Le 24 juillet 2026, l’armée de l’Air et de l’Espace a annoncé déployer un A400M transformé en bombardier d’eau pour épauler la Sécurité civile face aux incendies, dans le cadre du protocole interministériel Héphaïstos. La formation des équipages a débuté le 20 juillet, pour des premiers engagements attendus « sous une dizaine de jours ». Derrière ce renfort militaire se cache une réalité industrielle : les Canadair CL-415, colonne vertébrale de la flotte française, ne sont plus produits depuis 2015. Comment combat-on un feu vu du ciel, et qui prendra la relève de ces avions rouge et jaune ? Décryptage.
Ce qui se passe : l’armée sort l’A400M contre les incendies
L’A400M, l’avion de transport militaire d’Airbus, peut larguer 20 tonnes de produit retardant (soit 20 000 litres) en moins de dix secondes, d’un seul tenant. C’est ce qu’indiquent trois sources concordantes (opex360, 23 juillet ; Futura-Sciences et Epoch Times, 24 juillet 2026). Pour ce faire, l’appareil vole à basse altitude, environ 150 pieds (45 mètres), à faible vitesse, autour de 125 nœuds (230 km/h), selon les paramètres détaillés par opex360.
Attention toutefois à ne pas y voir un « super-Canadair ». Son rôle est préventif : il largue du retardant, comme l’explique opex360, « en amont des feux afin de sécuriser les zones les plus vulnérables ». Il ne noie donc pas les flammes. En termes de capacité, une passe d’A400M équivaut à environ deux Dash 8 (Epoch Times, opex360) ou trois Canadair (Futura) : deux ordres de grandeur qu’il faut lire séparément, sans les additionner.
Le communiqué de l’armée de l’Air et de l’Espace précise le cadre : « L’A400M viendra renforcer l’opération Sentinelle de lutte contre les feux de forêts intégrée au protocole interministériel Héphaïstos » (via opex360, 23 juillet 2026). Ce renfort s’ajoute à une Brigade militaire de sécurité civile (BMSC) déjà très mobilisée : selon Epoch Times (24 juillet, source unique), environ 600 sapeurs-sauveteurs sur 1 700 sont engagés, avec 3 hélicoptères militaires prépositionnés et 4 sous-groupements du génie, en opération continue depuis le 30 juin.
Le commandant de cette brigade, le général Pierre de Villeneuve, résume une tendance de fond : « nous intervenons de plus en plus vers le nord » (Epoch Times, 24 juillet 2026). Un signe que la carte des feux se redessine. Côté gouvernement, Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, se veut rassurante : « Pour le moment, les besoins sont couverts. »
Bon à savoir — Pourquoi un avion militaire ? Le temps que la flotte civile se renouvelle, l’armée fournit un renfort d’appoint. L’A400M apporte une capacité d’emport très supérieure pour « fixer » de grandes zones en préventif, là où les Canadair enchaînent des largages d’eau directs sur le front des flammes. Comme le résume le chef de bataillon Philippe Micouraud, officier de la BMSC, l’objectif militaire n’est pas d’attaquer le feu mais de « relayer les pompiers civils ».
Pour comprendre : comment un avion combat-il un feu de forêt ?
Il n’existe pas un seul type de bombardier d’eau, mais trois familles de moyens qui ne font pas le même travail. Confondre eau et retardant est l’erreur la plus fréquente.
Les hydravions écopeurs : l’eau puisée en vol
C’est le principe de l’écopage. L’hydravion amphibie rase un plan d’eau (lac, mer, retenue) pendant quelques secondes, remplit ses réservoirs sans se poser, puis va larguer cette eau directement sur les flammes. L’avantage : des rotations rapides lorsqu’un point d’eau se trouve à proximité. Le Canadair CL-415 emporte ainsi environ 6 tonnes d’eau (près de 6 100 litres) par largage, selon Futura et le constructeur Hynaero. Appartiennent à cette famille le Canadair, son successeur le DHC-515, et les projets français Frégate-F100 et FF72.
Les avions largueurs de retardant : l’action préventive
Ces avions, basés à terre, larguent du retardant : un produit souvent à base de phosphates d’ammonium, teinté en rouge ou orangé, qui ralentit la combustion de la végétation. On le dépose en ligne devant le feu, en préventif, pour « fixer » un front, avant un ravitaillement au sol sur des installations appelées pélicandromes. Le Dash 8 Q400 emporte environ 10 tonnes de retardant, l’A400M jusqu’à 20 tonnes. Le point clé : le retardant n’éteint pas, il retarde. Il complète l’eau, il ne la remplace pas.
Les hélicoptères : précision et zones difficiles
Les hélicoptères emportent l’eau dans un réservoir ventral ou dans un seau souple, le fameux Bambi Bucket, d’environ 800 litres (source unique). Leur volume est faible, mais ils offrent une précision et un accès aux reliefs où aucun avion ne peut passer.
Attention — Eau ou retardant ? On parle par commodité de « bombardier d’eau » pour tous ces appareils, mais l’A400M et le Dash 8 larguent en réalité du retardant en préventif. Seuls les écopeurs amphibies (Canadair, DHC-515, Frégate-F100, FF72) puisent et larguent de l’eau sur le feu lui-même.
| Appareil | Charge / largage | Eau ou retardant | Mise en service |
|---|---|---|---|
| Hélicoptère (Bambi Bucket) | ≈ 0,8 t (800 L) | Eau | En service |
| Air Tractor AT-802 « Fireboss » | ≈ 3 t | Eau | En service |
| Canadair CL-415 | ≈ 6 t | Eau (écopage) | En service (production arrêtée en 2015) |
| Positive Aviation FF72 | 8 t | Eau (écopage) | Visée en 2029 |
| Dash 8 Q400 | ≈ 10 t | Retardant | En service |
| Hynaero Frégate-F100 | 10 t | Eau (écopage) | 2031 / fin 2032 (à confirmer) |
| DHC-515 | Ordre du CL-415 | Eau (écopage) | 2028 / 2032-2033 (à confirmer) |
| A400M (militaire) | 20 t | Retardant | Déploiement en juillet 2026 |
Pourquoi renouveler la flotte ? Des Canadair vieillissants
La flotte aérienne de la Sécurité civile, gérée par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) et basée à Nîmes-Garons, comptait en juillet 2026, selon un recoupement de sources (opex360, Futura, meretmarine) : 12 Canadair CL-415, 8 Dash 8 Q400, 6 Air Tractor AT-802, 3 Beechcraft King Air 200 de reconnaissance, et une trentaine d’hélicoptères (un décompte concurrent avance une quarantaine d’appareils, selon le périmètre retenu).
Le problème central est connu : le CL-415 n’est plus produit depuis 2015 (Futura, 24 juillet 2026). Les douze exemplaires français vieillissent donc sans chaîne de production active pour les remplacer à l’identique. Or la pression monte : les mégafeux, qui s’intensifient avec le réchauffement climatique, remontent vers le nord et allongent la saison à couvrir, comme le soulignait le général de Villeneuve.
Le renouvellement est engagé. Début juin 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a signé la commande de 2 DHC-515, le successeur direct du CL-415 chez De Havilland Canada, pour une livraison annoncée en 2032-2033 (meretmarine). Futura évoque de son côté « deux premiers DHC-515 en 2028 » : il s’agit probablement de lots distincts, et cette divergence de calendrier reste à confirmer.
Les bombardiers d’eau de demain : trois programmes à suivre
Le DHC-515, l’héritier direct du Canadair
Construit par De Havilland Canada, le DHC-515 reprend la formule amphibie du CL-415 : même constructeur, même logique d’écopage. La France en a commandé deux exemplaires en 2026. Son calendrier de livraison reste incertain, entre 2028 et 2032-2033 selon les sources. C’est l’héritier « officiel », mais son arrivée progressive laisse le champ ouvert aux alternatives françaises.
La Frégate-F100 de Hynaero, le pari français
La start-up Hynaero développe un écopeur capable d’emporter 10 tonnes d’eau par largage (contre environ 6 tonnes pour un Canadair), à une vitesse de croisière de 250 nœuds (près de 460 km/h), avec un écopage sur environ 800 mètres et une autonomie supérieure à quatre heures. Basé à Istres, assemblé initialement à Bordeaux-Mérignac et motorisé par des Pratt & Whitney Canada PW150, l’appareil est soutenu par BPI France et la Région Sud dans le cadre de France 2030. Le programme, évalué à environ 1 milliard d’euros, s’appuie sur une levée de 117 millions d’euros (source unique) et 27 lettres d’intention d’achat. Sa mise en service est visée pour 2031 par Hynaero, tandis que la presse évoque plutôt fin 2032 : une échéance encore à confirmer.
Le FF72 de Positive Aviation, l’ATR reconverti
La start-up toulousaine Positive Aviation (fondée en 2024, dirigée par Laurent Schmitt) transforme un ATR 72 en hydravion amphibie : le FF72 écope 8 000 litres (8 tonnes) en une douzaine de secondes en rasant un plan d’eau. Ses flotteurs de 17 mètres, pesant 1,2 tonne chacun, sont fabriqués par Multiplast et conçus pour résister à un écopage à environ 180 km/h. Le carnet de commandes atteint 700 millions d’euros avec l’opérateur américain Bridger Aerospace (10 commandes fermes et 10 options). Le calendrier prévoit des essais en vol début 2027, une certification visée fin 2028 et une entrée en service pour la saison des feux 2029.
La « fin des Canadair » n’est donc pas un abandon, mais une transition : le DHC-515 en héritier, la Frégate-F100 et le FF72 en challengers français, l’A400M en renfort d’appoint le temps que la relève arrive. Une accélération industrielle qui suit celle de l’évolution de la conception des avions, portée par l’urgence de mégafeux toujours plus étendus. Les calendriers, eux, restent à confirmer.
FAQ — Bombardiers d’eau et avions anti-feu
Quelle est la différence entre l’eau et le retardant largués par les avions ?
L’eau est larguée directement sur les flammes pour les éteindre : ce sont les hydravions écopeurs comme le Canadair qui la puisent en vol. Le retardant, à base de phosphates d’ammonium, est posé en préventif devant le feu pour ralentir la combustion. Il ne l’éteint pas, il le retarde. Le Dash 8 et l’A400M larguent du retardant.
Comment un Canadair remplit-il ses réservoirs d’eau ?
Par écopage. Cet hydravion amphibie rase un plan d’eau (lac, mer, retenue) pendant quelques secondes et remplit ses réservoirs sans se poser. Le Canadair CL-415 emporte environ 6 tonnes d’eau, soit près de 6 100 litres, par largage, selon Futura et le constructeur Hynaero.
Combien de Canadair la France possède-t-elle en 2026 ?
La Sécurité civile aligne 12 Canadair CL-415 en juillet 2026, selon un recoupement de sources (opex360, Futura, meretmarine). La flotte compte aussi 8 Dash 8 Q400, 6 Air Tractor AT-802, 3 Beechcraft King Air 200 et une trentaine d’hélicoptères, basés à Nîmes-Garons.
Pourquoi ne fabrique-t-on plus de Canadair ?
La production du Canadair CL-415 est arrêtée depuis 2015 (Futura, 24 juillet 2026). Les exemplaires en service vieillissent sans chaîne de fabrication active. C’est pourquoi la France a commandé son successeur, le DHC-515 de De Havilland Canada, et soutient des programmes français comme la Frégate-F100 et le FF72.
Qu’est-ce que l’A400M bombardier d’eau et que peut-il faire ?
C’est l’avion de transport militaire d’Airbus adapté pour larguer 20 tonnes de retardant en moins de dix secondes, en préventif. Déployé le 24 juillet 2026 dans le cadre du protocole Héphaïstos, il sert à sécuriser de grandes zones. Ce n’est pas un super-Canadair : il largue du retardant, pas de l’eau sur les flammes.
Quels avions vont remplacer les Canadair ?
Trois programmes se dessinent : le DHC-515 de De Havilland Canada, successeur direct du CL-415 (2 commandés par la France) ; la Frégate-F100 de la start-up française Hynaero (10 tonnes d’eau) ; et le FF72 de Positive Aviation, un ATR 72 reconverti (8 tonnes d’eau). Leurs calendriers restent à confirmer.
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