Le 30 juillet 2026, la revue Science a publié en accès libre une étude décrivant TRACE, méthode mise au point à l’université de Californie à Berkeley et à l’université Johns Hopkins. Elle repère, dans le génome de personnes vivantes, des fragments hérités de populations éteintes dont on n’a aucun génome de référence. Deux lignées « fantômes » en ressortent, sans le moindre fossile connu. La première s’est croisée avec nos ancêtres en Afrique et se retrouve chez toutes les populations testées, à hauteur de 0,5 à 1,1 % du génome. La seconde, dite super-archaïque, ne s’est jamais croisée avec Homo sapiens : elle est passée par les Dénisoviens et n’apparaît que chez les Océaniens.

Ce que l’étude publiée dans Science a trouvé

L’article, intitulé Recovering signatures of archaic hominin introgression using ancestral recombination graphs, est paru en First Release le 30 juillet 2026 (DOI 10.1126/science.aef8874). Il est signé Yulin Zhang (Berkeley) et Arjun Biddanda (Johns Hopkins), co-premiers auteurs, Sarah A. Johnson, Colm O’Dushlaine et Priya Moorjani, autrice senior. Une préimpression circulait sur bioRxiv depuis le 4 mars 2026, soit près de cinq mois de relecture par les pairs.

L’analyse principale porte sur 503 génomes complets phasés issus du 1000 Genomes Project — et non sur la totalité de ce catalogue, qui compte 2 504 individus. Pour la partie super-archaïque, 92 génomes océaniens ont été ajoutés : 25 de Papouasie-Nouvelle-Guinée, 67 du Vanuatu et des îles Santa Cruz.

Premier résultat : une lignée archaïque inconnue représente 0,5 à 1,1 % du génome selon les populations, et elle est détectée chez les Africains comme chez les non-Africains. Le métissage est antérieur à la sortie d’Afrique : il remonte à plus de 50 000 ans, selon le communiqué de UC Berkeley du 30 juillet 2026. Le temps de coalescence avec la lignée humaine moderne est estimé à environ 0,83 million d’années, mais les auteurs concluent plus prudemment à une divergence « de plus de 500 000 ans ».

Second résultat : une lignée dite super-archaïque, détectée uniquement chez les Océaniens, et uniquement à l’intérieur des segments dénisoviens de leur génome. Elle pèse environ 0,3 % de l’ascendance dénisovienne détectée chez eux, soit de l’ordre de 0,002 % du génome — une valeur que l’article qualifie explicitement de borne inférieure très conservatrice. Son temps de coalescence est estimé à environ 1,77 million d’années. Au total, rappelle Yulin Zhang dans le communiqué de Berkeley, l’ADN archaïque représente environ 2 % du génome humain moderne.

« Les généalogies conservent la trace de notre passé évolutif. TRACE reconstruit ces histoires à travers le génome. En identifiant des régions dont l’ascendance remonte anormalement loin dans le temps, nous pouvons mettre au jour les contributions génétiques de populations humaines éteintes, même en l’absence d’ADN ancien », explique Priya Moorjani dans le communiqué de son université (toutes les citations de cet article sont traduites de l’anglais).

Attention — deux fantômes, deux statuts très différents. La première lignée s’est croisée directement avec les ancêtres d’Homo sapiens, en Afrique : tous les humains vivants en portent une trace. La seconde ne s’est jamais croisée avec nous. Elle s’est mêlée aux Dénisoviens, probablement il y a plus de 200 000 ans, et ce sont eux qui en ont transmis quelques fragments aux ancêtres des Océaniens. Sa contribution est environ mille fois plus faible que celle de la première.

Pour comprendre : qu’est-ce qu’une population « fantôme » ?

Une population fantôme est une population ancienne dont on ne possède ni fossile ni ADN, mais dont les modèles génétiques exigent l’existence pour rendre compte de ce que l’on observe chez les vivants. Le mot n’est pas une image de journaliste : ghost lineage est le terme consacré des généticiens, et il figure tel quel dans le résumé de l’article de Science.

L’étude distingue deux notions. Les lignées fantômes désignent au sens large toute population archaïque non échantillonnée ayant contribué aux génomes actuels. L’ascendance super-archaïque désigne, elle, les contributions de lignées ayant divergé avant l’ancêtre commun des humains modernes et des Néandertaliens ou Dénisoviens.

Néandertal et Denisova, eux, ne sont pas des fantômes : on peut relier leur signature génétique à des ossements. Des centaines d’individus néandertaliens ont été exhumés depuis 1856 ; côté dénisovien, les restes se comptent sur les doigts d’une main — la phalange Denisova 3, séquencée en 2010, la mâchoire de Xiahe au Tibet, la mandibule Penghu 1 à Taïwan. Comme l’écrivait le paléoanthropologue John Hawks le 14 mai 2025, bien avant cette étude : « Les Néandertaliens et les Dénisoviens, parfois appelés archaïques, ne sont pas des fantômes. Nous pouvons relier leurs signatures génétiques à leurs restes physiques. »

Ces populations invisibles ne datent pas de 2026. Dès 2006, Vincent Plagnol et Jeffrey Wall en repèrent un premier signal : environ 5 % du génome ouest-africain issu d’un groupe très divergent. En 2020, Arun Durvasula et Sriram Sankararaman estiment dans Science Advances que les populations ouest-africaines tirent 2 à 19 % de leur ascendance d’une population archaïque ayant divergé avant la séparation entre Néandertaliens et humains modernes. Et il arrive qu’un fantôme finisse par être démasqué : la lignée nord-africaine profonde inférée à partir des restes de Taforalt, au Maroc, a été identifiée en 2025 grâce aux squelettes de Takarkori, en Libye, vieux d’environ 7 000 ans, qui en portent plus de 90 % de l’ascendance.

Une précision s’impose : un fantôme n’est pas une espèce. Les auteurs parlent de « population archaïque inconnue », d’« hominines non caractérisés », de « population archaïque non échantillonnée ». On ignore leur anatomie, leurs effectifs, leur localisation.

Comment repérer un ancêtre dont il ne reste aucun os

Pourquoi l’ADN ancien ne suffira jamais

Six génomes archaïques à haute couverture seulement ont été publiés à ce jour : quatre Néandertaliens et deux Dénisoviens, tous eurasiatiques. Et le plus ancien génome ancien africain a moins de 20 000 ans, alors que c’est en Afrique que s’est joué l’essentiel de notre histoire évolutive. La raison est physique : l’ADN ne se conserve que dans le froid et le sec. L’article de Science le formule sans détour — récupérer de l’ADN d’hominine vieux de plus d’un million d’années hors du permafrost est improbable. Loin de ce sol gelé en permanence, qui fait office de congélateur naturel, la molécule se dégrade bien avant que les paléogénéticiens ne la trouvent.

« L’ADN ancien a transformé notre compréhension de l’évolution humaine, mais il ne peut nous renseigner que sur les populations dont l’ADN a été conservé. L’ADN ne survit que dans des conditions très particulières — typiquement des environnements froids et secs — ce qui signifie qu’une grande partie de notre histoire évolutive, en Afrique, dans les autres régions tropicales et aux échelles de temps très profondes, reste inaccessible », déclarait Priya Moorjani à Live Science le 30 juillet 2026.

Votre génome n’a pas un arbre généalogique, il en a des milliers

À chaque génération, les chromosomes hérités du père et de la mère s’échangent des morceaux : c’est la recombinaison. Conséquence peu intuitive, chaque petit segment de chromosome possède sa propre histoire et remonte à un ancêtre commun différent de celui de ses voisins immédiats.

Un graphe de recombinaison ancestrale, ou ARG, est la structure mathématique qui enregistre tous ces événements à la fois : un relevé complet des coalescences et des recombinaisons, qui spécifie une généalogie à chaque position du génome. « C’est une collection d’arbres de gènes… représentative de l’ensemble de l’histoire généalogique », résume Yulin Zhang, co-première autrice, auprès de Scientific American. Imaginez le chromosome comme un long ruban découpé en milliers de tronçons, chacun avec son propre arbre généalogique — l’ARG est l’album qui les contient tous, dans l’ordre.

dna

La branche anormalement longue

Une introgression archaïque laisse deux signatures dans ces arbres successifs. D’abord des branches longues : un segment venu d’une lignée très divergente ne rejoint la souche commune que bien plus loin dans le passé. Ensuite des haplotypes longs : le métissage étant beaucoup plus récent que la divergence, la recombinaison n’a pas encore eu le temps de morceler ces segments.

La plus grande partie du génome humain moderne trouve son ancêtre commun il y a 100 000 à 200 000 ans, rappellent Arjun Biddanda et Priya Moorjani dans Scientific American. Un segment hérité d’une lignée archaïque, lui, remonte à plusieurs centaines de milliers d’années : c’est cette anomalie que TRACE traque. « À la fin, on obtient ce joli tracé le long du chromosome : cette section porte la signature d’une ascendance archaïque, et les autres non », décrit Arjun Biddanda.

Techniquement, TRACE (pour TRacking Archaic Contributions via ARG Estimation) est un modèle de Markov caché à deux états, « archaïque » et « humain moderne ». Il ne construit pas lui-même les ARG : il exploite ceux que reconstruit le logiciel SINGER, avec un seuil temporel de 15 000 générations, soit environ 420 000 ans.

La rupture tient à ce dont la méthode se passe. Le test ABBA-BABA, utilisé depuis 2010, détecte un signal global de métissage sans dire il se trouve dans le génome. Les approches S*, Sprime et hmmix exigent une population témoin restée vierge de tout métissage archaïque — il n’en existe plus. IBDmix, lui, réclame le génome de l’archaïque recherché, ce qui le rend aveugle aux lignées dont on n’a jamais extrait d’ADN. TRACE ne demande ni l’un ni l’autre : des génomes de personnes vivantes lui suffisent.

Côté fiabilité, l’étude annonce une précision d’environ 90 % en simulation et un taux de fausses découvertes inférieur à 0,25 %. Dans un modèle simulé sans aucune introgression fantôme, TRACE n’infère que 0,07 % d’ascendance fantôme, très en deçà des 0,5-1,1 % mesurés sur données réelles ; il retrouve par ailleurs plus de 90 % des segments néandertaliens et 70 % des segments dénisoviens identifiés par IBDmix et hmmix. Logiciel, pipeline et cartes d’ascendance sont déposés sur Zenodo.

Néandertal, Denisova, lignées fantômes : qui est qui ?

L’état de l’art, rappelé en introduction de l’article de Science, sert de point de comparaison : la plupart des non-Africains portent 1 à 2 % d’ADN néandertalien, et les populations d’Asie et d’Océanie environ 0,1 à 5 % d’ADN dénisovien, jusqu’à 4 % en Océanie selon le communiqué de Berkeley. Les deux lignées fantômes s’ajoutent à ce tableau sans le remplacer.

Les quatre lignées archaïques détectées dans le génome humain — part du génome, ancienneté estimée et restes fossiles connus. Sources : Science, 30 juillet 2026 ; communiqué UC Berkeley.
Lignée archaïque Part du génome humain Divergence estimée Fossiles connus
Néandertal 1 à 2 % chez les non-Africains Environ 800 000 ans (tronc commun avec Denisova) Des centaines d’individus depuis 1856, Europe et Asie occidentale
Dénisovien Environ 0,1 à 5 % en Asie et en Océanie (jusqu’à 4 % en Océanie) Environ 800 000 ans (tronc commun avec Néandertal) Une poignée de restes : grotte de Denisova, Xiahe, Penghu
« Fantôme » 0,5 à 1,1 % dans toutes les populations testées Coalescence estimée à environ 830 000 ans ; les auteurs retiennent « plus de 500 000 ans » Aucun — candidats évoqués : Homo du Pléistocène moyen, Homo heidelbergensis africain
« Super-archaïque » Environ 0,3 % de l’ascendance dénisovienne des seuls Océaniens (de l’ordre de 0,002 % du génome, borne basse) Coalescence estimée à environ 1,77 million d’années Aucun — candidat évoqué : Homo erectus

Qui étaient-ils ? La discussion de l’article reste prudente : la lignée fantôme, dont le temps de divergence est comparable à celui des Néandertaliens, pourrait correspondre à des groupes d’Homo du Pléistocène moyen ou à des populations africaines d’Homo heidelbergensis. Pour la lignée super-archaïque, le candidat évoqué est Homo erectus, dont les crânes de Dmanisi, en Géorgie, sont datés d’environ 1,8 million d’années — un âge compatible avec la séparation estimée.

Interrogé par Live Science le 30 juillet 2026, Chris Stringer, paléoanthropologue au Natural History Museum de Londres et non impliqué dans l’étude, y souscrit : « Je suis d’accord avec leur hypothèse selon laquelle ce fantôme pourrait avoir été l’espèce Homo heidelbergensis, qui était présente en Afrique il y a encore 300 000 ans. »

Le résultat le plus surprenant : les « déserts » archaïques n’en sont pas

Depuis une dizaine d’années, les généticiens repèrent dans nos chromosomes de vastes régions dépourvues d’ADN néandertalien ou dénisovien, qu’ils appellent des « déserts ». L’interprétation dominante en faisait des régions spécifiques d’Homo sapiens : l’ADN archaïque y aurait été éliminé parce qu’il était incompatible avec ce qui nous rend humains. Le désert le plus célèbre, sur le chromosome 7, contient le gène FOXP2, associé au langage.

TRACE renverse cette lecture, car il trouve de l’ascendance fantôme à l’intérieur de ces déserts. Dans celui du chromosome 7 qui abrite FOXP2, un pic d’ascendance fantôme atteint 13,3 % de fréquence ; dans un désert néandertalien du chromosome 3, un pic culmine autour de 20 %, au voisinage du gène CSNK2A2IP. « Quand nous avons examiné spécifiquement ces régions, elles abritaient elles aussi cette ascendance fantôme. Nous avons été vraiment surpris », rapporte Priya Moorjani à Scientific American.

Si une ascendance très divergente persiste là où l’ADN néandertalien et dénisovien a disparu, c’est que la sélection s’est exercée spécifiquement contre ce dernier, plutôt qu’en faveur de variantes propres à Homo sapiens. Ces régions ne seraient donc pas les sanctuaires de notre identité biologique que l’on croyait.

L’étude recense 1 932 pics d’ascendance fantôme, contre 1 155 néandertaliens et 160 dénisoviens ; les régions concernées sont enrichies en gènes immunitaires et métaboliques, du complexe majeur d’histocompatibilité aux lipoprotéines. « Ce schéma n’est pas complètement surprenant. L’adaptation à de nouveaux agents pathogènes et à de nouvelles ressources alimentaires a été l’une des plus fortes pressions de sélection de l’évolution humaine », commente Priya Moorjani dans le communiqué de Berkeley.

Ce que ces résultats ne prouvent pas

La méthode voit juste, mais elle ne voit pas tout. TRACE est précis — environ 90 %, très peu de faux positifs — mais peu sensible : sur des ARG reconstruits, il ne retrouve qu’environ la moitié des segments réellement archaïques dans un modèle de sortie d’Afrique, et environ 30 % sous des scénarios démographiques plus complexes.

La conséquence doit être énoncée clairement : tous les pourcentages de l’étude sont des planchers, pas des mesures définitives. Les auteurs l’écrivent eux-mêmes, leur méthode retrouve moins d’ascendance néandertalienne et dénisovienne totale que certaines études antérieures, faute de repérer tous les segments. Il ne s’agit en aucun cas d’une révision à la baisse de l’ADN archaïque que nous portons, et le 0,002 % super-archaïque relève de la même logique.

Un fantôme pourrait n’être qu’une illusion de modèle. Ce que les modèles appellent une population fantôme pourrait n’être que le reflet d’une structure de population continue en Afrique : des groupes jamais vraiment séparés, échangeant des gènes en permanence, avec des effectifs et des taux de croissance inégaux. Aaron Ragsdale et ses collaborateurs ont montré en 2023 qu’un tel modèle explique aussi bien les données génétiques africaines, sans qu’aucune population distincte n’ait jamais existé.

Dans un billet du 14 mai 2025, bien antérieur à l’étude et consacré au concept lui-même, John Hawks écrivait : « Chaque “fantôme” est une construction mathématique qui attend l’ADN de squelettes anciens pour vérifier s’il était réel. » Il ajoutait, en défendant malgré tout l’utilité de ces modèles, qu’« une structure de population inconnue ressemble furieusement à un fantôme ». On n’a donc pas découvert une population inconnue : on a découvert un signal statistique compatible avec une population inconnue.

Les auteurs listent eux-mêmes ce qu’ils ignorent. Le nombre, la datation et la localisation des épisodes de métissage fantôme restent incertains. L’origine et l’extension géographique de la lignée super-archaïque ne sont pas résolues — y compris la question de savoir si cette ascendance est entrée chez les humains modernes uniquement par l’intermédiaire des Dénisoviens. Les effets fonctionnels des régions archaïques introgressées restent à caractériser.

La seule critique méthodologique publiée à ce jour est venue de Patrick F. Reilly, biologiste computationnel à l’université Yale, non impliqué dans le travail, dans Scientific American : « Comme avec n’importe quelle méthode, il y aura toujours des faux positifs. » Le magazine précise que les résultats devront être confirmés par une autre voie : d’autres méthodes computationnelles, ou des fossiles à ADN conservé encore à découvrir en Afrique subsaharienne. Reilly le concède : « À moins d’avoir une chance extraordinaire du côté de la conservation de l’ADN, il faudra probablement nous en remettre à des méthodes comme TRACE. »

« Nous nous représentons souvent l’évolution humaine comme un arbre qui se ramifie, mais les nouvelles données génomiques et les nouvelles méthodes d’analyse révèlent une histoire bien plus interconnectée — plutôt comme une toile complexe de populations reliées par des épisodes répétés de migration et de mélange. » — Priya Moorjani, communiqué de UC Berkeley, 30 juillet 2026.

FAQ — Lignées fantômes et ADN archaïque

Qu’est-ce qu’une population « fantôme » en génétique ?

Une population ancienne dont on n’a retrouvé ni fossile ni ADN, mais dont l’existence est inférée à partir des génomes de personnes vivantes. Le terme est employé tel quel par les généticiens. À la différence de Néandertal et de Denisova, dont on possède des ossements et des génomes, un fantôme n’est pour l’instant qu’un signal statistique.

Comment détecter un ancêtre humain sans aucun fossile ?

En examinant les généalogies inscrites dans chaque segment de chromosome. La plupart des régions de notre génome trouvent un ancêtre commun il y a 100 000 à 200 000 ans ; un segment hérité d’une lignée archaïque remonte bien plus loin. La méthode TRACE, publiée dans Science le 30 juillet 2026, traque ces branches anormalement longues.

Tous les humains portent-ils l’ADN de cette lignée fantôme ?

Pour la première lignée, oui : elle est détectée dans toutes les populations testées, africaines comme non africaines, à hauteur de 0,5 à 1,1 % du génome. La seconde, dite super-archaïque, ne concerne que les Océaniens : elle ne s’est pas croisée avec Homo sapiens, mais avec les Dénisoviens, qui nous l’ont transmise indirectement.

Qui étaient ces ancêtres fantômes ?

On l’ignore. Les auteurs évoquent, pour la première lignée, des groupes d’Homo du Pléistocène moyen ou des populations africaines d’Homo heidelbergensis ; pour la seconde, Homo erectus, compatible avec une séparation estimée vers 1,8 million d’années. Ce ne sont que des hypothèses : aucun os, aucune anatomie, aucune localisation ne sont connus.

Cette étude change-t-elle le pourcentage d’ADN néandertalien que nous portons ?

Non. Les valeurs mesurées par TRACE sont volontairement conservatrices : la méthode est très précise mais peu sensible, et ne retrouve qu’environ la moitié des segments archaïques réellement présents. Les repères restent ceux de l’état de l’art : 1 à 2 % d’ADN néandertalien chez les non-Africains, environ 0,1 à 5 % d’ADN dénisovien en Asie et en Océanie.