En juin 2026, le solaire a fourni 25 % de l’électricité de l’Union européenne, soit 52 TWh : un record, car c’est la première fois qu’une seule source atteint le quart du mix électrique mensuel des Vingt-Sept. Ce chiffre provient du rapport mensuel du think tank britannique Ember, publié le 14 juillet 2026. Sur le mois, le solaire est même devenu la première source d’électricité de l’UE, devant le nucléaire. Ce cap symbolique appelle deux clés de lecture que nous vous proposons ici : d’abord distinguer un record de part d’un record de production, deux notions souvent mélangées ; ensuite corriger une idée reçue tenace, celle selon laquelle « la canicule dope les panneaux ». Comme vous le verrez, c’est le soleil d’été qui fait les records, pas la chaleur.
Ce qu’a annoncé Ember : 25 % du mix, 52 TWh, première source de l’UE
Selon Ember, le solaire a représenté 25 % de l’électricité produite dans l’Union européenne en juin 2026, un niveau jamais atteint par une source unique sur un mois complet. Le think tank chiffre cette production record à 52 TWh sur le seul mois de juin. Ces données s’appuient sur les relevés de la plateforme European Electricity data, elle-même alimentée par les chiffres du gestionnaire de réseau européen ENTSO-E. L’analyse est signée Chris Rosslowe, analyste énergie senior chez Ember.
Sur ce mois de juin, le solaire est passé devant toutes les autres sources du mix européen. Le tableau ci-dessous récapitule la répartition relevée par Ember.
| Source | Part du mix |
|---|---|
| Solaire | 25 % (record) |
| Nucléaire | 21 % |
| Gaz | 15 % |
| Éolien | 14 % |
| Hydraulique | 12 % |
| Charbon | 8 % |
Une précision s’impose sur l’expression « première source ». Le fait que le solaire arrive en tête du mix mensuel de l’UE n’est pas totalement inédit : selon les reprises du rapport, juin 2026 serait le troisième mois où le solaire domine le mix européen. Ce qui est réellement une première, c’est le franchissement du seuil de 25 % par une source unique, et non le simple fait d’être en tête. Il faut donc lire « record » comme un record de niveau, pas comme un premier passage en tête.
Une ascension « stratosphérique » : la citation d’Ember
Chris Rosslowe, qui signe l’analyse pour Ember, résume ainsi cette trajectoire :
« L’ascension du solaire a été véritablement stratosphérique, déjouant prévision après prévision. En quelques années à peine, le solaire est passé d’acteur secondaire à composante essentielle du système électrique européen, alors que gouvernements et citoyens recherchent des sources d’énergie domestiques peu coûteuses et rapides à installer. »
Selon Ember, le moteur de cette montée en puissance tient donc à la recherche de sources d’électricité produites sur le territoire, à faible coût et déployables rapidement.
Record de part contre record de production : deux choses à ne pas confondre
C’est le point de vigilance central de ce dossier. En juillet 2026, deux séries de records solaires ont été annoncées à quelques jours d’intervalle, mais elles ne mesurent pas la même chose et ne se déduisent pas l’une de l’autre.
Un record de part mesure un poids relatif : c’est le pourcentage que le solaire pèse dans le mix électrique. Les 25 % de juin 2026 sont une part, à l’échelle de toute l’Union européenne, sur un mois entier. Un record de production, lui, mesure une quantité d’énergie. Cette quantité peut s’exprimer à l’échelle mensuelle et européenne — les 52 TWh de juin — ou à l’échelle quotidienne et nationale, en gigawattheures (GWh), comme les pics journaliers relevés pays par pays début juillet.
Il n’existe aucune relation de pourcentage entre ces deux registres. Les 25 % sont un agrégat portant sur les 27 États membres et sur un mois ; les 199, 277, 167 ou 494 GWh sont des pointes journalières atteintes par un seul pays en une seule journée. Écrire « la France a produit 199 GWh, soit 25 % » serait un contresens : on comparerait une quantité nationale d’un jour à une part européenne d’un mois.
Bon à savoir. Part et production ne se comparent pas. 25 % est un pourcentage à l’échelle de toute l’UE sur un mois ; 199 GWh est une quantité produite par un seul pays en une seule journée. Les deux records sont réels, mais ils ne se déduisent pas l’un de l’autre.
Autre distinction utile : « UE » n’est pas « pays ». Les 25 % sont une moyenne des Vingt-Sept ; les parts nationales s’écartent fortement de cette moyenne, comme nous le verrons plus loin.
Les records quotidiens de production, pays par pays (début juillet 2026)
Ces records journaliers proviennent des données du bureau d’analyse AleaSoft Energy Forecasting, relayées par pv magazine le 14 juillet 2026. Ils sont tombés au début de l’été, pendant et juste après une vague de chaleur. Rappelons-le : ce sont des quantités produites en une journée, exprimées en GWh, et non des pourcentages.
| Pays | Record quotidien | Date | Statut |
|---|---|---|---|
| France | 199 GWh | 6 juillet 2026 | record absolu |
| Espagne | 277 GWh | 8 juillet 2026 | record absolu |
| Italie | 167 GWh | 10 juillet 2026 | record absolu |
| Allemagne | 494 GWh | 10 juillet 2026 | 2e niveau historique / record de juillet |
| Portugal | 34 GWh | 7 juillet 2026 | record de juillet |
Pourquoi le solaire bat des records en été (et le paradoxe de la chaleur)
Voici le second point à bien saisir. Il est tentant de relier ces records à la canicule de début juillet. C’est pourtant une erreur : le solaire produit beaucoup en été à cause de la lumière, pas de la température.
Les jours longs et l’ensoleillement : la vraie raison
Autour du solstice d’été, vers le 21 juin, les jours sont les plus longs de l’année : la durée d’ensoleillement quotidienne est maximale. Le soleil monte aussi plus haut dans le ciel, ce qui améliore l’angle sous lequel ses rayons frappent les panneaux et réduit l’épaisseur d’atmosphère traversée. Résultat, l’irradiance — la quantité de lumière reçue par mètre carré — est élevée, et elle l’est sur une plage horaire plus large.
Cette mécanique explique logiquement que les productions journalières comme les parts mensuelles culminent de mai à juillet. Elle est cohérente à la fois avec les records de part relevés par Ember — 23 % en mai, 25 % en juin — et avec les pics quotidiens du début d’été. Le point commun de tous ces records, c’est la lumière, pas le thermomètre.
La chaleur, elle, fait baisser le rendement des cellules
C’est là que se niche le paradoxe. Contrairement à l’intuition, une cellule photovoltaïque au silicium cristallin perd en rendement lorsque sa température dépasse les 25 °C de référence, c’est-à-dire les conditions dites STC (Standard Test Conditions) qui servent à mesurer la puissance d’un module.
Cette perte se quantifie par le coefficient de température, une donnée technique négative comprise en général entre −0,30 et −0,45 %/°C pour le silicium cristallin, avec une valeur courante autour de −0,35 %/°C ; les modules haut de gamme descendent jusqu’à environ −0,29 %/°C, selon les fiches techniques de spécialistes comme Jade Technologie ou guidenr.fr. Concrètement, chaque degré gagné par la cellule au-delà de 25 °C lui fait perdre une fraction de sa puissance.
En pleine canicule, un module posé en toiture peut monter à 60-65 °C. À titre d’ordre de grandeur — et non de mesure officielle, car ces valeurs proviennent de blogs spécialisés et non d’institutions —, une telle surchauffe correspond à une perte de puissance instantanée de l’ordre de 10 à 15 % par rapport aux conditions optimales. Un panneau de 450 Wc doté d’un coefficient de −0,29 %/°C et porté à 60 °C perdrait ainsi autour de 10 % de puissance, soit environ 404 W. Attention à ne pas confondre cet ordre de grandeur, indicatif, avec le coefficient technique lui-même, qui est une donnée standard.
Le message à retenir tient en une phrase : les records solaires de l’été surviennent malgré la chaleur, pas grâce à elle. Ce sont la durée du jour et l’ensoleillement qui les portent ; la chaleur extrême, elle, érode même une part du gisement en abaissant le rendement des cellules. Aucune source ne dit que la canicule aurait « causé » les records — il ne faut donc pas l’écrire. Pour aller plus loin sur ce mécanisme, vous pouvez consulter nos guides consacrés à la performance de l’énergie solaire et aux conseils sur l’efficacité des panneaux solaires, ainsi que notre explication du principe des cellules photovoltaïques.
Attention. Idée reçue à corriger : non, la canicule ne « booste » pas vos panneaux. Le soleil d’été, oui — mais au-delà de 25 °C de température de cellule, chaque degré supplémentaire grignote le rendement, de l’ordre de 0,3 à 0,4 % par °C.
Allemagne, Espagne, Pologne : les moteurs nationaux du record
Derrière la moyenne européenne de 25 %, les situations nationales divergent nettement. Ces parts sont des poids relatifs propres à chaque pays, situés au-dessus ou en dessous de la moyenne de l’UE. Selon Ember, repris par Euronews, trois pays tirent le record de juin 2026 :
- Allemagne : 36 % du mix électrique, contre 33 % en mai 2026 ; c’est la première fois que le solaire y dépasse le tiers de l’électricité.
- Espagne : 34 %, également au-dessus du tiers pour la première fois.
- Pologne : 24 %, une trajectoire spectaculaire : le pays est passé de 2 GW de capacité photovoltaïque en 2020 à 23 GW en 2025.
Le cas polonais illustre un basculement rapide. Selon L’Énergeek, qui cite Maria Niewierko, du think tank Energy Forum, le quasi-blocage réglementaire de l’éolien terrestre en Pologne depuis 2016 a poussé le pays à miser massivement sur le solaire, d’où son essor éclair.
Cette photographie de juin s’inscrit dans une dynamique de fond. En juin 2021, le solaire ne couvrait que 10 % du mix européen, soit 21 TWh. Entre 2021 et 2025, sa production a crû de plus de 20 % par an — la croissance la plus rapide de toutes les sources d’électricité de l’UE —, et 65,1 GW de nouvelles capacités solaires ont été ajoutés dans l’Union pour la seule année 2025.
Et la France dans tout ça ? Le solaire dans le mix national
Pour ancrer ces chiffres européens dans le contexte français, on peut se tourner vers le Bilan électrique 2025 de RTE, le gestionnaire du réseau de transport. Les données ci-dessous, issues de reprises de ce bilan, sont à considérer sous réserve de confirmation à la source.
Selon ces reprises, la capacité solaire installée en France atteindrait 30,4 GW fin 2025, en hausse de 5,9 GW sur l’année — un niveau qui aurait dépassé celui de l’hydraulique (25,7 GW). La production solaire française s’établirait à 32,9 TWh en 2025, soit 8,1 TWh de plus qu’un an plus tôt. Pour autant, le solaire resterait minoritaire à l’année : sa part aurait avoisiné 10 % de la production française en juin 2025, dans un mix encore largement dominé par le nucléaire. À l’échelle de l’année, l’électricité bas-carbone française — nucléaire et renouvelables réunis — aurait représenté 95,2 % du mix, soit 521,1 TWh, un record.
Cette montée en puissance du solaire pose, en France comme ailleurs, la question de son intégration au réseau : les pics de production de la mi-journée peuvent conduire à des écrêtements, c’est-à-dire à brider temporairement la production quand l’offre dépasse la demande. Nous ne développons pas ce point ici ; il rejoint le débat plus large sur les intérêts et limites des énergies renouvelables.
FAQ — record solaire européen de juin 2026
Quelle part de l’électricité de l’UE le solaire a-t-il fournie en juin 2026 ?
En juin 2026, le solaire a couvert 25 % de l’électricité de l’Union européenne, soit 52 TWh, selon le think tank Ember (rapport du 14 juillet 2026). C’est un record : jamais une source unique n’avait atteint le quart du mix mensuel de l’UE.
Le solaire est-il la première source d’électricité en Europe ?
En juin 2026, le solaire a été la première source du mix mensuel de l’UE, devant le nucléaire. Selon les reprises du rapport Ember, ce serait le troisième mois où c’est le cas ; la véritable première, c’est le franchissement du seuil de 25 % par une source unique.
La canicule augmente-t-elle la production solaire ?
Non. Les records solaires de l’été sont dus aux jours longs et à l’ensoleillement autour du solstice, pas à la chaleur. Au contraire, la température élevée fait baisser le rendement des cellules photovoltaïques : les pics de début juillet 2026 sont tombés malgré la vague de chaleur, pas grâce à elle.
Qu’est-ce que le coefficient de température d’un panneau solaire ?
C’est la perte de rendement d’une cellule pour chaque degré au-delà des 25 °C de référence. Pour le silicium cristallin, il est négatif et compris en général entre −0,30 et −0,45 %/°C (souvent autour de −0,35 %/°C). Plus la cellule chauffe, moins elle produit.
Quels pays européens mènent la course au solaire ?
En juin 2026, l’Allemagne a atteint 36 % de solaire dans son mix, l’Espagne 34 % et la Pologne 24 %, selon Ember (via Euronews). Ces parts nationales s’écartent fortement de la moyenne européenne de 25 %.
Quelle est la part du solaire en France ?
Selon des reprises du Bilan électrique 2025 de RTE, à confirmer à la source, le solaire aurait représenté environ 10 % de la production française en juin 2025, avec 30,4 GW installés fin 2025 et 32,9 TWh produits sur l’année. Il reste minoritaire dans un mix dominé par le nucléaire.
Quelle différence entre un record de part et un record de production ?
La part est un pourcentage du mix : 25 % pour l’UE en juin. La production est une quantité d’énergie : 52 TWh sur le mois dans l’UE, ou des GWh par jour et par pays. Les deux records sont réels mais ne se comparent pas et ne se déduisent pas l’un de l’autre.
Ce qu’il faut retenir
Avec 25 % du mix en juin 2026, le solaire a franchi un cap symbolique à l’échelle de l’Union européenne, porté par une dynamique de croissance sans équivalent parmi les sources d’électricité. Gardez en tête les deux clés de lecture de ce record : une part (25 % à l’échelle de l’UE, sur un mois) n’est pas une production (52 TWh dans l’UE, ou des GWh journaliers par pays), et le soleil d’été n’est pas la chaleur — ce sont les jours longs qui font les records, tandis que la canicule érode le rendement des cellules. Reste, derrière la performance, l’enjeu de fond : intégrer au réseau une production de plus en plus abondante à la mi-journée.