Au 1ᵉʳ août 2026, 1 373 petits cours d’eau étaient touchés par des ruptures d’écoulement ou des assecs, selon le point de situation de l’Office français de la biodiversité (OFB) communiqué le 3 août : 43 % des stations du réseau ONDE. C’est la situation la plus critique jamais observée à cette période depuis la création du réseau en 2012 — 112 cours d’eau de plus qu’au plus fort de la sécheresse de 2022, plus du double de l’an dernier. Reste à savoir comment ce chiffre est fabriqué : un agent, 50 mètres de rivière, une case à cocher, une fois par mois.

Ce que dit le point de situation de l’OFB au 1ᵉʳ août 2026

Le constat est posé dans la carte mensuelle ONDE de l’OFB : à la fin de juillet 2026, « la situation s’est fortement dégradée », avec 1 373 cours d’eau touchés par des ruptures d’écoulement ou des assecs, « soit 554 de plus que le mois précédent ».

« Avec 43 % de ruptures d’écoulement et d’assecs, le réseau ONDE enregistre la situation la plus critique jamais observée à cette période. Elle dépasse celle de la sécheresse de 2022, avec 112 cours d’eau supplémentaires asséchés ou sans écoulement. » — Office français de la biodiversité, 1ᵉʳ août 2026

Ces 1 373 cours d’eau ne sont pas tous « à sec » : le chiffre additionne deux situations. D’après nos calculs sur les données ONDE diffusées en accès libre par l’OFB via Hub’Eau (campagne usuelle de juillet 2026, 3 229 stations), 1 065 relevaient d’un assec strict et 308 d’un écoulement non visible.

L’OFB décrit des dégradations « très marquées le long d’un axe allant de la Vendée à la région Grand Est », désormais étendues au centre du sud de la France, et cite parmi les plus touchés la Creuse, la Vendée, la Loire-Atlantique, l’Aveyron, la Côte-d’Or, la Nièvre, les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime. Nos calculs le confirment : 32 stations sur 35 en Creuse, 27 sur 30 en Loire-Atlantique, 63 % des stations en Pays de la Loire — la région la plus touchée.

Le contexte l’éclaire : d’après Météo-France (4 août 2026), juillet 2026 a été le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France (24,9 °C, +3,8 °C) et le 3ᵉ plus sec depuis 1900, avec près de 70 % de déficit de pluie.

Pour comprendre : on ne mesure pas le débit, on regarde la rivière

Le principe est contre-intuitif, et l’opérateur l’écrit noir sur blanc.

« Sur le terrain, aucune mesure (par exemple des mesures du débit) n’est mise en œuvre. Le niveau d’écoulement des cours d’eau est apprécié visuellement par les agents départementaux de l’OFB, selon différentes modalités de perturbations d’écoulement. » — Eaufrance / OFB, page « Observatoire national des étiages »

L’Observatoire national des étiages (ONDE) repose sur l’observation directe : « environ 3 230 stations […] observées visuellement par les agents de l’OFB, selon un protocole national homogène », résume l’OFB, qui y voit un « réseau de connaissance stable » depuis 2012. Le maillage couvre 93 départements de l’Hexagone, une trentaine de stations chacun.

« Une station correspond à un linéaire de cours d’eau de 50 mètre[s] », précise la légende de la carte : ce que l’agent qualifie, ce n’est pas la rivière, mais 50 mètres de rivière. Les campagnes « usuelles » sont mensuelles, de mai à septembre, au plus près du 25 (à deux jours près) ; d’autres, complémentaires, décidées par les préfets ou l’OFB, deviennent hebdomadaires en crise. Seules les usuelles alimentent l’indicateur national : c’est ce qui rend les comparaisons annuelles légitimes.

Pourquoi ces rivières-là ? Les stations sont « majoritairement positionnées en tête de bassin versant », précise Eaufrance, pour couvrir les chevelus hydrographiques que les autres dispositifs ne suivent pas : ces petits cours d’eau proches des sources.

Bon à savoir — Trois cases à cocher, c’est grossier au regard d’un débitmètre, mais homogène sur tout le territoire et inchangé depuis 2012 : c’est cette stabilité qui autorise le mot « record ».

Les modalités d’observation du réseau ONDE (protocole OFB)
Modalité Ce que voit l’agent sur les 50 m Indicateur national
Écoulement visible Écoulement continu, visible à l’œil nu Compté
Écoulement visible faible Eau et courant présents, débit insuffisant pour un bon fonctionnement biologique Non exploité au national
Écoulement non visible (rupture d’écoulement) De l’eau, mais débit nul : flaques ou zone sans courant Compté dans les 43 %
Assec Eau évaporée ou infiltrée sur plus de 50 % de la station Compté dans les 43 %
Observation impossible Station inaccessible ou conditions exceptionnelles Hors indicateur

Source : protocole ONDE, Office français de la biodiversité / Eaufrance. Une station correspond à 50 mètres de cours d’eau.

Étiage, rupture d’écoulement, assec : trois mots qui ne disent pas la même chose

Le vocabulaire de la sécheresse hydrologique forme une chaîne. De la fin du printemps au début de l’automne, rappelle Eaufrance, les milieux aquatiques « sont essentiellement alimentés par les eaux souterraines » ; si la sécheresse se prolonge, la baisse des débits devient forte — c’est l’étiage, dont les formes les plus prononcées « peuvent aller jusqu’à un assec des milieux ».

L’étiage est le « débit exceptionnellement faible d’un cours d’eau » (OFB) : une période où les débits passent sous « une valeur seuil, propre à chaque cours d’eau et calculée statistiquement » (glossaire eaufrance). Ce n’est pas une anomalie, mais un moment attendu du cycle annuel.

Vient ensuite la modalité écoulement non visible, que les bulletins ONDE désignent aussi comme rupture d’écoulement : « Le lit mineur présente toujours de l’eau mais le débit est nul », soit une station sans courant, soit « quelques flaques sur plus de la moitié du linéaire ». L’assec, lui, correspond au cas où « l’eau est totalement évaporée ou infiltrée sur plus de 50 % de la station ». Ce seuil est spatial : il porte sur les 50 mètres observés, pas sur un débit — une station peut donc être classée en assec alors qu’il subsiste de l’eau sur une partie du linéaire.

Reste une quatrième case, absente de la carte publique : l’écoulement visible faible, où « de l’eau est présente et un courant est visible, mais le débit faible ne garantit pas un bon fonctionnement biologique ». Eaufrance précise que l’exploitation régionale, de bassin et nationale « ne se fait que sur les 3 modalités décrites précédemment ». D’après nos calculs, 901 stations supplémentaires (27,9 %) en relevaient en juillet 2026 : au bord de la rupture, hors des 43 %.

Assecs des petits cours d’eau : quinze campagnes d’observation et un record en 2026

La méthode n’ayant pas changé depuis 2012, la série est directement comparable : entre 3 136 et 3 262 stations ont été observées chaque année. D’après nos calculs sur les campagnes usuelles de fin juillet, 2026 devance les deux précédents pics de la série, 2022 et 2019.

Petits cours d’eau en rupture d’écoulement ou en assec fin juillet, de 2012 à 2026
Année Cours d’eau touchés Part des stations
201241613,1 %
20141845,8 %
20191 13335,0 %
20221 26138,8 %
20242036,3 %
202560018,6 %
20261 37342,5 %

D’après nos calculs sur les données ONDE (campagnes usuelles de fin juillet) diffusées en accès libre par l’OFB via l’API Hub’Eau. Les valeurs 2022, 2025 et 2026 concordent avec les chiffres publiés par l’OFB.

La donnée brute révèle une particularité de 2026 : ce sont les assecs complets qui atteignent un sommet (1 065, soit 137 de plus qu’en 2022), tandis que les ruptures d’écoulement (308) restent comparables à 2022 (333) et 2019 (338). Les stations passent moins par l’étape intermédiaire : elles s’assèchent complètement. C’est une lecture des données ouvertes, non une conclusion publiée par l’OFB. La bascule a été rapide : 4,7 % des stations étaient touchées fin mai, 25,5 % fin juin, 42,5 % fin juillet.

Le phénomène n’est pas nouveau pour autant. Dans sa dataviz sur l’assèchement estival des petits cours d’eau (2012-2024), éditée en juillet 2025, l’OFB relevait que « 10 % des stations ont été en assec au moins 10 années sur les 13 de la période » et que le taux cumulé était « globalement en hausse » sur 2012-2023 — une tendance à replacer dans le contexte du réchauffement climatique et des moyens de lutte. Rappel de calendrier : la synthèse ONDE portant sur 2020 notait que « la période la plus critique est celle de fin août », et la campagne d’août 2026 se déroulera autour du 25.

Ce que les rivières annoncent pour les nappes — et pourquoi les deux indicateurs divergent

Au 15 juillet 2026, dernier point disponible du BRGM, 94 % des points du réseau piézométrique étaient en baisse et 60 % sous les normales mensuelles : « l’accentuation de la vidange concerne la quasi-totalité des nappes », constate l’établissement, qui range les formations de socle du Limousin parmi les plus vulnérables.

Un paradoxe apparent mérite d’être posé : au 1ᵉʳ juillet 2026, le BRGM jugeait la situation des nappes nettement moins préoccupante qu’en 2022 — sauf sur le Massif central — alors qu’un mois plus tard, ONDE dépassait le record de 2022. Ce n’est pas une contradiction entre deux réseaux, mais la conséquence de ce qu’ils observent.

Le raisonnement tient en quatre éléments. L’été, ce sont les nappes qui font le débit, rappelle Eaufrance. Vient la vidange : « quand il ne pleut plus, le niveau baisse […] et le débit de la rivière diminue », décrit le BRGM. Or toutes les nappes ne se vident pas au même rythme — leur écoulement dépend de la porosité et de la perméabilité des aquifères — et les nappes inertielles (craie, formations tertiaires et volcaniques) conservent « des niveaux peu dégradés à la sortie d’un hiver caractérisé par une recharge déficitaire ». Car tout se joue en hiver : « si l’hiver est sec, la recharge des nappes est très faible ».

Les deux instruments ne regardent donc pas la même chose. Les stations ONDE sont placées en tête de bassin, là où la rivière dépend de petites nappes locales à faible inertie ; l’indicateur national « nappes » est dominé par de grands aquifères qui gardent la mémoire de la recharge hivernale. Le plus rapide à réagir est celui des petits cours d’eau — et l’OFB assigne à ONDE l’objectif de « mieux comprendre les relations entre rivières et nappes d’eau souterraine ».

La géographie le confirme par un contre-exemple : d’après nos calculs, Provence-Alpes-Côte d’Azur est la région la moins touchée (21 % des stations) quand le grand Ouest et le Centre-Est sont au plus haut. L’assèchement dépend de la recharge locale et de la géologie, pas seulement de la chaleur estivale. L’OFB rappelle aussi que « les étiages, d’origine naturelle, sont souvent amplifiés par les activités humaines, telles que l’irrigation ou l’alimentation en eau potable ».

Sécheresse

Ce que l’assèchement fait à la vie de la rivière

Les ruptures d’écoulement et les assecs « affectent directement le fonctionnement des milieux aquatiques et la biodiversité qui en dépend », note l’OFB. Le mécanisme est d’abord physique : la concentration maximale en oxygène dissous « diminue quand la température augmente » — 11 mg/L à 10 °C, 7 mg/L à 30 °C — et « en tête de bassin versant, la température de l’eau est fortement corrélée avec la température de l’air », rappelle un guide de l’OFB Bretagne d’avril 2022. Un mécanisme voisin de la pollution thermique des cours d’eau.

La conséquence est documentée : le manque d’eau conjugué au réchauffement de l’eau diminue l’oxygène disponible « entraînant bien souvent des mortalités au sein des populations piscicoles », écrivent l’OiEau et l’OFB dans une étude d’août 2022, qui rappelle celles de la canicule de 2003 sur la Garonne, la Dordogne et le bassin de la Loire. Deux repères : le risque de mortalité de la truite fario est « évalué par l’atteinte du seuil de 25 °C » (Fédération de l’Allier pour la pêche et la protection du milieu aquatique, février 2016) ; l’écrevisse à pattes blanches, classée vulnérable, tolère au maximum 22 °C (fiche espèce de l’OFB).

Le chiffre le plus parlant vient des invertébrés. Selon une note de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et de l’IRSTEA (janvier 2014), d’après les travaux de Datry (2012), « un accroissement de la durée d’assèchement de 0,1 à 10 jours résulte en une diminution de la densité en invertébrés aquatiques d’un facteur 20. Chaque 10 jours d’assec supplémentaires, un taxon disparaît de la communauté d’invertébrés après remise en eau. » Les larves d’éphéméroptères, de plécoptères et de trichoptères y sont les plus sensibles. La récupération reste partielle : le retour aux assemblages antérieurs s’enclenche « rapidement (< 1 mois) », mais « des hétérogénéités spatiales perdurent parfois plusieurs mois ».

Attention — « La présence d’assecs sur des cours d’eau naturellement intermittents ne doit pas être perçue comme un signe d’échec. En effet, une biodiversité spécifique se développe sur ces milieux intermittents » (OFB Bretagne, avril 2022). D’où l’importance, souligne l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, « de protéger les cours d’eau intermittents même lorsqu’ils sont asséchés ».

La question n’est donc pas d’avoir de l’eau partout toute l’année, mais de distinguer l’intermittence naturelle de celle qu’accentuent les prélèvements. L’OFB estime, d’après Snelder (2013), qu’entre 25 et 40 % des cours d’eau français sont intermittents ; l’INRAE chiffre en 2024 les ruisseaux intermittents à 60 % de la longueur du réseau hydrographique cartographié — une autre unité de mesure, qui n’infirme pas la précédente.

À quoi servent ces observations : de la carte mensuelle à l’arrêté préfectoral

Ces relevés ne restent pas dans les tiroirs : ils « appuient directement la prise de décision lors des épisodes de sécheresse, notamment pour la définition des mesures de restriction des usages de l’eau », indique l’OFB — les campagnes complémentaires étant elles-mêmes déclenchées « sur décision des préfets ou des services départementaux de l’OFB ».

Quatre niveaux de restriction existent : vigilance (modération volontaire), alerte (restriction de certains usages), alerte renforcée (restrictions élargies) et crise, où seuls les usages prioritaires — eau potable, santé, salubrité, sécurité civile — demeurent autorisés. Au 4 août 2026, 66 départements étaient en crise, 21 en alerte renforcée et 7 en alerte, selon le relevé VigiEau rapporté par Futura-Sciences. Ces nombres ne s’additionnent pas : un même département peut cumuler plusieurs niveaux selon ses bassins versants.

Vous pouvez consulter ces données par vous-même : la carte mensuelle sur ofb.gouv.fr, les observations brutes via Hub’Eau, et l’arrêté en vigueur dans votre commune sur VigiEau. C’est le constat le plus notable de ce point de situation : un chiffre qui pèse sur des décisions préfectorales repose sur des agents qui vont regarder 50 mètres de rivière, une fois par mois, de la même façon, depuis 2012.

FAQ — Assecs et mesure de l’assèchement des cours d’eau

Qu’est-ce qu’un assec, et comment le distingue-t-on d’un simple étiage ?

L’étiage est le « débit exceptionnellement faible d’un cours d’eau », selon l’OFB : un moment attendu du cycle annuel. L’assec en est le cas extrême. Dans le protocole ONDE, une station est classée en assec quand l’eau est « totalement évaporée ou infiltrée sur plus de 50 % de la station ». Ce seuil est spatial, il porte sur 50 mètres de linéaire : ce n’est pas un seuil de débit.

Comment l’OFB mesure-t-il l’assèchement des petits cours d’eau ?

Il ne mesure pas : il observe. Environ 3 230 stations, une trentaine par département sur 93 départements de l’Hexagone, sont visitées une fois par mois de mai à septembre, au plus près du 25. L’agent apprécie visuellement l’écoulement selon un protocole national homogène, sans mesure de débit. Le réseau ONDE a été déployé en 2012.

Quelle est la différence entre une rupture d’écoulement et un assec ?

Dans la modalité « écoulement non visible », que les bulletins ONDE désignent aussi comme rupture d’écoulement, il reste de l’eau — des flaques, ou une zone sans courant — mais le débit est nul. En assec, l’eau a disparu sur plus de la moitié de la station. En juillet 2026, 308 stations relevaient du premier cas et 1 065 du second, d’après nos calculs sur les données ONDE ouvertes.

Combien de cours d’eau sont touchés par des assecs en France en août 2026 ?

Au 1ᵉʳ août 2026, 1 373 petits cours d’eau étaient touchés par des ruptures d’écoulement ou des assecs, soit 43 % des stations du réseau ONDE, selon l’Office français de la biodiversité. C’est 554 de plus qu’un mois plus tôt, 112 de plus qu’au plus fort de la sécheresse de 2022, et plus du double de l’an dernier à la même date.

Un cours d’eau asséché retrouve-t-il sa vie aquatique après le retour des pluies ?

En partie, et pas immédiatement. Selon une note de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et de l’IRSTEA (janvier 2014), le retour des communautés d’invertébrés s’enclenche en moins d’un mois après la remise en eau, mais des hétérogénéités spatiales persistent plusieurs mois. Chaque tranche de dix jours d’assec supplémentaire coûte un taxon à la communauté.