La Sabline de Marseille - PROTECTION


La Sabline de Marseille apparaît sur plusieurs listes de protection (UICN, Convention de Berne, Arrêté du janvier 1982 relatif à sa protection sur le territoire français, Directive 92/43/CEE dite " Habitats-Faune-Flore,…) alors qu'elle occupe un milieu fréquenté par le tourisme vert (randonnées, sentiers d'accès aux sentiers d'escalade), ce qui pose le problème de sa conservation. De plus le développement d'espèces ligneuses comme le chêne kermès, concentre les personnes sur les emplacements ouverts favorisant le risque de piétinement et d'érosion des habitats à Sabline. Citons également l'impact possible d'aménagements tels que les carrières, l'ouverture de pistes ou les initiatives de reforestation après incendie.
Le projet "Sabline de Marseille" a pour objectif d'acquérir et d'intégrer les connaissances scientifiques nécessaires à l'élaboration d'un guide de gestion des habitats à Arenaria provincialis. Le projet a été financé durant une année dans le cadre d'un partenariat IMEP-ONF financé par le "Fond d'intervention de l'Environnement et du Développement Durable (F.E.D.D) - Action de partenariat de l'O.N.F. en faveur de la biodiversité". Grâce à ce financement, nous avons pu mener une étude de l'écologie de l'espèce sur l'ensemble de son aire de répartition (communautés végétales, densité et dispersion) et installer des placettes "observatoires" pour évaluer les conséquences locales de la fréquentation touristique sur le domaine de la Gardiole géré par l'ONF.

Photo A. Baumel
Nos premières conclusions concernant le devenir de la Sabline à court terme :
Les suivis démographiques réalisés au sein de placettes permanentes depuis 2004 et 2006 montrent des fluctuations inter annuelles importantes avec un effondrement démographique généralisé depuis 2007. Actuellement, l'espèce est encore abondante et notre recul n'est pas suffisant pour conclure sur l'existence d'un risque climatique pour la Sabline. Cependant, en Mars 2008, nous avons constaté les premières extinctions locales sur nos sites d'études et celles ci semblent plus nombreuses en périphérie de l'aire de distribution.
Après 4 ans d'étude et de parcours sur le terrain, il nous semble que les " loisirs verts " ne représentent pas une menace immédiate, caractérisée, pour l'espèce, au niveau actuel de fréquentation. Nous avons pu constater une destruction partielle ou entière de populations par le passage de personnes dans les éboulis, mais ce sont des destructions très localisées ne menaçant pas l'abondance de l'espèce. Cependant, puisque la protection de l'espèce et de son habitat est une priorité pour les gestionnaires, nous participons avec l'ONF à des projets d'aménagement de versants très fréquentés par exemple pour l'accès aux sites d'escalade (Bréche de Castelvielle par exemple). Bien sûr, l'augmentation de la fréquentation touristique dans le massif des Calanques, prévisible à moyen terme, devra s'accompagner d'un suivi des habitats à Sabline.
Vers une étude de la persistance de la Sabline de Marseille et de sa flore associée :

Suites à ces travaux, nous avons proposé récemment (Vela et al. 2008) que l'espèce soit classée dans la catégorie d'espèce " quasi-menacée " (NT, Near Threatened) de l'IUCN. En effet, nous considérons que l'espèce n'est pas immédiatement menacée d'extinction, mais elle doit être surveillée attentivement, notamment au vu de la responsabilité globale que les collectivités et l'Etat ont envers cette remarquable espèce endémique. La mise en place rapide d'un plan de gestion global de l'espèce, incluant conservation in situ et restauration expérimentale (sur des sites où les populations sont éteintes), éviterait sans doute de franchir une catégorie de risque d'extinction plus élevé dans un proche avenir. En effet, il est important de mettre en place des actions de conservation sur les espèces rares avant que celles-ci atteignent un seuil critique de régression, afin que cette conservation ait une réelle fonction de durabilité en sauvegardant le potentiel évolutif, et ne soit pas limitée à une " mise sous cloche " tardive.

Photo A. Baumel