Qu’est-ce qu’une galaxie ?

Le 16 mai 2025, les instruments du télescope spatial James Webb ont capturé l’image d’un objet situé à un redshift spectroscopique de z = 14,44 — la galaxie MoM-z14, « la mère de toutes les galaxies primordiales », selon l’expression de Rohan Naidu (MIT) qui a mené l’équipe de découverte. Sa lumière a voyagé pendant 13,5 milliards d’années avant d’atteindre nos détecteurs. Elle existait déjà 280 millions d’années seulement après le Big Bang, soit 2 % de l’âge actuel de l’univers. Compacte (240 années-lumière de rayon, environ 400 fois plus petite que la Voie lactée), étonnamment lumineuse, riche en azote — elle défie les modèles théoriques qui prédisaient que les galaxies brillantes à cette époque devraient être cent fois moins nombreuses. Ce n’est pas un incident isolé : le JWST a révélé en trois ans d’opération un univers primordial profondément différent de celui que nous imaginions. Alors, qu’est-ce qu’une galaxie ? Un vaste système gravitationnel d’étoiles, de gaz, de poussière et de matière noire — et, à mesure que nous l’explorons, un objet dont la diversité et l’histoire nous réservent encore bien des surprises. Voici l’état des connaissances en 2026.

Comprendre l’Univers : les bases des galaxies

Une galaxie est un système gravitationnellement lié d’étoiles, de restes stellaires, de gaz interstellaire, de poussière et de matière noire, qui orbite autour d’un centre de masse commun. Les galaxies abritent de quelques milliers d’étoiles (pour les plus petites galaxies naines) jusqu’à plusieurs milliers de milliards (pour les galaxies elliptiques géantes). Elles constituent les briques fondamentales de la structure cosmique à grande échelle.

Définition et importance des galaxies dans l’espace

L’univers observable contient probablement 200 milliards à 2 000 milliards de galaxies — une fourchette large qui reflète l’incertitude sur les petites galaxies naines et les galaxies précoces difficiles à détecter. Les études JWST récentes suggèrent que la partie basse de cette fourchette est la plus probable, mais avec une population bien plus importante de petites galaxies primordiales qu’on ne le pensait avant 2022.

Chaque galaxie est le théâtre d’une histoire cosmique locale : naissance et mort d’étoiles, enrichissement chimique par les supernovas, interactions avec les galaxies voisines, croissance du trou noir central. La composition typique d’une grande galaxie se répartit en plusieurs éléments : un bulbe central dense, un disque rotatif, un halo étendu de vieilles étoiles et de matière noire, et souvent un trou noir supermassif en son cœur. C’est dans les galaxies que se forment et que meurent les étoiles, que se constituent les éléments chimiques plus lourds que l’hélium, et que se trouvent toutes les planètes connues, dont la nôtre.

Comment les galaxies constituent les éléments de base de l’univers

À grande échelle, les galaxies ne sont pas distribuées uniformément dans l’espace. Elles se regroupent en structures hiérarchiques : groupes (quelques dizaines de galaxies), amas (centaines à milliers), superamas (dizaines de milliers de galaxies liées par des filaments). Ces superamas forment à leur tour la toile cosmique, une structure filamentaire spectaculaire parsemée de vides cosmiques atteignant plusieurs centaines de millions d’années-lumière. Notre Voie lactée appartient au Groupe local (environ 80 galaxies), lui-même intégré au superamas de la Vierge, lequel fait partie du gigantesque superamas Laniakea (mis en évidence en 2014 par l’équipe de R. Brent Tully), qui rassemble 100 000 galaxies sur 500 millions d’années-lumière.

La découverte et l’étude des galaxies

L’histoire de la compréhension des galaxies est une histoire relativement récente. Pendant des siècles, les objets que nous appelons aujourd’hui galaxies étaient confondus avec des nébuleuses internes à la Voie lactée. Il a fallu les premières décennies du XXe siècle pour comprendre leur véritable nature — et celles du XXIe pour en observer les plus anciennes.

Les étapes historiques de l’observation des galaxies

Au XVIIIe siècle, l’astronome britannique William Herschel (1738-1822) catalogue plusieurs milliers de « nébuleuses » — des taches lumineuses diffuses dont la nature reste alors mystérieuse. Il soupçonne déjà que certaines pourraient être des « univers-îles » extérieurs à notre propre système stellaire, mais la question reste ouverte pendant plus d’un siècle.

Le tournant décisif se produit en 1924. Edwin Hubble, utilisant le télescope Hooker de 2,5 m au mont Wilson en Californie, identifie dans la « nébuleuse d’Andromède » des étoiles variables appelées céphéides, dont la période de variation est liée à la luminosité intrinsèque. En mesurant leur période, il en déduit leur distance : plus de 900 000 années-lumière (on sait aujourd’hui qu’Andromède se trouve à 2,537 millions d’années-lumière). Cette mesure est une bombe : les « nébuleuses spirales » sont des galaxies à part entière, distinctes et lointaines. Le cosmos devient instantanément infiniment plus vaste.

Quelques années plus tard, Hubble pose les bases de la classification morphologique des galaxies qu’il publie en 1936 dans The Realm of the Nebulae. Le même livre rassemble également les mesures de décalage vers le rouge qui avaient conduit en 1929 à la découverte de l’expansion cosmique.

« L’histoire de l’astronomie est une histoire d’horizons qui reculent. »

Edwin Hubble, The Realm of the Nebulae, 1936

Depuis Hubble, chaque nouvelle génération d’instruments a confirmé sa prédiction. Le télescope spatial Hubble (1990-présent) a observé des galaxies à plus de 13 milliards d’années-lumière ; le JWST (opérationnel depuis juillet 2022) a repoussé cette frontière encore plus loin, jusqu’à MoM-z14 à 13,5 milliards d’années-lumière — à peine 280 millions d’années après le Big Bang.

Technologies et méthodes clés de la recherche moderne sur les galaxies

L’astronomie galactique moderne est multi-longueur d’onde : chaque domaine du spectre électromagnétique révèle des propriétés différentes. La lumière visible (Hubble, Rubin) montre les étoiles ; l’infrarouge (JWST, Spitzer) pénètre les nuages de poussière et sonde les galaxies primordiales ; les ondes radio (ALMA, SKA) détectent le gaz froid et les jets des noyaux actifs ; les rayons X (Chandra, XMM) révèlent les gaz brûlants et les accrétions sur les trous noirs.

Plusieurs instruments récents ont révolutionné l’étude des galaxies. Gaia (ESA, 2013-2025) a catalogué avec une précision inédite près de deux milliards d’étoiles de la Voie lactée, produisant la carte tridimensionnelle la plus précise jamais réalisée de notre galaxie (Data Release 3 en 2022). Euclid (ESA, lancé en juillet 2023) cartographie la forme et la distribution de milliards de galaxies sur 10 milliards d’années d’histoire cosmique pour sonder la matière noire et l’énergie noire. L’Observatoire Vera C. Rubin, au Chili, opérationnel depuis 2025 avec sa caméra de 3,2 gigapixels, scrute le ciel entier tous les trois jours et détectera des centaines de millions de galaxies au cours de sa décennie d’opération.

Classification des galaxies : types et caractéristiques

Les galaxies présentent une grande diversité morphologique, que l’astronomie classe selon la séquence proposée par Hubble en 1936 — souvent représentée sous la forme d’un « diapason » : elliptiques à gauche, puis spirales et spirales barrées à droite, avec les lenticulaires (S0) au point d’articulation et les galaxies irrégulières comme catégorie à part.

TypeCodeCaractéristiquesExemples
ElliptiqueE0 à E7Forme sphérique à ellipsoïdale, vieilles étoiles, peu de gazM87, M32
LenticulaireS0 / SB0Disque sans bras spiraux, bulbe prononcéM102, Fuseau (NGC 5866)
Spirale normaleSa, Sb, ScBulbe + bras spiraux continusAndromède (Sb), Triangle (Sc)
Spirale barréeSBa, SBb, SBcBarre centrale + bras spirauxVoie lactée (SBbc), NGC 1300
IrrégulièreIrr I, Irr IIPas de structure régulière, riche en gazPetit / Grand Nuage de Magellan
NainedE, dSph, dIrrTrès peu d’étoiles (10⁷ à 10⁹)Sculptor, Segue 1, Leo I

Galaxies spirales : structure et exemples

Les galaxies spirales sont probablement les plus emblématiques. Elles se caractérisent par un disque aplati en rotation, parcouru par des bras spiraux où se concentre la formation d’étoiles, et un bulbe central plus sphérique. Environ deux tiers des galaxies spirales présentent en outre une barre traversant leur centre — ce qui a conduit à distinguer spirales normales (S) et spirales barrées (SB). Notre Voie lactée est une spirale barrée classée SBbc, un fait reconnu sur la base des observations infrarouges depuis le début des années 2000.

Les bras spiraux sont riches en gaz moléculaire froid, d’où jaillissent de jeunes étoiles bleues et les régions HII où elles éclairent le gaz environnant. Les bulbes centraux sont peuplés d’étoiles plus âgées, souvent rougeâtres, et abritent presque toujours un trou noir supermassif. Les plus célèbres spirales sont Andromède (M31), la galaxie du Triangle (M33), la galaxie du Tourbillon (M51), la galaxie du Sombrero (M104) et, bien sûr, notre Voie lactée.

Galaxies elliptiques : caractéristiques et formation

Les galaxies elliptiques, classées de E0 (presque sphérique) à E7 (très allongée), contiennent majoritairement des étoiles vieilles et rougeâtres. Elles sont pauvres en gaz et en poussière, et la formation d’étoiles y est très réduite ou nulle. Elles présentent une large gamme de tailles : des minuscules elliptiques naines (quelques millions d’étoiles) aux géantes cD des centres d’amas, qui peuvent rassembler plusieurs milliers de milliards d’étoiles. M87, géante elliptique au centre de l’amas de la Vierge, en est un exemple célèbre — son trou noir supermassif (6,5 milliards de masses solaires) a été la première image directe de trou noir, publiée par la collaboration Event Horizon Telescope en avril 2019.

Les modèles actuels suggèrent que les galaxies elliptiques massives se forment principalement par fusion de galaxies spirales préexistantes. Ces collisions, qui étirent l’ordre de quelques centaines de millions d’années, détruisent les disques rotatifs et redistribuent aléatoirement les orbites des étoiles, produisant la distribution presque sphérique observée.

Galaxies irrégulières et autres formes uniques

Les galaxies irrégulières n’appartiennent ni aux spirales ni aux elliptiques. Elles présentent souvent un aspect chaotique, sans symétrie claire, et sont généralement plus petites et plus riches en gaz. Le Grand Nuage de Magellan et le Petit Nuage de Magellan, deux galaxies satellites de la Voie lactée visibles depuis l’hémisphère sud, sont les exemples les plus proches. Leurs formes déformées sont probablement le résultat d’interactions gravitationnelles avec notre galaxie.

Au-delà de la classification classique, plusieurs sous-types méritent mention. Les galaxies naines (sphéroïdales, elliptiques ou irrégulières) sont numériquement dominantes — elles constituent la grande majorité des galaxies de l’univers. Les galaxies à noyau actif (AGN), qui incluent les quasars, les blazars et les radiogalaxies, sont alimentées par un trou noir supermassif en train d’accréter de la matière à grande vitesse. Leur luminosité peut dépasser celle de la galaxie hôte tout entière. Les galaxies starburst connaissent une explosion brève et intense de formation d’étoiles, souvent déclenchée par une interaction ou une fusion.

Le rôle des galaxies dans l’évolution cosmique

Les galaxies ne sont pas des structures statiques. Elles naissent, évoluent, interagissent, fusionnent, parfois meurent. Leur histoire est intimement liée à l’histoire de l’univers lui-même.

Formation des galaxies : théories et processus

Dans le cadre du modèle cosmologique standard (ΛCDM), les galaxies se forment par effondrement gravitationnel de surdensités de matière présentes dès les premiers instants de l’univers. La matière noire joue un rôle capital : insensible au rayonnement, elle ne s’oppose pas à l’effondrement par pression radiative et forme très tôt des « halos » dans lesquels le gaz baryonique peut ensuite s’accumuler, se refroidir et allumer les premières étoiles. Ce scénario, dit de formation hiérarchique, prédit que les petites galaxies se forment d’abord, puis fusionnent progressivement pour donner les grandes galaxies actuelles.

Or, le JWST bouscule cette image. Les observations récentes montrent des galaxies déjà massives, lumineuses et chimiquement enrichies à des époques où les modèles ne les attendaient pas. MoM-z14, détectée 280 millions d’années après le Big Bang, est l’exemple le plus extrême. L’équipe de Rohan Naidu estime qu’il y aurait au moins 100 fois plus de galaxies brillantes à z > 10 que ne le prédisaient les modèles pré-JWST. Cette surabondance pose un défi majeur : soit les premières étoiles étaient plus massives et lumineuses que prévu, soit la formation stellaire dans l’univers primordial était plus efficace, soit un processus physique nous échappe. La question reste ouverte — et passionnante.

Fusions et interactions : comment les galaxies évoluent

Les fusions de galaxies sont des événements majeurs qui transforment radicalement leurs protagonistes. Lorsque deux galaxies spirales de taille comparable se rencontrent, le résultat est généralement une galaxie elliptique : les disques ordonnés sont détruits, les orbites stellaires se redistribuent chaotiquement. Les longues « queues de marée » d’étoiles et de gaz arrachées lors de la rencontre forment des structures parfois spectaculaires — comme les galaxies des Antennes (NGC 4038/4039) ou des Souris (NGC 4676). La formation stellaire s’intensifie massivement pendant ces événements, tout comme l’activité des trous noirs centraux qui peuvent devenir des AGN.

La Voie lactée elle-même est en route vers une fusion majeure. La galaxie d’Andromède s’approche de nous à 110 km/s ; les modèles prédisent une collision dans environ 4 à 5 milliards d’années, qui aboutira probablement à la formation d’une galaxie elliptique géante parfois surnommée « Milkomède ». Des travaux récents publiés en 2024-2025 nuancent cependant cette prédiction : les mesures astrométriques de Gaia suggèrent que la trajectoire d’Andromède pourrait être moins frontale qu’on ne le pensait, et qu’une fusion directe n’est pas certaine. Notre Soleil aura, quant à lui, dépassé à ce moment-là son stade principal d’évolution.

La Voie lactée : notre foyer galactique

Notre galaxie est notre point d’observation privilégié — et aussi le plus difficile à étudier, puisque nous en sommes à l’intérieur. Des décennies d’observations multi-longueur d’onde et, plus récemment, des données astrométriques de Gaia, ont permis d’en dresser un portrait précis.

Structure et composants de la Voie lactée

La Voie lactée est une galaxie spirale barrée de type SBbc, d’un diamètre traditionnellement estimé à 100 000 années-lumière — mais les observations récentes du halo stellaire par Gaia et d’autres relevés suggèrent plutôt 150 000 à 200 000 années-lumière en comptant les composantes externes. Elle contient entre 100 et 400 milliards d’étoiles, une estimation dont l’incertitude reflète surtout la difficulté à compter les naines rouges et brunes. Sa masse totale, matière noire comprise, avoisine 1 500 milliards de masses solaires.

Sa structure se compose de plusieurs éléments distincts. Le noyau galactique abrite Sagittarius A* (Sgr A*), un trou noir supermassif de 4,3 millions de masses solaires, dont la collaboration Event Horizon Telescope a publié la première image directe en mai 2022. Autour du noyau s’étend le bulbe, une région dense peuplée d’étoiles âgées. Le disque galactique, de quelques milliers d’années-lumière d’épaisseur, contient les bras spiraux et la majeure partie des jeunes étoiles, du gaz et de la poussière. Enfin, le halo stellaire, très étendu et peu dense, abrite les amas globulaires (environ 150 connus) et fait la transition vers le halo de matière noire qui enveloppe l’ensemble.

La place du système solaire dans notre galaxie

Notre système solaire se trouve à environ 26 700 années-lumière du centre galactique (valeur Gaia), dans une structure appelée bras d’Orion — plus précisément un éperon local, qui n’est pas un bras spiral majeur à part entière mais une ramification secondaire entre les bras du Sagittaire et de Persée. Cette position « moyenne » est importante : nous sommes assez éloignés du centre pour éviter les environnements stellaires très denses et violents, tout en étant suffisamment internes pour bénéficier des éléments lourds accumulés par plusieurs générations stellaires.

Notre Soleil orbite autour du centre galactique à environ 230 km/s et met 225 à 250 millions d’années pour effectuer un tour complet — une durée parfois appelée « année galactique ». Depuis sa formation il y a 4,6 milliards d’années, le Soleil a déjà effectué une vingtaine de ces tours.

Explorer l’au-delà de la Voie lactée : les galaxies remarquables de l’univers

Au-delà de notre galaxie s’étendent des centaines de milliards d’autres systèmes stellaires, chacun avec son histoire, ses particularités et, parfois, ses énigmes.

Andromède : la galaxie spirale la plus proche

La galaxie d’Andromède, également connue sous la désignation Messier 31 (M31), est la plus grande galaxie spirale de notre Groupe local, située à environ 2,537 millions d’années-lumière de la Voie lactée. Elle est visible à l’œil nu dans de bonnes conditions, et avait ainsi été cataloguée depuis l’Antiquité comme une « nébuleuse ». Hubble a démontré sa nature galactique en 1924 grâce à l’observation de céphéides, ouvrant l’ère de la cosmologie extragalactique.

Andromède est légèrement plus grande que la Voie lactée — elle contient environ un trillion d’étoiles (1 000 milliards), environ deux à trois fois plus que notre galaxie. Son trou noir supermassif central, appelé simplement P3, pèse environ 100 millions de masses solaires, soit 25 fois plus que Sgr A*. Comme mentionné précédemment, les deux galaxies sont en approche mutuelle, avec une fusion possible dans 4 à 5 milliards d’années.

Les galaxies lointaines et ce qu’elles nous apprennent

Observer une galaxie lointaine, c’est remonter dans le passé — la lumière met du temps à nous parvenir. Le JWST, depuis son entrée en service en juillet 2022, a multiplié les découvertes spectaculaires à cet égard. JADES-GS-z14-0 (confirmée en mai 2024, z = 14,18) existait 290 millions d’années après le Big Bang. MoM-z14 (confirmée en mai 2025, z = 14,44) existait 280 millions d’années après le Big Bang — ce qui en fait, à ce jour, la galaxie la plus lointaine jamais observée. Avant JWST, le record était détenu par GN-z11, observée par Hubble à z = 11 ; elle ne figure plus aujourd’hui dans le top 15 des plus lointaines.

Ces galaxies primordiales présentent plusieurs caractéristiques inattendues : une luminosité ultraviolette élevée, une compacité extrême (quelques centaines d’années-lumière de rayon pour MoM-z14, contre 100 000 al pour la Voie lactée), une chimie riche en azote évoquant les amas globulaires anciens, et surtout une abondance statistique qui dépasse d’un facteur 100 les prédictions des modèles. Les cosmologistes ont plusieurs hypothèses pour expliquer cette anomalie : première génération d’étoiles massives (Population III) plus lumineuses que prévu, formation stellaire par bouffées intenses, contribution importante de noyaux actifs (AGN), ou physique nouvelle. Les prochaines années d’observations JWST devraient clarifier cette énigme.

Matière noire et structures galactiques

La matière noire joue un rôle déterminant dans la formation et le maintien des galaxies. Les courbes de rotation des galaxies spirales — notamment les travaux pionniers de Vera Rubin dans les années 1970 — ont montré que les étoiles des régions externes orbitent beaucoup plus rapidement que ne le prédirait la seule matière visible. Cet excédent gravitationnel, invisible directement, représente environ 85 % de la masse totale des galaxies. Les mêmes observations indépendantes (lentilles gravitationnelles, vitesses dans les amas, structure du CMB) convergent toutes vers cette conclusion. Malgré quatre décennies de recherches, la nature physique de la matière noire reste toutefois inconnue : WIMPs, axions, neutrinos stériles, trous noirs primordiaux sont parmi les candidats étudiés, sans qu’aucune détection directe n’ait abouti.

💡 Bon à savoir : une technique particulièrement puissante pour étudier les galaxies les plus lointaines est le lensing gravitationnel. Un amas de galaxies massif, situé entre nous et une galaxie encore plus lointaine, agit comme une lentille cosmique qui dévie et amplifie la lumière de l’objet d’arrière-plan. Cet effet, prédit par la relativité générale, permet d’observer des galaxies normalement inaccessibles même au JWST. Plusieurs des galaxies à très haut redshift observées récemment n’ont pu être étudiées que grâce à ce phénomène.

Conclusion : des îlots cosmiques en perpétuelle évolution

Un siècle après la démonstration d’Edwin Hubble que notre Voie lactée n’est qu’une parmi d’innombrables autres, l’étude des galaxies a connu des transformations radicales. Le télescope spatial James Webb, Gaia, Euclid, Rubin, Event Horizon Telescope — chaque nouvel instrument révèle une complexité insoupçonnée. Les galaxies primordiales défient les modèles théoriques ; notre propre Voie lactée révèle peu à peu ses secrets ; les trous noirs supermassifs montrent leur influence profonde sur les écosystèmes galactiques. Et nous ne savons toujours pas ce qu’est la matière noire, qui constitue pourtant l’essentiel de leur masse. Loin de clore ces questions, la décennie qui s’ouvre promet au contraire d’en soulever de nouvelles encore plus passionnantes. L’histoire de l’astronomie est bien, comme le notait Hubble, une histoire d’horizons qui reculent.

FAQ — Questions fréquentes sur les galaxies

Combien y a-t-il de galaxies dans l’univers ?

L’univers observable contient probablement entre 200 milliards et 2 000 milliards de galaxies, selon les estimations. Cette fourchette large reflète l’incertitude sur les petites galaxies naines et les galaxies primordiales difficiles à détecter. Les découvertes récentes du JWST suggèrent que l’extrémité basse de cette fourchette est la plus probable, mais avec une population beaucoup plus nombreuse de petites galaxies primordiales qu’on ne le pensait avant 2022. Au-delà de l’univers observable, le nombre total de galaxies pourrait être infini.

Quelle est la galaxie la plus lointaine jamais observée ?

La galaxie la plus lointaine confirmée spectroscopiquement à ce jour est MoM-z14, observée par le JWST le 16 mai 2025 et confirmée en 2026 par l’équipe de Rohan Naidu (MIT). Elle présente un redshift de z = 14,44, ce qui signifie que sa lumière a voyagé pendant 13,5 milliards d’années — elle existait déjà 280 millions d’années seulement après le Big Bang. Compacte (240 années-lumière de rayon), elle défie les modèles théoriques qui prédisaient peu de galaxies brillantes à cette époque. Le précédent record était détenu par JADES-GS-z14-0 (z = 14,18, 290 millions d’années après le Big Bang).

Combien y a-t-il d’étoiles dans une galaxie ?

Le nombre d’étoiles varie considérablement selon le type et la taille de la galaxie. Les galaxies naines peuvent ne contenir que quelques millions d’étoiles (parfois moins de 1 000 pour les « galaxies ultra-faibles »). Les galaxies spirales comme la Voie lactée comptent entre 100 et 400 milliards d’étoiles. Les galaxies elliptiques géantes, comme M87 au centre de l’amas de la Vierge, peuvent abriter plusieurs milliers de milliards d’étoiles. Andromède, notre voisine, contient environ 1 000 milliards d’étoiles, soit deux à trois fois plus que la Voie lactée.

Comment les scientifiques mesurent-ils la taille d’une galaxie ?

Mesurer la taille d’une galaxie combine plusieurs techniques. La taille angulaire apparente permet, une fois la distance connue (via les céphéides, les supernovas de type Ia, ou le décalage vers le rouge), de calculer la taille physique. Les profils de brillance révèlent la distribution des étoiles jusqu’aux régions externes. La rotation du gaz et des étoiles donne la taille dynamique, y compris le halo de matière noire. Les récentes observations Gaia de notre propre Voie lactée ont ainsi montré que son diamètre est peut-être 150 000 à 200 000 années-lumière plutôt que les 100 000 classiques, en incluant les composantes externes.

Quel est le lien entre les trous noirs et les galaxies ?

Presque toutes les grandes galaxies abritent un trou noir supermassif en leur cœur. La Voie lactée contient Sagittarius A* (4,3 millions de masses solaires, photographié par l’Event Horizon Telescope en mai 2022) ; Andromède abrite P3 (environ 100 millions de masses solaires) ; M87 loge un géant de 6,5 milliards de masses solaires, première image directe de trou noir publiée en 2019. Les observations montrent une corrélation étroite entre la masse du trou noir central et celle du bulbe galactique (relation M-sigma), suggérant que la croissance des deux est liée — probablement par des phases d’activité (noyaux actifs) qui régulent la formation stellaire via le rayonnement et les jets.

La Voie lactée et Andromède vont-elles entrer en collision ?

Pendant longtemps, les modèles prédisaient une collision certaine entre notre galaxie et Andromède dans environ 4 à 5 milliards d’années, aboutissant à une galaxie elliptique géante parfois surnommée « Milkomède ». Des travaux récents basés sur les données astrométriques de Gaia nuancent cependant cette prédiction : la trajectoire d’Andromède pourrait être moins frontale qu’on ne le pensait. Une fusion directe reste probable, mais son caractère inévitable est désormais débattu. Dans tous les cas, notre Soleil aura à ce moment-là quitté sa phase principale d’évolution.

Quels types de galaxies existe-t-il ?

La classification morphologique de Hubble distingue trois grandes familles. Les galaxies elliptiques (E0 à E7) sont de forme sphérique à ovoïde, peuplées d’étoiles âgées, pauvres en gaz. Les galaxies spirales (normales Sa/Sb/Sc ou barrées SBa/SBb/SBc) présentent un disque plat avec bras spiraux et un bulbe central. Les galaxies irrégulières n’ont pas de structure définie. S’y ajoutent les galaxies lenticulaires (S0), intermédiaires entre elliptiques et spirales, et plusieurs sous-types fonctionnels : galaxies naines, galaxies à noyau actif (AGN, quasars), galaxies starburst en forte formation stellaire.

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