Qu’est-ce que le fond diffus cosmologique aussi appelé rayonnement fossile?

En 1964, deux ingénieurs des laboratoires Bell, dans le New Jersey, tentent désespérément d’éliminer un mystérieux bruit de fond qui parasite leur antenne radio. Ils soupçonnent tour à tour un défaut de l’instrument, des interférences urbaines, et même des fientes de pigeon accumulées sur le cornet de l’antenne — qu’ils nettoient scrupuleusement. Rien n’y fait : le signal persiste, uniforme, venant de toutes les directions du ciel. Arno Penzias et Robert Wilson viennent, sans le savoir, de capter l’écho du Big Bang — la plus ancienne lumière de l’univers, émise 380 000 ans après sa naissance. Cette lumière porte un nom : le fond diffus cosmologique (FDC), aussi appelé rayonnement fossile ou rayonnement de fond cosmologique (CMB en anglais). Sa découverte, qui vaudra à Penzias et Wilson le prix Nobel de physique en 1978, a transformé la cosmologie en science expérimentale de précision. Ce guide fait le point sur ce qu’est vraiment le FDC, ce qu’il nous dit de l’univers, et ce que les missions actuelles et futures — Simons Observatory, LiteBIRD, CMB-S4 — espèrent en tirer.

Comprendre le rayonnement fossile

Le fond diffus cosmologique est un rayonnement électromagnétique qui baigne uniformément tout l’univers. Détectable surtout dans le domaine des micro-ondes, à une longueur d’onde de quelques millimètres, il forme une « toile de fond » cosmique dont la température moyenne a été mesurée avec une précision stupéfiante : 2,7255 kelvins, soit à peine 2,7 degrés au-dessus du zéro absolu. Cette valeur, établie par le satellite COBE puis confirmée par Planck, fait du FDC l’un des corps noirs les plus parfaits jamais observés dans la nature.

L’intuition à avoir est la suivante : regardez dans n’importe quelle direction du ciel, à n’importe quelle heure, par n’importe quel temps ; si vous disposiez d’un instrument sensible aux micro-ondes, vous capteriez partout le même faible bourdonnement, témoin direct d’un état de l’univers inaccessible à tout autre moyen d’observation. Près de 13,8 milliards d’années après son émission, cette lumière continue de nous parvenir, allongée par l’expansion cosmique — les photons, initialement dans le domaine visible et infrarouge, ont vu leur longueur d’onde étirée d’un facteur 1 100 environ.

Origine et importance

Le rayonnement fossile n’est pas une curiosité marginale : il constitue, avec l’expansion de l’univers et l’abondance des éléments légers, l’un des trois piliers observationnels de la théorie du Big Bang. Son existence avait été prédite dès 1948 par George Gamow, Ralph Alpher et Robert Herman, bien avant sa détection accidentelle. Le chiffre qu’ils avaient proposé à l’époque — une température de quelques kelvins — s’est révélé remarquablement proche de la réalité, ce qui a conforté la théorie d’un univers ayant connu une phase chaude et dense.

La découverte par Penzias et Wilson, publiée dans une note d’une concision mémorable dans The Astrophysical Journal en 1965, a mis fin à une controverse vieille de deux décennies entre les partisans du Big Bang et ceux de l’univers stationnaire de Fred Hoyle. Le second modèle, élégant mais incapable d’expliquer l’existence d’un rayonnement thermique uniforme, a progressivement été abandonné par la communauté scientifique. Le rayonnement fossile est ainsi devenu ce qu’il reste aujourd’hui : la preuve la plus directe que l’univers a eu un commencement.

Comment a-t-il été découvert ?

L’anecdote de la découverte est l’une des plus savoureuses de l’histoire des sciences. En 1964, Penzias et Wilson utilisent une antenne en forme de corne, installée à Holmdel, pour des mesures radio liées aux satellites de télécommunication Echo et Telstar. Dès la calibration, ils constatent un bruit résiduel isotrope — c’est-à-dire provenant de toutes les directions du ciel — qu’ils ne parviennent pas à éliminer. Les deux ingénieurs éliminent patiemment toutes les sources possibles : parasites urbains, radiosources galactiques, contamination thermique de l’instrument, et même la fameuse couche de fientes de pigeon qu’ils grattent à la main.

Ironie du sort, à quelques kilomètres de là, à l’université de Princeton, une équipe dirigée par Robert Dicke travaillait précisément à construire un instrument pour détecter ce rayonnement, dont ils avaient redécouvert la prédiction théorique. Lorsque les deux équipes se rencontrent, la boucle se ferme : le bruit parasite de Bell Labs est le rayonnement cosmique que Princeton cherchait. Penzias et Wilson publient leur mesure, Dicke publie la théorie dans le même numéro. Le prix Nobel de physique 1978 sera attribué à Penzias et Wilson ; la communauté regrette encore que Dicke, sans qui la nature du signal n’aurait pas été comprise si vite, n’ait pas été associé à cette distinction.

Fondements théoriques du rayonnement fossile

Pour comprendre pourquoi le FDC existe, il faut remonter aux premiers instants de l’univers. Dans les minutes qui suivent le Big Bang, l’univers est une soupe opaque et chaude de particules élémentaires — photons, électrons, protons, neutrinos — à des températures de milliards de degrés. Les photons ne peuvent pas se propager librement : à chaque instant, ils sont diffusés par les électrons libres, comme la lumière du Soleil est diffusée par les gouttelettes d’un brouillard épais.

Lien avec la théorie du Big Bang

Au fil des millénaires, l’univers s’étend et refroidit. Environ 380 000 ans après le Big Bang, une étape cruciale se produit : la température tombe sous les 3 000 kelvins, valeur critique à partir de laquelle les électrons libres peuvent se lier aux protons pour former des atomes d’hydrogène neutres. Cette étape, appelée recombinaison, libère d’un seul coup les photons : privés de partenaires de diffusion, ils se propagent désormais en ligne droite à travers un univers devenu transparent. Ce sont ces photons, voyageant depuis 13,4 milliards d’années, que nous détectons aujourd’hui sous forme de fond diffus cosmologique.

L’expansion cosmique a étiré leur longueur d’onde d’un facteur 1 100, les faisant passer du visible (orange-rouge à l’origine) aux micro-ondes actuelles, et refroidissant leur température apparente de 3 000 K à 2,7 K. C’est pour cette raison que le FDC est parfois décrit comme « la photographie la plus ancienne de l’univers » : elle saisit le moment précis où l’univers est devenu visible.

Prédictions et confirmations

La théorie prédit que le spectre du FDC doit être celui d’un corps noir parfait — c’est-à-dire l’émission thermique idéale d’un objet à température donnée. Cette prédiction a été vérifiée avec une précision spectaculaire par le satellite COBE (Cosmic Background Explorer, 1989-1993) : la courbe d’émission mesurée par l’instrument FIRAS colle à la courbe théorique à mieux que 50 parties par million. Lors de sa présentation à la Société américaine d’astronomie en 1990, cette superposition a provoqué une standing ovation spontanée de l’auditoire — fait rarissime dans une conférence scientifique.

COBE a également réalisé une autre prouesse : la première détection des anisotropies du FDC, c’est-à-dire de minuscules variations de température d’une direction à l’autre du ciel, de l’ordre d’un dix-millième de degré. Ces fluctuations étaient prédites par la théorie — sans elles, aucune galaxie n’aurait pu se former — mais leur mesure a constitué une confirmation décisive. John Mather et George Smoot, responsables scientifiques des deux instruments de COBE, ont reçu le prix Nobel de physique en 2006 pour ces résultats. La mission WMAP (Wilkinson Microwave Anisotropy Probe, 2001-2010) puis surtout Planck (2009-2013) ont ensuite cartographié ces anisotropies avec une précision toujours accrue, transformant la cosmologie en science de précision.

Analyse du rayonnement fossile

Les anisotropies du FDC, bien qu’extrêmement faibles — environ un millionième de la température moyenne pour les variations typiques —, contiennent une quantité stupéfiante d’informations. Elles sont aux cosmologistes ce que les sédiments géologiques sont aux paléontologues : un enregistrement structuré du passé dans lequel chaque motif raconte une histoire.

Les fluctuations de température et leur signification

Les cartes du FDC produites par Planck révèlent un ciel parsemé de taches légèrement plus chaudes et plus froides que la moyenne. Ces fluctuations reflètent les variations de densité qui régnaient dans le plasma primordial au moment de la recombinaison. Une région légèrement plus dense attirait gravitationnellement la matière environnante, mais la pression des photons s’y opposait, créant des oscillations acoustiques — littéralement des ondes sonores à travers le plasma primordial.

Le spectre de puissance du FDC, qui représente l’amplitude des fluctuations en fonction de leur échelle angulaire, présente une série de pics caractéristiques. Le premier, culminant à environ un degré sur le ciel, correspond à la taille typique des régions denses à l’instant de la recombinaison. Les pics suivants codent d’autres informations : la quantité de matière ordinaire, la quantité de matière noire, le taux d’expansion, l’âge de l’univers. C’est grâce à ce spectre que les cosmologistes ont pu, avec les données de Planck publiées entre 2013 et 2020, établir les paramètres cosmologiques de référence : âge de l’univers de 13,787 ± 0,020 milliards d’années, constante de Hubble H₀ = 67,4 ± 0,5 km/s/Mpc, densité de matière ordinaire d’environ 4,9 %, densité de matière noire d’environ 26,8 %, et densité d’énergie noire d’environ 68,3 %.

Anisotropies et formation des structures

Ces fluctuations primordiales ne sont pas qu’une affaire d’histoire ancienne : elles sont les graines de tout ce qui existe aujourd’hui. Les régions légèrement plus denses sont devenues, sous l’effet de la gravité, les premières étoiles, puis les premières galaxies, puis les amas et superamas qui forment la toile cosmique que cartographient aujourd’hui des missions comme Euclid. En d’autres termes : les taches que Planck a mesurées dans le ciel en 2013 correspondent, par un lien causal direct, aux galaxies que le télescope James Webb photographie treize milliards d’années plus tard.

Cette cohérence entre observations primordiales (FDC) et observations tardives (relevés de galaxies) constitue l’un des tests les plus exigeants du modèle cosmologique standard, baptisé ΛCDM (Lambda Cold Dark Matter). Jusqu’à présent, il passe ce test avec succès — à une exception notable près, sur laquelle nous reviendrons : la fameuse tension de Hubble.

Le rôle de la polarisation dans l’étude du rayonnement fossile

Le FDC n’est pas seulement caractérisé par sa température : il est aussi polarisé, c’est-à-dire que ses photons oscillent préférentiellement dans certaines directions. Cette polarisation, beaucoup plus faible que les fluctuations de température (environ 10 % de l’amplitude), porte une information complémentaire d’une valeur inestimable.

Comprendre les modes E

Les physiciens distinguent deux motifs de polarisation, notés modes E et modes B, par analogie avec les champs électrique et magnétique. Les modes E présentent une symétrie radiale (comme les rayons d’un soleil dessiné par un enfant). Ils sont produits par les fluctuations de densité du plasma primordial — les mêmes qui engendrent les anisotropies de température — et constituent un complément d’information utile pour mesurer les paramètres cosmologiques avec une précision accrue.

WMAP a détecté les modes E dès 2003, et Planck les a cartographiés en détail à partir de 2015. Leur cohérence avec les anisotropies de température a confirmé de façon éclatante le modèle ΛCDM — les deux signaux proviennent du même phénomène physique sous-jacent, et leur concordance exclut une classe entière d’explications alternatives.

L’importance des modes B

Les modes B, eux, présentent une symétrie rotationnelle (comme les aubes d’une turbine). Contrairement aux modes E, ils ne peuvent pas être produits par de simples fluctuations de densité : leur détection serait la signature directe des ondes gravitationnelles primordiales engendrées par la phase d’inflation cosmique, cette expansion exponentielle de l’univers survenue 10⁻³⁶ seconde après le Big Bang. Mesurer un signal de modes B primordial reviendrait donc à prouver que l’inflation a bien eu lieu — et à ouvrir une fenêtre unique sur la physique aux échelles d’énergie les plus extrêmes, inaccessibles à tout accélérateur de particules.

La chasse aux modes B primordiaux est l’un des enjeux scientifiques majeurs de la cosmologie depuis une décennie. En 2014, l’expérience américaine BICEP2 avait annoncé une détection — rapidement retirée lorsqu’il est apparu que le signal pouvait être expliqué par l’émission polarisée de la poussière galactique d’avant-plan. Depuis, les contraintes se sont resserrées : la collaboration BICEP/Keck a établi en 2021 que le rapport tenseur-sur-scalaire r (qui mesure l’amplitude relative des ondes gravitationnelles primordiales) était inférieur à 0,036. En d’autres termes : si elles existent, ces ondes sont au moins 28 fois plus faibles que les fluctuations de densité.

💡 Bon à savoir : la détection des modes B primordiaux est souvent comparée à la « pistolet fumant » de l’inflation cosmique. Sa confirmation pourrait valoir un prix Nobel et transformer notre compréhension de la physique fondamentale. Les prochaines années, avec le Simons Observatory, CMB-S4 et LiteBIRD, seront peut-être décisives.

Observation du rayonnement fossile

Mesurer un signal aussi faible que le FDC — et surtout ses modes B — exige des instruments à la pointe de la technologie, déployés dans les endroits les plus hostiles de la Terre ou dans l’espace. Chaque génération d’expériences a marqué un saut dans notre précision.

Instruments et missions

Trois grandes missions spatiales ont défini l’histoire moderne du FDC. COBE (NASA, 1989-1993) a établi le spectre de corps noir parfait et détecté les premières anisotropies, à une résolution de 7 degrés sur le ciel. WMAP (NASA, 2001-2010) a multiplié la résolution par 33 (atteignant 0,2 degré), permettant les premières mesures précises des paramètres cosmologiques. Planck (ESA, 2009-2013) a porté ces mesures à la limite de la variance cosmique — c’est-à-dire qu’aucune mission future ne pourra significativement améliorer la carte de température du FDC, Planck ayant atteint le plafond imposé par le fait que nous n’observons qu’un seul univers.

Le tableau ci-dessous résume les grandes étapes de cette quête expérimentale, en intégrant les expériences en cours et à venir.

Mission Période Type Avancée majeure
COBE 1989-1993 Satellite NASA Spectre corps noir parfait ; premières anisotropies (Nobel 2006)
WMAP 2001-2010 Satellite NASA Résolution 0,2° ; premiers paramètres cosmologiques précis
Planck 2009-2013 Satellite ESA Limite de variance cosmique en température ; H₀ = 67,4 km/s/Mpc
BICEP/Keck 2010-actif Sol, pôle Sud Contrainte modes B : r < 0,036 (2021)
Simons Observatory 2024-actif Sol, Atacama (Chili) Objectif : σ(r) < 0,003 sur les modes B
LiteBIRD 2032 (prévu) Satellite JAXA Objectif : σ(r) < 0,001 ; polarisation plein ciel

Lors de l’annonce historique des résultats de COBE à Washington, le 23 avril 1992, George Smoot trouva une formule devenue légendaire :

« Si vous êtes croyant, c’est comme regarder Dieu. »

George Smoot, conférence de presse de l’American Physical Society, 23 avril 1992

La phrase, qu’il regrettera ensuite par sa dimension emphatique, traduisait l’émotion d’une équipe qui venait de cartographier, pour la première fois, les fluctuations primordiales à l’origine de toutes les structures cosmiques. Stephen Hawking avait de son côté qualifié ce résultat de « plus grande découverte scientifique du XXᵉ siècle ». Smoot et John Mather, directeur scientifique de COBE, recevront le prix Nobel de physique en 2006.

Pour les mesures de polarisation, en revanche, beaucoup reste à faire. Les expériences actuelles se déploient au sol, dans les environnements les plus secs et froids possibles : BICEP/Keck et le South Pole Telescope (SPT) au pôle Sud, l’Atacama Cosmology Telescope (ACT) et le Simons Observatory dans le désert d’Atacama au Chili, à 5 200 mètres d’altitude. Le Simons Observatory a commencé ses observations scientifiques en avril 2024 avec ses petits télescopes, et son télescope grande ouverture a vu sa première lumière en mars 2025. Son objectif est de mesurer r avec une précision inférieure à 0,003 — soit dix fois mieux que les contraintes actuelles.

À plus long terme, deux grands projets se préparent. CMB-S4, projet américain porté par la NSF et le DOE, vise à déployer une série de nouveaux télescopes au pôle Sud et au Chili dans les années à venir. LiteBIRD, mission spatiale de la JAXA avec une forte contribution française (CNES, CNRS) et européenne, devrait être lancée en 2032 vers le point de Lagrange L2. Avec environ 5 000 détecteurs et 15 bandes de fréquence, elle poursuivra spécifiquement la détection des modes B primordiaux avec un objectif de sensibilité à r inférieur à 0,001 — une précision qui, si elle ne détecte pas de signal, permettra d’exclure définitivement la plupart des modèles d’inflation.

Les défis de l’observation

Détecter le FDC dans de bonnes conditions relève du tour de force. Trois obstacles majeurs doivent être surmontés. D’abord, l’atmosphère terrestre, qui absorbe et émet elle-même dans les micro-ondes : c’est pourquoi les observations au sol se font dans le désert d’Atacama ou au pôle Sud, là où la vapeur d’eau atmosphérique est minimale. Ensuite, les avant-plans galactiques : notre propre galaxie, la Voie lactée, émet des micro-ondes polarisées via sa poussière interstellaire chauffée et le rayonnement synchrotron de ses électrons énergétiques. Ce signal peut être mille fois plus fort que le FDC primordial aux grandes échelles, et sa soustraction exige d’observer le ciel dans de nombreuses bandes de fréquence simultanément.

Enfin, les systématiques instrumentales : à la précision visée par les expériences actuelles, le moindre défaut de calibration, la moindre non-linéarité dans les détecteurs, la moindre fuite d’une polarisation vers l’autre peuvent masquer ou simuler un signal primordial. La communauté cosmologique a développé au fil des décennies un arsenal de techniques sophistiquées — modulation de polarisation, inter-comparaison de télescopes, simulations numériques massives — pour maîtriser ces effets. C’est un travail d’horloger, à l’échelle du cosmos.

L’impact du fond diffus cosmologique

Au-delà de ses résultats propres, le FDC a profondément transformé la cosmologie en la faisant entrer dans l’ère de la précision. Les incertitudes sur les paramètres fondamentaux de l’univers sont passées d’un facteur deux ou plus dans les années 1990 à moins de 1 % aujourd’hui pour la plupart d’entre eux.

Aperçu de l’univers primitif

Le FDC nous offre une vue directe sur une époque autrement inaccessible. À partir de ses fluctuations, les cosmologistes peuvent reconstruire la géométrie de l’univers (plat à moins de 0,4 % près, selon Planck), mesurer la densité des différentes composantes (matière ordinaire, matière noire, énergie noire, neutrinos), contraindre le nombre d’espèces de neutrinos, et tester les modèles d’inflation. Aucune autre observation, même les relevés de galaxies les plus ambitieux, ne permet d’accéder à cette époque avec une telle richesse d’informations.

Implications pour la recherche future et la tension de Hubble

Le FDC est aussi au cœur d’une controverse actuelle majeure, la tension de Hubble. D’un côté, les mesures issues du FDC par Planck, extrapolées via le modèle ΛCDM, prédisent une valeur du taux d’expansion actuel H₀ ≈ 67,4 km/s/Mpc. De l’autre, les mesures directes de H₀ par les céphéides et les supernovas de type Ia, dont les dernières ont été réalisées par l’équipe SH0ES avec le télescope James Webb, donnent environ 73,17 km/s/Mpc. L’écart entre ces deux mesures a atteint plus de 6 sigma de significativité statistique en 2025, ce qui rend hautement improbable qu’il s’agisse d’une simple erreur de mesure.

Deux hypothèses se disputent : soit une erreur systématique encore non identifiée existe dans l’une des deux approches, soit le modèle ΛCDM est incomplet et nécessite d’être étendu — avec une « énergie noire précoce » agissant dans l’univers jeune, des champs magnétiques primordiaux, ou des neutrinos aux propriétés inattendues. Dans tous les cas, le FDC reste au cœur de la réponse. Les prochaines mesures de polarisation, à l’horizon 2026-2035, permettront peut-être de trancher.

Conclusion : une photo qui n’a pas fini de parler

Plus de soixante ans après sa découverte accidentelle par deux ingénieurs perplexes du New Jersey, le fond diffus cosmologique reste l’une des sources d’informations les plus fertiles de toute l’astronomie. Il a validé le Big Bang, permis de dresser le bilan énergétique de l’univers, confirmé la réalité de la matière noire et de l’énergie noire, établi l’âge du cosmos avec une précision de 0,15 %, et contraint les modèles d’inflation avec une rigueur que les théoriciens des années 1980 n’auraient pas osé espérer.

Et pourtant, il continue de poser des questions. Les modes B primordiaux restent à détecter. La tension de Hubble reste à résoudre. Les anomalies aux grandes échelles angulaires, observées de façon cohérente par WMAP et Planck, restent à expliquer. Le FDC n’est pas un musée poussiéreux dont on aurait déjà fait le tour ; c’est un laboratoire vivant, dont chaque nouvelle carte, chaque nouvelle bande de fréquence, chaque nouveau détecteur, révèle des couches d’information jusque-là invisibles. La prochaine décennie, avec le Simons Observatory, CMB-S4 et LiteBIRD, promet encore des découvertes qui, comme toujours en cosmologie, changeront notre regard sur notre place dans le cosmos.

FAQ — Questions fréquentes sur le fond diffus cosmologique

Que nous apprend le rayonnement fossile ?

Le fond diffus cosmologique nous renseigne sur l’état de l’univers 380 000 ans après le Big Bang. L’analyse de ses fluctuations de température et de polarisation permet de mesurer l’âge de l’univers (13,787 milliards d’années), sa composition (5 % de matière ordinaire, 27 % de matière noire, 68 % d’énergie noire), sa géométrie (plate à 0,4 % près) et son taux d’expansion. Ces mesures, réalisées notamment par la mission Planck, constituent la base du modèle cosmologique standard.

Comment le rayonnement fossile soutient-il la théorie du Big Bang ?

Le rayonnement fossile est la prédiction majeure du Big Bang confirmée par l’observation. Sa température uniforme de 2,7255 K, son spectre de corps noir parfait, son existence à l’état de reliquat thermique isotrope, et ses fluctuations compatibles avec les modèles de formation des structures, sont autant de confirmations quantitatives du modèle. Aucune théorie alternative, comme l’univers stationnaire, ne peut rendre compte de ces observations.

Que nous apprend le fond diffus cosmologique sur les débuts de l’univers ?

Le FDC nous donne une photographie directe de l’univers à l’âge de 380 000 ans, au moment de la recombinaison. Avant cette époque, l’univers était opaque. Les fluctuations de densité mesurées représentent les graines primordiales qui, sous l’effet de la gravité, ont donné naissance aux galaxies et aux structures à grande échelle que nous observons aujourd’hui. La polarisation du FDC pourrait également révéler la signature de l’inflation cosmique, une phase d’expansion exponentielle 10⁻³⁶ seconde après le Big Bang.

Comment l’étude du fond diffus cosmologique a-t-elle contribué à notre compréhension de la cosmologie ?

Elle a transformé la cosmologie en science de précision. Trois missions spatiales majeures ont jalonné cette révolution : COBE (1989-1993, prix Nobel 2006), WMAP (2001-2010) et Planck (2009-2013). Chacune a affiné nos connaissances d’un ordre de grandeur, faisant passer les incertitudes sur les paramètres cosmologiques de plusieurs dizaines de pourcent à moins de 1 %. Le FDC a validé le modèle ΛCDM, qui reste la référence en 2026 malgré la tension de Hubble qui suggère qu’il faudra peut-être le compléter.

Quelles sont les implications des fluctuations du fond diffus cosmologique pour les théories des origines de l’univers ?

Les fluctuations observées sont statistiquement cohérentes avec les prédictions des modèles d’inflation cosmique : distribution gaussienne, invariance d’échelle quasi parfaite, corrélation à grande distance angulaire. Cela soutient fortement l’idée qu’une phase d’inflation a bien eu lieu. Cependant, la détection éventuelle des modes B de polarisation, qui constitueraient la signature directe des ondes gravitationnelles primordiales générées pendant l’inflation, reste l’un des grands objectifs des expériences actuelles et futures comme Simons Observatory, CMB-S4 et LiteBIRD.

Comment les scientifiques utilisent-ils le fond diffus cosmologique pour étudier la matière noire et l’énergie noire ?

Les pics successifs du spectre de puissance du FDC codent directement les quantités respectives de matière ordinaire et de matière noire. Le premier pic dépend principalement de la géométrie de l’univers, le deuxième de la matière ordinaire, le troisième de la matière noire. Pour l’énergie noire, l’effet est plus indirect : elle modifie la position apparente des pics via l’angle sous lequel nous voyons l’horizon acoustique, et elle affecte le lissage du FDC par effet Sachs-Wolfe intégré le long du trajet des photons.

Quelle est la température exacte du fond diffus cosmologique ?

La température moyenne du fond diffus cosmologique est de 2,7255 ± 0,0006 kelvin, soit environ -270,4 °C. Cette valeur a été mesurée avec une précision extraordinaire par l’instrument FIRAS à bord du satellite COBE au début des années 1990, et confirmée depuis par d’autres expériences. Les fluctuations autour de cette moyenne sont de l’ordre de 10⁻⁵ (un cent-millième de degré), ce qui illustre à la fois l’extrême uniformité de l’univers primitif et la précision exceptionnelle des instruments modernes.

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