Archives des voiture - Imep CNRS https://www.imep-cnrs.com//tag/voiture/ Magazine d'actualité scientifique Tue, 21 Apr 2026 06:26:16 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 La renaissance du chanvre dans la fabrication des véhicules https://www.imep-cnrs.com//la-renaissance-du-chanvre-dans-la-fabrication-des-vehicules/ Fri, 08 Dec 2023 15:28:28 +0000 https://www.imep-cnrs.com//?p=47 Chaque année, plusieurs millions de véhicules sortent des usines européennes avec des pièces intégrant des fibres de chanvre — panneaux de porte, tableaux de bord, [Lire la suite...]

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Chaque année, plusieurs millions de véhicules sortent des usines européennes avec des pièces intégrant des fibres de chanvre — panneaux de porte, tableaux de bord, consoles centrales, garnitures. À première vue, cet usage peut sembler anecdotique, mais il représente en réalité l’une des voies les plus concrètes et industrialisées de valorisation du chanvre français. La coentreprise APM (Automotive Performance Materials), fondée en 2014 par l’équipementier Forvia (ex-Faurecia) et la coopérative agricole Interval, a déjà équipé plus de 9 millions de véhicules avec son composite NAFILean — fibre de chanvre française intégrée à 20 % dans du polypropylène. Cet article fait le point sur l’état réel de l’intégration du chanvre dans l’automobile : histoire, acteurs industriels, performances chiffrées, applications concrètes chez BMW, Peugeot, Mercedes, Renault, Volvo, et perspectives à moyen terme.

Du prototype Ford 1941 aux composites modernes

L’intuition pionnière d’Henry Ford

La première tentative d’intégration du chanvre dans une automobile remonte à 1941, lorsque Henry Ford présenta un prototype dont les panneaux de carrosserie étaient composés de bioplastiques mélangeant fibres naturelles (chanvre, sisal, paille) et résine de soja. Contrairement à un mythe tenace, cette « voiture en chanvre » n’était pas faite majoritairement de chanvre : les bioplastiques de Ford n’en contenaient qu’environ 10 %, les autres fibres de cellulose jouant le rôle principal. L’objectif était de réduire le poids, améliorer la résistance aux chocs et diminuer la dépendance à l’acier — anticipation remarquable des enjeux contemporains. La Seconde Guerre mondiale et la suprématie du plastique pétrochimique à partir des années 1950 enterrèrent ces pistes pendant un demi-siècle.

Le renouveau par les équipementiers (1990-2010)

C’est à partir des années 1990 que l’industrie automobile allemande relance sérieusement les composites à fibres naturelles. Mercedes-Benz intègre dès cette époque du chanvre, du lin et du sisal dans les garnitures intérieures de ses Classe E et Classe S pour réduire le poids et améliorer les propriétés acoustiques. BMW, Audi, Volkswagen suivent progressivement avec des applications ciblées. L’objectif n’est pas encore écologique — c’est essentiellement l’allègement et le coût — mais les fondations industrielles sont posées.

Les avantages techniques du chanvre dans l’automobile

Une fibre technique compétitive

Ce qui rend la fibre de chanvre attractive pour les ingénieurs automobiles tient à plusieurs propriétés physiques convergentes :

  • Densité faible : environ 1,4 g/cm³ pour le chanvre contre 2,5 g/cm³ pour la fibre de verre — soit près de 45 % plus léger à volume égal.
  • Teneur en cellulose élevée : 65 à 75 % contre 30-40 % pour la plupart des fibres végétales, ce qui confère à la fibre sa rigidité caractéristique.
  • Résistance spécifique (rapport résistance/poids) très favorable, proche de celle du lin mais avec une disponibilité supérieure en Europe.
  • Bonnes propriétés acoustiques : les composites chanvre absorbent les vibrations jusqu’à cinq fois mieux que les matériaux synthétiques équivalents selon Eco-Technilin, leader européen du secteur.
  • Compatibilité avec les résines thermoplastiques : polypropylène, polylactide, PBS — ce qui permet l’injection classique sans modification majeure des chaînes industrielles.

Les gains concrets en allègement

Selon les pièces et les formulations, l’intégration de fibres de chanvre permet des gains de poids de 20 à 30 % par rapport à des pièces équivalentes en plastique chargé de fibre de verre ou de talc. Pour une pièce d’habillage de porte, cela représente environ 1 à 1,5 kg de gain par porte — soit 4 à 6 kg par véhicule, qui se traduisent par une économie d’énergie tangible sur 200 000 km de cycle de vie (estimation ADEME : environ 0,3 litre de carburant économisé par tranche de 100 km et par 100 kg d’allègement).

Un bilan carbone considérablement amélioré

Au-delà de l’allègement, le bilan carbone complet est significativement réduit :

  • Production du composite : environ 30 kg de CO₂ par kilo pour la fibre de carbone conventionnelle, contre moins d’un kilo pour la fibre de chanvre selon Forvia.
  • Croissance de la plante : 9 à 15 tonnes de CO₂ captées par hectare pendant la saison de culture (valeur retenue par InterChanvre et confirmée par l’INRAE).
  • Recyclabilité : les composites fibre naturelle se recyclent mieux que les mixtes fibre de verre/plastique, notamment en fin de vie par valorisation énergétique ou compostage des éléments dégradables.

L’industrialisation française : NAFILean, le pionnier

La naissance de APM (2014)

La filière française dispose depuis 2014 d’un acteur industriel de premier plan : Automotive Performance Materials (APM), coentreprise fondée à Dijon par l’équipementier Faurecia (aujourd’hui Forvia depuis 2022) et la coopérative agricole Interval (Haute-Saône). Le principe est élégant : Interval récolte et défibre le chanvre français ; APM le transforme en granulés de composite injectable sous la marque NAFILean, contenant 20 % de fibres de chanvre mélangées à du polypropylène.

Une diffusion industrielle massive

Dix ans après sa création, NAFILean équipe aujourd’hui plus de 9 millions de véhicules selon les déclarations de Forvia en octobre 2024. Les applications types sont :

  • Panneaux de porte (structure non visible)
  • Tableaux de bord (structures porteuses)
  • Consoles centrales
  • Garnitures de coffre et de portes arrière

Les marques qui intègrent NAFILean dans leurs modèles de série incluent notamment Peugeot (panneaux de porte de la 308), Alfa Romeo (tableau de bord de la Giulia), Renault (Mégane), et les agréments sont validés pour les groupes Daimler/Mercedes-Benz, Volvo, Jaguar-Land Rover. Au-delà de NAFILean, Forvia développe depuis 2022 BioMat, un composite 100 % biosourcé (fibres naturelles + résine végétale issue de la biomasse), conçu avec Mitsubishi Chemical.

« Nous nous concentrons désormais sur le chanvre. C’est une plante simple et sobre, disponible en abondance, à proximité. Transformée en granulés et injectée, elle est d’une solidité éprouvée une fois qu’elle est polymérisée. »

Rémi Daudin, vice-président matériaux durables de Forvia, L’Usine Nouvelle, octobre 2024

Cette déclaration, faite par un dirigeant d’un des plus gros équipementiers automobiles mondiaux (337 000 tonnes de plastique consommées par an), illustre le changement d’échelle en cours : le chanvre n’est plus une curiosité ou un argument marketing, c’est une option industrielle validée à grande échelle.

Le centre Materi’Act à Villeurbanne

Pour accélérer le développement de ces matériaux, Forvia a inauguré fin 2023 à Villeurbanne (Rhône) un nouveau centre de R&D dédié, Materi’Act, qui regroupe 400 collaborateurs et 120 ingénieurs à terme. L’objectif : atteindre 70 % de produits recyclés ou biosourcés dans les plastiques Forvia d’ici 2030, et réduire de 85 % les émissions CO₂ de sa gamme de matériaux à la même échéance.

Les applications concrètes chez les constructeurs

Constructeur / Modèle Pièces en composite végétal Année Observations
Mercedes-Benz Classe E/S Garnitures intérieures (chanvre, lin, sisal) Depuis 1990s Précurseur industriel
Lotus Eco Elise Panneaux, sièges, spoilers (chanvre, éco-résines) 2008 Prototype écologique
BMW i3 Panneaux de porte, tableau de bord (kenaf) 2013 Panneaux 10 % plus légers, allègement total véhicule -25 % vs conventionnels
Peugeot 308 Panneaux de porte (NAFILean chanvre) 2014+ Gain de poids 25 % vs plastique standard
Alfa Romeo Giulia Tableau de bord (NAFILean chanvre) 2016+ Premier tableau de bord au chanvre en grande série
Renault Mégane Éléments intérieurs (NAFILean chanvre) En cours Intégration progressive
Porsche 718 Cayman GT4 Clubsport MR Éléments de carrosserie (fibres chanvre et lin) 2019 Usage sportif de niche
BMW Série 7 Panneaux intérieurs, accoudoirs (chanvre, kenaf, lin) Depuis 2022 Jusqu’à -50 % de poids vs matériaux conventionnels
Volvo (plusieurs modèles) Garnitures intérieures (chanvre) Plusieurs années Agrément NAFILean de Forvia

Précision importante : le cas de la BMW i3

La BMW i3, lancée en 2013, est souvent citée comme un emblème de l’intégration de fibres végétales dans l’automobile. Une précision s’impose : les panneaux de porte et le tableau de bord de la i3 utilisent principalement de la fibre de kénaf (une plante tropicale apparentée au chanvre, famille des malvacées) et non du chanvre à proprement parler. Le groupe BMW utilise par ailleurs du chanvre, du kenaf et du lin dans plusieurs autres modèles (notamment la Série 7 récente), avec un allègement pouvant atteindre 50 % par rapport aux matériaux conventionnels pour certaines pièces spécifiques. L’allègement total de la i3 par rapport aux véhicules comparables (environ 250-350 kg) tient cependant principalement à sa structure en fibre de carbone (module Life) et à son châssis aluminium, pas seulement aux matériaux biosourcés de l’habitacle — chiffre parfois mal attribué aux fibres végétales dans certains médias.

Projets plus radicaux : vers des carrosseries en chanvre ?

Bruce Dietzen et la Renew Sports Car

Dans le segment expérimental, l’entrepreneur américain Bruce Dietzen a conçu et produit à partir de 2016 une voiture de sport (basée sur le châssis Mazda Miata) dont la carrosserie est entièrement réalisée en composite de fibres de chanvre avec résine bio. Le véhicule, baptisé Renew Sports Car ou parfois « Cannabis Corvette », bénéficie d’un rapport résistance/poids remarquable selon son concepteur (carrosserie testée comme plus résistante aux chocs que l’acier pour une épaisseur comparable). Cette production reste artisanale (quelques dizaines d’unités) et n’a pas débouché sur une commercialisation de masse — mais elle démontre la faisabilité technique d’un usage structurel de la fibre de chanvre.

Le Kestrel canadien (2010) : une promesse non tenue

Le Kestrel, véhicule électrique présenté par la société canadienne Motive Industries en 2010, annonçait une carrosserie composée de fibres de chanvre et de résine polymère biosourcée. Le projet a fait l’objet de nombreuses annonces médiatiques entre 2010 et 2012, mais n’a jamais abouti à une production commerciale — l’entreprise a cessé ses activités peu après. Cet échec illustre bien la difficulté du passage du prototype à l’industrialisation dans ce secteur capitalistique.

Aptera Motors (véhicule solaire, 2020+)

L’entreprise californienne Aptera Motors, relancée en 2020 après une première tentative au début des années 2010, développe un véhicule tricycle alimenté par panneaux solaires utilisant des composites ultralégers intégrant du chanvre pour sa carrosserie. Les premières livraisons sont annoncées pour 2025-2026. Le concept combine biosourcés et solaire pour afficher une autonomie quotidienne sans recharge externe.

Les limites actuelles : pourquoi pas encore plus de chanvre ?

Malgré ces développements, l’intégration massive du chanvre dans les véhicules bute sur plusieurs obstacles bien identifiés :

Une application limitée aux éléments d’habillage

Pour l’instant, les fibres de chanvre dans l’automobile concernent presque exclusivement des pièces d’habillage intérieur non structurelles : panneaux de porte, tableaux de bord, garnitures. Les éléments porteurs (châssis, carrosserie externe, éléments de sécurité passive) restent en acier, aluminium, ou composites fibre de carbone. La raison : les normes de crash-test exigent des comportements mécaniques très spécifiques que les composites naturels ne peuvent pas encore garantir avec la même fiabilité que les matériaux conventionnels.

L’approvisionnement et la logistique

L’industrie automobile fonctionne sur des chaînes d’approvisionnement mondialisées, avec des volumes gigantesques (Forvia seul consomme 337 000 tonnes de plastique par an). Même la France, premier producteur européen de chanvre avec 25 000 hectares en 2024, ne pourrait pas fournir en volume une transition massive. Forvia explique d’ailleurs avoir écarté d’autres fibres (lin, miscanthus — trop chers ; coco, bambou, bois — trop éloignés géographiquement) pour se concentrer sur le chanvre justement pour sa proximité et sa disponibilité relative.

Le coût et la maturité industrielle

Les composites à fibres naturelles restent, selon les formulations, 10 à 30 % plus chers que leurs équivalents synthétiques. Cet écart se réduit avec la montée en volume (NAFILean a suivi cette trajectoire), mais freine encore l’adoption sur les segments les plus sensibles aux coûts (véhicules économiques, utilitaires).

La perception et la variabilité naturelle

Les fibres naturelles présentent une variabilité liée à leur origine biologique (lots, récolte, séchage), ce qui complique le contrôle qualité industriel. Elles sont également souvent recouvertes d’un revêtement (tissu, simili, placage) pour des raisons esthétiques — ce qui limite leur valorisation visuelle auprès du consommateur, qui souvent ignore être assis sur un composite chanvre.

Perspectives : une dynamique durablement installée

Plusieurs facteurs laissent entrevoir une croissance continue du chanvre dans l’automobile sur les dix prochaines années :

  • Normes CO₂ européennes : 95 g/km en moyenne depuis 2021, cibles progressives vers zéro émission d’ici 2035 pour les véhicules thermiques neufs. L’allègement des véhicules devient critique.
  • Électrification : les véhicules électriques, lourds (batteries), bénéficient directement de chaque kilo économisé sur les composants non structurels.
  • Règlement Circular Economy (UE) : les voitures produites en Europe devront intégrer progressivement des matériaux recyclés ou biosourcés, avec des seuils minima d’ici 2030.
  • Stratégie des équipementiers : Forvia (objectif 70 % biosourcé/recyclé en 2030), Magna, Valeo investissent massivement dans ces matériaux.
  • Filière française : InterChanvre vise 80 000 hectares cultivés en France d’ici 2030 — soit plus du triple des surfaces actuelles — pour répondre à cette demande croissante.

Pour un panorama plus large des usages industriels du chanvre — dont l’automobile n’est qu’une des facettes, aux côtés de la construction, du textile, de l’alimentation et du stockage d’énergie — consultez notre article sur le potentiel du chanvre dans le stockage d’énergie et les supercondensateurs, qui explore une piste scientifique complémentaire pour la mobilité électrique.

Conclusion : une révolution discrète mais bien réelle

L’image d’une voiture « 100 % chanvre » capturant l’imagination depuis le prototype de Henry Ford en 1941 reste lointaine — et le restera probablement toujours, tant les exigences de sécurité et les contraintes industrielles imposent une diversité de matériaux. En revanche, l’intégration progressive, mais massive, du chanvre dans l’habillage intérieur des véhicules est une réalité bien documentée. Neuf millions de véhicules équipés en NAFILean, trois ans à peine après un premier lancement industriel en 2014 — puis multiplication par huit en une décennie : la courbe est claire. Chez Forvia, BMW, Mercedes, Peugeot, Renault, Alfa Romeo, le chanvre gagne du terrain discrètement mais durablement, derrière les panneaux de porte et les tableaux de bord de millions d’automobilistes qui l’ignorent. La filière française tient là l’un de ses débouchés industriels les plus prometteurs, à la croisée d’une agriculture territorialisée, d’une industrie manufacturière de pointe et des objectifs climatiques européens. Loin des slogans, c’est cette révolution-là — discrète, industrielle, chiffrée — qui transforme déjà l’automobile.

FAQ — Questions fréquentes sur le chanvre dans l’automobile

Combien de véhicules utilisent aujourd’hui des composites à base de chanvre ?

Selon les chiffres publiés par l’équipementier Forvia (ex-Faurecia) en octobre 2024, plus de 9 millions de véhicules ont été équipés de pièces en composite NAFILean — un matériau injectable contenant 20 % de fibres de chanvre françaises mélangées à du polypropylène, développé depuis 2014 par la coentreprise APM (Automotive Performance Materials) fondée par Forvia et la coopérative agricole Interval. Ces pièces concernent principalement des éléments d’habillage intérieur : panneaux de porte, structures de tableau de bord, consoles centrales. Les constructeurs utilisateurs connus incluent Peugeot (308), Alfa Romeo (Giulia), Renault (Mégane), avec des agréments pour Daimler/Mercedes-Benz, Volvo et Jaguar-Land Rover. BMW, Mercedes et Audi utilisent par ailleurs du chanvre et d’autres fibres naturelles (kénaf, lin) depuis les années 1990 dans leurs modèles haut de gamme.

Quels sont les avantages techniques du chanvre par rapport aux matériaux traditionnels ?

Les composites à fibres de chanvre présentent plusieurs avantages techniques convergents. Premièrement, la densité : environ 1,4 g/cm³ pour le chanvre contre 2,5 g/cm³ pour la fibre de verre, soit près de 45 % plus léger à volume égal. Deuxièmement, la haute teneur en cellulose (65 à 75 %) confère à la fibre sa rigidité et sa résistance mécanique. Troisièmement, les propriétés acoustiques sont remarquables : jusqu’à cinq fois mieux que les matériaux synthétiques pour l’absorption des vibrations selon Eco-Technilin. Quatrièmement, le bilan carbone : la fabrication d’un kilo de fibre de carbone émet environ 30 kg de CO₂, contre moins d’un kilo pour la fibre de chanvre. Enfin, la compatibilité avec les résines thermoplastiques (polypropylène notamment) permet l’injection standard sur les chaînes industrielles existantes. Les gains de poids sont de 20 à 30 % sur les pièces d’habillage par rapport aux équivalents plastique-fibre de verre.

Qu’est-ce que NAFILean et BioMat ?

NAFILean est un composite industriel développé par Automotive Performance Materials (APM), coentreprise fondée en 2014 par Faurecia (devenu Forvia en 2022) et la coopérative agricole Interval. Il contient 20 % de fibres de chanvre françaises mélangées à une résine polypropylène, et se présente sous forme de granulés injectables qui peuvent être transformés sur les chaînes industrielles automobiles standard. NAFILean équipe aujourd’hui plus de 9 millions de véhicules dans le monde. BioMat est le successeur en développement chez Forvia : un composite 100 % biosourcé combinant des fibres naturelles (notamment chanvre) et une résine végétale issue de la biomasse, conçu avec Mitsubishi Chemical. L’objectif de Forvia est d’intégrer 70 % de matériaux recyclés ou biosourcés dans ses produits d’ici 2030, avec une réduction de 85 % des émissions CO₂ de sa gamme de matériaux.

Y a-t-il vraiment du chanvre dans la BMW i3 ?

La réponse demande une précision importante : les panneaux de porte et le tableau de bord de la BMW i3 (lancée en 2013) utilisent principalement des fibres de kénaf, une plante tropicale apparentée au chanvre (toutes deux de la famille des malvacées et des cannabacées proches). Le kénaf et le chanvre partagent des propriétés similaires en matière de fibres longues et résistantes. BMW utilise en revanche bien du chanvre dans plusieurs autres modèles, notamment la nouvelle Série 7 lancée en 2022 et divers modèles récents, avec un allègement pouvant atteindre 50 % par rapport aux matériaux conventionnels pour certaines pièces. L’allègement total de la BMW i3 par rapport à des véhicules comparables (environ 250 à 350 kg) tient principalement à la structure en fibre de carbone du module Life et au châssis aluminium, pas principalement aux matériaux biosourcés des panneaux intérieurs comme on le lit parfois dans des articles peu précis.

Pourquoi le chanvre et pas d’autres fibres naturelles ?

La sélection n’est pas arbitraire. Comme l’explique Rémi Daudin, vice-président matériaux durables de Forvia, plusieurs alternatives ont été évaluées et écartées pour des raisons précises : le lin et le miscanthus, jugés trop chers ; la fibre de coco, le bambou et les dérivés du bois, géographiquement trop éloignés (transport émetteur de CO₂ qui annule le bénéfice). Le chanvre s’impose parce qu’il est simple et sobre à cultiver, disponible en abondance en Europe (notamment en France, premier producteur avec 25 000 hectares en 2024), à proximité immédiate des usines européennes. Transformé en granulés et injecté, il offre une solidité éprouvée après polymérisation, compatible avec les équipements industriels standard. À cela s’ajoute un argument stratégique : la relocalisation de la chaîne d’approvisionnement, précieuse à l’heure des tensions géopolitiques et des hausses de coûts du transport maritime.

Pourquoi n’y a-t-il pas de voiture entièrement fabriquée en chanvre ?

Plusieurs raisons convergentes l’expliquent. D’abord, les normes de sécurité : les éléments porteurs d’un véhicule (châssis, structures anti-choc, habitacle) doivent répondre à des exigences de crash-tests extrêmement précises que les composites naturels ne peuvent pas encore garantir avec la fiabilité des aciers, aluminiums ou fibres de carbone. Ensuite, l’approvisionnement : l’industrie automobile consomme des millions de tonnes de matériaux par an, alors que la production mondiale de chanvre reste modeste et saisonnière. Troisièmement, le coût : les composites à fibres naturelles sont encore 10 à 30 % plus chers que leurs équivalents synthétiques. Enfin, la variabilité naturelle de la fibre (lots, récolte, séchage) complique le contrôle qualité industriel. Quelques projets expérimentaux (Renew Sports Car de Bruce Dietzen, Aptera Motors, Kestrel de Motive Industries) ont démontré la faisabilité technique d’usages plus structurels, mais sans déboucher sur une production de masse. À moyen terme, l’intégration massive du chanvre restera concentrée sur les pièces d’habillage intérieur.

Quelles sont les perspectives de la filière chanvre automobile en France ?

Les perspectives sont favorables à plusieurs titres. Sur le plan réglementaire, les normes CO₂ européennes (95 g/km en moyenne depuis 2021, objectif zéro émission pour les véhicules thermiques neufs d’ici 2035) rendent l’allègement des véhicules critique, renforçant l’intérêt des matériaux légers comme le chanvre. Le règlement européen sur l’économie circulaire prévoit par ailleurs des seuils minimaux de matériaux recyclés ou biosourcés dans les voitures neuves d’ici 2030. Sur le plan industriel, Forvia a inauguré fin 2023 un centre de R&D Materi’Act à Villeurbanne (Rhône) pour accélérer le développement de composites biosourcés, avec l’objectif de 70 % de matériaux recyclés ou biosourcés dans ses plastiques d’ici 2030. Sur le plan agricole, InterChanvre vise 80 000 hectares cultivés en France d’ici 2030, soit plus du triple des 25 000 hectares actuels, pour répondre à cette demande croissante. La filière française tient donc là l’un de ses débouchés industriels les plus prometteurs, à la croisée d’une agriculture territoriale, d’une industrie manufacturière de pointe et des objectifs climatiques européens.

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