On lave les fruits et les légumes avant de les consommer — mais qu’en est-il du riz, l’aliment de base de la moitié de la population mondiale ? Le rinçage du riz avant cuisson est une pratique ancestrale en Asie qui suscite encore des interrogations dans les cuisines occidentales. Est-ce nécessaire ? Utile ? Important pour la santé ? Les réponses dépendent en réalité du type de riz, du plat préparé et de l’origine du grain. Rincer le riz sert principalement à éliminer l’excès d’amidon de surface pour obtenir une texture moelleuse avec des grains bien séparés — condition essentielle pour un pilaf, un biryani ou un riz cantonais. Le rinçage élimine aussi les résidus de transformation (poussières, fragments de grains brisés). Son impact sur la contamination à l’arsenic reste en revanche modeste, même si certaines techniques de cuisson combinées, étudiées notamment par le biogéochimiste Andrew Meharg à Queen’s University Belfast, peuvent réduire jusqu’à 73 % l’arsenic inorganique dans le riz cuit. Cet article explique la science du rinçage du riz, distingue les cas où il est indispensable de ceux où il est inutile, détaille les méthodes culinaires optimales, et fait le point sur les enjeux sanitaires réels.
Pourquoi rincer le riz : trois objectifs distincts
1. Éliminer l’excès d’amidon de surface
C’est la raison principale et scientifiquement la plus solide. Lorsque les grains de riz sont usinés, polis et transportés, ils se frottent entre eux et libèrent en surface une fine poudre d’amidon libre. Au contact de l’eau de cuisson, cet amidon se gélatinise avant que le grain ne soit cuit, créant une sorte de « colle » qui :
- Fait coller les grains entre eux, formant des blocs et des grumeaux.
- Rend le riz pâteux ou gluant selon la quantité.
- Masque les arômes délicats des variétés parfumées.
Le phénomène est directement lié à la composition en amylose et amylopectine du grain. Les riz riches en amylose (basmati, riz long, 25-30 %) libèrent peu d’amidon et cuisent en grains séparés naturellement. Les riz pauvres en amylose (riz gluant, riz à sushi, 0-15 %) sont naturellement collants — et paradoxalement, on cherche parfois à conserver cet amidon (voir section sur les exceptions).
2. Éliminer les résidus physiques
Historiquement, rincer le riz servait à éliminer poussières, débris de balle, petits insectes ou impuretés liées au stockage et au transport. Avec les normes modernes d’hygiène et les chaînes de production industrielles, cet aspect est devenu secondaire pour la plupart du riz commercialisé en Europe. Il reste pertinent pour :
- Le riz acheté en vrac ou sur des marchés locaux.
- Le riz importé de certaines régions où les contrôles sont moins stricts.
- Le riz artisanal non traité industriellement.
Le rinçage peut aussi éliminer des résidus de talc (historiquement utilisé comme agent de polissage) ou de glucose (enrobage chez certains riz étuvés). Sur les paquets commerciaux européens, ces pratiques ont quasiment disparu mais restent possibles sur le marché mondial.
3. Réduire modestement la contamination
C’est le point le plus discuté et le plus mal compris dans la littérature grand public. Le riz peut contenir des contaminants, notamment de l’arsenic inorganique, que le rinçage peut partiellement éliminer — mais de manière limitée. Nous y reviendrons en détail dans la section dédiée.
Les différents types de riz et leurs exigences
Tous les riz n’ont pas les mêmes besoins de rinçage. La teneur en amylose, le niveau de polissage et la destination culinaire déterminent la marche à suivre.
| Type de riz | Amylose | Rinçage recommandé | Usages typiques |
|---|---|---|---|
| Riz basmati | 25-30 % | Oui, 3-5 fois + trempage 30 min | Biryani, pilafs indiens |
| Riz thaï jasmin | ~20 % | Oui, 2-3 fois | Cuisine thaï, vietnamienne |
| Riz long blanc | 20-25 % | Oui, 2-3 fois | Accompagnement, riz cantonais |
| Riz brun (complet) | 20-25 % | Oui, 1-2 fois + trempage 4 h | Alimentation santé, bowls |
| Riz étuvé (parboiled) | Variable | Léger, 1 rinçage | Accompagnement grand public |
| Riz rond à sushi | 15-20 % | Oui, jusqu’à eau claire + trempage | Sushi, onigiri |
| Riz arborio / carnaroli | 15-20 % | NON — conserver l’amidon | Risotto |
| Riz bomba | ~20 % | NON | Paella |
| Riz gluant (glutinous) | 0-5 % | Léger seulement | Desserts asiatiques |
| Riz à risotto | 15-20 % | NON | Risotto, soupes crémeuses |
La science derrière le rinçage
Le rinçage est un phénomène physique simple mais mal compris. Quand on verse de l’eau froide sur du riz, plusieurs processus interviennent simultanément :
L’eau froide libère l’amidon de surface sans gélatiniser
En dessous de 60 °C environ, les granules d’amidon ne gélatinisent pas : ils restent cristallins. L’eau froide dissout et rince l’amidon libre déposé en surface du grain sans altérer le grain lui-même. L’eau rincée devient blanche et trouble — c’est cette turbidité qui traduit la quantité d’amidon éliminée. Lorsque l’eau ressort claire, on a éliminé l’essentiel de l’amidon libre.
L’eau chaude accélère la gélatinisation — à éviter au rinçage
À l’inverse, une eau trop chaude (au-dessus de 60-70 °C) commence à gélatiniser l’amidon de surface, formant une pellicule collante qui adhère au grain et aggrave le problème qu’on cherche à résoudre. D’où la règle absolue : toujours rincer à l’eau froide.
Pourquoi l’impact nutritionnel reste limité
Le rinçage peut entraîner une perte modeste de vitamines B hydrosolubles comme la thiamine (vitamine B1), la riboflavine (B2) et la niacine (B3), principalement présentes dans les couches périphériques du grain. Pour un riz blanc non enrichi, cette perte est estimée entre 5 et 15 % selon la durée et l’intensité du rinçage — négligeable dans un régime varié.
En revanche, le rinçage est problématique pour deux catégories spécifiques :
- Le riz enrichi (fortified) : dans certains pays (USA, Amérique latine, Philippines), le riz blanc est pulvérisé après polissage avec des vitamines B et du fer. Le rinçage de ce riz élimine une part significative (jusqu’à 50-80 %) de l’enrichissement. Lire l’étiquette est donc essentiel.
- Le riz étuvé (parboiled) : paradoxalement, son traitement à la vapeur sous pression avant décorticage fait migrer les vitamines et minéraux du son vers le grain entier. Le riz étuvé contient donc naturellement 2 à 3 fois plus de thiamine que le riz blanc standard, et le rinçage n’en élimine qu’une fraction négligeable.
Comment rincer correctement le riz ?
La méthode optimale dépend du résultat recherché et du type de riz.
Méthode rapide (riz long blanc standard)
- Mesurer le riz dans une passoire à mailles fines ou un bol.
- Rincer sous l’eau froide du robinet pendant 20-30 secondes en remuant doucement à la main.
- Égoutter — le riz est prêt à cuire.
Méthode traditionnelle (basmati, riz parfumé)
- Placer le riz dans un grand bol.
- Couvrir d’eau froide abondante, mélanger délicatement à la main (sans frotter).
- Laisser décanter 30 secondes, puis vider l’eau devenue laiteuse.
- Répéter 3 à 5 fois jusqu’à ce que l’eau soit claire ou légèrement trouble.
- (Optionnel) Trempage de 30 minutes dans l’eau froide : les grains absorbent une partie de l’eau, cuisent plus uniformément, s’allongent davantage (caractéristique recherchée du basmati).
- Égoutter avant cuisson.
Méthode japonaise « togi » (riz à sushi)
- Verser le riz dans un bol, couvrir d’eau, mélanger en décrivant de petits cercles avec les doigts sans frotter vigoureusement (le mot togi signifie « polir »).
- Vider l’eau. Répéter 4 à 6 fois jusqu’à ce que l’eau soit claire.
- Laisser tremper 30 minutes, puis égoutter 15 minutes dans la passoire.
- Cuire avec un ratio eau/riz précis (1:1,1 à 1:1,2 pour riz à sushi).
Cas particulier du riz brun
- Rincer 1 à 2 fois pour éliminer les poussières de son.
- Faire tremper au moins 4 heures, idéalement toute la nuit, pour réduire les phytates (qui piègent le fer et le zinc) et rendre l’amidon plus digeste.
- Jeter l’eau de trempage (elle contient aussi une partie de l’arsenic libéré) et cuire avec de l’eau fraîche.
Erreurs à éviter
- Eau chaude ou tiède — rend le riz collant.
- Frotter les grains — abrase le grain, libère encore plus d’amidon, brise des grains, et fait perdre encore plus de vitamines. Le geste japonais traditionnel est doux, pas un « massage ».
- Rinçage excessif pour les riz enrichis — lit l’étiquette.
- Oubli de l’égouttage — fausse le ratio eau/riz de cuisson.
Le cas de l’arsenic dans le riz : ce qu’il faut savoir
Le riz est l’une des céréales les plus chargées en arsenic inorganique (iAs), un métal lourd classé cancérogène certain (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer. Cette contamination n’est pas anecdotique : elle constitue un enjeu sanitaire mondial, notamment pour les enfants et les populations à forte consommation de riz.
Pourquoi le riz est-il particulièrement concerné ?
Contrairement aux autres céréales, le riz pousse dans des rizières inondées. L’eau de culture mobilise l’arsenic naturellement présent dans les sols (et parfois contaminé par des pratiques agricoles ou industrielles), que la plante absorbe préférentiellement : le riz est environ 10 à 20 fois plus chargé en arsenic que les autres céréales pour un même niveau de contamination des sols. La contamination varie considérablement selon l’origine :
- Bangladesh, Inde (Bengale) : zones historiquement les plus touchées, contamination des eaux souterraines utilisées pour l’irrigation.
- Asie du Sud-Est, Chine du Sud : variable, parfois élevée.
- États-Unis (Texas, Louisiane, Arkansas) : niveaux souvent élevés, héritage historique de l’arsenic utilisé comme pesticide dans les plantations de coton reconverties en rizières.
- Europe (Italie, Espagne) : généralement les plus faibles niveaux mondiaux.
- Inde (basmati), Thaïlande (jasmin), Pakistan : niveaux intermédiaires, plus bas en moyenne.
Le rinçage réduit-il l’arsenic ?
La réponse scientifique est nuancée : oui, mais modestement. Le rinçage simple élimine 10 à 28 % de l’arsenic de surface selon les études. L’effet reste limité car la majeure partie de l’arsenic est intégrée au grain, pas seulement en surface.
Les méthodes de cuisson qui réduisent vraiment l’arsenic
C’est ici que les travaux d’Andrew Meharg et de son équipe à l’Institute for Global Food Security de Queen’s University Belfast ont été déterminants. Ses études publiées dans Environmental Science & Technology, Science of the Total Environment et Food Chemistry ont quantifié précisément l’effet des méthodes de cuisson :
« On cherche depuis longtemps des moyens simples et diffusables de retirer l’arsenic du riz. Nos résultats montrent qu’un traitement post-récolte adapté peut y parvenir efficacement. »
— Andrew A. Meharg, Institute for Global Food Security, Queen’s University Belfast, Environmental Science & Technology (2019)
Les trois méthodes principales classées par efficacité :
- Méthode « PBA » (Parboiled and Absorbed) : pré-cuisson à l’eau bouillante 5 minutes, puis égouttage, puis cuisson absorption classique avec de l’eau fraîche. Réduction : 54 % pour le riz brun, 73 % pour le riz blanc (Menon et al., 2020).
- Méthode « EW » (Excess Water, type pâtes) : cuisson dans un grand volume d’eau (6-10 fois le volume du riz), puis égouttage. Réduction : 54-58 % selon les types de riz.
- Trempage prolongé (≥ 4 h dans eau claire, puis rejet de l’eau) : réduction d’environ 30-40 %.
Ces méthodes ont un coût : perte partielle de nutriments hydrosolubles (potassium jusqu’à 50 %, magnésium 20-25 %). C’est un arbitrage nutritionnel qui peut être justifié pour les populations à forte consommation de riz, les enfants en bas âge, ou pour les régions à forte contamination.
Les limites réglementaires
Face à ces enjeux, les autorités sanitaires ont fixé des limites :
- Union européenne (règlement 2023/915) : limite d’arsenic inorganique fixée à 150 µg/kg pour le riz blanc poli, 250 µg/kg pour le riz étuvé et le riz brun, 100 µg/kg pour les aliments à base de riz destinés aux nourrissons et jeunes enfants.
- FDA États-Unis : depuis 2021, limite de 100 µg/kg dans les céréales pour nourrissons à base de riz.
- OMS : limite eau potable à 10 µg/L — pour mémoire, détail dans notre article sur les dangers de l’arsenic.
Recommandations pratiques pour les consommateurs
- Varier les céréales (quinoa, blé, orge, sarrasin) plutôt que consommer du riz tous les jours.
- Privilégier les riz des origines moins contaminées (Europe, Inde basmati, Thaïlande jasmin).
- Utiliser la méthode excès d’eau (6 volumes d’eau pour 1 de riz, puis égoutter) si une réduction significative est recherchée.
- Attention particulière pour les enfants de moins de 4 ans : limiter les laits et céréales infantiles à base de riz.
- Le riz brun est plus riche en nutriments mais aussi en arsenic (concentré dans le son). Alterner avec du riz blanc.
Les cas où il ne faut PAS rincer le riz
Point contre-intuitif rarement expliqué : pour certains plats, rincer est une erreur culinaire. Les plats dont la texture repose sur la libération contrôlée d’amidon ont besoin de ce que l’on cherche à éliminer ailleurs :
- Risotto (riz arborio, carnaroli, vialone nano) : l’amidon libéré pendant la cuisson lente en ajoutant le bouillon progressivement est ce qui donne la crémosité caractéristique. Rincer élimine cette magie.
- Paella (riz bomba, calasparra) : l’amidon contribue à la texture « soccarrat » — cette croûte caramélisée au fond de la poêle — recherchée par les puristes.
- Congee / porridge de riz asiatique : l’amidon donne l’onctuosité du bouillon.
- Riz au lait : l’amidon est ce qui épaissit naturellement la préparation.
- Certains desserts asiatiques au riz gluant.
Dans tous ces cas, la variété de riz est choisie précisément pour son faible taux d’amylose et sa capacité à libérer de l’amylopectine pendant la cuisson. Rincer trahit la recette.
Les mythes tenaces à démystifier
Mythe 1 : « Le rinçage prive le riz de tous ses nutriments »
Faux, sauf pour le riz enrichi. La perte de vitamines B hydrosolubles par rinçage est de 5 à 15 % pour un riz non enrichi — négligeable dans une alimentation variée. Pour un riz enrichi (étiquette « fortified », fréquent aux USA), la perte peut atteindre 50-80 % et justifie de ne pas rincer — ou de consommer un riz étuvé qui retient mieux les nutriments.
Mythe 2 : « Le rinçage élimine complètement l’arsenic »
Faux. Le rinçage simple élimine 10 à 28 % de l’arsenic. Pour une réduction significative, il faut combiner rinçage + trempage + cuisson à grande eau, technique étudiée par Meharg et collègues qui peut retirer 54 à 73 % de l’arsenic inorganique.
Mythe 3 : « Il faut rincer tous les riz de la même manière »
Faux. Le rinçage doit être adapté au type de riz et au plat préparé. Le basmati mérite 5 rinçages et un trempage ; le riz arborio, aucun rinçage ; le riz gluant thaï, un rinçage léger ; le riz étuvé, un rinçage facultatif.
Mythe 4 : « L’eau trouble du rinçage est toxique »
Faux. L’eau blanchâtre n’est que de l’amidon en suspension — parfaitement inoffensif. Certaines cuisines l’utilisent d’ailleurs : au Japon (togi-jiru) et en Corée (ssal-ddeum-mul), la première eau de rinçage sert à arroser les plantes (apport de potassium), préparer des marinades ou attendrir les légumes en saumure.
Conclusion : une pratique utile, bien comprise
Rincer le riz est une étape simple qui améliore réellement la texture des plats dont le riz doit rester en grains séparés — biryani, pilaf, riz cantonais, sushi — et qui réduit modestement la charge en contaminants. Mais ce n’est pas une panacée : la science du rinçage s’inscrit dans une réflexion plus large sur la qualité du riz consommé, son origine, la variété choisie, et surtout les méthodes de cuisson. Les travaux d’Andrew Meharg et de son équipe à Queen’s University Belfast ont démontré que la combinaison du rinçage avec une cuisson à l’eau excédentaire peut réduire jusqu’aux trois quarts de l’arsenic inorganique — un résultat significatif pour les populations à forte consommation. À l’inverse, pour le risotto ou la paella, rincer serait une erreur culinaire. La bonne règle : comprendre ce que l’on cuisine, ce que l’on cherche à obtenir, et adapter son geste. Rincer par principe, c’est bien ; rincer en comprenant pourquoi, c’est mieux.
FAQ — Questions fréquentes sur le rinçage du riz
Pourquoi faut-il rincer le riz avant de le cuire ?
Le rinçage du riz poursuit trois objectifs distincts. D’abord et principalement, il élimine l’excès d’amidon de surface libéré lors du polissage et du transport des grains. Cet amidon libre se gélatinise au contact de l’eau de cuisson avant même que les grains ne soient cuits, formant une pellicule collante qui agglutine les grains et les rend pâteux. C’est particulièrement important pour les plats où l’on recherche des grains séparés et moelleux : biryani, pilaf, riz cantonais, sushi. Deuxième objectif, éliminer les résidus physiques comme les poussières, les fragments de balle et les petites impuretés. Cet aspect reste pertinent pour le riz acheté en vrac ou importé de certaines régions, mais est devenu marginal pour le riz industriel européen. Troisième objectif, réduire modestement la charge en contaminants comme l’arsenic inorganique : effet limité (10 à 28 % de réduction) mais réel. À noter qu’il ne faut PAS rincer certains riz : arborio pour risotto, bomba pour paella, car leur amidon est précisément recherché pour la texture crémeuse du plat.
Faut-il rincer tous les types de riz ?
Non, tous les riz n’ont pas les mêmes besoins de rinçage. Les riz qui doivent être rincés abondamment (3 à 5 fois jusqu’à eau claire) sont le basmati, le thaï jasmin, les riz longs blancs et le riz à sushi. Le riz brun se rince 1 à 2 fois puis se trempe plusieurs heures. Le riz étuvé (parboiled) peut se contenter d’un rinçage léger ou être cuit sans rinçage sans inconvénient majeur. À l’inverse, certains riz ne doivent PAS être rincés car leur amidon est essentiel à la recette : le riz arborio, carnaroli ou vialone nano pour le risotto, le riz bomba ou calasparra pour la paella, les riz utilisés pour le congee asiatique ou le riz au lait. Dans ces cas, l’amidon est la substance qui donne la crémosité ou la texture onctueuse recherchée. Rincer un riz à risotto détruit la recette en retirant l’ingrédient texturant principal. Le geste dépend donc du type de riz et du plat préparé, pas d’une règle universelle. L’étiquette du paquet donne souvent des indications, et varier les techniques selon la cuisine pratiquée est la meilleure approche.
Le rinçage du riz élimine-t-il l’arsenic ?
Le rinçage seul n’élimine que partiellement l’arsenic, entre 10 et 28 % selon les études. C’est que la majorité de l’arsenic est intégrée au grain lui-même, pas seulement déposée en surface. Pour une réduction significative, il faut combiner plusieurs techniques. Les travaux d’Andrew Meharg et de son équipe au Institute for Global Food Security de Queen’s University Belfast ont démontré que la méthode PBA (Parboiled and Absorbed : pré-cuisson 5 minutes à l’eau bouillante, égouttage, puis cuisson absorption) réduit 54 % de l’arsenic inorganique pour le riz brun et 73 % pour le riz blanc. La méthode EW (Excess Water, cuisson comme des pâtes avec 6 à 10 fois le volume d’eau du riz puis égouttage) élimine 54 à 58 % de l’arsenic. Ces méthodes ont un coût nutritionnel : perte de potassium jusqu’à 50 %, de magnésium 20-25 %. Elles sont particulièrement recommandées pour les enfants, les femmes enceintes et les populations à forte consommation de riz. Pour les autres, il est plus simple de varier les céréales et de privilégier les origines moins contaminées (Europe, basmati indien, jasmin thaï).
Le riz contient-il vraiment de l’arsenic ?
Oui, le riz est l’une des céréales les plus chargées en arsenic inorganique, classé cancérogène certain (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer. Cela tient à sa culture en rizière inondée : l’eau mobilise l’arsenic naturellement présent dans les sols, et la plante l’absorbe préférentiellement. Le riz est environ 10 à 20 fois plus chargé en arsenic que les autres céréales pour un même niveau de contamination des sols. Les niveaux varient fortement selon l’origine : le Bangladesh et l’Inde du Bengale sont historiquement les plus touchés (contamination des eaux souterraines). Les États-Unis, Texas et Louisiane, présentent souvent des niveaux élevés, héritage de l’arsenic utilisé comme pesticide dans les anciennes plantations de coton. L’Europe (Italie, Espagne) a généralement les plus faibles niveaux. L’Union européenne a fixé par le règlement 2023/915 des limites : 150 µg/kg pour le riz blanc poli, 250 µg/kg pour le riz étuvé et brun, 100 µg/kg pour les aliments à base de riz pour nourrissons et jeunes enfants. La FDA américaine a fixé la limite à 100 µg/kg dans les céréales pour bébé à base de riz depuis 2021. Les enfants sont particulièrement exposés en raison de leur poids corporel plus faible et de leur consommation pondérale plus élevée.
Comment rincer correctement le riz basmati ?
Le riz basmati bénéficie de la méthode traditionnelle indienne. Placer le riz dans un grand bol, couvrir d’eau froide abondante, mélanger délicatement à la main en décrivant de petits cercles sans frotter les grains. Laisser décanter 30 secondes puis vider l’eau devenue laiteuse. Répéter 3 à 5 fois, jusqu’à ce que l’eau soit claire ou légèrement trouble seulement. Ensuite, idéalement, laisser tremper le riz 30 minutes dans de l’eau froide. Ce trempage a trois bénéfices : il permet aux grains d’absorber une partie de l’eau et de cuire plus uniformément par la suite ; il contribue à l’allongement des grains à la cuisson, caractéristique très recherchée du basmati qui peut doubler de longueur ; et il réduit le temps de cuisson de 2 à 3 minutes. Après trempage, bien égoutter et cuire selon la méthode choisie, avec un ratio eau/riz d’environ 1:1,5 pour le basmati (moins que les 1:2 standards, car le grain a déjà absorbé de l’eau au trempage). Ne jamais utiliser d’eau chaude pour rincer : elle gélatiniserait l’amidon de surface et rendrait le riz collant.
Pourquoi ne faut-il pas rincer le riz à risotto ?
Le risotto repose entièrement sur un principe culinaire précis : la libération progressive de l’amidon pendant la cuisson, qui donne la texture crémeuse caractéristique sans besoin d’ajouter de crème. Les variétés utilisées (arborio, carnaroli, vialone nano) sont sélectionnées précisément pour leur faible teneur en amylose (15-20 %) et leur richesse en amylopectine, qui libère cet amidon « crémeux » lors de la cuisson à feu doux avec ajouts réguliers de bouillon chaud. Rincer ce riz avant cuisson élimine cet amidon de surface et compromet la texture finale : le risotto devient moins crémeux, plus sec, et perd la consistance unique qui fait sa signature. Le même principe s’applique au riz pour la paella espagnole (bomba, calasparra), où l’amidon contribue à la formation du socarrat, cette croûte caramélisée au fond de la poêle. Il s’applique également au congee asiatique, au riz au lait, et à la plupart des plats de riz où une texture crémeuse ou onctueuse est recherchée. La règle d’or est donc de rincer quand on veut des grains séparés et moelleux, et de ne pas rincer quand on veut une texture liée et crémeuse.
L’eau de rinçage du riz a-t-elle des usages ?
Oui, l’eau de rinçage du riz, qui n’est que de l’amidon en suspension dans l’eau, est utilisée depuis des siècles dans plusieurs cuisines asiatiques. Au Japon, elle porte le nom de togi-jiru et est traditionnellement utilisée pour attendrir et blanchir les légumes comme le daikon ou le taro avant cuisson, ce qui élimine l’amertume et les composés astringents. En Corée, ssal-ddeum-mul sert de base à certaines soupes traditionnelles et marinades, notamment la soupe au doenjang, car elle apporte douceur et rondeur en bouche. Les jardiniers asiatiques utilisent depuis longtemps cette eau pour arroser leurs plantes : elle contient de l’amidon, des traces de minéraux comme le potassium, ainsi que des vitamines B hydrosolubles, bénéfiques pour la croissance. En cuisine occidentale, certains chefs l’utilisent pour épaissir légèrement des sauces ou des bouillons. L’eau de rinçage est également utilisée en cosmétique artisanale japonaise, notamment en tant que tonique léger pour la peau. Attention toutefois à l’hygiène : utilisée rapidement après rinçage, elle est parfaitement saine, mais ne se conserve pas plus de 24 heures au réfrigérateur.
