Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie - Université Paul Cézanne - Marseille

Le Gouffi-Club
IMEP

 

 


Contact : Alex Baumel - alex.baumel@univ.u-3mrs.fr


Viabilité des populations de la Sabline de Provence,  endémique à distribution étroite des massifs de basse-Provence.

 

 

Thématique générale de l’étude

            Dans le Sud Est de la France, l'abandon du système agro-sylvo-pastoral provoque, pour de nombreuses espèces de milieux ouverts, une fragmentation rapide de leurs habitats naturels de part la progression du couvert forestier.  Celle-ci s'associe au fort développement des loisirs « verts » et de l'urbanisation,  pour provoquer un changement environnemental majeur engendrant une menace sur l'existence des espèces endémiques de ces milieux ouverts. 

En effet, les espèces sont souvent dotées d'un faible pouvoir dispersif, et doivent, pour persister, s'adapter aux nouvelles forces de sélection.  De plus, du fait de leur rareté, elles sont particulièrement sensibles aux perturbations de l'environnement pouvant affecter l'ensemble de leurs populations.  Une hypothèse optimiste est de considérer que les espèces endémiques à distribution étroite ont des capacités de survie en situation d’isolement et d’effectifs réduits, elles devraient alors pouvoir se raréfier sans s’éteindre, en l’attente de périodes plus favorables.  L’hypothèse alternative, plus pessimiste, s’appuie sur le postulat que les changements en cours actuellement n’ont rien de commun avec ceux du passé, les perturbations sont plus intenses, les agents de dispersions ont disparus, enfin l’espace disponible se réduit inexorablement.

            L'objectif du projet est de confronter ces deux hypothèses dans le cadre de la conservation durable d'une espèce emblématique de la Région Provence-Alpes-Cote d’Azur : Gouffeia arenarioides D.C. (Caryophyllaceae) ou Sabline de Provence.

 

Qui est Gouffeia arenariodes ?

Gouffeia arenarioides ou Sabline de Provence est une petite plante annuelle des éboulis et lapiaz calcaires C'est une espèce rare, endémique des Bouches du Rhône et du Var, occupant une aire de distribution restreinte : Massif de l'Étoile, Massifs des Calanques et du Mont StCyr, Massif du Grand Caunet et du Cap Canail, Massif de la Sainte Beaume et environs du Castellet.  La Sabline est une annuelle hivernal : elle germe en octobre, et développe en avril-mai de petites fleurs blanches qui fructifient début juin.  Elle vit dans un milieu contraignant qui associe sécheresse, une très forte luminosité, de forts contrastes thermiques et un substrat doté d'une faible capacité hydrique et enfin une mobilité naturelles des éboulis ayant pour effets un cisaillements des tiges et racines.  Citons parmi d'autres quelques unes des adaptations de G. arenarioides ; évitement de l'été passé sous forme de graines, adaptation anatomique et morphologique du système racinaire à l'instabilité du substrat et à sa pauvreté, petite taille des stomates (Crouzet 1966).

 

Pourquoi s'intéresser à Gouffeia arenariodes ?

Cette espèce apparaît sur plusieurs listes de protection (UICN, Convention de Berne, Arrêté du janvier 1982 relatif à sa protection sur le territoire français, Directive 92/43/CEE dite « Habitats-Faune-Flore,…) alors qu'elle occupe un milieu fréquenté par le tourisme vert (randonnées, sentiers d'accès aux sentiers d'escalade), ce qui pose le problème de sa conservation. De plus le développement d’espèces ligneuses comme le chêne kermès, concentre les personnes sur les emplacements ouverts ce qui intensifie le risque de piétinement et d’érosion des habitats à Sabline.  Citons également l’impact possible d’aménagements tels que les carrières, l’ouverture de pistes ou les initiatives de reforestation après incendie. Bien qu'endémique des Bouches du Rhône et du Var, cette espèce peut être très abondante localement où son avenir est cependant incertain car il est difficile d'évaluer rapidement le risque occasionné par les perturbations humaines. 

            Insistons sur le fait que si la Sabline de Provence se trouve sur zone géographique restreinte elle occupe par contre aires gérées par différents organismes, sa protection passe donc par la réunion de plusieurs interlocuteurs ce qui représente toujours un certain défi. 

            Enfin rappelons que le terme de "conservation" doit être compris comme "préservation", nous ne souhaitons pas conservé une espèce en l'état mais plutôt préserver ses capacités de réponse aux changements de l'environnement d'où l'intégration de disciplines diverses pour comprendre :

            - les capacités adaptatives, de dispersion

            - le fonctionnement des populations

            - les facteurs écologiques (abiotiques, biotiques, anthropiques) agissant sur sa distribution

            - les enjeux humains déterminant sa conservation.

 

Notre démarche

L'étude de la distribution locale est un indicateur nécessaire mais trop peu précis pour évaluer les risques d'extinction des populations et agir avant que les effectifs ne soient trop faibles. L'objet d'une analyse de viabilité (Menges 2000) est tout d'abord d'évaluer le taux d'accroissement fini des populations et ensuite de souligner les paramètres démographiques essentiels à leur survie.  Du point de vue pratique, nous effectuons un recensement annuel des différents stades démographiques (juvéniles, individus fleuris, individus fructifiés) que nous répèterons afin d'obtenir des estimations fiables des probabilités de transitions entre les étapes du cycle biologiques (cycle Gouffeia). L'analyse de viabilité fournira une estimation des risques d'extinction en relation avec plusieurs facteurs écologiques et des perturbations anthropiques.

Nous étudions également son système de reproduction (allo versus autofécondation, dispersion des graines) dont dépend la dynamique de ses populations.

            Une analyse de la structure génétique des populations pourra aussi nous renseigner sur les flux spatiaux de G. arenariodes à l'échelle d’un massif. C'est un aspect important complétant d'une part l'étude du système de reproduction mais permettant aussi la délimitation des zones refuges pour l'espèce (populations sources) et des zones critiques où l'espèce ne se maintient pas (zones puits).

            Notre objectif final est donc d'intégrer les données génétiques aux données démographiques pour comprendre le phénomène de persistance de la Sabline de Provence sur son aire géographique restreinte.

 

Crouzet, A. (1966). "Sur les adaptations morphologiques et anatomiques de Gouffeia arenarioides." Bull. Mus. Hist. Nat. Marseille XXVI: 141-159.

Menges, E. S. (2000). "Population viability analyses in plants: challenges and opportunities." Trends in Ecology and Evolution 15(2): 51-56.

 

Participants

L'intérêt du projet « Sabline de Provence » est double puisque en posant des questions fondamentales, d'une part il permet de dresser un état de la viabilité des populations et d'évaluer le risque d'extinction locale de l'espèce et d'autre part, il apporte des données indispensables pour la protection de Gouffeia arenarioides et de la communauté végétale dont elle fait partie.  Les méthodes employées seront celles de l'Ecologie, de la Biologie, de la Génétique des populations et de l'Ecologie spatiale. 

            La valorisation des études scientifiques se traduira par un état des lieux des populations et de leur tendance évolutive, une étude des modalités de gestion et, a pour finalité la production d'un guide de gestion. C’est pourquoi l’IMEP s’est associé à deux partenaires, ECO-MED, bureau d’experts naturalistes, et l’antenne ONF situé à Carnoux.

 

IMEP : Affre L., Baumel A., Goeury C., Gonçalves V.,  Ménard L., Torre F., Tatoni T., Vanderpert H.

ECOMED : Auda P., Vela E., Viglione J., Léger J.F., Lijnen D., Pavon D.

ONF : Feirrera O., Barret J.

 


Le mont Puget (Tous les clichés sont de Alex Baumel)

Premiers résultats

 

La première saison d’étude 2004-2005 s’est achevée par la rédaction d’un rapport de Licence et par la soutenance de deux mémoires de Master qui ont fait l’objet de deux poster au colloque Colloque International « Conservation de la flore méditerranéenne dans un environnement changeant » organisé par l’IMEP et le CBNMP.

 

Héloïse Vanderpert et Léa Ménard (Licence BPE, Université Aix Marseille III) : "Écologie et biologie d’une espèce rare et endémique de  Provence calcaire : Gouffeia arenarioides  (Caryophyllaceae)". Ce stage avait deux objectifs : étude du pouvoir germinatif des graines de Sabline et étude des facteurs écologiques agissant sur la distribution locale de l’espèce.

 

Virginie Gonçalves (Master Recherche BIOECO, Université Aix Marseille III)

"Étude préliminaire de l'écologie et de la dynamique des populations de l'endémique, Gouffeia arenarioides DC (Caryophyllaceae), dans le massif des Calanques." Durant ce stage de nombreuses données ont été acquise sur l’écologie, la biologie et les protocoles de biologie moléculaire adaptés à la Sabline.  Les principaux résultats comportent une meilleure compréhension de l’écologie de l’espèce et la première élaboration d’un modèle de fonctionnement démographique en vue d’une analyse de viabilité. 

 

Pascal Auda (Master Pro BIOSE, Université Aix Marseille III)

"Étude de faisabilité d'un plan de gestion d'une espèce végétale protégée et endémique de Provence : Gouffeia arenariïdes DC (Caryophyllaceae)". Ce mémoire  présente la première carte de répartition de l’espèce, basée sur un grand nombre de missions sur le terrain. Une première étude de la faisabilité d’une gestion et des menaces pesant sur cette espèce est également présentée.

 

 



"Aire de répartition de Gouffeia arenarioïdes. Auteurs : JF Léger & P. Auda, Eco-med (2005)"

 

 

Liens

 

 

 

Documents à télécharger

 

 

Rapport M2 pro de Pascal Auda (Eco-Med)

 

Soutenance M2 pro Pascal Auda (Eco-Med)

 

Poster Pascal Auda, colloque CBNMP

 

Rapport bibliographique sur les plans de gestion d'espèce, Pascal Auda (Eco-Med)

 

Soutenance Virginie Gonçalves (IMEP)

 

Poster Virginie Gonçalves, colloque CBNMP