Le 13 juillet 2026, une étude d’attribution rapide menée par l’Imperial College London, le Met Office et la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM) a estimé à plus de 2 700 le nombre de décès en surmortalité liés aux deux vagues de chaleur de mai et juin 2026 en Angleterre et au pays de Galles. Environ 42 % de ces décès seraient attribuables au réchauffement d’origine humaine. Derrière ces nombres, une discipline scientifique en plein essor : la science de l’attribution, qui relie un événement précis au réchauffement climatique et en estime le bilan humain. Point essentiel dès à présent : il s’agit d’estimations issues de modèles, non d’un décompte de certificats de décès. Voici comment ces chiffres sont produits.
L’étude du 13 juillet 2026, en détail
Selon le consortium réunissant l’Imperial College London (Grantham Institute), le Met Office, la LSHTM et la Maynooth University, les deux épisodes de chaleur du printemps et du début d’été 2026 ont provoqué, ensemble, plus de 2 700 décès en surmortalité en Angleterre et au pays de Galles. Cette surmortalité — les décès observés au-delà de ce qu’on attendait pour la période — se répartit très inégalement entre les deux vagues.
La première, du 21 au 29 mai 2026, est associée à environ 550 décès, dont près de 59 % seraient attribuables au réchauffement d’origine humaine. La seconde, du 18 au 28 juin 2026, plus meurtrière, est associée à environ 2 200 décès, dont près de 38 % attribuables. En moyenne pondérée sur les deux épisodes, la part attribuable au réchauffement humain ressort à environ 42 %. Côté intensité, les températures maximales diurnes ont été de l’ordre de 3 à 4 °C plus élevées qu’elles ne l’auraient été sans le changement climatique d’origine humaine, avec des records de 35,1 °C en mai (Kew Gardens, 26 mai) et de 37,7 °C en juin (Lingwood, Norfolk).
Pour les auteurs, ces épisodes marquent un tournant. « Nous observons désormais une chaleur dangereuse, alimentée par le changement climatique, qui coûte des vies » (traduction), déclare la Dre Clair Barnes, autrice principale et chercheuse à l’Imperial College London (dans le texte : « We are now seeing dangerous climate-change fuelled heat that is claiming lives. »). Du côté du Met Office, le Dr Mark McCarthy, responsable de l’attribution climatique, résume : « Le changement climatique d’origine humaine entraîne des canicules estivales plus fréquentes et plus intenses » (traduction de « Human-caused climate change is leading to more frequent and more intense summer heatwaves. »).
Attention. Ces chiffres sont des estimations de modèles, pas un relevé de décès observés. Comme le rappelle la responsable du centre climat et santé de l’agence sanitaire britannique (UKHSA), « il ne s’agit pas d’une mesure de la mortalité observée » (traduction) : les modèles servent à illustrer l’ampleur du phénomène. Concrètement, il serait trompeur d’annoncer un nombre exact de « morts causés par le climat » obtenu en multipliant simplement 42 % par 2 700 : la réalité est une fourchette assortie d’incertitudes, pas un chiffre unique et définitif.
Pour comprendre : comment la science attribue des morts au climat
Pour arriver à ces résultats, il faut répondre à deux questions distinctes, au moyen de deux modélisations différentes que l’on combine ensuite. La confusion entre les deux est la source d’erreur la plus fréquente dans la lecture de ces études. Prenons-les séparément.
Étape 1 — l’attribution climatique : le réchauffement a-t-il aggravé la chaleur ?
La première question relève de l’attribution climatique : de combien le réchauffement d’origine humaine a-t-il rendu cet épisode de chaleur plus intense et plus probable ? Le principe consiste à comparer deux mondes simulés par ordinateur : un monde « avec » l’influence humaine (gaz à effet de serre, aérosols) et un monde « sans » cette influence. La différence entre les deux mesure l’effet du réchauffement sur l’événement.
Comme l’explique Aurélien Ribes, chercheur à Météo-France : « Pour l’attribution, la démarche consiste à comparer deux types de simulations climatiques. » Une notion clé accompagne ce raisonnement : la période de retour. Un événement dit « centennal », qui revenait en moyenne tous les cent ans dans le climat d’autrefois, peut devenir bien plus fréquent avec le réchauffement. Pour les vagues de chaleur britanniques de 2026, le résultat de cette première étape se lit dans les 3 à 4 °C de chaleur supplémentaire déjà cités. Cette approche s’inscrit dans notre compréhension plus large du réchauffement climatique d’origine humaine.
Bon à savoir. On parle d’« attribution rapide » parce que ces analyses paraissent désormais quelques jours ou semaines après l’événement, contre plusieurs années auparavant. Cette accélération doit beaucoup au réseau World Weather Attribution (WWA), collaboration internationale fondée en 2014 par Friederike Otto et Geert Jan van Oldenborgh. Friederike Otto, aujourd’hui à l’Imperial College, figure d’ailleurs dans l’équipe de l’étude 2026.
Étape 2 — l’attribution de mortalité : combien de décès la chaleur a-t-elle causés ?
La seconde question relève de l’attribution de mortalité, un travail d’épidémiologie très différent. Ici, on ne compte pas les corps : on modélise. À partir de registres historiques de mortalité et de méthodes validées par les pairs, les chercheurs établissent des courbes température-mortalité : à chaque niveau de température correspond un surcroît de risque de décès, mesuré sur les données du passé.
On applique ensuite ces courbes aux températures réellement observées pendant les canicules de 2026. On obtient une estimation du nombre total de décès liés à la chaleur — les quelque 2 700. Puis on combine ce calcul avec l’étape 1 : on refait la même opération pour le monde « sans » réchauffement humain, c’est-à-dire avec 3 à 4 °C de moins. La différence entre les deux scénarios donne la fraction attribuable au réchauffement d’origine humaine — les quelque 42 %.
D’où une distinction à ne jamais confondre : rendre la chaleur plus intense de 3 à 4 °C (résultat de l’étape 1) n’est pas la même chose que la part des décès imputable à ce surcroît de chaleur (42 %, résultat de l’étape 2). Ce sont deux résultats de deux modèles combinés. Chaque étape comporte ses propres incertitudes, ce qui explique l’emploi systématique des « environ » et des « plus de » : les estimations s’accompagnent d’intervalles de confiance, et non d’une valeur unique.
Et en France ? Ce que disent les chiffres
L’étude porte sur le Royaume-Uni, mais la France vit un été comparable. Le 13 juillet 2026, le pays connaît sa troisième vague de chaleur de l’année : 37 départements sont placés en vigilance rouge canicule par Météo-France, d’autres l’ayant été en vigilance orange en début d’épisode. Les canicules meurtrières comptent parmi les impacts du changement climatique les plus directs sur la santé.
Le mois précédent avait déjà marqué les esprits. Selon les premières estimations de Santé publique France, non encore consolidées, le 23 juin 2026 a été le jour le plus chaud jamais enregistré au niveau national, battant le record de 2003 ; plus de 1 200 décès toutes causes ont été observés le 24 juin, et plus de 1 400 par jour les 25 et 26 juin, avec environ 1 000 décès supplémentaires estimés depuis le 24 juin. Ces données restent provisoires : elles proviennent d’une surveillance réactive qui ne capte qu’une partie de la mortalité nationale, et seront révisées.
Pour mettre ces ordres de grandeur en perspective, deux épisodes de référence. L’été 2003 reste le plus lourd : environ 15 000 décès en excès, dont 14 802 entre le 1er et le 20 août (41 621 décès observés contre 26 819 attendus), selon le rapport de l’INSERM. Plus près de nous, l’été 2023 a été associé à plus de 5 000 décès attribuables à la chaleur, soit plus de 3 % des décès observés, d’après le bilan de Santé publique France. De façon récurrente, la chaleur représente 7 à 12 % de la mortalité pendant les vagues de chaleur, une proportion stable depuis 2017. À l’échelle du continent, plus de 10 000 décès en surmortalité ont par ailleurs été rapportés en Europe lors des vagues de fin juin, dont environ 9 000 chez les personnes de 65 ans et plus.
Attention. Royaume-Uni et France ne sont pas comparables terme à terme. L’étude du 13 juillet concerne l’Angleterre et le pays de Galles ; les chiffres français proviennent d’autres organismes (INSERM, Santé publique France), avec d’autres méthodes et d’autres périmètres géographiques et temporels. Il ne faut ni additionner ces bilans, ni les mettre en balance directe.
Se protéger : les gestes qui comptent
Cet article ne délivre aucun conseil médical personnalisé : en cas de doute sur votre état de santé ou celui d’un proche, référez-vous aux sources officielles et à un professionnel de santé. Les recommandations ci-dessous reprennent les messages de prévention diffusés par Santé publique France et le dispositif national canicule.
- Canicule info service : 0 800 06 66 66 (numéro vert, appel gratuit ; horaires précisés sur les supports officiels).
- En cas de malaise, appelez le 15 (SAMU).
- Buvez de l’eau régulièrement, à température ambiante, sans attendre d’avoir soif ; évitez l’alcool, le café, les sodas et les boissons sucrées.
- Passez plusieurs heures par jour dans un lieu frais : domicile, parcs ombragés, cinémas, piscines, magasins ; utilisez brumisateur et ventilateur, prenez des douches à température ambiante.
- Veillez sur les personnes à risque : personnes âgées, nourrissons, malades chroniques, femmes enceintes ; prenez régulièrement de leurs nouvelles.
Bon à savoir. Pour connaître les niveaux de vigilance en cours, suivez la carte de Météo-France ; pour les consignes détaillées et actualisées, consultez le dossier chaleur et santé de Santé publique France. La vigilance rouge est le niveau maximal : elle signale une canicule exceptionnelle, longue ou intense, avec des effets sanitaires possibles au-delà des seules personnes fragiles.
FAQ — science de l’attribution et canicule
Les 2 700 morts sont-ils des décès réellement constatés ?
Non. Ce sont des estimations issues de modèles statistiques (courbes température-mortalité) croisés avec des simulations climatiques, et non un décompte de certificats de décès. L’agence sanitaire britannique (UKHSA) le rappelle explicitement : il ne s’agit pas d’une mesure de la mortalité observée, mais d’un ordre de grandeur assorti d’incertitudes.
Quelle différence entre attribution climatique et attribution de mortalité ?
L’attribution climatique mesure de combien le réchauffement d’origine humaine a rendu la chaleur plus intense et plus probable (ici 3 à 4 °C de plus). L’attribution de mortalité estime combien de décès cette chaleur a causés (environ 2 700) et quelle part revient au réchauffement humain (environ 42 %). Ce sont deux modélisations distinctes que l’on combine.
Qu’est-ce que l’attribution rapide ?
C’est une méthode qui permet de publier ces analyses quelques jours ou semaines après un événement extrême, contre plusieurs années auparavant. Elle a été popularisée par le réseau international World Weather Attribution, fondé en 2014 par Friederike Otto et Geert Jan van Oldenborgh.
Combien de morts la canicule de 2003 a-t-elle causés en France ?
Environ 15 000 décès en excès, dont 14 802 entre le 1er et le 20 août selon le rapport de l’INSERM. À titre de comparaison, l’été 2023 a été associé à plus de 5 000 décès attribuables à la chaleur, d’après Santé publique France.
Que faire pendant une canicule ?
Suivez les recommandations officielles : hydratez-vous régulièrement, restez au frais plusieurs heures par jour, veillez sur les proches vulnérables. En cas de besoin, appelez Canicule info service au 0 800 06 66 66, et le 15 en cas de malaise. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Que signifie la vigilance rouge canicule ?
La vigilance rouge est le niveau maximal du dispositif de Météo-France. Elle signale une canicule exceptionnelle, très longue ou très intense, dont les effets sanitaires peuvent toucher l’ensemble de la population, et plus seulement les personnes fragiles. Suivez alors les consignes des autorités locales et la carte de vigilance.