En Amazonie, les journées les plus chaudes de la saison sèche gagnent 0,49 °C par décennie, soit environ deux fois et demie le rythme de la température moyenne annuelle. Une étude mise en ligne le 10 septembre 2026 dans Communications Earth & Environment situe le maximum de cette accélération dans le centre-nord du bassin, une région encore largement boisée, en partie protégée et autochtone, à l’écart de l’arc de déforestation. Sur plus de 700 000 km², les pointes de chaleur de saison sèche montent d’au moins 0,75 °C par décennie. Et sur la même période, il n’y est pas tombé moins de pluie.

Les pointes de chaleur amazoniennes montent environ deux fois et demie plus vite que la moyenne

Sur l’ensemble du bassin, la température moyenne annuelle progresse de 0,21 °C par décennie, avec un intervalle interquartile de 0,15 à 0,27 °C. Sur les 43 années analysées, cela donne +0,90 °C. Les températures maximales des journées les plus chaudes de la période la plus sèche, elles, gagnent 0,49 °C par décennie (intervalle interquartile 0,35 à 0,63), soit +2,11 °C sur la même série. Entre les deux chiffres, le rapport est d’environ deux et demi.

Cet écart n’est pas une bizarrerie de calcul : c’est une propriété de la distribution elle-même. Une moyenne annuelle résume l’ensemble des jours d’une année en un seul nombre, où une nuit fraîche compense une après-midi brûlante. Une tendance quantile, à l’inverse, suit un point précis de la distribution : elle mesure le déplacement du 95e centile année après année, c’est-à-dire du seuil que seules les 5 % de journées les plus chaudes dépassent. Un record et un centile ne disent d’ailleurs pas la même chose : le premier est une valeur atteinte une fois, le second un niveau franchi chaque année par une fraction fixe des jours. C’est le second qui renseigne sur la fréquence à laquelle la chaleur extrême revient. Rien n’oblige la queue de la distribution à se déplacer au même rythme que son corps. Elle peut s’étirer pendant que la médiane bouge peu. C’est exactement ce que mesurent les auteurs : le 95e centile des températures moyennes progresse déjà de 0,30 °C par décennie (IQR 0,24 à 0,36), soit +1,29 °C sur 43 ans, et les maximales de saison sèche vont encore plus vite.

Retenir cette clé de lecture évite un contresens fréquent : 0,75 °C par décennie dans une région donnée ne contredit pas le 0,21 °C connu à l’échelle du biome, parce que les deux nombres ne portent pas sur la même grandeur. Le même décalage entre indicateur moyen et valeurs extrêmes se mesure sur des séries françaises : c’est exactement l’enjeu de ce que pèse un indicateur de température moyenne dans un bilan climatique.

L’étude qui produit ces chiffres, « Rapid increase of climate extremes reveals new areas of concern in Amazonia », a été mise en ligne le 10 septembre 2026 dans le volume 7 de Communications Earth & Environment sous le numéro d’article 746 ; le communiqué de Lancaster University la précédait d’une journée. Elle est signée par une équipe internationale de plus de 50 scientifiques, menée par Jos Barlow, avec un soutien du WWF-UK.

Sept cent mille kilomètres carrés de forêt encore debout au cœur du problème

Le résultat qui change l’image mentale du bassin est géographique. Sur plus de 700 000 km², soit environ 10 % du biome amazonien, les températures extrêmes de saison sèche augmentent d’au moins 0,75 °C par décennie, c’est-à-dire d’au moins 3,22 °C accumulés sur 43 ans. Cette surface, d’un seul tenant, dépasse celle de l’Afghanistan — c’est la comparaison retenue par le communiqué de l’université. Rapportée à la France métropolitaine, elle en représente de l’ordre de 1,3 fois.

Cette zone ne se trouve pas où l’on s’attend à la voir. Elle occupe le centre-nord amazonien, majoritairement en territoire brésilien : couvert forestier dense, savanes naturelles, territoires autochtones et vastes aires protégées. Elle est à l’écart de l’arc de déforestation, la bordure sud et est du bassin où la coupe progresse depuis des décennies.

Le centre-nord a longtemps été plus frais et plus humide que le sud. Ce statut en faisait un refuge climatique présumé, et à ce titre une cible privilégiée des stratégies de conservation : on y plaçait ce qui devait tenir le plus longtemps. Ce sont les tendances par centile qui fragilisent cette hypothèse, en montrant que les valeurs extrêmes y grimpent plus vite que partout ailleurs dans le bassin. Un refuge établi sur des moyennes n’est pas un refuge établi sur des extrêmes : sur les moyennes, le centre-nord partait plus frais que le sud ; sur les pointes, c’est lui qui monte le plus vite. Le classement change avec l’indicateur.

Rythmes mesurés sur l’ensemble du biome amazonien et dans le point chaud du centre-nord, série 1981-2023 : température et déficit de pression de vapeur en période la plus sèche, déficit hydrique cumulé sur l’année (Communications Earth & Environment, 10 septembre 2026).
IndicateurEnsemble du biomePoint chaud du centre-nordCumul sur 43 ans dans le point chaud
Températures maximales, 95e centile0,49 °C par décennieau moins 0,75 °C par décennieau moins +3,22 °C
Déficit de pression de vapeur0,08 kPa par décennie au 95e centileau moins 0,14 kPa par décennieplus de +0,60 kPa
Déficit hydrique cumulé maximal−12,75 mm par décennie au 5e centile−35,02 mm par décenniemoins de −150,59 mm

Mesurer une pointe plutôt qu’une moyenne : le protocole en clair

La méthode tient en une décision : ne pas ajuster une tendance sur la valeur centrale, mais en ajuster une par centile. Les auteurs utilisent des modèles additifs généralisés quantiles, appliqués séparément à chaque centile de la distribution et à chaque pentade, c’est-à-dire à chaque tranche de cinq jours de l’année. Découper l’année ainsi revient à comparer une tranche de cinq jours à la même tranche des années précédentes, de sorte que le cycle saisonnier ne se mélange pas à la tendance de fond. Pour chaque point de grille, on obtient donc non pas un chiffre, mais un jeu de chiffres : le rythme de la médiane, celui du 95e centile, celui du 5e.

Deux jeux de données alimentent ce calcul. Les variables de température viennent d’ERA5-Land, en statistiques journalières de 1981 à 2024, à une résolution de 0,1°, soit des mailles d’environ 11 km de côté : température à 2 m sous ses formes minimale, moyenne et maximale, température de rosée et pression de surface, ces deux dernières servant à calculer le déficit de pression de vapeur. Les précipitations viennent de CHIRPS v2, également en données journalières de 1981 à 2024, à une résolution de 0,05° rééchantillonnée à 0,1° pour se superposer à la grille de température. La série sur laquelle portent les tendances publiées court de 1981 à 2023, soit 43 ans. C’est ce nombre qui transforme un taux par décennie en cumul : 0,49 °C par décennie devient +2,11 °C, 0,75 °C devient 3,22 °C.

Troisième choix de protocole, moins visible et pourtant décisif : la saison sèche est traitée à part de l’année hydrologique complète. Les auteurs la séparent parce que c’est la période où la combinaison chaleur-sécheresse produit le plus de dommages — un degré de plus au cœur d’une saison humide n’a pas les mêmes effets qu’un degré de plus quand la réserve en eau des sols est déjà entamée. Le travail réunit 53 signatures d’après la notice bibliographique, pour une équipe internationale annoncée à plus de 50 scientifiques.

La conséquence pratique de cet empilement de choix dépasse le cas amazonien. Un indicateur annuel moyen, même calculé région par région, ne voit pas ce signal : il le dilue par construction. Le détecter suppose de découper par saison et de suivre des centiles. C’est un changement de métrique, pas seulement de donnée. Un bilan climatique qui ne publie que des moyennes annuelles peut donc rester parfaitement exact et passer à côté de ce qui bouge le plus vite.

Pourquoi un air plus chaud tire davantage d’eau des feuilles

L’indicateur central de l’étude n’est pas la température, c’est le déficit de pression de vapeur. Il mesure l’écart entre la quantité de vapeur d’eau que l’air pourrait contenir à sa température et celle qu’il contient réellement. Cette capacité maximale ne croît pas proportionnellement à la température : elle suit une loi exponentielle. Réchauffer un air sans rien ajouter ni retirer à son contenu en vapeur creuse donc l’écart de plus en plus vite à mesure que la température monte. Un air plus chaud n’est pas seulement plus chaud. Il est plus assoiffé.

Une confusion fréquente se joue à cet endroit, celle de l’humidité relative. Elle rapporte le contenu en vapeur à la capacité de l’air ; le déficit de pression de vapeur, lui, retranche le premier à la seconde. Un rapport d’un côté, un écart de l’autre. Si les deux termes grandissent ensemble, le rapport ne bouge pas pendant que l’écart se creuse : une humidité relative stable est compatible avec un air de plus en plus exigeant. Et c’est l’écart que la feuille subit.

Les chiffres du bassin suivent le même schéma que ceux de la température. Sur la période la plus sèche, le déficit de pression de vapeur progresse de 0,06 kPa par décennie en tendance centrale, soit +0,26 kPa sur 43 ans, contre 0,08 kPa par décennie au 95e centile, soit +0,34 kPa. Les hausses aux centiles extrêmes dépassent ainsi d’environ un tiers celles de la tendance centrale. Dans le point chaud du centre-nord, le rythme atteint au moins 0,14 kPa par décennie, c’est-à-dire plus de 0,60 kPa accumulés.

Ce que cet écart produit au sol se décrit par une chaîne courte. Un air plus assoiffé augmente la demande évaporative exercée sur la végétation : il tire davantage d’eau des feuilles. L’arbre répond en fermant ses stomates, ces pores par lesquels transitent à la fois la vapeur d’eau qui sort et le dioxyde de carbone qui entre. La fermeture limite la perte hydrique, mais elle interrompt du même coup l’approvisionnement en carbone : la photosynthèse ralentit. En parallèle, la litière du sous-bois s’assèche plus vite et plus complètement. La mortalité des arbres et l’inflammabilité de la forêt augmentent alors sans qu’il soit tombé une seule goutte de pluie de moins. C’est le point que la seule lecture des cartes de précipitations ne permet pas de voir.

Il pleut un peu plus, et la forêt manque quand même d’eau

L’image mentale dominante associe sécheresse amazonienne et recul des pluies. Deux sécheresses se cachent pourtant sous le même mot : celle d’un apport qui manque et celle d’une demande qui augmente. La première se lit sur un pluviomètre, la seconde pas. Et à l’échelle du biome, les données de l’étude ne montrent pas la première. Les précipitations annuelles y progressent de 31,29 mm par décennie en tendance centrale, avec un intervalle interquartile allant de −8,14 à +65,28 mm, soit +134,55 mm cumulés sur 43 ans. Sur la période la plus sèche, la tendance est quasi nulle. Au 95e centile, l’amplitude des précipitations augmente plus modestement que la tendance centrale : +14,95 mm par décennie, soit +64,28 mm sur 43 ans.

Le stress hydrique mesuré ne vient donc pas d’un déficit d’apport, mais d’une hausse de la demande. C’est ce que capte le déficit hydrique cumulé maximal, un indicateur classique de la recherche amazonienne : on retranche chaque mois l’évapotranspiration à la pluie tombée, on cumule les mois déficitaires, et on retient le creux le plus profond de l’année. Tout dépend alors de la valeur donnée à l’évapotranspiration.

La version usuelle de ce calcul fige l’évapotranspiration à 100 mm par mois, une constante commode. Avec cette hypothèse, la série amazonienne ne montre aucune tendance directionnelle : 0,03 mm par décennie, soit rien. La version retenue par l’étude fait croître l’évapotranspiration avec la température, ce qui est cohérent avec la hausse du déficit de pression de vapeur. Le signe s’inverse : −6,61 mm par décennie en tendance centrale, soit −28,42 mm sur 43 ans, et −12,75 mm par décennie au 5e centile (IQR −22,88 à −0,96), soit −54,82 mm. Dans le point chaud du centre-nord, la dégradation atteint −35,02 mm par décennie, c’est-à-dire moins de −150,59 mm accumulés.

C’est la limite la plus lourde de tout le résultat, et elle se lit à cet endroit précis : le choix du modèle d’évapotranspiration décide du signe. Les auteurs ne la dissimulent pas, ils en font une priorité de recherche, en soulignant que la réponse de l’évapotranspiration tropicale à la chaleur et au dioxyde de carbone reste mal contrainte, et qu’elle varie dans l’espace, d’une année à l’autre et selon l’état de perturbation de la forêt. Ce qui est solide, c’est que les deux hypothèses ne donnent pas le même diagnostic. Ce qui reste ouvert, c’est laquelle décrit le mieux une forêt tropicale réelle.

A scenic aerial shot of a boat navigating through the muddy Amazon River surrounded by lush rainforest.

Tendance centrale et centile extrême pour les quatre variables de l’étude, Amazonie, série 1981-2023 (Communications Earth & Environment, 10 septembre 2026). Le tiret signale une valeur non publiée.
VariableTendance centrale, par décennieCentile extrême, par décennieCumul sur 43 ans au centile extrême
Température moyenne annuelle0,21 °C0,30 °C (95e)+1,29 °C
Température maximale, période la plus sèche0,49 °C (95e)+2,11 °C
Déficit de pression de vapeur, période la plus sèche0,06 kPa0,08 kPa (95e)+0,34 kPa
Déficit hydrique cumulé maximal−6,61 mm−12,75 mm (5e)−54,82 mm
Précipitations annuelles+31,29 mm+14,95 mm (95e)+64,28 mm

Le sud déboisé et le nord préservé ne chauffent pas de la même manière

Le sud amazonien n’a pas disparu du tableau, et c’est une précision qui compte. Il reste la zone qui se réchauffe le plus vite en moyenne sur l’ensemble du bassin. Sa particularité est ailleurs : les tendances centrales y progressent à un rythme voisin de celui du 95e centile, parfois légèrement supérieur. Autrement dit, dans le sud, la distribution entière se déplace d’un bloc — les jours ordinaires et les jours extrêmes avancent ensemble. Dans le centre-nord, la queue se détache du corps. Ce sont deux régimes distincts, et c’est leur distinction qui fait le résultat.

La conséquence pratique se formule simplement. Là où la hausse des extrêmes est la plus forte, la forêt est encore debout, souvent sous statut de protection ou en territoire autochtone. Les leviers qui agissent sur la couverture forestière — surveillance, sanction, arrêt de la coupe — n’ont donc presque pas de prise sur la variable qui bouge le plus vite à cet endroit, puisqu’il n’y a quasiment rien à y arrêter. Protéger un massif et refroidir son air sont deux questions distinctes : la protection décide de la présence de la forêt, pas du climat qu’elle subit, et c’est ce climat-là que l’étude mesure. Cela ne vaut pas conclusion sur le rôle de la déforestation ailleurs : l’arc déboisé demeure la zone la plus rapide en moyenne, et le travail ne mesure pas l’effet propre de la coupe.

Le premier auteur désigne pourtant une cause dans le communiqué de son université, daté du 9 septembre 2026 : « Ce sont les émissions du monde entier qui en sont responsables », déclare Jos Barlow. Deux registres se croisent là, et ils gagnent à rester séparés : ce qu’une publication démontre d’un côté, ce que ses auteurs tiennent pour acquis par ailleurs de l’autre. Les cartes disent où les extrêmes montent le plus vite. Elles ne remontent pas jusqu’à la cause.

Territoires autochtones et aires protégées : qui vit sous ce climat

La zone de préoccupation identifiée par l’étude recoupe des territoires autochtones nommément cités — Coata-Laranjal, Waimiri-Atroari, Yanomami, Trombetas/Mapuera — ainsi que de vastes aires protégées. Ce recoupement est en soi un résultat : il déplace le signal climatique le plus rapide vers des espaces dont la conservation était supposée acquise, et où vivent des populations dont l’exposition ne se mesure ni en surface déboisée ni en moyenne annuelle. Les deux indicateurs qui servent d’ordinaire à repérer une Amazonie en difficulté sont précisément ceux qui ne voient pas cette zone.

Les auteurs rattachent à cette région des signaux écologiques déjà documentés. Ils mentionnent la première mortalité de mammifères forestiers à grande échelle observée en Amazonie, des pertes de populations d’oiseaux de sous-bois, des modifications des milieux aquatiques et des feux de forêt étendus. Il s’agit d’une correspondance géographique entre un point chaud climatique et des observations écologiques, pas d’une chaîne causale démontrée épisode par épisode — la publication ne fait pas cette démonstration et ne la revendique pas.

Les feux constituent le maillon le plus lisible de cette liste, parce que l’assèchement de la litière décrit plus haut agit directement sur l’inflammabilité. Leurs conséquences se prolongent bien au-delà du front de flamme, notamment par la chimie de la combustion : c’est tout le sujet des radicaux qui transforment le bois en suie et des particules qu’ils emportent.

Retirer l’année 2023-2024 du calcul, et regarder ce qui subsiste

Une série de 43 ans qui se termine sur un épisode chaud et sec hors norme pose une question évidente : la tendance mesurée est-elle la tendance, ou le dernier événement ? Les auteurs ont refait l’ensemble des calculs en retirant l’épisode 2023-2024. L’amplitude des tendances aux centiles extrêmes diminue. Les motifs spatiaux, eux, tiennent : les cartes obtenues sans cet épisode restent corrélées de 0,78 à 0,91 aux cartes complètes.

Ce test fournit au lecteur une règle de lecture utile. La localisation du point chaud peut être tenue pour solide, puisqu’elle ne dépend pas d’une seule année. Les taux, en revanche, se lisent comme un majorant : une part de leur amplitude vient du calendrier de fin de série.

Le volet précipitations appelle une prudence supplémentaire. La seule région où les pluies baissent significativement est étroite, à cheval sur les États brésiliens de Rondônia et d’Amazonas. Or c’est précisément dans cette zone que CHIRPS, le produit satellitaire retenu, ne corrèle qu’à 54 % avec les stations pluviométriques au sol. Les auteurs conservent malgré tout CHIRPS, faute de meilleur produit disponible pour les extrêmes tropicaux, et le signalent. Conclure de ce seul point que l’Amazonie s’assèche en pluie serait donc doublement abusif : la zone est locale, et la mesure y est la moins fiable de tout le jeu de données.

Un El Niño très fort, et trois inconnues avant le prochain bilan

Le contexte océanique dans lequel arrive ce travail est documenté et daté. Le Climate Prediction Center de la NOAA maintient, dans sa discussion du 10 septembre 2026, un « El Niño Advisory » et donne plus de 90 % de probabilité à un événement très fort pendant l’automne et l’hiver 2026-2027 de l’hémisphère Nord. L’Organisation météorologique mondiale annonçait le 3 septembre 2026 un El Niño appelé à devenir très fort, avec une probabilité proche de 100 % de persistance jusqu’en février 2027. L’indice Niño 3.4 s’établissait à +1,5 °C au-dessus de la normale en moyenne sur mai-juillet 2026, +2,0 °C en juillet, puis entre +2,2 et +2,6 °C de la fin juillet à la mi-août 2026.

Là s’arrête ce que ces bulletins autorisent à écrire. Aucun des deux ne descend à l’échelle amazonienne, et l’OMM renvoie explicitement aux services météorologiques nationaux pour toute déclinaison régionale. Ce qui est établi, c’est l’état de l’océan Pacifique et l’intensité attendue de l’événement. Une sécheresse amazonienne, des feux ou une mortalité d’arbres annoncés pour cette saison n’en découlent pas : c’est le point exact où l’on passe d’une prévision océanique à une prédiction régionale, et ce pas n’est pas franchi par les documents cités. La façon dont l’intensité des El Niño passés se reconstruit — par exemple à partir des coraux des Galápagos — donne la mesure de ce que l’on sait faire, et de ce que l’on ne sait pas encore anticiper à l’échelle d’un bassin.

Trois questions sortent de ce travail sans réponse, et ce sont elles qui décideront de la solidité du diagnostic. La première est le modèle d’évapotranspiration : tant que la réponse de l’évapotranspiration tropicale à la chaleur et au dioxyde de carbone n’est pas mieux contrainte, l’ampleur du stress hydrique calculé reste suspendue à une hypothèse. La deuxième est l’identification des moteurs régionaux dans le centre-nord, que les auteurs laissent ouverte entre circulation atlantique, géométrie de la zone de convergence intertropicale et couverture nuageuse. La troisième est une question de surveillance : un suivi qui ne publie que des moyennes annuelles ne verra pas ce signal, quelle que soit la qualité de ses données. L’équipe a mis ses cartes de taux de changement — température, déficit de pression de vapeur, précipitations — à disposition sur une plateforme cartographique interactive, ce qui permet de regarder les chiffres maille par maille plutôt que sous forme de moyenne de bassin.

FAQ — chaleur extrême et stress hydrique en Amazonie

Quelle région amazonienne voit la chaleur extrême progresser le plus vite ?

Le centre-nord du bassin, majoritairement en territoire brésilien. Sur plus de 700 000 km², soit environ 10 % du biome, les températures extrêmes de saison sèche augmentent d’au moins 0,75 °C par décennie d’après l’étude parue le 10 septembre 2026 dans Communications Earth & Environment. Cette zone est à forte couverture forestière, comprend des savanes naturelles, des territoires autochtones et de vastes aires protégées, et se situe hors de l’arc de déforestation.

Que représente une hausse de 0,75 °C par décennie ?

Sur la série analysée, longue de 43 ans, cela correspond à au moins 3,22 °C accumulés sur les journées les plus chaudes de la saison sèche. Ce n’est pas une hausse de la température moyenne : c’est le déplacement du seuil que seules les 5 % de journées les plus chaudes dépassent. À l’échelle du biome, la moyenne annuelle progresse de 0,21 °C par décennie, soit +0,90 °C sur la même période.

L’Amazonie reçoit-elle moins de pluie qu’avant ?

Pas à l’échelle du biome. Les précipitations annuelles y progressent de 31,29 mm par décennie en tendance centrale, soit +134,55 mm sur 43 ans, avec un intervalle interquartile qui va de −8,14 à +65,28 mm par décennie. La tendance est quasi nulle sur la période la plus sèche. Une seule région étroite, à cheval sur les États de Rondônia et d’Amazonas, montre une baisse significative des pluies, et c’est précisément là que le produit satellitaire utilisé ne corrèle qu’à 54 % avec les stations au sol.

Qu’est-ce que le déficit de pression de vapeur ?

C’est l’écart entre la quantité de vapeur d’eau que l’air pourrait contenir à sa température et celle qu’il contient réellement. Cette capacité maximale croît de façon exponentielle avec la température : à humidité inchangée, un air plus chaud devient mécaniquement plus « assoiffé » et tire davantage d’eau des feuilles. Dans le point chaud du centre-nord, cet indicateur augmente d’au moins 0,14 kPa par décennie en période la plus sèche, soit plus de 0,60 kPa sur 43 ans.

Comment une forêt peut-elle manquer d’eau alors qu’il pleut autant ?

Parce que le bilan ne dépend pas que de l’apport. Le déficit hydrique cumulé maximal se calcule en retranchant chaque mois l’évapotranspiration à la pluie, puis en cumulant les mois déficitaires. Calculé avec une évapotranspiration figée à 100 mm par mois, l’indicateur ne montre aucune tendance directionnelle : 0,03 mm par décennie. Calculé avec une évapotranspiration qui croît avec la température, il se dégrade de 6,61 mm par décennie en tendance centrale et de 12,75 mm par décennie au 5e centile. La demande atmosphérique porte le résultat, pas un déficit de pluie.

Ce résultat signifie-t-il que la déforestation est sans effet sur le climat amazonien ?

Non, et l’étude ne le dit pas. Le sud amazonien, celui que la coupe a le plus entamé, reste la zone qui se réchauffe le plus vite en moyenne. Ce qui est mesuré, c’est que le maximum de hausse des extrêmes se trouve ailleurs, et que dans le sud les tendances centrales progressent à un rythme voisin ou légèrement supérieur à celui du 95e centile. Les moteurs régionaux de la hausse observée dans le centre-nord restent à établir : les auteurs eux-mêmes en font une priorité de recherche.

L’étude établit-elle que la forêt approche d’un point de bascule ?

Non. Aucune analyse de bascule n’est conduite dans ce travail : la notion figure dans les références bibliographiques que les auteurs citent, pas dans leurs résultats. Ce qui est mesuré, ce sont des taux de changement par centile pour la température, le déficit de pression de vapeur, le déficit hydrique cumulé et les précipitations, ainsi que leur répartition spatiale.

Un El Niño très fort va-t-il provoquer une sécheresse amazonienne ?

Les bulletins disponibles n’établissent pas cela. Le Climate Prediction Center de la NOAA maintient le 10 septembre 2026 un « El Niño Advisory » et donne plus de 90 % de probabilité à un événement très fort pendant l’automne et l’hiver 2026-2027 de l’hémisphère Nord ; l’Organisation météorologique mondiale annonce le 3 septembre 2026 une probabilité proche de 100 % de persistance jusqu’en février 2027. Ni l’un ni l’autre ne descend à l’échelle amazonienne, et l’OMM renvoie aux services météorologiques nationaux pour toute déclinaison régionale. Ce qui est établi, c’est l’état de l’océan.