Qu’est-ce que l’univers ?

Le 19 mars 2025, lors du meeting annuel de l’American Physical Society, les scientifiques de la collaboration DESI annoncent un résultat qui pourrait ébranler la cosmologie moderne : après trois ans de cartographie de 15 millions de galaxies et de quasars sur 11 milliards d’années d’histoire cosmique, les données suggèrent que l’énergie noire n’est peut-être pas constante, mais qu’elle évoluerait au cours du temps. Si cette tendance se confirme, notre modèle standard de l’univers — le modèle ΛCDM qui a triomphé depuis 1998 — devra être révisé. Une preuve, s’il en fallait, que notre compréhension du cosmos reste en pleine construction. Alors, qu’est-ce que l’univers ? L’ensemble de l’espace et du temps, de la matière et de l’énergie — une vaste toile cosmique de 93 milliards d’années-lumière de diamètre, peuplée de centaines de milliards de galaxies, dont nous ne comprenons encore qu’une fraction. Voici ce que la science nous dit aujourd’hui, à la lumière des découvertes les plus récentes.

Comprendre l’univers

L’univers englobe la totalité de l’espace et du temps, ainsi que tout ce qu’ils contiennent : matière, énergie, rayonnement, forces fondamentales. Cette définition, qui paraît simple, recouvre une réalité d’une complexité prodigieuse, depuis les particules subatomiques jusqu’aux galaxies entières qui hébergent chacune des centaines de milliards d’étoiles.

Définition de l’univers et de ses limites

Une distinction essentielle doit être faite entre l’univers observable et l’univers global. L’univers observable désigne la portion du cosmos dont la lumière a eu le temps de nous parvenir depuis le Big Bang. Il forme une sphère de rayon environ 46,5 milliards d’années-lumière autour de la Terre — soit un diamètre total de 93 milliards d’années-lumière. Cette valeur surprend : comment l’univers peut-il être plus grand que 13,8 milliards d’années-lumière, alors qu’il n’a que 13,8 milliards d’années ? Réponse : l’espace lui-même s’est dilaté pendant que la lumière voyageait, étirant les distances.

Au-delà de cet horizon observable, l’univers s’étend probablement beaucoup plus loin, peut-être à l’infini — mais nous ne pouvons pas le savoir directement. Les observations du fond diffus cosmologique suggèrent que la géométrie globale de l’univers est remarquablement plate, ce qui est compatible avec un univers infini ou au minimum beaucoup plus vaste que sa partie observable.

Les éléments qui composent l’univers

La composition de l’univers est l’une des découvertes les plus déroutantes de la cosmologie contemporaine. Les observations — principalement celles du satellite Planck (ESA, 2009-2013), complétées récemment par DESI et Euclid — convergent vers des proportions étonnantes :

  • Énergie noire : ~68 % du contenu énergétique de l’univers. Sa nature reste mystérieuse. Elle provoque l’accélération de l’expansion cosmique.
  • Matière noire : ~27 %. Elle n’émet ni n’absorbe de lumière, mais son influence gravitationnelle est indispensable pour expliquer la rotation des galaxies et la structure à grande échelle du cosmos.
  • Matière ordinaire (baryonique) : seulement ~5 %. Elle englobe tout ce qui compose les étoiles, les planètes, notre corps, les atomes que nous connaissons.

Autrement dit, 95 % de l’univers nous est invisible et sa nature physique reste à déterminer. C’est probablement l’aveu d’ignorance le plus profond — et le plus fertile scientifiquement — de toute l’astrophysique moderne.

La formation de l’univers

L’univers tel que nous le connaissons aujourd’hui serait né il y a environ 13,8 milliards d’années, d’un état extraordinairement dense et chaud connu sous le nom de Big Bang. Depuis, il n’a cessé de s’étendre et de se refroidir, passant par des phases successives qui ont permis la formation des particules, des atomes, des étoiles, des galaxies, et finalement des planètes susceptibles d’abriter la vie.

La théorie du Big Bang

La théorie du Big Bang reste le modèle dominant pour expliquer l’origine et l’évolution de l’univers. Elle ne décrit pas l’instant zéro lui-même — ce que la physique actuelle ne sait pas faire — mais l’histoire cosmique à partir d’une fraction de seconde après ce début. Dans les premières microsecondes, l’univers était un plasma brûlant de particules élémentaires ; environ trois minutes plus tard, les premiers noyaux atomiques légers (hydrogène, hélium, traces de lithium) se forment par nucléosynthèse primordiale. Ce scénario est soutenu par trois piliers observationnels convergents :

  • L’expansion cosmique, découverte par Edwin Hubble en 1929 via le décalage vers le rouge systématique des galaxies lointaines.
  • La nucléosynthèse primordiale, qui prédit correctement l’abondance des éléments légers (environ 75 % d’hydrogène, 25 % d’hélium en masse).
  • Le fond diffus cosmologique, lumière fossile émise 380 000 ans après le Big Bang, détectée par hasard en 1964 par Arno Penzias et Robert Wilson (prix Nobel 1978).

L’âge précis de l’univers, estimé à 13,797 ± 0,023 milliards d’années par le satellite Planck, fait cependant l’objet d’une controverse active : les mesures locales de la constante de Hubble (par les supernovas de type Ia et les céphéides) donnent une valeur différente de celle déduite du fond diffus cosmologique. Cet écart, de plus en plus robuste statistiquement, est baptisé tension de Hubble et constitue l’une des énigmes brûlantes de la cosmologie contemporaine.

Le fond diffus cosmologique : la preuve du commencement

Le rayonnement de fond cosmologique — ou CMB pour Cosmic Microwave Background — est la plus ancienne lumière accessible à nos instruments. Elle date de l’époque où l’univers, refroidissant sous le seuil de 3 000 K, a vu se former les premiers atomes neutres, libérant les photons du piège électromagnétique qui les retenait prisonniers dans le plasma primitif. Aujourd’hui, ce rayonnement nous parvient comme un fond micro-ondes presque uniforme, avec une température extraordinairement constante de 2,725 K.

Trois missions spatiales successives ont cartographié ce signal avec une précision croissante : COBE (NASA, 1989-1993) a détecté ses minuscules fluctuations, ouvrant la voie aux prix Nobel 2006 de John Mather et George Smoot ; WMAP (2001-2010) a précisé les paramètres cosmologiques ; Planck (ESA, 2009-2013) a porté la précision à son meilleur niveau actuel. Les fluctuations de température du CMB, de l’ordre d’un cent-millième de degré, contiennent les graines des futures galaxies — ces régions légèrement plus denses sont celles qui, par effondrement gravitationnel, ont donné naissance à la toile cosmique que nous observons aujourd’hui.

La structure de l’univers

À grande échelle, l’univers n’est pas un tissu uniforme. Il présente une structure filamentaire spectaculaire, découverte progressivement par les grands relevés galactiques, des premiers travaux des années 1980 (CfA Redshift Survey) jusqu’aux cartes les plus récentes de DESI et Euclid.

Galaxies, étoiles et systèmes planétaires

Les galaxies sont d’immenses ensembles d’étoiles, de gaz, de poussière et de matière noire, liés par la gravité. Elles se classent en trois grandes familles : spirales (comme la Voie lactée, 100 à 400 milliards d’étoiles), elliptiques (souvent plus massives, jusqu’à plusieurs milliers de milliards d’étoiles), et irrégulières. Les galaxies se regroupent en amas, eux-mêmes organisés en superamas, reliés entre eux par des filaments de matière noire et séparés par de gigantesques vides cosmiques atteignant plusieurs centaines de millions d’années-lumière.

Au sein de ces galaxies se forment des systèmes planétaires comme notre propre système solaire, avec son étoile centrale, ses planètes, ses lunes, ses astéroïdes et ses comètes. La Voie lactée à elle seule pourrait abriter plusieurs milliards de planètes. Depuis la découverte de la première exoplanète confirmée en 1995 par Michel Mayor et Didier Queloz (Nobel 2019), plus de 6 000 exoplanètes ont été identifiées — certaines situées dans la zone habitable de leur étoile, où l’eau liquide peut exister.

Les mystères des trous noirs et de la matière noire

Les trous noirs sont des régions de l’espace-temps où la gravité est si intense que rien, pas même la lumière, ne peut s’en échapper. Prédits mathématiquement dès 1916 par Karl Schwarzschild sur la base de la relativité générale d’Einstein, ils sont aujourd’hui observés sous trois formes : stellaires (de quelques masses solaires, résidus d’étoiles massives), intermédiaires, et supermassifs (millions à milliards de masses solaires, tapis au centre de presque toutes les grandes galaxies). L’image du trou noir supermassif au cœur de M87* publiée en 2019 par la collaboration Event Horizon Telescope, puis celle de Sagittarius A* au centre de notre galaxie en 2022, ont fourni les premières « photographies » de ces objets extrêmes.

La matière noire pose un mystère d’une autre nature. Découverte indirectement dans les années 1930 par Fritz Zwicky qui observait l’amas de Coma, puis confirmée par Vera Rubin dans les années 1970 à travers la rotation anormale des galaxies spirales, elle constitue environ 85 % de toute la matière de l’univers. Malgré plus de quarante ans de recherches, aucune expérience — ni en laboratoire (XENONnT, LZ, PandaX), ni sur les accélérateurs (LHC) — n’a encore détecté directement les particules qui la composeraient. Les candidats théoriques sont nombreux : WIMPs, axions, neutrinos stériles, trous noirs primordiaux… Le mystère reste entier.

L’évolution de l’univers

L’histoire cosmique se déroule sur 13,8 milliards d’années, une chronologie ponctuée d’étapes clés que les instruments modernes nous permettent de reconstituer avec une précision croissante.

Des premières étoiles aux galaxies modernes

Après environ 100 à 300 millions d’années d’« âges sombres » cosmiques, les premières étoiles — dites de Population III — se sont allumées, faites exclusivement d’hydrogène et d’hélium. Leur rayonnement intense a progressivement ionisé l’hydrogène neutre qui emplissait l’espace, lors d’un processus appelé réionisation. Ces étoiles, très massives et brèves, ont explosé en supernovas, semant les premiers éléments lourds (carbone, oxygène, fer) qui ont rendu possible la formation d’étoiles plus proches des nôtres, avec des planètes rocheuses et, éventuellement, la vie.

Le télescope spatial James Webb (JWST), opérationnel depuis 2022, a révélé un cosmos primordial bien plus complexe qu’attendu. Il a observé des galaxies massives et structurées beaucoup plus tôt que prévu : JADES-GS-z14-0, confirmée en mai 2024, existait déjà 290 millions d’années seulement après le Big Bang. Un an plus tard, en mai 2025, MoM-z14 a battu ce record, à un redshift z = 14,44. Ces découvertes remettent en question les modèles standards de formation galactique, qui prédisaient des galaxies initialement petites et irrégulières.

Les événements marquants de l’histoire cosmique

Le tableau ci-dessous récapitule les grandes étapes de l’évolution cosmique, depuis l’instant zéro jusqu’à nos jours.

Époque Temps depuis le Big Bang Événement clé
Inflation cosmique 10⁻³⁶ à 10⁻³² seconde Expansion exponentielle de l’espace
Nucléosynthèse primordiale ~3 minutes Formation des premiers noyaux (H, He, Li)
Recombinaison / Émission du CMB ~380 000 ans Formation des premiers atomes neutres, libération des photons
Premières étoiles (Pop. III) 100-300 millions d’années Fin des « âges sombres », réionisation
Formation des premières galaxies ~300-500 millions d’années JADES-GS-z14-0, MoM-z14 observées par JWST
Formation du système solaire 9,2 milliards d’années Naissance du Soleil et des planètes
Accélération de l’expansion ~7 milliards d’années Domination de l’énergie noire
Aujourd’hui 13,8 milliards d’années Univers observable de 93 Mal de diamètre

Explorer le cosmos : outils et technologies

Notre compréhension de l’univers dépend entièrement des instruments qui nous permettent de l’observer. Chaque génération de télescopes et de détecteurs ouvre une fenêtre inédite sur le cosmos, souvent en révélant des phénomènes que personne n’avait soupçonnés.

Télescopes et satellites : nos yeux dans l’espace

L’observation astronomique n’est plus limitée à la lumière visible. Les astronomes modernes scrutent le cosmos dans tout le spectre électromagnétique : ondes radio (ALMA, SKA en construction), infrarouge (JWST), visible et ultraviolet (télescope Hubble), rayons X (Chandra, XMM-Newton), rayons gamma (Fermi, HESS). Chaque longueur d’onde révèle des processus différents : le visible montre les étoiles ; l’infrarouge perce les nuages de poussière où naissent les étoiles ; les rayons X révèlent les gaz brûlants autour des trous noirs ; les ondes radio détectent les résidus du fond diffus cosmologique.

Plusieurs missions récentes méritent d’être citées. JWST, lancé en décembre 2021 et opérationnel depuis juillet 2022, est devenu le télescope infrarouge le plus puissant jamais construit. Euclid (ESA), lancé en juillet 2023, cartographie avec une précision inédite les galaxies jusqu’à 10 milliards d’années-lumière, pour mesurer l’effet de la matière noire et de l’énergie noire sur la structure cosmique. L’Observatoire Vera C. Rubin, au Chili, opérationnel depuis 2025, scrute le ciel entier tous les trois jours avec sa caméra de 3,2 gigapixels. Et DESI, installé sur le télescope Mayall de 4 m à Kitt Peak en Arizona, cartographie spectroscopiquement les positions de dizaines de millions de galaxies.

Depuis 2015, une nouvelle branche de l’astronomie a ouvert un canal inédit : l’astronomie gravitationnelle. Les détecteurs LIGO (États-Unis), Virgo (Italie) et KAGRA (Japon) ont capté plus de 200 fusions de trous noirs et d’étoiles à neutrons. En 2023, les réseaux de pulsars (NANOGrav, European Pulsar Timing Array) ont annoncé avoir détecté un fond d’ondes gravitationnelles de basse fréquence, probablement produit par les fusions de trous noirs supermassifs au fil des âges cosmiques. Une nouvelle manière d’écouter l’univers, complémentaire de la lumière.

Le rôle des agences spatiales internationales dans l’exploration cosmique

L’exploration du cosmos est aujourd’hui un effort mondial. La NASA (États-Unis), l’ESA (Europe), la JAXA (Japon), l’agence spatiale chinoise CNSA, l’ISRO (Inde) et d’autres mènent leurs propres missions, parfois en collaboration. Le JWST associe NASA, ESA et CSA canadienne ; DESI est un projet international coordonné depuis le Berkeley Lab, avec une contribution française forte (CEA-IRFU, CNRS-LPNHE, où travaillent Arnaud de Mattia, Etienne Burtin et Pauline Zarrouk qui co-dirigent les analyses cosmologiques). Ces collaborations, qui mobilisent des milliers de chercheurs et des budgets de plusieurs milliards d’euros, traduisent le fait que l’univers est devenu un objet de recherche trop vaste pour une nation seule.

Théories et modèles de l’univers

Pour rendre compte de l’univers, les physiciens ont élaboré un ensemble de théories complémentaires qui, ensemble, forment le tissu conceptuel de la cosmologie moderne. Aucune n’est complète à elle seule ; aucune n’a encore été unifiée avec les autres.

De la relativité d’Einstein à la mécanique quantique

La relativité générale, publiée par Albert Einstein en 1915, décrit la gravité non comme une force mystérieuse agissant à distance, mais comme la courbure de l’espace-temps produite par la matière et l’énergie. Toutes les grandes prédictions cosmologiques en découlent : expansion de l’univers, existence des trous noirs, ondes gravitationnelles, lentilles gravitationnelles. Ses prédictions ont été vérifiées avec une précision extraordinaire, de la précession de Mercure (1916) aux détections d’ondes gravitationnelles (2015) et aux images des trous noirs (2019, 2022).

La mécanique quantique, développée à partir des années 1900 par Planck, Bohr, Heisenberg, Schrödinger, Dirac et d’autres, régit le comportement de la matière à l’échelle atomique et subatomique. Elle est à la base de toute la chimie, de l’électronique, et du Modèle standard des particules. Ses prédictions ont été confirmées avec des précisions de l’ordre de 10⁻¹², incluant la découverte du boson de Higgs au CERN en 2012.

Le grand défi non résolu de la physique théorique reste l’unification de ces deux piliers. Relativité générale et mécanique quantique décrivent magnifiquement leurs domaines respectifs, mais deviennent incompatibles dans les régimes extrêmes (l’intérieur des trous noirs, l’instant initial du Big Bang). Les théories candidates — théorie des cordes, gravité quantique à boucles — restent hautement spéculatives et, à ce jour, sans confirmation expérimentale.

« Le mystère éternel du monde est sa compréhensibilité… Le fait qu’il soit compréhensible est un miracle. »

Albert Einstein, Physics and Reality, Journal of the Franklin Institute, mars 1936

La théorie des multivers et autres spéculations

L’idée que notre univers ne soit qu’un parmi une multitude — le multivers — émerge de plusieurs cadres théoriques distincts. L’inflation cosmique éternelle suggère que l’inflation initiale pourrait avoir créé un nombre infini de « bulles-univers ». L’interprétation des mondes multiples de la mécanique quantique implique une ramification permanente de la réalité à chaque mesure quantique. La théorie des cordes propose un paysage de ~10⁵⁰⁰ configurations possibles de lois physiques, correspondant chacune à un univers différent. Toutes ces hypothèses, bien qu’intellectuellement stimulantes, restent pour l’instant invérifiables expérimentalement — ce qui pose la question de savoir si elles relèvent encore de la science ou de la métaphysique.

L’avenir de l’univers

Le destin ultime du cosmos dépend d’un facteur crucial : le comportement à long terme de l’énergie noire. Les résultats récents de DESI pourraient changer tout ce que nous pensions savoir sur cette question.

Prédictions et théories sur le destin de l’univers

Si l’énergie noire est une constante cosmologique pure — hypothèse adoptée par défaut depuis 1998 —, l’univers continuera son expansion accélérée indéfiniment. Les galaxies lointaines s’éloigneront de nous à des vitesses dépassant celle de la lumière (l’espace, contrairement à la matière, n’est pas limité par c). Progressivement, toutes les galaxies extérieures à notre amas local deviendront invisibles. Dans environ 10¹⁰⁰ ans, tous les trous noirs se seront évaporés par rayonnement de Hawking, toute la matière aura été diluée à l’extrême, et l’univers s’approchera d’un état de température uniforme proche du zéro absolu : le Big Freeze, ou mort thermique.

Mais les résultats DESI de 2024-2025 suggèrent que l’énergie noire pourrait évoluer au cours du temps. Si son effet s’affaiblit, l’expansion pourrait ralentir, voire s’inverser dans un avenir lointain — scénario du Big Crunch. Si au contraire elle se renforce, nous pourrions aller vers un Big Rip, où l’expansion devient si violente qu’elle déchire les galaxies, puis les étoiles, puis les atomes eux-mêmes. Les combinaisons actuelles des données DESI + CMB + supernovas + lentilles gravitationnelles indiquent une déviation du modèle ΛCDM d’environ 3 à 4 sigma — significative mais pas encore décisive. La confirmation viendra des prochaines années de données, avec DESI 2, Euclid et Rubin.

💡 Bon à savoir : la tension de Hubble est un autre paradoxe actuel majeur. Les mesures locales (supernovas via Hubble et JWST, équipe SH0ES) donnent H₀ ≈ 73 km/s/Mpc, tandis que les mesures cosmologiques (Planck, DESI) indiquent H₀ ≈ 67 km/s/Mpc. Cet écart, robuste à plus de 5 sigma, pourrait signaler une nouvelle physique au-delà du modèle standard cosmologique.

Le potentiel de vie au-delà de la Terre

La question de la vie extraterrestre a quitté le domaine de la spéculation pour entrer dans celui de la recherche active. Plusieurs axes sont explorés. La caractérisation des exoplanètes cherche à détecter, dans les atmosphères de planètes habitables, des biosignatures comme l’oxygène, le méthane, ou la vapeur d’eau. Le JWST a récemment analysé l’atmosphère de K2-18b, une planète « océan » potentielle à 124 années-lumière de la Terre, y détectant du méthane, du CO₂ et peut-être du diméthylsulfure — ce dernier étant, sur Terre, exclusivement produit par le vivant, ce qui reste à confirmer.

D’autres pistes sont tout aussi prometteuses : les lunes de Jupiter et Saturne (Europe, Encelade, Titan) abritent probablement des océans d’eau liquide sous leur croûte glacée ; la mission Europa Clipper (NASA, lancée en octobre 2024) survolera Europe à partir de 2030 ; la mission Juice (ESA, lancée en avril 2023) étudiera Ganymède à partir de 2031. Sur Mars, le rover Perseverance collecte des échantillons en vue d’un retour sur Terre prévu pour les années 2030. La radioastronomie, via des projets comme Breakthrough Listen, scrute le ciel à la recherche de signaux intelligents.

Conclusion : un univers en pleine révolution

Jamais la cosmologie n’a connu une période aussi passionnante qu’aujourd’hui. Les résultats DESI ébranlent notre conception de l’énergie noire, le JWST découvre des galaxies primordiales inattendues, Euclid cartographie les structures sombres, les ondes gravitationnelles ouvrent un nouveau canal d’observation, et la tension de Hubble refuse de se dissiper. Chaque nouvelle génération d’instruments révèle que l’univers est à la fois plus vaste, plus complexe et plus mystérieux que nous l’imaginions. Et pourtant, comme le notait Einstein, il reste remarquable que nous parvenions à en saisir des morceaux, équation après équation, observation après observation. L’univers est là depuis 13,8 milliards d’années. Notre aventure scientifique pour le comprendre, à peine quelques siècles — et elle ne fait que commencer.

FAQ — Questions fréquentes sur l’univers

Quel est l’âge de l’univers ?

L’âge de l’univers est estimé à 13,797 ± 0,023 milliards d’années selon les mesures les plus précises du fond diffus cosmologique par le satellite Planck (2018). Cette valeur fait cependant l’objet d’une controverse active : les méthodes locales (supernovas de type Ia, céphéides via l’équipe SH0ES) donnent une valeur légèrement différente, ce qui conduit à la « tension de Hubble ». Cette tension à plus de 5 sigma suggère que notre modèle cosmologique standard pourrait nécessiter des ajustements.

Quelle est la taille de l’univers observable ?

L’univers observable forme une sphère d’environ 46,5 milliards d’années-lumière de rayon autour de la Terre, soit 93 milliards d’années-lumière de diamètre. Cette valeur peut sembler paradoxale pour un univers âgé de 13,8 milliards d’années seulement, mais elle s’explique par l’expansion de l’espace lui-même pendant que la lumière voyageait. L’univers total, au-delà de notre horizon observable, pourrait être beaucoup plus vaste — voire infini —, mais nous n’avons aucun moyen direct de le savoir.

De quoi est composé l’univers ?

Les observations cosmologiques modernes (Planck, DESI, Euclid) indiquent que l’univers est composé d’environ 68 % d’énergie noire, 27 % de matière noire et seulement 5 % de matière ordinaire (étoiles, planètes, atomes que nous connaissons). Autrement dit, 95 % du contenu énergétique de l’univers reste de nature inconnue. Les données DESI de 2024-2025 suggèrent même que l’énergie noire pourrait évoluer au cours du temps, ce qui ébranle le modèle ΛCDM standard.

Peut-on voyager vers d’autres galaxies ?

Les voyages intergalactiques sont actuellement impossibles et le resteront sans doute encore très longtemps. Notre plus proche galaxie spirale majeure, Andromède, se trouve à environ 2,5 millions d’années-lumière — une sonde voyageant à la vitesse de Voyager 1 (17 km/s) mettrait plus de 40 milliards d’années à l’atteindre. Même en atteignant une fraction significative de la vitesse de la lumière, les distances intergalactiques resteront probablement hors de portée humaine. En revanche, nous pouvons observer ces galaxies avec une précision croissante grâce à des télescopes comme le JWST.

Qu’y a-t-il au-delà de l’univers observable ?

L’univers au-delà de notre horizon observable est une inconnue fondamentale. Les mesures du fond diffus cosmologique suggèrent que la géométrie globale de l’univers est très proche d’une géométrie plate, ce qui est compatible avec un univers infini. Il est également possible que les lois physiques soient les mêmes partout — c’est le principe cosmologique —, auquel cas il existerait probablement une infinité de régions semblables à la nôtre. Mais aucune observation directe ne peut confirmer cette hypothèse, puisque l’information ne peut pas nous parvenir plus vite que la lumière.

Notre univers est-il le seul ou existe-t-il des univers parallèles ?

Plusieurs théories physiques — l’inflation éternelle, l’interprétation des mondes multiples de la mécanique quantique, la théorie des cordes — suggèrent l’existence possible de multivers. Cependant, aucune de ces hypothèses n’est actuellement vérifiable expérimentalement. Elles restent donc au statut de spéculations intellectuellement stimulantes mais scientifiquement indécidables, ce qui soulève la question de savoir si elles relèvent encore pleinement de la démarche scientifique.

L’énergie noire existe-t-elle vraiment ?

L’énergie noire a été postulée en 1998 pour expliquer l’accélération inattendue de l’expansion cosmique, découverte grâce aux supernovas de type Ia (Nobel 2011 : Perlmutter, Schmidt, Riess). Son existence est aujourd’hui soutenue par de multiples observations indépendantes (CMB, BAO, lentilles gravitationnelles faibles). Cependant, sa nature physique reste totalement mystérieuse. Les résultats de DESI publiés en 2024 et 2025 suggèrent même que l’énergie noire pourrait ne pas être constante mais évoluer dans le temps — ce qui pourrait signaler l’émergence d’une physique au-delà du modèle standard.

Vous Aimerez Aussi