furent ensuite testées versus les données
polliniques issues d'échantillons actuels (ou sub-actuels) prélevés en Europe.
La méthode a été appliquée avec notre collaboration aux données polliniques
disponibles sur d'autres continents, notamment en Afrique (Jolly et al., 1998), en Asie (Tarasov et al., 1998) et en Chine (Yu et al., 2000) pour étendre la validation
du modèle au reste du globe.
Il est important de signaler que la
"biomisation" des données polliniques est basée sur des regroupement
de taxons que nous appelons "Types Fonctionnels de Plantes" (TFP),
ayant les mêmes affinités bioclimatiques. La conception de ces regroupements
polliniques est différente de celle entendue par les écophysiologistes qui
utilisent bien d'autres critères basés sur les traits communs aux plantes formant
un TFP (voir, entre autres publications, Diaz et al., 1998 ; Diaz et Cabido, 1997).
La reconstitution de la végétation de façon aussi
objective que la biomisation ainsi que son utilisation pour la validation d'un
modèle de végétation est une phase intéressante en elle-même, mais les
perspectives qu'elle ouvre sont encore plus intéressantes. En effet, si le
modèle s'avère apte à simuler de façon fiable des distributions de végétations
sous des climats très différents (tels que le dernier maximum glaciaire centré
autour de 18 ka ou encore le maximum d'insolation centré autour de 9 ka), alors
il peut être utilisé avec un certain degré de confiance, pour projeter les
changements de végétation futur en utilisant différents scénarios climatiques.
La projection de changements futurs affectant les écosystèmes est une donnée
capitale pour la gestion des ressources humaines.
Dans ce genre de préoccupations, nous avons
utilisé les données palynologiques ainsi que le modèle BIOME3 pour mettre en
évidence les seuils de changements climatiques en terme de température,
précipitation et CO2 qui seraient susceptibles d'engendrer des modifications
sensibles dans la végétation méditerranéenne (Cheddadi et al., 2001). Le résultat, de façon très sommaire, de cette étude
est que si les précipitations ne diminuent pas de façon sensible,
l'augmentation du taux de CO2 atmosphérique compensera une augmentation des
températures globales de 2 à 3°C. Il y aura même un effet de fertilisation
assez net, se traduisant par une présence de plantes sempervirentes dans les
aires actuellement occupées par des plantes xérophytiques. En quelque sorte,
l'augmentation du taux de CO2 et de température ne va pas "aridifier"
les écosystèmes méditerranéens. C'est une expérience qui n'a pas tenu compte de
l'effet de l'Homme sur ces écosystèmes or on sait que c'est une composante
majeure surtout en Méditerranée. Le sujet de thèse de JM Dubois a pour but
d'affiner ce genre de validation et de scénarios à l'échelle d'un pays.