Le 31 octobre 2008, un individu ou un groupe opérant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto publie un document de neuf pages intitulé Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System. Dans les plus sombres semaines de la crise financière mondiale, alors que Lehman Brothers vient de s’effondrer, ce livre blanc propose un système monétaire entièrement numérique, sans banque ni intermédiaire. Le 3 janvier 2009, le premier bloc de la blockchain Bitcoin est miné, inscrivant dans sa première transaction un message codé : « The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks » — clin d’œil à la presse britannique, et manifeste idéologique. Dix-sept ans plus tard, en 2026, le Bitcoin dépasse les 90 000 dollars, la capitalisation totale du marché crypto oscille autour de 3 000 milliards de dollars, et le règlement européen MiCA encadre désormais l’ensemble de l’écosystème sur le Vieux Continent. Alors, qu’est-ce qu’une crypto-monnaie ? Un actif numérique sécurisé par la cryptographie, fonctionnant sur un réseau décentralisé appelé blockchain, sans autorité centrale émettrice. Voici ce qu’il faut en savoir en 2026 — avantages, risques et usages concrets.
Décoder les crypto-monnaies
Une crypto-monnaie est un actif numérique dont les transactions sont sécurisées par des techniques cryptographiques, enregistrées sur un registre distribué (la blockchain) et validées par un réseau décentralisé d’ordinateurs. Elle n’est pas émise par une banque centrale ni par un gouvernement : son émission et ses règles de fonctionnement sont inscrites dans un code informatique que tous les participants au réseau exécutent.
La technologie blockchain
La blockchain (littéralement « chaîne de blocs ») est un registre numérique public, tenu en parallèle par des milliers de nœuds répartis dans le monde entier. Chaque nouvelle transaction validée est regroupée avec d’autres dans un « bloc », qui est ensuite ajouté à la chaîne grâce à une signature cryptographique qui le relie au bloc précédent. Si quelqu’un tente de modifier a posteriori le contenu d’un bloc, toutes les signatures suivantes deviennent invalides — rendant la falsification pratiquement impossible, sauf à contrôler plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau (attaque dite des « 51 % »).
Deux mécanismes dominent aujourd’hui la validation des blocs :
- La preuve de travail (Proof of Work, PoW), utilisée par le Bitcoin, où des ordinateurs spécialisés (les « mineurs ») résolvent des puzzles mathématiques pour valider les blocs. Elle est très sécurisée mais énergivore.
- La preuve d’enjeu (Proof of Stake, PoS), utilisée par Ethereum depuis septembre 2022 et la plupart des crypto-monnaies récentes, où les validateurs mettent en jeu leurs propres actifs comme garantie. Moins énergivore : le Merge d’Ethereum a réduit sa consommation énergétique de 99,95 %.
Clés publiques, clés privées et portefeuilles
Chaque utilisateur d’une crypto-monnaie dispose d’une paire de clés cryptographiques : une clé publique (qui sert d’adresse, comme un IBAN), et une clé privée (qui sert de signature, comme un mot de passe). La clé privée donne le contrôle total des fonds associés à une adresse. Perdre sa clé privée, c’est perdre définitivement l’accès à ses crypto-monnaies. Il n’y a pas de SAV, pas de banque centrale pour réinitialiser votre compte : la responsabilité repose intégralement sur l’utilisateur.
Les portefeuilles (wallets) permettent de stocker ces clés. Les portefeuilles dits « chauds » (hot wallets, applications mobiles ou en ligne) sont pratiques mais plus vulnérables aux piratages. Les portefeuilles « froids » (cold wallets, clés physiques comme celles du français Ledger) sont déconnectés d’internet et offrent une sécurité nettement supérieure — recommandés pour des montants significatifs.
L’évolution historique des crypto-monnaies
L’idée d’une monnaie numérique décentralisée n’est pas née en 2008. Elle est l’aboutissement de plusieurs décennies de recherche en cryptographie appliquée.
Des précurseurs oubliés
Dès 1983, le cryptographe américain David Chaum propose le concept de monnaie numérique anonyme via son entreprise DigiCash. En 1997, Adam Back invente HashCash, un système anti-spam basé sur la preuve de travail — briquet fondamental de ce que Bitcoin utilisera plus tard. En 1998, Wei Dai publie b-money, et Nick Szabo propose bit gold : deux systèmes jamais pleinement implémentés, mais dont le Bitcoin s’inspirera directement. Entre 1996 et 2008, la société e-gold expérimente une monnaie numérique centralisée, qui disparaît suite à des poursuites judiciaires.
Bitcoin et Satoshi Nakamoto (2008-2009)
Le 31 octobre 2008, le whitepaper de Bitcoin circule dans une liste de diffusion de cryptographes. Le 3 janvier 2009, le premier bloc (le bloc genèse) est miné. En mai 2010, une première transaction commerciale a lieu : Laszlo Hanyecz paie deux pizzas avec 10 000 BTC. Au prix de 2026, ces pizzas auraient coûté environ 900 millions d’euros. L’anecdote, célébrée chaque 22 mai (Bitcoin Pizza Day), symbolise la transformation du Bitcoin de curiosité technologique en actif financier mondial.
« Ce qu’il faut, c’est un système de paiement électronique reposant sur une preuve cryptographique plutôt que sur la confiance, permettant à deux parties consentantes de traiter directement l’une avec l’autre sans avoir besoin d’un tiers de confiance. »
— Satoshi Nakamoto, Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System, 31 octobre 2008
L’identité réelle de Satoshi Nakamoto reste à ce jour l’un des plus grands mystères de l’histoire du numérique. Nakamoto a cessé toute communication publique en avril 2011, et ses quelque 1,1 million de BTC personnels n’ont jamais été déplacés — soit près de 100 milliards de dollars dormants au prix actuel.
L’explosion des altcoins
Depuis 2011, des milliers de crypto-monnaies alternatives (altcoins) ont vu le jour. Les plus notables :
- Litecoin (2011) : variante plus rapide de Bitcoin, créée par Charlie Lee.
- Ethereum (2015) : blockchain programmable permettant d’exécuter des smart contracts, développée par Vitalik Buterin. Elle a ouvert la voie à la finance décentralisée (DeFi), aux jetons non fongibles (NFT) et aux applications décentralisées.
- Stablecoins : crypto-monnaies adossées à une monnaie fiduciaire (généralement le dollar américain). Tether (USDT, 2014) et USD Coin (USDC, 2018) dominent, avec respectivement 140 Mds $ et 45 Mds $ de capitalisation en 2026.
- Solana, Cardano, Avalanche, Polkadot : blockchains de nouvelle génération privilégiant la vitesse et la scalabilité.
Les utilisations actuelles des crypto-monnaies
Les crypto-monnaies ne se limitent plus à un outil de paiement alternatif. Elles ont donné naissance à un écosystème financier et technologique entièrement nouveau.
Réserve de valeur et investissement
Le Bitcoin est aujourd’hui principalement utilisé comme réserve de valeur — parfois surnommé « l’or numérique » en raison de sa rareté programmée (21 millions d’unités maximum, dont 19,8 millions déjà émises en 2026). Un large éventail de crypto-monnaies est aujourd’hui disponible sur des plateformes d’échange régulées. Des sociétés cotées comme Strategy (anciennement MicroStrategy, dirigée par Michael Saylor) détiennent plus de 580 000 BTC dans leurs réserves d’entreprise, soit plus de 50 milliards de dollars.
Paiements et transferts internationaux
Les crypto-monnaies permettent des transferts internationaux en quelques minutes (pour Bitcoin) à quelques secondes (pour des blockchains comme Solana ou les solutions Layer 2 d’Ethereum). Le Lightning Network, surcouche du Bitcoin opérationnelle depuis 2018, permet des micropaiements quasi instantanés à très faible coût. Certaines entreprises internationales, dont PayPal et Visa, intègrent désormais les crypto-monnaies dans leurs services. Dans certains pays à fort taux d’inflation (Argentine, Turquie, Venezuela, Nigeria, Liban), les stablecoins sont massivement utilisés pour protéger l’épargne de la dépréciation monétaire.
Le Salvador avait adopté le Bitcoin comme monnaie légale en septembre 2021 — première expérience mondiale. En janvier 2025, sous pression du FMI pour obtenir un prêt de 1,4 milliard de dollars, le pays a toutefois retiré au Bitcoin son statut de monnaie légale tout en conservant des réserves d’État.
DeFi, NFT et contrats intelligents
La finance décentralisée (DeFi) regroupe des protocoles permettant de prêter, emprunter, échanger ou investir sans banque ni intermédiaire, via des smart contracts déployés sur Ethereum et ses concurrents. En 2026, la valeur totale verrouillée (TVL) dans la DeFi dépasse les 150 milliards de dollars. Les jetons non fongibles (NFT), certificats numériques d’authenticité, ont connu leur pic en 2021-2022 puis un retrait progressif mais continu. Les organisations autonomes décentralisées (DAO) expérimentent des modèles de gouvernance collective sans hiérarchie traditionnelle.
Les différentes catégories de crypto-monnaies
L’écosystème des crypto-monnaies est aujourd’hui extraordinairement diversifié. Le tableau ci-dessous récapitule les principales catégories.
| Catégorie | Fonction principale | Exemples (2026) | Capitalisation approximative |
|---|---|---|---|
| Monnaie numérique de référence | Réserve de valeur, paiements | Bitcoin (BTC) | ~1 800 Mds $ |
| Plateforme de smart contracts | Applications décentralisées (dApps) | Ethereum (ETH), Solana, Cardano | ~500 Mds $ |
| Stablecoins | Valeur stable adossée au dollar | USDT, USDC, DAI | ~220 Mds $ |
| Jetons utilitaires | Accès à des services spécifiques | Chainlink (LINK), Uniswap (UNI) | variable |
| Jetons gouvernance | Droit de vote dans des DAO | MakerDAO (MKR), Aave (AAVE) | variable |
| CBDC (monnaies centrales) | Monnaie fiduciaire numérique étatique | e-CNY (Chine), eNaira (Nigeria) | en déploiement |
Avantages et limites des crypto-monnaies
Les crypto-monnaies présentent des caractéristiques structurelles qui diffèrent profondément de celles des monnaies fiduciaires traditionnelles. Chacune de ces caractéristiques est à double tranchant.
Avantages réels
D’un point de vue technique, les crypto-monnaies offrent plusieurs avantages démontrables. Les transferts internationaux sont plus rapides et souvent moins chers que les virements bancaires classiques (SWIFT), surtout entre pays éloignés. La disponibilité est de 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans fermeture de marché. La transparence des transactions, toutes inscrites sur un registre public, permet une traçabilité qui peut être utile pour l’audit. L’inclusion financière est un argument souvent avancé : selon la Banque mondiale, 1,4 milliard d’adultes dans le monde n’ont pas accès aux services bancaires traditionnels ; un simple smartphone suffit pour ouvrir un portefeuille crypto.
Risques et limites
Ces avantages s’accompagnent de limites et de risques réels qu’il est essentiel de reconnaître.
La volatilité est extrême. En 2022, le Bitcoin a perdu 65 % de sa valeur en douze mois. En 2025, il a chuté d’environ 30 % entre janvier et mai. Ces fluctuations rendent son utilisation comme unité de compte stable problématique — ce qui a conduit à l’émergence des stablecoins adossés au dollar.
La sécurité des plateformes reste préoccupante. Si la blockchain elle-même est réputée inviolable, les plateformes d’échange le sont beaucoup moins. Les pertes dues aux piratages sont colossales : Mt. Gox (2014, 480 M$), Bitfinex (2016, 72 M$), Coincheck (2018, 530 M$), FTX (novembre 2022, faillite frauduleuse de 8 Mds $ laissant 1 million de créanciers), Bybit (février 2025, 1,5 Md $). La règle d’or des investisseurs expérimentés est « Not your keys, not your coins » — « Pas vos clés, pas vos pièces » : conserver ses crypto-monnaies sur une plateforme centralisée, c’est s’exposer à son éventuelle défaillance.
Les escroqueries prolifèrent : faux projets (rug pulls), schémas de Ponzi, phishing, sites imitant des plateformes légitimes, arnaques sur réseaux sociaux. La nature décentralisée et internationale des crypto-monnaies rend la récupération de fonds volés extrêmement difficile, voire impossible.
L’impact environnemental du Bitcoin — qui reste en preuve de travail — est considérable : sa consommation électrique annuelle est estimée à environ 150 TWh, soit plus que la consommation de la Pologne. Ethereum et les blockchains en preuve d’enjeu sont infiniment moins énergivores.
Enfin, la perte de clés privées est irréversible. Selon des estimations de Chainalysis, environ 20 % de tous les Bitcoins jamais émis (soit environ 4 millions de BTC) seraient définitivement perdus — clés privées oubliées, disques durs effacés, utilisateurs décédés sans avoir transmis leurs accès.
⚠️ Avertissement : cet article a pour vocation d’informer sur le fonctionnement des crypto-monnaies, non de recommander un investissement. Les crypto-monnaies sont des actifs hautement spéculatifs, dont la valeur peut fluctuer violemment. Ne jamais investir plus qu’on ne peut se permettre de perdre, diversifier ses avoirs, et consulter un conseiller financier qualifié avant toute décision importante. Le présent article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
Le cadre réglementaire en 2026
Longtemps laissés dans un flou juridique, les crypto-monnaies font désormais l’objet d’une régulation structurée dans la plupart des grandes économies.
MiCA : le cadre européen harmonisé
L’Union européenne a adopté le 31 mai 2023 le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), premier cadre réglementaire exhaustif au monde pour les crypto-actifs. Il est entré en application progressivement : les dispositions relatives aux stablecoins le 30 juin 2024, l’ensemble du règlement le 30 décembre 2024. MiCA impose aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) d’obtenir un agrément auprès d’une autorité nationale (l’AMF en France), encadre strictement l’émission de stablecoins (réserves liquides 1:1, supervision bancaire), et protège les investisseurs par des obligations de transparence et d’information. Une période transitoire permet aux PSAN français enregistrés avant 2024 de continuer leurs activités jusqu’au 1er juillet 2026.
Les États-Unis : de l’hostilité au ralliement
Aux États-Unis, la SEC a longtemps mené une action répressive contre le secteur. Un tournant s’est produit le 10 janvier 2024 avec l’approbation de 11 ETF Bitcoin spot — dont ceux de BlackRock (IBIT) et Fidelity (FBTC) — permettant aux investisseurs institutionnels et particuliers d’acquérir une exposition au Bitcoin via leur compte-titres classique. Ces véhicules ont attiré plus de 35 milliards de dollars de flux nets en 2024. En mars 2025, l’administration Trump a créé par décret une Strategic Bitcoin Reserve nationale, officialisant le Bitcoin comme actif stratégique. L’approche américaine reste toutefois fragmentée, avec des tensions de compétences entre la SEC (marchés financiers) et la CFTC (matières premières).
Fiscalité des crypto-monnaies en France
En France, les crypto-actifs sont soumis depuis 2019 à un régime fiscal spécifique. Pour les particuliers, les plus-values sur cessions de crypto-actifs sont imposées au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), dit « flat tax ». Les contribuables peuvent aussi opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu si celui-ci leur est plus favorable. Les échanges entre crypto-monnaies (par exemple BTC → ETH) ne sont pas taxés en eux-mêmes : seule la conversion en monnaie fiduciaire ou l’achat de biens et services déclenche l’imposition. Depuis janvier 2025, la directive européenne DAC8 renforce l’échange d’informations entre administrations fiscales européennes sur les transactions crypto.
Positions contrastées dans le monde
Le paysage réglementaire mondial est très contrasté. La Chine a interdit en 2021 le minage et les transactions de crypto-monnaies sur son territoire, tout en déployant sa propre monnaie numérique de banque centrale (e-CNY). Le Japon dispose d’un cadre réglementaire strict depuis 2017. L’Inde a oscillé entre interdiction et acceptation sous forte fiscalité (TDS de 1 % sur toute transaction). Les Émirats arabes unis, Singapour et la Suisse se sont positionnés comme des hubs régulés favorables à l’innovation.
Les tendances 2025-2026
Plusieurs évolutions majeures façonnent l’écosystème crypto actuel.
Le halving Bitcoin d’avril 2024
Le 20 avril 2024 s’est produit le quatrième halving de l’histoire du Bitcoin : la récompense attribuée aux mineurs pour la validation d’un bloc est passée de 6,25 à 3,125 BTC. Ce mécanisme, inscrit dans le protocole, divise par deux tous les 210 000 blocs (environ quatre ans) le rythme de création de nouveaux bitcoins — jusqu’au dernier halving prévu vers 2140, année où les 21 millions de BTC auront tous été émis. Historiquement, chaque halving a été suivi d’un cycle haussier. Celui de 2024 a coïncidé avec l’approbation des ETF spot, portant le Bitcoin à un sommet historique de 108 000 dollars en décembre 2024. L’année 2025 a toutefois connu une correction, le Bitcoin oscillant entre 70 000 et 100 000 dollars selon les périodes.
Les CBDC : les monnaies numériques des banques centrales
Plus de 130 pays étudient aujourd’hui le lancement de leur propre monnaie numérique de banque centrale (CBDC). La Chine est la plus avancée avec le e-CNY (e-yuan), déployé dans plus de 25 villes depuis 2020 et testé par plus de 260 millions d’utilisateurs. La BCE travaille sur un euro numérique, dont une phase de préparation a été lancée en novembre 2023 et dont la décision finale de lancement est attendue en 2026-2027. Contrairement aux crypto-monnaies décentralisées, les CBDC sont émises par les banques centrales et ne fonctionnent pas nécessairement sur blockchain. Elles posent cependant des questions importantes de vie privée et de souveraineté monétaire.
Adoption institutionnelle et intégration au système financier
L’année 2024 a marqué un basculement historique : après une décennie de méfiance, les grandes institutions financières (BlackRock, Fidelity, JPMorgan, BNP Paribas) intègrent désormais les crypto-actifs dans leurs offres. Les ETF Bitcoin spot américains détiennent collectivement plus de 1,29 million de BTC en 2026, soit environ 7 % de l’offre totale. Cette institutionnalisation a profondément modifié la dynamique du marché — le Bitcoin est aujourd’hui davantage corrélé aux politiques de la Réserve fédérale qu’aux événements spécifiques à l’univers crypto.
Les Layer 2 et la scalabilité
Les limites techniques des blockchains historiques (Bitcoin : 7 transactions par seconde ; Ethereum : ~15 TPS) ont été contournées par l’émergence de Layer 2 — solutions de mise à l’échelle construites par-dessus les blockchains principales. Le Lightning Network pour Bitcoin, Arbitrum, Optimism, Base, Polygon, et zkSync pour Ethereum traitent collectivement des millions de transactions par jour à très faible coût. Ces innovations rendent enfin les micropaiements et les usages quotidiens économiquement viables.
Conclusion : une technologie devenue mature
En dix-sept ans, les crypto-monnaies sont passées du statut d’expérience marginale à celui d’actif reconnu, régulé, et intégré au système financier mondial. Le Bitcoin, vu en 2010 comme une curiosité de geeks, est devenu une classe d’actifs à part entière, détenue par des États, des institutions et des dizaines de millions de particuliers. Les technologies sous-jacentes — blockchain, smart contracts, cryptographie à clé publique — trouvent des applications bien au-delà de la finance : traçabilité des chaînes d’approvisionnement, gestion d’identité numérique, certification de documents, droits d’auteur. Pour autant, l’écosystème reste volatile, jeune et en mutation constante. Le fonctionnement technique des crypto-monnaies, leurs promesses et leurs limites, mérite d’être compris avant tout engagement. Comme l’écrivait Satoshi Nakamoto en 2008, l’objectif initial était de créer « un système de paiement électronique reposant sur une preuve cryptographique plutôt que sur la confiance ». Que l’objectif soit atteint ou non, il aura transformé notre rapport à la monnaie, à l’intermédiation financière, et peut-être demain à la souveraineté numérique elle-même.
FAQ — Questions fréquentes sur les crypto-monnaies
Qu’est-ce qu’une crypto-monnaie exactement ?
Une crypto-monnaie est un actif numérique dont les transactions sont sécurisées par la cryptographie et enregistrées sur une blockchain — un registre distribué maintenu par un réseau décentralisé d’ordinateurs. Contrairement aux monnaies traditionnelles, elle n’est émise ni par une banque centrale, ni par un État. La première et plus connue, Bitcoin, a été lancée en janvier 2009 par un individu ou groupe pseudonyme appelé Satoshi Nakamoto. Au 19 mars 2026, il existe des milliers de crypto-monnaies, représentant une capitalisation totale d’environ 3 000 milliards de dollars.
Comment fonctionne la blockchain ?
La blockchain est un registre public distribué où chaque nouvelle transaction validée est regroupée avec d’autres dans un « bloc », puis ajoutée à la chaîne via une signature cryptographique liée au bloc précédent. Modifier rétroactivement un bloc invaliderait toutes les signatures suivantes, rendant la falsification pratiquement impossible sauf à contrôler plus de 50 % de la puissance du réseau. Les blocs sont validés soit par preuve de travail (Bitcoin, ordinateurs puissants résolvant des puzzles), soit par preuve d’enjeu (Ethereum depuis 2022, validateurs mettant en jeu leurs actifs comme garantie).
Quelles sont les principales crypto-monnaies en 2026 ?
Les deux leaders historiques restent Bitcoin (BTC, réserve de valeur, ~1 800 Mds $ de capitalisation) et Ethereum (ETH, plateforme de smart contracts, ~380 Mds $). Viennent ensuite les stablecoins adossés au dollar (Tether/USDT, USD Coin/USDC), les blockchains concurrentes d’Ethereum (Solana, Cardano, Avalanche, Polkadot), et des milliers de jetons spécialisés (jetons utilitaires, jetons de gouvernance, NFT). Les crypto-monnaies représentent en tout environ 3 000 milliards de dollars de capitalisation mondiale en 2026.
Les crypto-monnaies sont-elles légales en France ?
Oui, les crypto-monnaies sont parfaitement légales en France, mais encadrées. Depuis le 30 décembre 2024, le règlement européen MiCA impose aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) d’obtenir un agrément auprès de l’AMF. Les particuliers sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux) sur les plus-values de cession, ou optionnellement au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Seule la conversion en monnaie fiduciaire ou l’achat de biens/services déclenche l’imposition — les échanges entre crypto-monnaies ne sont pas taxés en eux-mêmes.
Quels sont les risques principaux d’investir dans les crypto-monnaies ?
Les risques sont nombreux et bien documentés. La volatilité est extrême : le Bitcoin a perdu 65 % de sa valeur en 2022, et connu plusieurs corrections de 30 % ou plus en 2025. La sécurité des plateformes centralisées est précaire : de grandes faillites (FTX en 2022, Bybit en février 2025) ont entraîné des pertes de plusieurs milliards de dollars. Les escroqueries prolifèrent (faux projets, phishing, Ponzi). La perte de clés privées est irréversible. Et les crypto-monnaies sont des actifs hautement spéculatifs, sans valeur intrinsèque garantie. Un panorama détaillé des avantages et inconvénients est utile avant toute décision. Il est recommandé de ne jamais investir plus que ce qu’on peut se permettre de perdre.
Qu’est-ce que le règlement européen MiCA ?
MiCA (Markets in Crypto-Assets) est le premier cadre réglementaire exhaustif au monde pour les crypto-actifs. Adopté par l’Union européenne le 31 mai 2023, il est entré en application progressivement : les dispositions sur les stablecoins le 30 juin 2024, l’ensemble du règlement le 30 décembre 2024. Il impose aux prestataires de services crypto d’obtenir un agrément national (AMF en France), encadre strictement l’émission de stablecoins (réserves liquides 1:1), et protège les investisseurs par des obligations de transparence. Les PSAN français enregistrés avant 2024 bénéficient d’une période transitoire jusqu’au 1er juillet 2026.
Qu’est-ce qu’un ETF Bitcoin spot ?
Un ETF Bitcoin spot est un fonds négocié en bourse qui détient directement du Bitcoin physique pour le compte de ses souscripteurs. Il permet d’investir dans le Bitcoin via un compte-titres classique, sans avoir à gérer de portefeuille crypto ni de clés privées. Le 10 janvier 2024, la SEC américaine a approuvé 11 ETF Bitcoin spot, dont les plus connus sont l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock et le FBTC de Fidelity. Ces ETF ont attiré plus de 35 milliards de dollars de flux nets sur la seule année 2024, et détenaient collectivement plus de 1,29 million de BTC en 2026, soit environ 7 % de l’offre totale de Bitcoin.

