La sensation d’oreille bouchée est l’un des motifs les plus fréquents de consultation en médecine générale et en ORL. Derrière ce symptôme apparemment banal se cache en réalité une grande diversité de mécanismes : un simple bouchon de cérumen, une trompe d’Eustache qui ne s’ouvre plus, une otite qui s’installe, un barotraumatisme après un vol en avion, ou plus rarement un trouble de l’oreille interne qui exige une prise en charge urgente. Comprendre quelle catégorie de cause est en jeu est la première étape pour savoir quoi faire — et surtout, savoir à partir de quand il est raisonnable de consulter. Cet article propose une classification claire des origines de l’oreille bouchée, les mécanismes physiologiques qui les expliquent, les symptômes associés à chacune, et les repères pour orienter la conduite à tenir.
Une sensation, plusieurs mécanismes
L’expression « oreille bouchée » désigne en réalité plusieurs sensations que les patients décrivent avec des mots proches mais qui recouvrent des situations cliniques distinctes : une oreille pleine, une oreille sourde, une oreille sous pression, une oreille qui claque ou craquelle. Cette diversité reflète la complexité anatomique de l’organe auditif, dont chaque partie peut être la source du symptôme. Comprendre l’oreille bouchée suppose donc de garder à l’esprit que le son — et la sensation — traverse successivement trois compartiments : l’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne. Un obstacle, une inflammation ou un dysfonctionnement à n’importe lequel de ces niveaux peut produire cette impression d’obstruction.
L’histoire des sciences médicales place Antonio Maria Valsalva au centre de cette compréhension. Anatomiste italien formé à Bologne, élève de Marcello Malpighi et maître de Giovanni Battista Morgagni, Valsalva publia en 1704 le premier traité systématique d’anatomie de l’oreille, le De aure humana tractatus, où il distingue pour la première fois les trois régions — externe, moyenne et interne — qui structurent encore aujourd’hui la description du système auditif. C’est lui aussi qui a donné son nom définitif à la trompe d’Eustache, du nom de son premier descripteur Bartolomeo Eustachi, et qui a proposé la manœuvre qui porte son nom pour tester la perméabilité de ce canal — c’est précisément cette manœuvre que l’on recommande encore aux voyageurs lors des décollages et atterrissages pour déboucher leurs oreilles.
« L’oreille humaine se compose de trois régions : externe, moyenne et interne, chacune avec sa fonction propre. »
— Antonio Maria Valsalva (1666-1723), anatomiste, professeur à l’Université de Bologne, De aure humana tractatus (1704), paraphrasé depuis le latin
Les causes mécaniques : le conduit auditif obstrué
La première grande catégorie de causes concerne une obstruction physique du conduit auditif externe, la partie qui va du pavillon jusqu’au tympan. Le coupable le plus fréquent est le bouchon de cérumen, qui représente la première cause de consultation pour oreille bouchée en médecine générale. L’Académie américaine d’otolaryngologie estime dans sa guideline 2017 que 1 enfant sur 10, 1 adulte sur 20 et plus de 30 % des personnes âgées présentent à un moment donné une impaction cérumineuse symptomatique. Les facteurs qui la favorisent sont multiples : usage régulier de cotons-tiges qui repoussent le cérumen au fond du conduit, port d’appareils auditifs qui tassent mécaniquement la cire, conduits anatomiquement étroits ou coudés, sécheresse cutanée du conduit chez les personnes âgées, utilisation intensive d’écouteurs intra-auriculaires. Ce mécanisme et la manière de le prévenir sont développés dans notre article sur comment nettoyer correctement ses oreilles.
L’eau retenue dans le conduit après une baignade ou une douche constitue une autre cause mécanique fréquente, en général transitoire. L’eau s’accumule entre le cérumen et le tympan, parfois aidée par un relief anatomique particulier comme des exostoses (excroissances osseuses du conduit, typiques des surfeurs régulièrement exposés à l’eau froide). La sensation s’estompe généralement en inclinant la tête, en tirant légèrement le pavillon vers le haut et l’arrière pour redresser le conduit, et en laissant l’eau s’écouler par gravité. Si elle persiste au-delà de 24 à 48 heures, une otite externe du baigneur peut se développer, avec cette fois une douleur franche. Les corps étrangers — petits objets, insectes, fragments de végétaux — sont plus fréquents chez les enfants et imposent une extraction par un professionnel. Ne jamais tenter de les retirer avec une pince à la maison : le geste repousse presque toujours le corps étranger plus profondément dans le conduit.
Les causes liées à la trompe d’Eustache
La deuxième grande catégorie, et probablement la plus mal comprise du grand public, fait intervenir la trompe d’Eustache, ce conduit étroit qui relie l’oreille moyenne à l’arrière du nez et du palais. Son rôle physiologique est essentiel : elle équilibre la pression de l’air entre l’oreille moyenne et l’extérieur, évacue les sécrétions naturelles de cette cavité, et permet au tympan de vibrer correctement. Normalement fermée au repos, elle s’ouvre brièvement lors de la déglutition, du bâillement ou des mouvements de la mâchoire, grâce à la contraction des muscles du voile du palais.
Quand la trompe d’Eustache ne s’ouvre plus correctement, une dépression relative s’installe dans l’oreille moyenne, le tympan se rétracte vers l’intérieur, et la sensation d’oreille bouchée apparaît — souvent accompagnée d’une légère baisse d’audition et, parfois, d’acouphènes discrets. Ce dysfonctionnement est typiquement provoqué par un rhume ou une infection des voies aériennes supérieures : l’inflammation des muqueuses du nez et du rhinopharynx gagne l’ostium (l’ouverture) de la trompe et l’obstrue. Les allergies saisonnières (pollens, acariens) produisent le même effet par gonflement inflammatoire. Chez certains patients, un reflux gastro-œsophagien chronique peut aussi enflammer la zone d’ouverture tubaire. Le sujet fumeur voit sa muqueuse tubaire constamment irritée, ce qui explique la plus grande fréquence des dysfonctionnements dans cette population.
Chez l’enfant, la trompe d’Eustache est plus courte, plus horizontale et plus largement ouverte que chez l’adulte, ce qui explique la fréquence remarquable des otites moyennes dans cette tranche d’âge. Cette spécificité anatomique pédiatrique est détaillée dans notre article consacré aux infections de l’oreille chez les nourrissons. Quand la trompe reste bloquée plusieurs semaines, un liquide séro-muqueux peut s’accumuler derrière le tympan sans nécessairement s’infecter : c’est l’otite séro-muqueuse, responsable d’oreilles bouchées persistantes et d’hypoacousie souvent méconnues chez le jeune enfant.
Les causes barotraumatiques : l’avion, la plongée, l’altitude
Le troisième grand mécanisme est le barotraumatisme, c’est-à-dire une lésion causée par un différentiel brutal de pression entre l’intérieur de l’oreille moyenne et l’environnement extérieur. Il survient typiquement lors de la descente d’un avion, d’une plongée sous-marine, ou dans des situations moins connues comme la conduite en montagne ou l’entrée dans un tunnel ferroviaire à grande vitesse. Le mécanisme est simple : quand la pression extérieure augmente rapidement, la trompe d’Eustache doit s’ouvrir pour laisser entrer de l’air et compenser. Si elle reste fermée — en raison d’un rhume en cours, d’une inflammation, ou simplement d’une fatigue tubaire —, le tympan se distend vers l’intérieur sous l’effet du gradient de pression, provoquant douleur, sensation de blocage et parfois une légère baisse d’audition transitoire.
Les techniques pour prévenir le barotraumatisme sont bien connues et remarquablement efficaces quand elles sont appliquées au bon moment. La déglutition répétée (chewing-gum, pastilles, boissons) stimule la contraction des muscles du voile du palais qui ouvrent la trompe. La manœuvre de Valsalva — pincer le nez, fermer la bouche, souffler doucement — force l’air à passer dans la trompe d’Eustache. La manœuvre de Toynbee, moins connue mais parfois préférable, consiste à pincer le nez et à avaler salive. Ces techniques doivent être appliquées préventivement pendant la descente, pas une fois la douleur installée : une fois le tympan plaqué et l’inflammation en place, il est beaucoup plus difficile de rouvrir la trompe. Notre article dédié aux précautions pour protéger vos oreilles en avion détaille ces techniques et les publics à risque.
Les voyageurs qui prennent l’avion avec un rhume actif ou une sinusite en cours s’exposent à un risque particulièrement élevé. Dans les cas les plus sévères, le barotraumatisme peut aller jusqu’à une hémorragie intra-tympanique, voire une rupture du tympan. En plongée sous-marine, les barotraumatismes de l’oreille moyenne représentent la cause la plus fréquente d’incidents, et justifient toujours un apprentissage rigoureux des techniques d’équilibrage des pressions.
Les causes infectieuses et inflammatoires
Les infections constituent la quatrième grande famille de causes. L’otite moyenne aiguë, le plus souvent d’origine virale puis surinfectée par des bactéries comme Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae ou Moraxella catarrhalis, s’accompagne typiquement d’une douleur franche, parfois pulsatile, d’une fièvre chez l’enfant, et d’une sensation d’oreille bouchée qui est ici le signe d’un épanchement purulent derrière le tympan. L’otite externe, elle, concerne la peau du conduit auditif : elle produit une douleur vive déclenchée par la traction du pavillon ou la pression sur le tragus, une éventuelle sécrétion, et secondairement une obstruction du conduit par l’œdème inflammatoire. Les complications possibles d’une otite mal soignée et les signes qui doivent alerter sont développés dans notre article sur comment reconnaître une surinfection de l’oreille.
Plus rarement, une inflammation chronique de l’oreille moyenne peut provoquer une oreille bouchée persistante sans douleur marquée. L’otite chronique, la tympanosclérose ou l’otospongiose (affection héréditaire qui fixe progressivement l’étrier, le plus petit des osselets) entrent dans cette catégorie. Une consultation ORL est alors indispensable pour poser un diagnostic précis, généralement appuyé sur un audiogramme, un tympanogramme et parfois une imagerie du rocher.
Les causes neurosensorielles : l’oreille interne en question
La cinquième catégorie, plus rare mais plus préoccupante, regroupe les atteintes de l’oreille interne et du nerf auditif. Une oreille bouchée accompagnée de vertiges, d’acouphènes intenses ou d’une baisse d’audition brutale doit faire évoquer une atteinte cochléaire ou vestibulaire. La maladie de Ménière, caractérisée par des crises récurrentes associant vertige rotatoire, acouphènes et baisse d’audition fluctuante, provoque typiquement une sensation d’oreille pleine qui précède les crises. La névrite vestibulaire et la labyrinthite, inflammations d’origine virale ou bactérienne du vestibule et du labyrinthe, peuvent également s’annoncer par une sensation d’obstruction. Ces mécanismes sont détaillés dans notre article sur les vertiges liés à l’oreille interne.
Le cas le plus urgent est la surdité brusque idiopathique, une perte d’audition soudaine unilatérale qui survient en quelques minutes à quelques heures, parfois au réveil. Elle constitue une urgence ORL absolue avec une fenêtre thérapeutique de 72 heures pendant lesquelles la corticothérapie systémique peut significativement améliorer le pronostic. Toute oreille bouchée brutale, surtout si elle s’accompagne d’acouphènes intenses ou de vertiges, justifie une consultation dans la journée — ce n’est pas une situation où attendre que « ça passe » est raisonnable. Notre article sur les symptômes d’une surdité soudaine détaille cette urgence et les signes qui doivent alerter. Par ailleurs, une oreille bouchée persistante associée à des acouphènes chroniques peut relever des mécanismes décrits dans notre article sur les acouphènes et leurs effets sur la vie quotidienne.
Classification des causes et conduite à tenir
Le tableau suivant synthétise les grandes catégories de causes, leurs signes distinctifs et la conduite à tenir. Il peut servir de repère, sans se substituer à un avis médical.
| Catégorie | Causes principales | Signes différenciateurs | Conduite à tenir |
|---|---|---|---|
| Mécanique | Bouchon de cérumen, eau, corps étranger | Installation progressive, pas de douleur franche, fréquent après usage de cotons-tiges | Ramollissement 2-3 jours puis rinçage, consultation si persistance |
| Trompe d’Eustache | Rhume, allergie, reflux, tabagisme | Contexte de rhume/allergie, sensation de claquement à la déglutition | Traiter la cause, Valsalva prudente, consultation après 2 semaines |
| Barotraumatique | Avion, plongée, altitude, tunnel | Début brutal lié à un changement de pression, douleur franche possible | Manœuvres préventives, consultation si douleur ou saignement persistants |
| Infectieuse | Otite moyenne, otite externe, otite séro-muqueuse | Douleur, fièvre chez l’enfant, écoulement possible | Consultation médicale, antalgiques, antibiothérapie si indiquée |
| Neurosensorielle | Surdité brusque, Ménière, labyrinthite | Début soudain, baisse d’audition franche, vertiges, acouphènes intenses | Urgence ORL, consultation le jour même (fenêtre 72 h) |
Poser un diagnostic : le rôle de l’ORL et des examens
Face à une oreille bouchée qui persiste au-delà d’une semaine, qui s’accompagne de signes d’alerte, ou qui inquiète, la consultation médicale est la démarche appropriée. L’examen commence presque toujours par une otoscopie, réalisée au cabinet du médecin généraliste ou de l’ORL, qui permet de visualiser directement le conduit auditif et le tympan. Cet examen indolore identifie immédiatement un bouchon de cérumen, une otite moyenne (tympan rouge, bombé, parfois perforé avec écoulement), une otite externe (conduit rouge et œdémateux), une otite séro-muqueuse (tympan terne, présence d’un niveau liquidien), ou un tympan rétracté évoquant un dysfonctionnement tubaire chronique.
Si le diagnostic n’est pas évident, l’ORL dispose d’examens complémentaires. L’audiogramme tonal mesure précisément la capacité auditive à différentes fréquences et distingue les surdités de transmission (obstacle mécanique) des surdités de perception (atteinte neurosensorielle). Le tympanogramme évalue la mobilité du tympan et la pression dans l’oreille moyenne — examen particulièrement utile pour confirmer un dysfonctionnement de la trompe d’Eustache ou une otite séro-muqueuse. En cas de suspicion d’atteinte neurosensorielle ou de pathologie plus rare (tumeur du conduit auditif interne comme un schwannome vestibulaire, otospongiose), une imagerie par IRM ou scanner du rocher peut être prescrite. Ces examens sont non invasifs et apportent des informations déterminantes pour la prise en charge.
Que faire chez soi avant de consulter ?
Pour une oreille bouchée récente et sans signe d’alerte, quelques mesures simples peuvent être tentées. En cas de suspicion de bouchon de cérumen, les sprays auriculaires à base d’eau de mer ou de solution saline, utilisés selon la notice pendant deux à trois jours, suffisent souvent à ramollir et évacuer le cérumen. En cas de rhume ou d’allergie avec sensation d’oreille bouchée, un traitement décongestionnant nasal (spray à l’eau de mer, voire décongestionnant local de courte durée) peut aider à rouvrir la trompe d’Eustache. La manœuvre de Valsalva, exécutée doucement — sans forcer —, peut être tentée pour réouvrir une trompe obstruée : pincer le nez, fermer la bouche, souffler avec modération quelques secondes. Une Valsalva trop vigoureuse peut provoquer un barotraumatisme, il faut donc rester doux.
Plusieurs situations imposent en revanche de ne pas attendre et de consulter sans délai. Une douleur intense, un écoulement purulent ou sanglant, une fièvre associée, une perte d’audition brutale ou sévère, des vertiges marqués, des acouphènes intenses, une oreille bouchée persistant plus d’une à deux semaines malgré les soins domestiques, un contexte de traumatisme crânien récent : tous ces éléments justifient une consultation médicale rapide, dans la journée pour les plus aigus (douleur violente, écoulement sanglant, perte d’audition brutale). Chez l’enfant et a fortiori chez le nourrisson, toute suspicion d’otite doit être évaluée par un pédiatre ou un médecin : l’impossibilité pour un jeune enfant d’exprimer sa douleur peut masquer une otite qui progresse, et les complications — perforation, mastoïdite — doivent être prévenues par un diagnostic précoce. L’exposition au bruit fort, qui peut également être à l’origine de sensations d’obstruction associées à des acouphènes et une hypoacousie, est par ailleurs un sujet à part entière développé dans notre article sur les effets du bruit fort sur les cellules auditives.
Prévention : des gestes simples au long cours
La plupart des causes d’oreille bouchée peuvent être prévenues, ou au moins limitées, par quelques réflexes d’hygiène et d’attention. L’abandon des cotons-tiges au profit d’une hygiène auriculaire douce et externe constitue probablement le geste le plus efficace à l’échelle d’une vie : on évite à la fois les bouchons de cérumen tassés et les micro-traumatismes du conduit. La lutte contre le tabagisme, actif comme passif, réduit l’inflammation chronique de la muqueuse tubaire. Le traitement rigoureux des allergies saisonnières par antihistaminiques ou désensibilisation limite les épisodes d’obstruction tubaire. Lors des voyages en avion ou en altitude, anticiper les manœuvres de rééquilibrage et éviter de voler avec un rhume en cours protège des barotraumatismes. Le séchage soigneux des oreilles après la baignade, particulièrement chez les nageurs réguliers, prévient les otites externes. Enfin, la protection contre le bruit — bouchons d’oreille adaptés en concert, dans les milieux professionnels bruyants, lors de l’utilisation d’outils électroportatifs — protège à la fois des acouphènes et des atteintes cochléaires qui peuvent se manifester par une sensation d’oreille pleine. Ces mesures, sans être contraignantes, cumulent un effet protecteur significatif sur l’ensemble d’une vie auditive.
Conclusion : un symptôme banal qui mérite d’être écouté
L’oreille bouchée est rarement grave, mais elle mérite toujours d’être comprise plutôt qu’ignorée. La grande majorité des cas relève d’un bouchon de cérumen, d’un rhume avec dysfonctionnement transitoire de la trompe d’Eustache, ou d’un barotraumatisme modéré — autant de situations qui se résolvent spontanément ou avec des soins simples. Mais la même sensation peut aussi signaler une otite qui s’installe, une infection qui se complique ou, plus rarement, une urgence neurosensorielle qui réclame une prise en charge dans les heures qui suivent. Distinguer ces scénarios n’exige pas de connaissances médicales poussées : il suffit de savoir repérer les signes qui tranchent — la douleur vive, la fièvre, l’écoulement, la baisse brutale d’audition, les vertiges —, et de ne pas se priver d’un avis médical quand le doute s’installe. Une oreille bouchée qui dure au-delà d’une semaine mérite toujours une otoscopie ; une oreille bouchée qui s’accompagne de signes aigus mérite une consultation le jour même. Derrière ce symptôme en apparence trivial se joue parfois l’avenir de l’audition, ce qui vaut bien quelques minutes d’attention supplémentaire.
FAQ — Questions fréquentes sur l’oreille bouchée
Quelles sont les causes les plus fréquentes d’une oreille bouchée ?
Les causes les plus fréquentes sont, dans l’ordre, le bouchon de cérumen (première cause en consultation), le dysfonctionnement de la trompe d’Eustache lié à un rhume ou une allergie, le barotraumatisme après un vol en avion ou une plongée, et l’otite moyenne. Plus rarement, une atteinte neurosensorielle de l’oreille interne (surdité brusque, maladie de Ménière, labyrinthite) peut aussi se manifester par cette sensation. Selon l’Académie américaine d’otolaryngologie, 1 enfant sur 10, 1 adulte sur 20 et plus de 30 % des personnes âgées présentent à un moment donné une impaction cérumineuse symptomatique. Les facteurs favorisants sont multiples : usage de cotons-tiges qui repoussent le cérumen au fond, port d’appareils auditifs, écouteurs intra-auriculaires, conduits anatomiquement étroits, sécheresse cutanée liée à l’âge.
Pourquoi a-t-on l’oreille bouchée quand on a un rhume ?
Le rhume provoque une inflammation des muqueuses du nez et du rhinopharynx qui gagne l’ouverture de la trompe d’Eustache, ce conduit étroit qui relie l’oreille moyenne à l’arrière du nez. Quand la trompe ne s’ouvre plus correctement, l’air emprisonné dans l’oreille moyenne est progressivement absorbé par les tissus environnants, créant une dépression relative. Le tympan se rétracte alors légèrement vers l’intérieur, ce qui altère sa vibration et provoque la sensation d’oreille bouchée, accompagnée souvent d’une légère baisse d’audition et parfois d’acouphènes discrets. Cette situation est transitoire et se résout généralement avec le rhume. Les décongestionnants nasaux (sprays à l’eau de mer, ou décongestionnants locaux de courte durée) peuvent accélérer la réouverture. La manœuvre de Valsalva douce est utile. Si la gêne persiste plus de 2 semaines après disparition du rhume, consulter un médecin.
Comment déboucher son oreille après un avion ?
Pendant le vol, la prévention est essentielle : mâcher un chewing-gum, sucer une pastille, boire régulièrement pendant toute la descente pour stimuler la déglutition. La manœuvre de Valsalva (pincer le nez, fermer la bouche, souffler doucement) ou la manœuvre de Toynbee (pincer le nez et avaler) permettent d’ouvrir activement la trompe d’Eustache. Les bouchons d’oreille spécialement conçus pour l’avion, type EarPlanes, ralentissent le changement de pression et aident les voyageurs sensibles. Après le vol, si l’oreille reste bouchée, répéter plusieurs fois la Valsalva douce, bailler, mâcher. Un spray nasal à l’eau de mer peut dégager la zone d’ouverture de la trompe. Si la douleur persiste plus de 24 heures, un écoulement sanglant apparaît, ou une baisse d’audition s’installe, consulter un médecin : un barotraumatisme sévère peut nécessiter un traitement.
Comment faire la différence entre un bouchon de cérumen et une otite ?
La distinction repose sur plusieurs signes. Le bouchon de cérumen s’installe progressivement, sans douleur franche, et se caractérise surtout par une sensation d’oreille pleine et une baisse d’audition unilatérale. Il n’y a ni fièvre, ni écoulement, ni signe général. L’otite, à l’inverse, s’accompagne presque toujours d’une douleur franche, souvent pulsatile pour l’otite moyenne, ou déclenchée par la traction du pavillon pour l’otite externe. La fièvre est fréquente chez l’enfant, plus rare chez l’adulte. Un écoulement purulent ou sanglant signe une perforation du tympan. Des signes généraux (malaise, fatigue) peuvent accompagner les formes sévères. Dans le doute, l’otoscopie réalisée en consultation tranche immédiatement : un bouchon apparaît comme une masse jaune ou brune qui obstrue le conduit, tandis qu’une otite se traduit par un tympan rouge, bombé, parfois avec écoulement.
Que faire pour déboucher une oreille chez soi ?
Pour une oreille bouchée récente sans signe d’alerte, plusieurs mesures simples sont possibles. En cas de suspicion de bouchon de cérumen, utiliser un spray auriculaire à base d’eau de mer ou de solution saline selon la notice pendant 2 à 3 jours, puis rincer doucement sous la douche à l’eau tiède (température corporelle). Les huiles naturelles tièdes (2-3 gouttes d’huile d’olive ou d’amande douce au coucher) peuvent aussi ramollir le cérumen. En cas de rhume ou d’allergie, un traitement décongestionnant nasal aide à rouvrir la trompe d’Eustache. La manœuvre de Valsalva douce (pincer le nez, fermer la bouche, souffler modérément) peut être tentée. Éviter absolument les cotons-tiges et les bougies auriculaires. Si la gêne persiste plus d’une semaine, ou si des signes d’alerte apparaissent (douleur, fièvre, écoulement, baisse d’audition brutale), consulter un médecin.
Quand faut-il consulter pour une oreille bouchée ?
Plusieurs situations imposent une consultation, certaines en urgence. Sans délai, dans la journée : douleur auriculaire intense, écoulement purulent ou sanglant, fièvre élevée, baisse d’audition brutale ou totale d’un côté, vertiges importants avec nausées, acouphènes intenses nouveaux, traumatisme crânien récent. La surdité brusque est une urgence ORL absolue avec une fenêtre thérapeutique de 72 heures. À consulter sous quelques jours : oreille bouchée persistant plus d’une semaine malgré les soins domestiques, bouchon de cérumen récidivant, dysfonctionnement tubaire chronique, otite séro-muqueuse suspectée chez l’enfant avec baisse d’attention ou de performances scolaires. Chez le nourrisson, toute suspicion d’otite (pleurs inhabituels, frottement de l’oreille, fièvre, perte d’appétit) impose un avis pédiatrique rapide, car la douleur non exprimée peut masquer une infection qui se complique.
L’oreille bouchée peut-elle être le signe d’une maladie grave ?
Dans la grande majorité des cas, non. L’oreille bouchée est le plus souvent liée à un bouchon de cérumen, un rhume ou un barotraumatisme modéré, toutes situations bénignes et réversibles. Quelques situations rares justifient cependant une vigilance. La surdité brusque idiopathique, perte d’audition soudaine unilatérale, est une urgence ORL qui peut laisser des séquelles auditives permanentes si elle n’est pas traitée dans les 72 heures. La maladie de Ménière, caractérisée par des crises récurrentes associant vertige, acouphènes et baisse d’audition fluctuante, nécessite un suivi ORL. Les tumeurs bénignes du conduit auditif interne (schwannome vestibulaire) peuvent se révéler par une oreille bouchée unilatérale chronique avec acouphènes et baisse d’audition progressive : leur diagnostic repose sur l’IRM. L’otospongiose, maladie héréditaire, fixe progressivement l’étrier et provoque une surdité de transmission lentement progressive. Le bilan ORL (otoscopie, audiogramme, tympanogramme) permet d’orienter rapidement vers le bon diagnostic.
