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L’amidon est le glucide complexe le plus consommé au monde. Il fournit l’essentiel des calories de l’humanité depuis la maîtrise du feu et représente aujourd’hui encore, selon les recommandations de l’ANSES, une part centrale de l’apport énergétique quotidien (environ 45 à 55 % des calories totales sous forme de glucides, dont la majorité d’amidon). Présent dans les céréales, tubercules, légumineuses et fruits, ce polymère de glucose est à la fois une réserve d’énergie vitale pour les plantes et un nutriment essentiel pour l’homme. Mais derrière ce mot simple se cache une biochimie sophistiquée : deux molécules fondatrices (amylose et amylopectine), plusieurs catégories digestives (rapidement digestible, lentement digestible, résistant), des phénomènes physicochimiques fascinants (gélatinisation, rétrogradation) qui expliquent pourquoi un riz froid n’a pas le même impact glycémique qu’un riz chaud. Cet article fait le tour complet de l’amidon : structure, digestion, effets sur la santé, classement nutritionnel, sources alimentaires précises, usages industriels et conseils pratiques pour en tirer le meilleur parti.

La structure chimique : amylose et amylopectine

L’amidon appartient à la famille des polysaccharides — des glucides complexes formés par l’enchaînement de nombreuses molécules simples de glucose. Sa formule chimique générale est (C₆H₁₀O₅)ₙ, où n peut atteindre plusieurs centaines de milliers. L’amidon n’est pas une molécule unique mais un mélange de deux polymères aux propriétés très différentes :

L’amylose : le polymère linéaire

L’amylose est une chaîne quasi linéaire formée de 600 à 1 000 unités de glucose liées par des liaisons α-1,4. Cette chaîne s’enroule naturellement en hélice — à raison de six molécules de glucose par tour. Elle représente généralement 15 à 30 % de l’amidon selon les végétaux. L’amylose est responsable de la structure cristalline des grains d’amidon et de leur résistance partielle à la digestion.

L’amylopectine : le polymère ramifié

L’amylopectine est une molécule beaucoup plus massive (jusqu’à 100 000 unités de glucose) et fortement ramifiée. Outre les liaisons α-1,4 qui forment la chaîne principale, elle présente des liaisons α-1,6 tous les 24 à 30 glucoses qui créent des branches. Cette architecture lui confère une structure en « arbre » très compacte mais très accessible aux enzymes digestives. Elle représente 70 à 85 % de l’amidon d’un végétal typique — et détermine en grande partie la vitesse de digestion.

Le rapport amylose / amylopectine : un indicateur clé

Ce rapport varie considérablement selon l’origine botanique et détermine les propriétés nutritionnelles et culinaires de chaque amidon :

  • Riz glutineux (waxy) : ~0 % amylose, 100 % amylopectine — extrêmement collant à la cuisson.
  • Riz basmati : ~25-30 % amylose — grains qui restent séparés à la cuisson.
  • Blé : ~25 % amylose, 75 % amylopectine.
  • Maïs standard : ~25 % amylose.
  • Maïs à haute amylose : jusqu’à 70 % amylose — amidon résistant à la digestion.
  • Pomme de terre : ~20-23 % amylose.
  • Légumineuses : 35-40 % amylose — explication de leur faible index glycémique.

Comment l’amidon est-il digéré ?

Le parcours digestif de l’amidon met en jeu des enzymes spécifiques, les amylases, qui hydrolysent les liaisons entre glucoses pour libérer les sucres simples utilisables par l’organisme.

Les étapes de la digestion

  1. Dans la bouche : la salive contient l’α-amylase salivaire (autrefois nommée ptyaline). Cette enzyme initie la digestion de l’amidon dès la mastication. Un morceau de pain mâché longuement devient légèrement sucré — c’est l’amylase qui libère déjà du maltose.
  2. Dans l’estomac : l’acidité gastrique désactive l’amylase salivaire. La digestion de l’amidon s’arrête temporairement.
  3. Dans l’intestin grêle : le pancréas sécrète l’α-amylase pancréatique, bien plus puissante, qui hydrolyse l’amidon en maltose, maltotriose et dextrines.
  4. À la bordure en brosse des entérocytes : des enzymes finales (maltase, isomaltase, glucoamylase) convertissent ces fragments en glucose, qui est alors absorbé dans le sang.

Le devenir du glucose

Une fois dans la circulation sanguine, le glucose issu de l’amidon suit plusieurs voies :

  • Utilisation immédiate par les cellules comme source d’énergie (le cerveau consomme à lui seul environ 120 g de glucose par jour).
  • Stockage sous forme de glycogène dans le foie (~100 g) et les muscles (~400 g), constituant la réserve énergétique mobilisable.
  • Conversion en triglycérides stockés dans les tissus adipeux quand les apports dépassent les besoins immédiats et les capacités de stockage en glycogène.

Classification nutritionnelle : RDS, SDS et amidon résistant

Le chercheur britannique Hans Englyst et ses collègues du MRC Dunn Clinical Nutrition Centre de Cambridge ont proposé en 1992 une classification nutritionnelle des amidons qui fait aujourd’hui référence. Elle repose sur la vitesse et le degré de digestion de l’amidon dans l’intestin grêle :

  • Amidon rapidement digestible (RDS, Rapidly Digestible Starch) : digéré et absorbé en moins de 20 minutes dans l’intestin grêle. Provoque un pic rapide de glycémie. Se trouve dans les aliments fortement transformés : pain blanc, pomme de terre cuite chaude, biscuits, céréales du petit-déjeuner soufflées.
  • Amidon lentement digestible (SDS, Slowly Digestible Starch) : digestion progressive entre 20 et 120 minutes. Libère le glucose graduellement, apportant une énergie stable. Se trouve dans les pâtes cuites al dente, les céréales complètes, certaines légumineuses.
  • Amidon résistant (RS, Resistant Starch) : non digéré dans l’intestin grêle, il atteint intact le côlon où il est fermenté par le microbiote. Se comporte en pratique comme une fibre alimentaire prébiotique.

« Une partie de l’amidon échappe à la digestion dans l’intestin grêle humain et atteint le côlon, où elle est fermentée par les bactéries et produit des acides gras à chaîne courte aux effets métaboliques significatifs. »

Hans Englyst, MRC Dunn Clinical Nutrition Centre, European Journal of Clinical Nutrition, 1992, classification RDS/SDS/RS

L’amidon résistant : le prébiotique longtemps ignoré

L’amidon résistant constitue une révolution dans la compréhension des glucides. Longtemps, on pensait que tout amidon se transformait en glucose. On sait désormais qu’une fraction significative échappe aux enzymes digestives et agit comme une fibre soluble fermentescible. Cette fraction nourrit le microbiote intestinal et produit des acides gras à chaîne courte (AGCC) — acétate, propionate et surtout butyrate — qui présentent des effets bénéfiques documentés :

  • Butyrate : source d’énergie principale des colonocytes (cellules du côlon), anti-inflammatoire, protecteur contre le cancer colorectal.
  • Propionate : effet satiétogène, régulation du cholestérol.
  • Acétate : effet systémique sur l’immunité et le métabolisme.
  • Baisse du pH colique : inhibition des bactéries pathogènes.
  • Amélioration de la sensibilité à l’insuline : jusqu’à 30-50 % de mieux selon certaines études cliniques.
  • Effet satiétogène : la consommation régulière d’amidon résistant augmente la sensation de satiété d’environ 30 % par rapport aux glucides classiques.

Les cinq types d’amidon résistant

  • RS1 : amidon physiquement inaccessible, enfermé dans des parois cellulaires ou des structures qui le protègent des enzymes. Exemples : graines entières, légumineuses peu moulues, céréales complètes.
  • RS2 : amidon cru et cristallin, dont la structure compacte résiste naturellement aux amylases. Exemples : banane verte (pas mûre), pomme de terre crue, maïs à haute teneur en amylose.
  • RS3 : amidon rétrogradé — formé après cuisson puis refroidissement. Le plus important en pratique car accessible dans l’alimentation quotidienne. Exemples : pâtes, riz, pommes de terre cuits puis refroidis au réfrigérateur.
  • RS4 : amidon modifié chimiquement en industrie alimentaire, rendu résistant par traitements spécifiques.
  • RS5 : complexe amylose-lipides, formé naturellement entre l’amylose et certaines matières grasses lors de la cuisson.

L’astuce du refroidissement

Un point pratique fondamental : cuire un féculent puis le refroidir au moins 6 à 12 heures au réfrigérateur augmente significativement sa teneur en amidon résistant RS3. Une étude de l’Université de Surrey (2023) a montré que du riz cuit puis refroidi contient environ 2,5 fois plus d’amidon résistant que le riz servi chaud, réduisant son index glycémique de 25 à 30 %. Un réchauffage léger (micro-ondes à basse puissance) n’efface pas totalement ce bénéfice — mais une recuisson à forte température détruit jusqu’à 80 % du RS3. D’où la recommandation : préférer les salades de pâtes, riz ou pommes de terre froides plutôt que les versions chaudes.

La gélatinisation et la rétrogradation : la physique de l’amidon en cuisine

La gélatinisation

L’amidon cru est quasiment indigestible pour l’homme : ses granules semi-cristallins résistent aux enzymes. C’est la cuisson en présence d’eau qui le rend assimilable. À une température appelée température de gélatinisation (généralement entre 60 et 75 °C), les granules d’amidon :

  1. Absorbent l’eau et gonflent massivement (jusqu’à 30 fois leur volume).
  2. Perdent leur structure cristalline.
  3. Éclatent, libérant l’amylose et rendant l’amidon accessible aux amylases.

Cette transformation explique pourquoi les pâtes gonflent à l’eau bouillante, pourquoi une sauce à la Maïzena épaissit en chauffant, pourquoi le riz cru croque sous la dent mais fond cuit. Chaque amidon a sa propre température de gélatinisation, qui dépend de son rapport amylose/amylopectine.

La rétrogradation

Phénomène inverse mais partiel : lorsqu’un amidon gélatinisé refroidit, les chaînes d’amylose se réorganisent et recristallisent partiellement. On parle de rétrogradation. C’est ce qui rend le pain rassis, qui fait figer une sauce au frais, qui transforme un riz chaud en grains plus fermes après une nuit au réfrigérateur — et qui, accessoirement, génère de l’amidon résistant RS3 à effet bénéfique.

Les aliments riches en amidon : tableau des teneurs

Les teneurs en amidon varient énormément selon les aliments. Voici les principales sources, avec les teneurs pour 100 g d’aliment cuit ou prêt à consommer :

Aliment Amidon (g/100g) Index glycémique Remarques nutritionnelles
Riz blanc cuit 28 73 IG élevé, glucide rapide
Riz complet cuit 25 68 Fibres + vitamines B
Pâtes cuites (blé dur) 25 50 IG modéré si al dente
Pomme de terre cuite chaude 16 85 IG très élevé
Pomme de terre refroidie 16 55 RS3 formé, IG divisé
Pain blanc 46 75 Riche en RDS
Pain complet 41 50 Fibres + minéraux
Lentilles cuites 20 30 Amidon lent + protéines
Pois chiches cuits 27 28 IG très bas
Haricots blancs cuits 20 35 SDS + fibres
Banane verte 20 30 Riche en RS2
Banane mûre 22 60 Amidon converti en sucres
Maïs en grains 19 55 Source sans gluten
Patate douce cuite 18 65 Bêta-carotène
Manioc (tapioca) 38 70 Sans gluten, pauvre en nutriments
Quinoa cuit 17 53 Protéines complètes + sans gluten
Sarrasin cuit 19 40 Sans gluten, IG bas

Histoire : de l’amidon primordial aux usages modernes

L’amidon a joué un rôle historique central, bien avant qu’on n’en comprenne la chimie :

  • Antiquité : les Égyptiens utilisaient déjà l’amidon de blé pour coller les papyrus et, selon certains textes, pour empeser les tissus funéraires. Le mot amidon vient d’ailleurs du grec ámylon, signifiant « non moulu » (par référence à son obtention sans meule).
  • Moyen Âge : l’amidon sert à empeser les collerettes, les jabots et les rideaux d’église.
  • 1811 : le chimiste russo-allemand Gottlieb Sigismund Kirchhoff découvre par hasard que l’amidon chauffé avec de l’acide sulfurique dilué produit un sirop sucré — le premier sirop de glucose industriel. Cette découverte est une percée majeure dans l’histoire de la chimie des sucres et fonde l’industrie des édulcorants.
  • XIXe siècle : développement des amidons industriels (maïs aux États-Unis, pomme de terre en Europe) pour la papeterie, le textile et l’alimentation.
  • 1929 : Karl Meyer isole l’amylose et l’amylopectine et identifie leur structure différente.
  • Depuis 1980 : essor de la compréhension de l’amidon résistant et de ses effets prébiotiques.

Usages industriels : au-delà de l’alimentation

L’amidon n’est pas qu’un aliment. Il est l’une des matières premières biosourcées les plus utilisées au monde avec une production annuelle mondiale dépassant 90 millions de tonnes :

  • Papeterie : apprêt, encollage, couchage des papiers — premier débouché industriel historique.
  • Textile : encollage des fils de chaîne pour renforcer les tissus pendant le tissage.
  • Pharmacie : excipient des comprimés (liant, désintégrant, délitant), gélules.
  • Cosmétique : poudres matifiantes, bases de talc, fixateurs capillaires.
  • Bioplastiques et emballages biodégradables : l’amidon est l’un des principaux polymères bio-sourcés utilisés pour remplacer les plastiques fossiles (sachets compostables, couverts jetables écologiques).
  • Adhésifs : colles à tapisser, colles alimentaires pour cartons.
  • Industrie agroalimentaire : épaississants, stabilisants, texturants (additifs E1400 à E1452).
  • Fermentation industrielle : production d’éthanol, d’acide lactique, de bioproduits à partir du glucose issu de l’amidon.

Amidon et santé : équilibre, pas diabolisation

Les bénéfices

  • Source énergétique stable : 4 kcal par gramme, sans les à-coups des sucres rapides, surtout quand il s’agit d’amidon lent.
  • Satiété durable : une portion de lentilles rassasie plusieurs heures.
  • Effet prébiotique via l’amidon résistant.
  • Apport en micronutriments via les céréales complètes et légumineuses (vitamines B, magnésium, fer, zinc).
  • Effet métabolique : réduction du cholestérol, meilleure sensibilité à l’insuline avec amidon résistant.

Les risques d’un excès d’amidon raffiné

  • Pics glycémiques répétés (pain blanc, riz blanc, biscuits industriels), facteur de risque du diabète de type 2.
  • Obésité : les glucides rapides transformés favorisent le stockage adipeux.
  • Caries dentaires : la dégradation rapide en sucres acidifie la bouche.
  • Fringales : effet yo-yo de la glycémie après un repas trop riche en amidon rapide.

Les bonnes pratiques

  • Privilégier les amidons lents : pâtes al dente, céréales complètes, légumineuses, quinoa, sarrasin.
  • Associer fibres et matières grasses dans le même repas pour ralentir l’absorption (olive + pâtes, légumes + riz).
  • Cuire puis refroidir pour générer de l’amidon résistant (salades composées).
  • Limiter les produits ultra-transformés riches en amidon raffiné.
  • Varier les sources : alterner riz, sarrasin, quinoa, patate douce, légumineuses.

Amidon et gluten : deux notions à ne pas confondre

Le gluten et l’amidon sont deux composants distincts des céréales, qu’il importe de bien différencier :

  • L’amidon est un glucide (polymère de glucose), présent dans presque tous les végétaux.
  • Le gluten est un ensemble de protéines (gliadines + gluténines) présent seulement dans certaines céréales : blé, épeautre, kamut, orge, seigle.

On trouve donc de l’amidon sans gluten dans de nombreux aliments : riz, maïs, pomme de terre, manioc, sarrasin (malgré son nom), quinoa, millet, sorgho, patate douce, banane, légumineuses. C’est une information cruciale pour les personnes atteintes de maladie cœliaque (environ 1 % de la population) ou de sensibilité non cœliaque au gluten. Un régime sans gluten n’est pas un régime sans amidon.

La confusion vient en partie du fait que beaucoup d’aliments riches en amidon du régime occidental (pain, pâtes, pâtisseries, biscuits) sont à base de blé, donc avec gluten. Mais techniquement, ces deux composants ne sont pas liés : l’amidon du blé pourrait être extrait puis purifié pour donner un amidon sans gluten — c’est d’ailleurs le cas de certaines fécules.

Conclusion : un glucide à réhabiliter, avec nuance

Longtemps considéré soit comme un simple « carburant » énergétique, soit, à l’inverse, comme un nutriment à réduire dans les régimes low carb, l’amidon mérite une lecture plus nuancée. Les avancées de la recherche sur l’amidon résistant et sur son rôle prébiotique ont profondément renouvelé la compréhension de son impact sur la santé. Loin de se résumer à un pic glycémique, il peut nourrir le microbiote, réguler la glycémie, apporter une satiété durable — à condition d’être bien choisi et bien préparé. Les amidons lents (légumineuses, céréales complètes, pâtes al dente) et les amidons résistants (féculents cuits puis refroidis, banane verte, légumineuses) méritent une place centrale dans l’assiette quotidienne, au même titre que les fibres et les protéines. Quant aux amidons rapides raffinés — pain blanc, biscuits industriels, céréales soufflées —, mieux vaut les consommer occasionnellement et dans le cadre d’un repas équilibré. L’amidon n’est ni le diable ni le sauveur : c’est un glucide complexe au sens propre comme au sens figuré, dont on tire le meilleur en comprenant sa nature.

FAQ — Questions fréquentes sur l’amidon

Qu’est-ce que l’amidon exactement ?

L’amidon est un glucide complexe appartenant à la famille des polysaccharides, de formule chimique (C₆H₁₀O₅)ₙ. Il est constitué de l’enchaînement de centaines à milliers de molécules de glucose. L’amidon est composé de deux polymères distincts : l’amylose, chaîne quasi linéaire de 600 à 1 000 glucoses liés par liaisons α-1,4, qui représente 15 à 30 % de l’amidon ; et l’amylopectine, molécule ramifiée jusqu’à 100 000 glucoses avec des liaisons α-1,6 formant des branches tous les 24 à 30 glucoses, représentant 70 à 85 %. Chez les plantes, l’amidon constitue la réserve énergétique principale, stockée sous forme de granules dans les tubercules (pomme de terre), racines (manioc), graines (céréales, légumineuses) ou fruits (banane). Chez l’homme, il représente la principale source de glucides alimentaires avec 45 à 55 % de l’apport énergétique quotidien selon les recommandations ANSES. Le rapport amylose/amylopectine varie selon l’origine botanique et détermine les propriétés nutritionnelles et culinaires.

Quels sont les aliments les plus riches en amidon ?

Les aliments les plus riches en amidon sont avant tout les céréales : pain blanc (46 g/100 g), pain complet (41 g/100 g), riz blanc cuit (28 g/100 g), pâtes cuites (25 g/100 g). Viennent ensuite les tubercules et racines : manioc ou tapioca (38 g/100 g), patate douce cuite (18 g/100 g), pomme de terre cuite (16 g/100 g). Les légumineuses apportent un amidon particulièrement intéressant car lent et associé à beaucoup de fibres et de protéines : pois chiches (27 g/100 g), lentilles (20 g/100 g), haricots blancs (20 g/100 g). Les céréales sans gluten comme le quinoa (17 g/100 g) et le sarrasin (19 g/100 g) offrent des alternatives intéressantes. La banane contient également de l’amidon, principalement sous forme résistante RS2 quand elle est verte (20 g/100 g), mais cet amidon se transforme en sucres simples lors du mûrissement. Le choix ne doit pas se faire seulement sur la teneur en amidon mais aussi sur l’index glycémique, la teneur en fibres et en micronutriments.

Qu’est-ce que l’amidon résistant et pourquoi est-il important ?

L’amidon résistant est une fraction de l’amidon qui échappe à la digestion dans l’intestin grêle humain et arrive intacte dans le côlon, où elle est fermentée par les bactéries du microbiote. Il se comporte en pratique comme une fibre prébiotique. Cette fermentation produit des acides gras à chaîne courte (AGCC), notamment le butyrate qui est le carburant principal des cellules du côlon, aux effets anti-inflammatoires et protecteurs contre le cancer colorectal, ainsi que l’acétate et le propionate. Il existe cinq types d’amidon résistant : RS1 physiquement inaccessible (graines, légumineuses), RS2 cristallin résistant à cru (banane verte, pomme de terre crue, maïs à haute amylose), RS3 rétrogradé formé après cuisson et refroidissement (pâtes ou riz cuits puis refroidis), RS4 modifié chimiquement en industrie, RS5 complexes amylose-lipides. Les bénéfices documentés de l’amidon résistant incluent : amélioration de la sensibilité à l’insuline de 30 à 50 %, augmentation de la satiété de 30 %, baisse du pH colique, diminution du risque de cancer colorectal, protection de la muqueuse intestinale et amélioration du transit.

Comment augmenter sa consommation d’amidon résistant ?

La méthode la plus simple et efficace est la technique du cuire-refroidir : préparer des féculents comme le riz, les pâtes ou les pommes de terre, puis les laisser refroidir au moins 6 à 12 heures au réfrigérateur avant de les consommer. Ce refroidissement provoque la rétrogradation de l’amidon qui se recristallise en structure résistante RS3. Une étude de l’Université de Surrey en 2023 a montré que le riz cuit-refroidi contient 2,5 fois plus d’amidon résistant que le riz servi chaud, réduisant son index glycémique de 25 à 30 %. Concrètement, privilégier les salades de pâtes, de riz, de pommes de terre ou de légumineuses préparées la veille. Un réchauffage doux (micro-ondes à basse puissance) n’annule pas totalement l’effet, mais une recuisson à forte température détruit jusqu’à 80 % du RS3. Autres sources naturelles d’amidon résistant : bananes vertes (non mûres), légumineuses entières (lentilles, pois chiches, haricots), graines et céréales peu transformées. L’augmentation des apports doit être progressive, 2 g par jour en plus, pour éviter les ballonnements liés à l’adaptation du microbiote.

Quelle est la différence entre amidon et gluten ?

L’amidon et le gluten sont deux composants chimiquement distincts des céréales qu’il importe de ne pas confondre. L’amidon est un glucide, plus précisément un polysaccharide formé par l’enchaînement de molécules de glucose. Il est présent dans la quasi-totalité des végétaux amylacés : céréales, tubercules, légumineuses, fruits. Le gluten est un ensemble de protéines, principalement les gliadines et les gluténines, présent uniquement dans certaines céréales : blé, épeautre, kamut, orge et seigle. Les personnes atteintes de maladie cœliaque (environ 1 % de la population) ou de sensibilité non cœliaque au gluten doivent éviter ces céréales, mais peuvent parfaitement consommer de l’amidon provenant d’autres sources. Les amidons naturellement sans gluten se trouvent dans : le riz, le maïs, la pomme de terre, la patate douce, le manioc (tapioca), le sarrasin (malgré son nom trompeur), le quinoa, le millet, le sorgho, les légumineuses, la banane. La confusion vient souvent du fait que le régime occidental associe fréquemment amidon et gluten dans les mêmes aliments (pain, pâtes, biscuits à base de blé), mais c’est une coïncidence alimentaire, non une réalité biologique.

L’amidon fait-il grossir ?

La réponse est nuancée : l’amidon en lui-même ne fait pas grossir, mais sa consommation excessive ou mal équilibrée peut contribuer à la prise de poids. L’amidon apporte 4 kcal par gramme, comme tous les glucides. Le véritable enjeu est qualitatif et quantitatif. Les amidons rapides à index glycémique élevé (pain blanc, riz blanc, pomme de terre chaude, biscuits) provoquent des pics de glycémie suivis de sécrétions d’insuline importantes qui favorisent le stockage adipeux et déclenchent des fringales. Consommés en excès et seuls, ils favorisent le stockage. À l’inverse, les amidons lents et résistants (légumineuses, céréales complètes, pâtes al dente, féculents refroidis) libèrent leur glucose progressivement, procurent une satiété durable et sont associés à un meilleur contrôle du poids. L’amidon résistant augmente même la satiété de 30 %. Les facteurs qui comptent : qualité de l’amidon choisi, taille des portions, association avec fibres, protéines et bonnes graisses dans le même repas, niveau d’activité physique. Diaboliser l’amidon est aussi faux que de le consommer sans discernement.

Quels sont les usages industriels de l’amidon ?

L’amidon est l’une des matières premières biosourcées les plus utilisées au monde, avec une production mondiale annuelle supérieure à 90 millions de tonnes. Ses usages industriels dépassent largement l’alimentation. Principal débouché historique : la papeterie, où l’amidon sert à l’encollage, l’apprêt et le couchage des papiers. Dans le textile, il renforce les fils de chaîne pendant le tissage. En pharmacie, il entre dans la composition des comprimés comme excipient, liant, désintégrant ou délitant, ainsi que dans les gélules. La cosmétique l’utilise pour les poudres matifiantes, bases de talc et fixateurs capillaires. Dans l’industrie agroalimentaire, les amidons modifiés (additifs E1400 à E1452) servent d’épaississants, stabilisants et texturants. Un domaine en forte croissance est celui des bioplastiques et emballages biodégradables où l’amidon remplace progressivement les plastiques fossiles pour les sachets compostables, couverts jetables écologiques, films alimentaires. On l’utilise également dans les adhésifs (colles à tapisser, colles pour cartonnages) et comme matière première de fermentation pour produire éthanol, acide lactique et nombreux bioproduits via hydrolyse enzymatique du glucose.

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