Le mardi 11 août 2026, l’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence au sujet des Aperçus IA de Google, ces résumés générés automatiquement qui s’affichent au-dessus des résultats de recherche depuis leur lancement en France le 22 juillet. L’organisation, qui représente plus de 300 titres, ne conteste pas l’existence du service : elle conteste la manière dont il utilise les contenus de presse. Voici ce que dit le droit applicable, ce que le dossier a déjà produit comme décisions depuis 2019, et comment revenir à une page de résultats sans résumé si vous le souhaitez.
Ce qu’est un Aperçu IA, et où il se place dans la page
Un Aperçu IA — AI Overview dans sa dénomination d’origine — est un texte produit par l’intelligence artificielle de Google, affiché au-dessus des résultats classiques et accompagné de quelques liens, lorsque le moteur estime que ce format répond à la requête. Le lecteur peut ensuite poser des questions de suivi, ou basculer vers le Mode IA, une recherche conversationnelle qui se pilote au texte, à la voix ou à l’image.
La conséquence tient en une phrase : les liens traditionnels apparaissent sous ces deux blocs. Ils n’ont pas disparu, ils ont reculé dans la page. C’est ce déplacement, et non la qualité des résumés, qui est au cœur du dossier ouvert le 11 août.
Google a déployé les deux fonctionnalités en France le 22 juillet 2026, à partir de 7 heures du matin, progressivement, sur mobile comme sur ordinateur. La France a été l’un des derniers grands marchés servis, environ deux ans après le lancement mondial du dispositif — un retard que les observateurs attribuent au contentieux français sur les droits voisins, celui-là même qui vient de reprendre.
Ce que la presse française reproche à Google
La saisine émane de l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), organisation qui fédère plus de 300 titres de presse d’information politique et générale. Ce que ses adhérents contestent n’est pas le lancement d’un nouveau service, mais la méthode employée pour le lancer.
Le raisonnement juridique est simple. La loi du 24 juillet 2019 sur les droits voisins subordonne l’utilisation des contenus de presse par les plateformes à une autorisation préalable et à une rémunération. Or, selon l’Apig, « une réponse générée par intelligence artificielle s’affiche désormais sur le principal moteur de recherche avant les liens classiques », sans que ce nouvel usage ait fait l’objet d’une négociation. L’organisation y voit une infraction : « le déploiement unilatéral de nouveaux usages des contenus de presse, sans autorisation préalable ni rémunération », écrit-elle dans sa saisine.
« L’information a une valeur considérable », résume Marc Feuillée, président de l’Apig. L’organisation demande à l’Autorité d’intervenir pour faire respecter les engagements pris par Google en 2022, et de rétablir les conditions d’une négociation. Google n’a pas réagi publiquement à la saisine à la date de publication de cet article.
Sept ans de contentieux : la chronologie des droits voisins
Le dossier n’est pas neuf, et c’est sa principale caractéristique. Il s’ouvre en novembre 2019, quelques mois après la loi, par une procédure devant l’Autorité de la concurrence. Celle-ci reproche alors à Google d’imposer aux éditeurs et agences de presse des conditions de transaction inéquitables : des licences gratuites qui installaient un principe de non-rémunération de l’affichage des contenus protégés, sans possibilité de négocier et sans communiquer les informations nécessaires au calcul d’une rémunération.
Une première amende de 500 millions d’euros tombe en 2021. Puis, par sa décision n° 22-D-13 du 21 juin 2022, l’Autorité accepte les engagements proposés par Google et clôt la procédure : négociation de bonne foi, transparence, non-discrimination. Ces engagements sont rendus obligatoires pour cinq ans, renouvelables une fois — ils courent donc jusqu’en juillet 2027.
Ils n’ont pas tenu. Le 15 mars 2024, l’Autorité inflige à Google une amende de 250 millions d’euros pour non-respect de certains de ces engagements. Le motif principal concerne déjà l’intelligence artificielle : le service Bard, lancé en juillet 2023, avait utilisé des contenus d’éditeurs et d’agences pour entraîner son modèle, sans en avertir ni les intéressés ni l’Autorité.
| Date | Étape | Portée |
|---|---|---|
| 24 juillet 2019 | Loi sur les droits voisins | Autorisation préalable et rémunération |
| Novembre 2019 | Ouverture de la procédure | Conditions imposées aux éditeurs |
| 2021 | Amende de 500 M€ | Dossier des droits voisins de la presse |
| 21 juin 2022 | Décision n° 22-D-13 | Engagements obligatoires jusqu’en juillet 2027 |
| 15 mars 2024 | Amende de 250 M€ | Contenus utilisés pour entraîner Bard |
| 22 juillet 2026 | Lancement des Aperçus IA en France | Résumé affiché au-dessus des liens |
| 11 août 2026 | Saisine de l’Apig | Respect des engagements de 2022 |
Pourquoi 2026 n’est pas une répétition de 2024
La distinction est essentielle pour comprendre le nouveau dossier. En 2024, le grief portait sur l’entraînement : des articles avaient servi à nourrir un modèle, en amont, sans autorisation. En 2026, il porte sur l’affichage : un résumé produit par ce modèle se substitue, dans la page de résultats, à la visite du site qui a produit l’information.
Les deux mécanismes économiques n’ont rien à voir. Le premier prive l’éditeur d’une rémunération sur une utilisation invisible de ses textes. Le second touche à son audience elle-même : si le lecteur obtient sa réponse sans cliquer, le site perd la visite, et avec elle la publicité, l’abonnement ou la simple notoriété qui en découlait.

Ce que ça change pour les sites que vous lisez
Le chiffre qui circule depuis le 11 août vient de l’Arcom : le régulateur évalue entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable à ces résumés sur les marchés européens où ils étaient déjà déployés. Cette évaluation, rapportée le même jour par plusieurs médias, n’a pas été publiée avec sa méthode ni sa date, et elle ne porte pas sur la France, où le dispositif n’a qu’un mois. Elle donne un ordre de grandeur, pas une mesure française.
Un mot de transparence s’impose ici : ce site vit du référencement, comme la quasi-totalité des publications en ligne. Cela ne rend pas le chiffre plus vrai ni le grief plus fondé — c’est à l’Autorité de la concurrence de le dire —, mais le lecteur a le droit de savoir que nous ne sommes pas un observateur neutre de cette question.
Comment retrouver les liens bleus sur Chrome
Il existe une méthode documentée pour obtenir une page de résultats sans Aperçu IA : forcer le filtre « Web » de Google au lieu de l’onglet « Tous ». Ce filtre s’active par un paramètre d’URL, udm=14, et restitue une liste de liens accompagnés de leur méta-description, comme avant. La marche à suivre, décrite par Les Numériques le 11 août 2026, consiste à créer un moteur de recherche personnalisé dans Chrome :
- ouvrez le menu de Chrome, avec le bouton à trois points en haut à droite ;
- choisissez Gérer les moteurs de recherche et la recherche sur les sites ;
- créez un nouveau moteur, en indiquant Google Web dans le champ Nom, http://google.com dans Raccourci, et {google:baseURL}/search?udm=14&q=%s dans URL, où %s tient la place de votre requête ;
- validez avec le bouton Ajouter ;
- rouvrez le menu à trois points situé à côté du nouveau moteur, et sélectionnez Utiliser par défaut.
À partir de là, chaque recherche lancée depuis la barre d’adresse de Chrome renvoie la page de liens, sans résumé généré.
Les limites de la méthode
Elles sont réelles et il faut les connaître avant de se lancer. D’abord, la manipulation ne fonctionne que sur ordinateur : l’application mobile de Chrome n’autorise pas l’ajout manuel d’une URL personnalisée comme moteur de recherche. Ensuite, elle ne désactive rien : elle contourne. Le Mode IA reste accessible, et une recherche lancée depuis une autre application ou un autre navigateur retrouvera les Aperçus IA.
Enfin, le paramètre udm=14 est un comportement du moteur que Google ne documente pas à destination du public. Rien ne garantit qu’il subsistera : il peut être modifié ou retiré sans préavis, comme tout élément non documenté d’un service.
Bon à savoir — Aperçu IA et Mode IA ne sont pas la même chose. L’Aperçu IA est un bloc de réponse inséré dans la page de résultats habituelle : vous n’avez rien demandé de particulier, il s’affiche parce que Google a jugé la requête adaptée. Le Mode IA est une interface distincte, que vous ouvrez volontairement, et qui remplace la liste de résultats par une conversation. Le filtre « Web » agit sur la première, pas sur la seconde.
Ce qui peut se passer maintenant
À ce stade, une saisine n’est ni une plainte pénale ni une condamnation : c’est une demande adressée à l’Autorité de la concurrence, qui décidera d’instruire ou non. L’Autorité n’a pas indiqué, à la date de publication, si elle ouvrirait une procédure. Le contenu exact de la saisine n’est pas public ; on n’en connaît que ce que l’Apig en a communiqué.
Un élément de calendrier structure toutefois le dossier : les engagements de 2022 courent jusqu’en juillet 2027. Tant qu’ils sont en vigueur, l’Autorité dispose d’un instrument direct — le contrôle de leur respect — qu’elle a déjà utilisé une fois, en mars 2024.
Ce qu’il faut retenir
L’Apig, qui représente plus de 300 titres, a saisi l’Autorité de la concurrence le 11 août 2026 au sujet des Aperçus IA de Google, lancés en France le 22 juillet. Le grief ne porte pas sur le service mais sur son déploiement sans autorisation préalable ni rémunération, ce qui contreviendrait aux engagements rendus obligatoires en 2022 et valables jusqu’en juillet 2027. Le dossier des droits voisins a déjà produit deux amendes, 500 millions d’euros en 2021 et 250 millions en mars 2024. Côté usage, le filtre « Web » de Google, activé par le paramètre udm=14, restitue une page de liens sans résumé — sur ordinateur uniquement.
FAQ — les Aperçus IA de Google en France
Qu’est-ce qu’un Aperçu IA sur Google ?
C’est un résumé rédigé par l’intelligence artificielle de Google, affiché au-dessus des résultats de recherche classiques et accompagné de quelques liens, lorsque le moteur juge ce format adapté à la requête. Les liens traditionnels ne disparaissent pas : ils sont repoussés sous ce bloc, et sous le Mode IA lorsque celui-ci est proposé.
Depuis quand les Aperçus IA sont-ils actifs en France ?
Depuis le 22 juillet 2026, à partir de 7 heures du matin, avec un déploiement progressif sur mobile et sur ordinateur. La France a été l’un des derniers grands marchés à recevoir la fonctionnalité, environ deux ans après son lancement mondial, en raison du contentieux français sur les droits voisins de la presse.
Que reproche exactement la presse française à Google ?
Non pas d’avoir lancé le service, mais de l’avoir fait sans autorisation préalable ni rémunération dédiée. La loi du 24 juillet 2019 subordonne l’usage des contenus de presse à ces deux conditions, et Google est tenu jusqu’en juillet 2027 par des engagements de négociation de bonne foi rendus obligatoires par l’Autorité de la concurrence en 2022.
Peut-on désactiver les Aperçus IA de Google ?
Aucun réglage officiel de désactivation n’est documenté à ce jour. On peut en revanche les contourner en forçant le filtre « Web » de Google, activé par le paramètre udm=14. Sur Chrome, cela consiste à créer un moteur de recherche personnalisé pointant vers ce filtre, puis à le définir comme moteur par défaut.
La méthode udm=14 fonctionne-t-elle sur téléphone ?
Non. L’application mobile de Chrome n’autorise pas l’ajout manuel d’une URL personnalisée comme moteur de recherche : la manipulation est réservée à l’ordinateur. Il faut également garder à l’esprit que ce paramètre n’est pas documenté publiquement par Google et peut être modifié ou retiré sans préavis.
Les Aperçus IA font-ils vraiment perdre du trafic aux sites ?
L’Arcom évalue la perte entre 33 % et 38 % sur les marchés européens où les résumés étaient déjà déployés, chiffre rapporté par plusieurs médias le 11 août 2026. Cette évaluation n’a pas été publiée avec sa méthode et ne porte pas sur la France, où le dispositif n’a qu’un mois d’existence.
Google a-t-il déjà été sanctionné dans ce dossier ?
Oui, deux fois. Une amende de 500 millions d’euros en 2021, puis une amende de 250 millions d’euros le 15 mars 2024 pour non-respect de certains engagements, notamment parce que le service Bard, lancé en juillet 2023, avait utilisé des contenus de presse pour entraîner son modèle sans en avertir les éditeurs ni l’Autorité.
Sources principales : la décision n° 22-D-13 du 21 juin 2022 de l’Autorité de la concurrence, son communiqué du 15 mars 2024, ainsi que les comptes rendus du Journal du Net et de Les Numériques du 11 août 2026.
