Le 5 août 2026, vers 8 h 35 heure de Paris, un cylindre métallique creux d’une douzaine de mètres et d’environ quatre tonnes a percuté la Lune à quelque 8 700 km/h : le second étage d’une fusée Falcon 9 de SpaceX, lancée dix-huit mois plus tôt, le 15 janvier 2025. L’événement pose une question que l’on ne se pose jamais devant un décollage : où va le reste du lanceur ? Voici ce que l’on sait de cet étage de fusée SpaceX arrivé sur la Lune, ce que devient un lanceur une fois sa mission accomplie, pourquoi celui-là ne pouvait plus revenir, ce que son cratère va apprendre aux scientifiques, et pourquoi aucun texte international ne dit clairement qui peut faire quoi sur notre satellite.

Étage de fusée SpaceX sur la Lune : ce qui s’est passé le 5 août 2026

Un objet nommé 2025-010D

Il n’a pas de nom, seulement un matricule : 2025-010D, l’étage supérieur du dixième lancement de l’année 2025. C’est un cylindre d’environ 12 mètres de long et 4 mètres de large, une coque métallique creuse de la hauteur d’un immeuble de cinq étages. Sa masse est de l’ordre de quatre tonnes : 4 000 kg pour la NASA, l’AFP et Space.com, environ 3 900 kg dans la modélisation de l’équipe de William Jo.

Le 15 janvier 2025, ce Falcon 9 décolle de Floride avec deux atterrisseurs lunaires : Blue Ghost 1, de l’américain Firefly Aerospace (programme CLPS de la NASA), et Resilience (mission Hakuto-R 2) du japonais ispace. Blue Ghost s’est posé et a travaillé quatorze jours ; Resilience s’est écrasé à l’atterrissage. L’étage qui les avait propulsés, lui, est resté dans l’espace.

L’heure, la vitesse, le lieu

L’astronome indépendant Bill Gray, auteur du logiciel d’orbitographie Project Pluto, avait annoncé l’impact pour le 5 août 2026 à 6 h 35 min 37,5 s UTC, soit 8 h 35 à Paris. La vitesse retenue est de 2,43 km/s, soit environ 8 700 km/h, sept fois la vitesse du son. Les autres valeurs lues ici ou là (8 690 km/h à l’AFP, « plus de 8 500 km/h » au Monde) ne divergent qu’en apparence : c’est le même chiffre source, arrondi autrement. L’énergie libérée équivaut à environ 3 tonnes de TNT.

Le point de chute se situe dans l’hémisphère nord lunaire, près des cratères Einstein et Bell — la NASA cite les deux, la presse n’a souvent retenu qu’Einstein —, tout près du bord du disque visible depuis la Terre.

Ce qui est confirmé, et ce qui ne l’est pas encore

Un point est souvent escamoté : personne n’a vu cet impact. Ce qui est solide, c’est le calcul de trajectoire — le CNEOS du Jet Propulsion Laboratory a confirmé une probabilité d’impact de 100 %, indiquait la NASA le 4 août 2026. Ce qui a été mesuré, c’est une signature chimique, captée par le Very Large Telescope de l’ESO au Chili et par le Lowell Discovery Telescope, en Arizona : « Nous pouvons affirmer sans risque que nous avons mesuré une réponse à l’impact de l’étage de fusée, sous la forme d’un panache de gaz de sodium et de lithium […] qui a duré entre cinq et dix minutes », déclare Carl Schmidt, du Center for Space Physics de l’université de Boston.

Ce qui manque, c’est l’image du cratère : aucune photographie n’a été publiée à ce jour, et le flash n’a été filmé par personne. Rien d’étonnant, soulignent les auteurs de la campagne d’observation cités par CBS News : à ce jour, aucun flash d’impact, naturel ou artificiel, n’a jamais été observé sur la face éclairée de la Lune. D’où la formulation juste : l’impact est tenu pour survenu sur la foi d’un calcul de trajectoire et d’une signature spectroscopique ; la confirmation par l’image est attendue.

Bon à savoir : l’impact s’est produit sur une partie de la Lune en plein jour, à la limite du disque visible. Le flash aurait duré une fraction de seconde et se serait perdu dans l’éclat du sol lunaire. La Lune, proche du dernier quartier, était éclairée à environ 56 % : seuls les observateurs encore dans la nuit, en Amérique du Sud et dans l’est de l’Amérique du Nord, avaient une chance. Aucun n’a rapporté d’image. (Sources : Futura-Sciences, EarthSky, 5 août 2026.)

La Lune est un astre éblouissant, difficile à scruter dans le détail, comme le sait quiconque a tenté d’observer un phénomène lunaire depuis la Terre.

Que devient un étage de fusée quand la mission est finie ?

Le premier étage revient, le second reste

Le premier étage du Falcon 9, celui que l’on voit se poser à la verticale sur une barge, est réutilisable ; les autres sections sont larguées dans l’espace, rappelle la BBC. Le second étage suit une logique inverse : il pèse environ 4 000 kg et n’est pas récupéré. « En temps normal, on l’envoie brûler dans notre atmosphère une fois sa mission terminée », écrit Space.com. Ce « en temps normal » contient toute l’histoire.

Quatre fins de vie possibles

La rentrée contrôlée est la plus propre : l’étage rallume son moteur pour freiner, plonge et se désintègre au-dessus d’une zone océanique inhabitée du Pacifique Sud. La rentrée naturelle ne demande rien : la haute atmosphère freine peu à peu l’objet, qui retombe de lui-même. Reste l’orbite de rebut, une orbite « cimetière » à l’écart des orbites utiles.

Il existe une quatrième voie, que la NASA revendique : la mise au rebut sur la Lune elle-même. « Bien qu’elle n’ait pas été planifiée dans le cas présent, l’élimination des étages supérieurs à la surface lunaire est une méthode techniquement acceptée et sûre et, dans certains cas, peut être la seule option praticable pour les missions en orbite lunaire basse », indique son communiqué du 4 août 2026, qui rappelle que beaucoup d’opérateurs préfèrent un impact contrôlé, seule fin de vie vraiment prévisible et traçable.

Les fins de vie possibles d’un étage supérieur de lanceur
Fin de vieComment ça marcheQuand on l’utiliseLimite
Rentrée contrôléeLe moteur se rallume pour freiner et plonger vers l’océanOrbite basse, s’il reste du carburantRéserver du carburant, donc sacrifier de la charge utile
Rentrée naturelleLa traînée de la haute atmosphère fait descendre l’objetOrbites bassesDes années à des décennies ; objet incontrôlable entre-temps
Orbite de rebutL’étage est éloigné des orbites utiles, vers une orbite « cimetière »Orbites hautes et géostationnairesL’objet reste en orbite indéfiniment
Mise au rebut sur la LuneL’étage est dirigé vers la surface lunaire ; méthode jugée techniquement acceptée et sûre par la NASAOrbite lunaire basse, parfois seule optionModifie de façon permanente un sol qui n’efface rien

Une étape reste méconnue : la passivation. Avant d’abandonner un étage, on vide ses réservoirs et on décharge ses batteries pour qu’il ne puisse pas exploser plus tard. Le Guardian confirme que l’étage de janvier 2025 avait vidangé son carburant restant et n’était plus contrôlable. D’où le paradoxe : la passivation rend l’objet inoffensif, mais aussi définitivement ingouvernable.

Bon à savoir : les agences se sont fixé une discipline, libérer les orbites utiles dans les vingt-cinq ans suivant la fin de mission ; l’ESA a ramené ce délai à cinq ans en 2023. Au dernier bilan, environ 90 % des étages en orbite basse respectent la règle des 25 ans et environ 80 % celle des 5 ans, et les rentrées contrôlées y ont dépassé les rentrées subies pour la première fois en 2024. (Source : ESA, Space Environment Report 2025, 1ᵉʳ avril 2025.)

Pourquoi celui-là ne pouvait plus redescendre

Le carburant qui aurait servi à mourir proprement avait été dépensé pour envoyer les atterrisseurs vers la Lune. La mission de janvier 2025 exigeait plus de poussée que les vols restant près de la Terre, rappelle le Guardian ; Space.com précise le mécanisme : « L’étage supérieur du Falcon 9 a consommé la majeure partie de son carburant pour atteindre cette position lointaine et ne pouvait plus revenir se désorbiter. »

L’arbitrage n’a rien d’un dysfonctionnement : chaque kilo de carburant réservé à la fin de vie est un kilo de charge utile en moins. SpaceX affirme avoir malgré tout appliqué une procédure de sécurité : « Pour les missions à haute énergie, nous devons effectuer une manœuvre différente afin de garantir que le second étage lui-même est en sécurité, conformément aux règles et réglementations applicables », a expliqué Julianna Scheiman, de SpaceX, le 3 août 2026.

Dix-huit mois de dérive : comment un débris finit par viser la Lune

Trois gravités et un vent de lumière

La BBC donne la description la plus limpide de ce qui s’est joué. L’étage a été laissé sur une longue orbite en boucle qui l’emmenait vers la Lune puis le ramenait. Au cours des dix-huit mois suivants, l’attraction gravitationnelle douce de la Terre, de la Lune et du Soleil, ainsi que la lumière solaire elle-même, lui ont donné une légère poussée — assez pour le mettre en route vers la Lune, un peu plus vite chaque jour.

Ce dernier point est contre-intuitif : la lumière pousse. Les photons exercent, en frappant une surface, une pression minuscule mais permanente : la pression de radiation solaire. Sur une coque creuse de quatre tonnes, l’effet cumulé sur des mois n’a rien de négligeable. Bill Gray y voit sa principale source d’incertitude : « sur des mois, cela peut vraiment s’accumuler. Et ce n’est pas entièrement prévisible. »

Comment on calcule la trajectoire d’un débris

Ce ne sont pas les agences qui ont donné l’alerte : « des astronomes indépendants ont d’abord identifié la trajectoire à partir de données publiques », indique la NASA. Bill Gray a agrégé les mesures de cinq observatoires — Mississippi, Utah, Pékin, Angleterre — et de contributeurs amateurs, puis publié sa prédiction dès avril 2026, coordonnées à l’appui : 19,461° N et 93,293° O. Comment prévoir une telle chute quatre mois à l’avance ? « Le mouvement des débris spatiaux est, pour l’essentiel, tout à fait prévisible : ils se déplacent simplement sous l’influence de la gravité de la Terre, de la Lune, du Soleil et des planètes », explique-t-il.

Attention : une prédiction n’est pas une mesure. Bill Gray a lui-même borné sa confiance : « Je ne fais pas vraiment confiance à ce qui précède à mieux que quelques secondes et quelques kilomètres près. » Lors de l’impact de mars 2022, le Lunar Reconnaissance Orbiter avait retrouvé le cratère à 7,5 km du point prédit. (Sources : Project Pluto ; Phys.org, novembre 2023.)

Un accident transformé en expérience de laboratoire

Pourquoi ce cratère intéresse autant les scientifiques

Un impact naturel arrive sans prévenir : on ignore la masse, la vitesse et la composition de l’objet. Ici, tout était connu à l’avance, souligne la BBC, et la collision cesse d’être un accident aléatoire pour devenir une expérience rare et contrôlée. De quoi tester les modèles décrivant la manière dont les impacts creusent les cratères, projettent des débris à la surface et font vibrer l’intérieur de la Lune — puis, plus concrètement, concevoir des atterrisseurs et de futures bases plus sûrs, en sachant jusqu’où volent les débris et combien le sol tremble alentour. Les cratères d’impact sont, de fait, la marque la plus répandue à la surface des corps du Système solaire.

Une campagne d’observation avait été montée en amont. Dans un article déposé le 16 juillet 2026 sur arXiv, Benjamin Fernando, du Los Alamos National Laboratory, et vingt-deux coauteurs en résumaient les objectifs : enregistrer un impact artificiel en temps réel, tester une chaîne de traitement capable de localiser sismiquement les impacts en vue de futures expériences lunaires, étudier la dynamique des poussières et des panaches, et « examiner les risques posés par les impacts de débris spatiaux artificiels ».

Lancement du Falcon 9 avec la charge utile de Starlink 4 au complexe de lancement 40 de la station aérienne de Cape Canaveral

Ce que le panache raconte

Le cratère est enfoui sous la poussière ; le panache, lui, monte. Le modèle de William Jo et de ses collègues (University of Texas at Austin, arXiv:2607.23904, révisé le 4 août 2026) prévoyait un rideau d’éjecta à 15-20 km d’altitude, un pic central à 75-100 km et un étalement latéral de l’ordre de 183 km. Les observations, elles, restent préliminaires : l’ESO et Carl Schmidt s’accordent sur un panache de sodium et de lithium « de quelques dizaines de kilomètres ». Ne pas confondre les registres : les 100 km sont une prédiction de modèle, les quelques dizaines de kilomètres une observation.

Le détail le plus parlant vient de l’ESO : « le sodium provient probablement du sol lunaire, tandis que le lithium pourrait venir de la fusée elle-même ». Le panache contient donc à la fois de la Lune et du lanceur. Cela tient à la nature de l’objet, nettement plus massif que la plupart des impacteurs naturels mais aussi beaucoup plus lent : « Un étage de fusée usagé est un corps creux, fabriqué par l’homme, et il existe très peu de modèles d’impact pour des objets de ce type. Ils semblent produire des panaches très différents de ceux des impacteurs naturels, comme les astéroïdes ou les comètes », explique William Jo.

La chasse aux images : LRO, ShadowCam et Danuri

Trois moyens d’observation ont été engagés, selon le communiqué de la NASA du 4 août 2026 : les télescopes au sol du Meteoroid Environments Office (Marshall Space Flight Center), le Lunar Reconnaissance Orbiter et l’instrument ShadowCam, embarqué sur le Korea Pathfinder Lunar Orbiter sud-coréen (Danuri). Aucun n’a saisi l’impact en direct ; Danuri, passé près du site peu avant, avait la meilleure chance, mais ses images ne seront diffusées qu’après analyse, rapporte la BBC.

Le principe est simple : comparer une image d’avant et une image d’après. Le LRO et ShadowCam « chercheront des occasions de capturer des images du site avant et après l’impact », explique Rob Garner, porte-parole de la NASA au Goddard Space Flight Center ; tout dépend de la localisation de l’impact, de l’éclairage et du passage de chaque engin au-dessus de la zone. Comptez quelques jours selon le communiqué, une à deux semaines selon ce que l’agence a indiqué à CBS News.

Alors, quelle taille fera ce cratère ?

C’est la question la plus posée, et la réponse tient dans une nuance : les estimations publiées vont du simple au double, et aucune n’est une mesure. La NASA prévoyait, le 4 août, environ 18 m de diamètre sur 4 m de profondeur ; Space.com a évoqué jusqu’à 27 m ; CBS News et Futura-Sciences jusqu’à 30 m de diamètre sur 5 m de profondeur. Ce sont des sorties de modèles — et le modèle est précisément ce que l’événement doit permettre de tester. Mieux vaut donc s’en tenir à une fourchette : entre une vingtaine et une trentaine de mètres, sous réserve des images à venir. Question de proportion, ce cratère tiendra tout entier à l’intérieur du cratère Einstein, large de plus de 180 km.

Le précédent LCROSS : quand on le fait exprès

« Des événements comme celui-ci ne se produisent qu’un nombre limité de fois, et cela nous donne une chance de comprendre comment fonctionne l’atmosphère de la Lune. C’est arrivé deux fois de mon vivant », confie Carl Schmidt à CBS News. La première fois était volontaire : le 9 octobre 2009, la NASA précipitait l’étage Centaur de la mission LCROSS — environ 2 300 kg — à 2,5 km/s dans le cratère Cabeus, au pôle sud lunaire, pour analyser le panache soulevé ; le 13 novembre suivant, elle annonçait la détection d’eau. Le parallèle est frappant : 2 300 kg volontairement en 2009, environ 4 000 kg involontairement en 2026, à vitesse quasi identique. Carl Schmidt espère en déduire quelle quantité de glace d’eau se cachait sous la surface à cet endroit de la Lune.

Principaux impacts d’objets humains sur la Lune, volontaires et accidentels
ObjetDateVolontaire ?Ce qu’on en retient
Sonde Luna 2 (URSS)1959OuiPremier objet humain sur la Lune
Sondes Ranger (NASA)Années 1960OuiPremières images rapprochées
Étages de fusée Apollo1969-1972OuiImpacts calibrés pour les sismomètres
Étage Centaur / LCROSS (NASA)9 octobre 2009Oui2 300 kg dans Cabeus ; a confirmé la glace d’eau au pôle sud
Atterrisseur Beresheet (Israël)2019Non (échec)Emportait des tardigrades
Étage de Longue Marche 3C (Chang’e 5-T1)4 mars 2022NonSept ans de dérive ; double cratère de 18 m et 16 m sur la face cachée
Étage de Falcon 9 (2025-010D)5 août 2026NonEnviron 4 tonnes près du cratère Einstein

La liste n’est pas exhaustive : des dizaines d’engins se sont écrasés sur la Lune depuis 1959, rappelle la BBC.

À qui appartient la Lune ? Ce que dit — et ne dit pas — le traité de 1967

Personne, et c’est bien le problème

Ce volet repose sur l’analyse de Gregory Radisic, juriste au Centre for Space, Cyberspace and Data Law de Bond University, en Australie, publiée le 30 juillet 2026 ; les chiffres qui suivent viennent de cette source unique. Le traité de l’espace, entré en vigueur le 10 octobre 1967, est le socle du droit spatial international ; 138 États l’ont signé, selon lui. Il interdit toute appropriation nationale des corps célestes : aucun pays ne peut revendiquer la souveraineté sur le sol lunaire. Mais l’interdiction de posséder ne dit rien de la manière d’agir : « s’il empêche la propriété, le traité ne dit pratiquement rien de la gouvernance lunaire concrète ni de la régulation de l’environnement lunaire », observe le juriste.

Un sol qui n’oublie rien

« Contrairement à la Terre, la Lune n’a pratiquement pas d’atmosphère et pas de météo. En conséquence, toutes les marques que nous y laissons y resteront très longtemps », rappelle-t-il : les empreintes des astronautes d’Apollo pourraient persister des milliers d’années, et les traces d’un crash tout autant. Or la Lune ne bénéficie d’aucun classement UNESCO, d’aucune loi patrimoniale, d’aucune réglementation environnementale. Le juriste souligne d’ailleurs le rôle du hasard : « c’est par chance, et non par prévoyance, que la collision devrait se produire près du cratère Einstein, isolé et éloigné de nombreux sites lunaires importants ».

Qui paierait la casse ?

En droit spatial, rappelle-t-il, il revient à chaque État de superviser les activités de ses entreprises : en théorie, le gouvernement américain répond des erreurs de SpaceX. Les dommages envisageables ne sont pas théoriques : « des dégâts sur des équipements ou des bases pourraient se chiffrer en millions de dollars […]. Des dommages sur un site culturel ou scientifique risqueraient de provoquer des incidents diplomatiques internationaux. »

Ce que proposent les juristes

Son constat est sans détour : « SpaceX a acquis involontairement le pouvoir de modifier durablement la Lune. Il n’existe pratiquement aucun processus international permettant de décider si, quand et où cela devrait se produire. » Selon lui, plus de 187 000 kg d’objets humains reposent déjà sur la Lune, et les institutions ont peu de moyens : l’UNOOSA, le Bureau des affaires spatiales des Nations unies, compterait environ 40 personnes, et le COPUOS, le comité onusien chargé de l’espace, ne siège que quelques semaines par an. D’où trois propositions :

  • Un registre lunaire volontaire, où les États déclareraient leurs activités prévues et les sites qu’ils jugent culturellement significatifs.
  • Des « avis aux opérateurs lunaires » normalisés, sur le modèle des NOTAM de l’aviation civile, signalant sites d’atterrissage, itinéraires de rovers et opérations poussiéreuses.
  • Une quatrième conférence des Nations unies sur l’espace extra-atmosphérique, pour construire ces outils.

Les accords Artemis forment, eux, un cadre volontaire plus récent, qui aborde la protection des sites patrimoniaux, les « zones de sécurité » et l’exploitation des ressources — mais ils n’engagent que leurs signataires. D’où la conclusion du juriste : « la communauté internationale n’a pas besoin de nouvelles lois. Elle a besoin de faire fonctionner celles dont elle dispose. » Et d’ajouter : « cette fusée-là ne peut plus être arrêtée, mais le prochain accident pourrait être évité. Que cela arrive dépendra moins des ingénieurs en aérospatiale que des juristes et des diplomates de l’espace. »

Faut-il s’en inquiéter ?

Un météoroïde équivalent tous les six jours

La mise en perspective vient de la NASA : « à titre de comparaison, un météoroïde ayant la même énergie que l’étage supérieur frappe la Lune environ tous les six jours : la surface lunaire absorbe donc en permanence des impacts de même puissance. » Faute d’atmosphère pour ralentir les objets entrants, précise l’agence, la Lune est bombardée quotidiennement par des météoroïdes.

C’est ce qui distingue notre voisine : chez nous, la quasi-totalité des petits corps se consument avant d’atteindre le sol, phénomène que vous observez chaque été en regardant les étoiles filantes des Perséides. Sans atmosphère, aucun filtre.

Pour la Terre, le risque était nul : « L’impact ne présente aucun danger pour la Terre », déclarait Jimi Russell, porte-parole de la NASA, le 4 août 2026, ajoutant que l’agence comptait recueillir des données lunaires à partir de cet événement et affiner ses techniques de suivi des objets dans l’espace. Bill Gray le dit plus prosaïquement : « je dirais qu’il vaut au moins mieux que des débris frappent la Lune plutôt que la Terre ».

Ce que l’événement dit vraiment

Trois lectures coexistent. Pour la NASA, la mise au rebut d’un étage sur la Lune relève d’une pratique techniquement acceptée et sûre, simplement non planifiée ici. Pour SpaceX, les règles ont été suivies : « au fil du temps, l’activité solaire et la gravité ont conduit le second étage vers la Lune […] et nous avons travaillé avec la NASA à la solution d’élimination optimale », indique l’entreprise le 5 août 2026, qui dit chercher avec l’agence des moyens d’éviter de futurs impacts lunaires. Pour Bill Gray, l’épisode a une portée plus large : « cela ne présente de danger pour personne, même si cela met en lumière une certaine désinvolture dans la manière dont on se débarrasse du matériel spatial abandonné ».

L’enseignement est peut-être ailleurs. Le trafic lunaire change de nature — missions commerciales CLPS, atterrisseurs privés, projets de bases —, et le 5 août rappelle qu’un objet passivé, donc incontrôlable par construction, peut mettre plus d’un an à trouver une cible que personne n’avait choisie.

Rendez-vous le 12 août

Une semaine plus tard, la Lune revient sous les projecteurs pour une raison plus paisible : elle passera devant le Soleil à l’occasion de l’éclipse totale de Soleil du 12 août 2026, comme le relève Futura-Sciences. Le même astre, dans deux rôles très différents.

FAQ — Étage de fusée, débris spatiaux et impact sur la Lune

Que devient un étage de fusée après le lancement ?

Le premier étage d’un Falcon 9 revient se poser. L’étage supérieur, lui, est jetable : en temps normal, on le fait rentrer dans l’atmosphère terrestre, où il se désintègre au-dessus d’une zone océanique inhabitée. Faute de carburant suffisant, il reste en orbite, généralement après avoir été vidangé pour ne pas exploser plus tard. (Sources : Space.com, The Guardian, 5 août 2026.)

Pourquoi cet étage de Falcon 9 n’a-t-il pas pu redescendre sur Terre ?

Parce qu’il avait consommé la majeure partie de son carburant pour envoyer deux atterrisseurs sur une orbite haute croisant celle de la Lune. Il ne lui restait pas de quoi freiner pour se désorbiter, et ses réservoirs ont ensuite été vidangés par sécurité : il n’était plus pilotable. (Sources : Space.com, The Guardian, 5 août 2026.)

L’impact du 5 août 2026 présentait-il un danger pour la Terre ?

Non. « L’impact ne présente aucun danger pour la Terre », a déclaré Jimi Russell, porte-parole de la NASA, le 4 août 2026. À énergie équivalente, rappelle l’agence, un météoroïde naturel frappe la Lune environ tous les six jours. (Source : NASA, 4 août 2026.)

Quelle est la taille du cratère créé sur la Lune ?

On ne le sait pas encore : les chiffres publiés sont des estimations issues de modèles et varient du simple au double. La NASA prévoyait environ 18 mètres de diamètre sur 4 de profondeur ; d’autres calculs vont jusqu’à 27, voire 30 mètres. Seules les images du Lunar Reconnaissance Orbiter trancheront. (Sources : NASA 4 août, Space.com et CBS News 5 août 2026.)

Pouvait-on voir l’impact depuis la Terre ?

Pratiquement pas. Le flash aurait duré une fraction de seconde, sur une zone de la Lune en plein jour et tout près du bord du disque. Aucun amateur n’a rapporté d’image : à ce jour, aucun flash d’impact n’a jamais été observé sur la face éclairée de la Lune. (Sources : CBS News, EarthSky, Futura-Sciences, 5 août 2026.)

À qui appartient la Lune ?

À personne. Le traité de l’espace, entré en vigueur en octobre 1967, interdit toute appropriation nationale des corps célestes. Mais selon le juriste Gregory Radisic, de Bond University, ce texte « ne dit pratiquement rien de la gouvernance lunaire concrète ni de la régulation de l’environnement lunaire ». (Source : Astronomy.com, 30 juillet 2026.)

Combien d’objets humains se sont déjà écrasés sur la Lune ?

Des dizaines depuis 1959, année où la sonde soviétique Luna 2 a été la première à l’atteindre : sondes Ranger, étages Apollo, LCROSS en 2009, l’atterrisseur Beresheet en 2019, un étage chinois en 2022. Au total, plus de 187 000 kilos de matériel humain y reposent. (Sources : BBC News et CBS News, 5 août 2026 ; Astronomy.com, 30 juillet 2026.)