Le lundi 21 septembre 2026 à 9 h UTC, Polo était une tempête tropicale aux vents de 40 nœuds, environ 75 km/h. Vingt-quatre heures plus tard, le National Hurricane Center (NHC) américain l’estimait à 130 nœuds (environ 240 km/h), puis, le mardi 22 à 21 h UTC, à 155 nœuds (environ 290 km/h) : la catégorie 5, la plus haute de l’échelle. Qu’est-ce qui permet à un cyclone de gagner autant de vent en si peu de temps, au large du Mexique, et qu’est-ce qui finit par l’arrêter ? La réponse tient en une chaîne physique de quelques maillons, et le phénomène retire aux côtes la ressource qui compte le plus : le temps.
Lundi 40 nœuds, mardi 155 : la montée de Polo pas à pas
La séquence tient en une journée et demie. Polo reçoit son statut de tempête tropicale dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 septembre, vers 3 h UTC, selon la chronologie reconstituée par Yale Climate Connections. À 9 h UTC ce lundi, la discussion n° 3 du NHC l’évalue à 40 nœuds. Six heures plus tard, la discussion n° 4 le porte à 55 nœuds (environ 100 km/h). Polo devient un ouragan dans l’après-midi du lundi, et la discussion de 21 h UTC l’estime à 75 nœuds (environ 140 km/h).
La nuit suivante fait l’essentiel du travail. À 9 h UTC le mardi 22, la discussion n° 7 décrit un ouragan de 130 nœuds et chiffre le gain des 24 heures précédentes à environ 90 nœuds. Dans la matinée du mardi, Polo franchit le seuil de la catégorie 5, fixé au-delà de 156 mph de vent soutenu, environ 251 km/h : la discussion de 15 h UTC (9 h CST) le place à 145 nœuds, environ 270 km/h.
Le pic arrive le mardi à 21 h UTC. Sur la foi d’un avion de reconnaissance, la discussion n° 9 fixe l’intensité à 155 nœuds, soit 180 mph ou environ 290 km/h, et la pression centrale à environ 892 hectopascals. La pression moyenne au niveau de la mer étant de 1 013 hPa, le cœur de Polo se trouvait environ 120 hPa en dessous.
Entre 9 h UTC le lundi, à 40 nœuds, et 15 h UTC le mardi, à 145 nœuds, il s’est écoulé trente heures. Trente heures pour passer d’un vent de tempête à un vent de catégorie 5. Reste à comprendre quelles conditions l’ont permis, et pourquoi ce rythme ne pouvait pas durer.
Trente nœuds en 24 heures, la barre que Polo a triplée
« Rapide » n’est pas ici une impression de prévisionniste. Le glossaire du NHC en donne une définition chiffrée : un cyclone s’intensifie rapidement lorsque son vent soutenu gagne au moins 30 nœuds (environ 55 km/h) en 24 heures. Le vent soutenu n’est pas la rafale. C’est une moyenne sur une minute, mesurée à 10 mètres de hauteur ; les rafales, plus brèves, sont plus fortes.
Polo a gagné environ 90 à 95 nœuds en 24 heures, selon la fenêtre retenue. La discussion n° 7 du NHC compte environ 90 nœuds entre le lundi et le mardi à 9 h UTC ; la page publiée le 24 septembre par NOAA NESDIS, le service satellitaire de l’agence, retient 95 nœuds (environ 175 km/h), sans préciser sa fenêtre. Dans les deux cas, le seuil est triplé.
La NOAA situe ce gain au troisième rang du Pacifique Est, derrière Patricia en 2015 (105 nœuds) et Otis en 2023 (100 nœuds). Pour la pression, la chute de 88 hPa en 24 heures arrive au deuxième rang, derrière Patricia et sa centaine d’hectopascals. Ces rangs restent provisoires. Les valeurs du jour sont des estimations opérationnelles, produites pendant l’événement ; la meilleure estimation, dite best track, paraît des mois plus tard dans le rapport final du NHC et peut déplacer un cyclone dans le classement. L’écart entre les 90 et les 95 nœuds de Polo en donne un aperçu, et Otis l’illustre déjà : estimé en direct à 95 nœuds de gain en 2023, il figure à 100 nœuds dans le classement publié par la NOAA en 2026.
Un carburant qui se mesure aussi en profondeur
Un ouragan tire son énergie de l’évaporation d’une mer chaude. La vapeur d’eau arrachée à la surface monte dans les orages qui entourent le centre, s’y condense et y libère la chaleur qu’elle avait emportée. Plus l’eau est chaude, plus l’évaporation est forte et plus le carburant disponible est abondant. Pour le détail de cette mécanique de base, voir comment se forme un ouragan.
Polo n’en manquait pas. Le 21 septembre, la discussion n° 3 du NHC relevait des eaux de surface supérieures à 30 °C ; la suivante, signée Eric Blake, faisait état de plus de 30,5 °C, sur des eaux qu’aucun système n’avait encore exploitées. Yale Climate Connections donnait environ 31 °C.
La température de surface ne dit pourtant pas tout, et c’est ici que se loge le maillon contre-intuitif. Un ouragan se nuit à lui-même. Ses vents brassent l’océan et font remonter sous lui de l’eau plus froide venue des couches inférieures. Plus il avance lentement, plus il reste longtemps au-dessus de l’eau qu’il vient de refroidir, et plus son carburant s’appauvrit. D’ordinaire, la lenteur est un frein.
Or Polo était presque immobile. Le mardi 22 au matin, la discussion n° 8 le faisait avancer vers le nord à 2 nœuds, moins de 4 km/h, l’allure d’un marcheur lent ; l’après-midi, la discussion n° 9 le décrivait comme quasi stationnaire. Dans ces conditions, un ouragan aurait dû commencer à puiser dans une eau refroidie par son propre passage. Polo a continué à se renforcer.
L’explication tient à la distinction entre la chaleur de surface et la chaleur stockée en dessous. Dans sa discussion n° 10 du 23 septembre, le NHC indique que Polo se trouvait sur les eaux les plus chaudes du bassin, chaudes aussi sous la surface, ce qui devait limiter la remontée d’eau froide. Le brassage existait bien, mais l’eau qu’il ramenait restait chaude. Le frein ne mordait pas.
La conséquence dépasse le cas de Polo : une carte des températures de surface ne suffit pas à juger du potentiel d’un cyclone, surtout lent. Pour un ouragan qui stationne, la grandeur utile n’est pas seulement la température affichée en surface, mais l’épaisseur de la couche chaude sur laquelle il se trouve : une eau à 30 °C sur quelques mètres et une eau à 30 °C sur des dizaines de mètres n’offrent pas la même réserve. Sous Polo, les discussions du NHC décrivent cette réserve sans la chiffrer.
Cisaillement faible et air humide : une colonne orageuse qui reste droite
Un océan chaud est une condition nécessaire, pas suffisante. Encore faut-il que l’atmosphère laisse la machine fonctionner. Deux paramètres en décident, et le NHC les chiffrait pour Polo dès le 21 septembre.
Le premier est le cisaillement vertical du vent : l’écart, en force et en direction, entre le vent des basses couches et celui des hautes couches de l’atmosphère. Quand il est fort, il incline la colonne orageuse qui s’élève au-dessus du centre, puis la décapite en emportant son sommet sur le côté. La chaleur libérée par la condensation se disperse alors au lieu de s’accumuler au-dessus du cœur. Quand il est faible, la colonne reste verticale et cette chaleur se concentre à l’aplomb du centre. Autour de Polo, la discussion n° 3 estimait ce cisaillement à moins de 10 nœuds, moins de 20 km/h ; Yale Climate Connections donnait 5 à 10 nœuds. La colonne est restée droite.
Le second paramètre est l’humidité de la moyenne atmosphère, que les orages d’un cyclone traversent en s’élevant. Si l’air qu’ils y rencontrent est sec, il pénètre dans les nuages, y fait évaporer une partie de l’eau, et cette évaporation refroidit l’air et affaiblit les orages. La discussion n° 3 relevait une humidité moyenne d’environ 70 % ou plus. L’air sec n’avait pas de prise.
Le vent d’altitude qui fait le cisaillement relève de la circulation atmosphérique à grande échelle, dont le courant-jet et les blocages météo sont une autre manifestation. C’est par ce maillon qu’El Niño intervient, comme le montre la suite. Pour Polo, trois conditions se trouvaient réunies au même endroit, au même moment : de l’eau chaude jusqu’en profondeur, une colonne droite, un air humide. Aucune ne suffit seule. Leur conjonction explique que les outils statistiques du NHC aient allumé leurs voyants dès le premier jour.
Cœur compact : des vents d’ouragan concentrés sur 55 kilomètres
L’intensité et la taille sont deux grandeurs distinctes, que l’expression « ouragan de catégorie 5 » tend à confondre. La catégorie ne dit rien de l’étendue. Le 22 septembre, la discussion n° 7 plaçait les vents de force ouragan à environ 30 milles nautiques du centre, soit 55 km, et les vents de force tempête tropicale à environ 80 milles nautiques, soit 150 km. La discussion suivante qualifiait explicitement Polo de petit cyclone.
Un cœur compact concentre la rotation sur une petite surface. L’intensité peut y monter vite, et varier vite : la discussion n° 8 évoquait des remplacements fréquents du mur de l’œil, le mécanisme décrit plus bas. Revers de cette compacité, la zone des vents les plus forts est étroite. À quelques dizaines de kilomètres de la trajectoire, l’exposition change de nature.
Il serait tentant d’en tirer une règle générale selon laquelle un cyclone petit s’intensifie plus vite qu’un grand. Les discussions du NHC sur Polo décrivent sa taille sans établir ni chiffrer un tel lien. La compacité est ici un trait observé du cas, pas une loi démontrée.
Le second mur de l’œil, frein naturel du pic
Si l’océan ne s’est pas refroidi et que l’atmosphère est restée favorable, pourquoi Polo n’a-t-il pas continué à grimper ? Le plafond est venu de sa propre structure. Autour de l’œil, les vents les plus forts et les orages les plus hauts forment un anneau, le mur de l’œil. Il arrive qu’un second anneau se forme à l’extérieur du premier. Il capte alors l’air chaud et humide qui convergeait vers le centre, et le mur intérieur, privé d’alimentation, s’effondre. Pendant cette transition, les vents maximaux baissent et la pression centrale remonte. Puis l’anneau extérieur se contracte, prend la place de l’ancien, et l’ouragan peut se ré-intensifier.
Polo a suivi ce cycle presque à la lettre. Dès l’après-midi du 22, au moment du pic, la discussion n° 9 signalait qu’un mur concentrique pouvait être en train de se former. Dans la discussion n° 10, datée du 23 septembre, le NHC décrivait un cycle de remplacement en cours, avec des vents du mur intérieur en baisse et une pression en hausse : l’intensité était ramenée à 145 nœuds. Le 24 septembre, selon la discussion n° 17, l’avion de reconnaissance observait deux murs concentriques de 15 et 30 milles nautiques de diamètre, environ 28 et 56 km ; l’intérieur se dissipait, l’extérieur s’était contracté à 25 milles nautiques, environ 46 km. La pression centrale était remontée vers 935 hPa, une quarantaine d’hectopascals au-dessus du pic, et le NHC estimait l’intensité à 130 nœuds, environ 240 km/h, soit la catégorie 4.
Ce va-et-vient éclaire les bulletins des 23 et 24 septembre, où Polo oscillait entre les catégories 4 et 5 selon les passages de l’avion. Le plafond vient de l’intérieur. Une baisse pendant ce cycle n’annonce donc pas, à elle seule, la fin de l’ouragan. La ré-intensification n’est pas garantie pour autant : elle dépend de ce que l’environnement offre encore à l’anneau contracté quand il prend le relais. Pour Polo, la discussion n° 17, émise le 24 septembre à 21 h UTC, jugeait le cycle presque achevé et prévoyait les deux temps : un retour en catégorie 5 dans la nuit ou le vendredi 25 au matin, puis un affaiblissement progressif sur la route de la Basse-Californie. C’était une prévision, pas une observation.
El Niño, un décor favorable plutôt qu’une cause directe
Polo se forme dans une année particulière. Le 10 septembre 2026, la discussion diagnostique du Climate Prediction Center (CPC) de la NOAA maintenait son statut « El Niño Advisory » : un épisode El Niño est en cours et se renforce. L’anomalie de température de surface atteignait +1,8 °C dans la région Niño-3.4, qui sert d’indice de référence, et +3,4 °C dans la région Niño-1+2, la plus orientale ; certaines zones de l’est équatorial dépassaient +3 °C. Le CPC donnait plus de 90 % de chances d’un épisode très fort à l’automne et en hiver, et 75 % de chances que l’anomalie atteigne au moins +2,5 °C entre octobre et décembre.
Le lien avec les ouragans passe par deux maillons déjà décrits. D’une part, El Niño réchauffe l’est du Pacifique équatorial. D’autre part, selon l’analyse publiée par NOAA Climate.gov (G. Bell, 2014), il renforce la dorsale subtropicale, affaiblit les vents d’altitude et réduit ainsi le cisaillement sur le Pacifique central et oriental. Eau plus chaude, colonne orageuse moins bousculée : El Niño favorise précisément les conditions qui ont permis à Polo de s’emballer.
Le décor n’est pas la cause. El Niño modifie les probabilités sur un bassin et une saison ; il ne fabrique pas un cyclone donné. Aucune étude d’attribution n’est disponible sur Polo, ni pour El Niño ni pour le réchauffement climatique. Écrire qu’El Niño a provoqué Polo excéderait ce qui est établi. Dire qu’il a installé un décor favorable, sur la base de la physique décrite par le CPC et Climate.gov, reste dans les bornes.
Pour un lecteur français, l’autre moitié du mécanisme compte autant. Le même El Niño qui affaiblit les vents d’altitude au-dessus du Pacifique Est produit l’effet inverse sur l’Atlantique : selon Climate.gov, il y augmente le cisaillement et freine l’activité cyclonique. Un épisode fort ne signifie donc pas davantage d’ouragans aux Antilles ; en moyenne, il en annonce plutôt moins. En moyenne seulement. Un bassin freiné reste un bassin où des ouragans se forment.

Satellites et avions : d’où viennent les 155 nœuds
Le vent d’un ouragan en pleine mer ne se lit sur aucun anémomètre. Il s’estime ou se mesure, et les deux opérations ne se valent pas.
L’estimation vient des satellites. Le 22 septembre à 20 h 09 UTC, l’instrument VIIRS du satellite polaire NOAA-20, du programme JPSS, a photographié Polo ; le NHC s’appuie aussi sur les images des satellites géostationnaires et sur les données micro-ondes. À partir de la forme de la couverture nuageuse et de la température du sommet des nuages, la méthode de Dvorak attribue au cyclone une note d’intensité. Pour Polo, le mardi matin, elle atteignait T7.0, soit environ 140 nœuds.
La mesure vient de l’avion. Les avions de reconnaissance traversent l’ouragan au niveau où la pression vaut 700 hPa et y relèvent directement le vent et la pression. Le 22 septembre, l’appareil a mesuré 168 nœuds à ce niveau de vol et une pression centrale d’environ 892 hPa. Le vent de vol n’est pas le vent de surface : près de la mer, le frottement le freine, et les 168 nœuds relevés en altitude correspondent à environ 151 nœuds en surface, à peu près 90 % de la valeur mesurée. C’est sur ces données de reconnaissance que la discussion n° 9 a fixé l’intensité à 155 nœuds, un peu au-dessus de cette seule conversion : l’intensité retenue est une analyse du prévisionniste, pas la lecture brute d’un instrument. L’avion tranche.
Cette double origine explique qu’un chiffre d’intensité puisse être révisé. L’estimation satellitaire et la mesure aérienne ne coïncident pas toujours, et l’analyse finale, publiée des mois plus tard, reprend l’ensemble des données. Les 155 nœuds de Polo sont la meilleure valeur disponible pendant l’événement, pas une valeur définitive.
Une intensification annoncée, mais sous-estimée : l’enjeu pour les côtes
Deux questions se mélangent quand il est question de prévoir l’intensité d’un cyclone : savoir s’il va s’intensifier rapidement, et savoir jusqu’où. Pour Polo, la première a reçu une réponse nette. La seconde, non.
Dès le 21 septembre, les outils statistiques du NHC donnaient environ 90 % de chances d’un gain d’au moins 55 nœuds, environ 100 km/h, en 48 heures. La prévision officielle annonçait bien une intensification rapide. Dans la discussion n° 4, Eric Blake situait ce signal par rapport à sa propre expérience de prévisionniste : « l’indice d’intensification rapide SHIPS affiche des pourcentages parmi les plus élevés que j’aie jamais vus ». L’alerte était donnée.
L’ampleur, elle, a été sous-estimée à chaque mise à jour du 21 septembre. Le pic attendu est passé de 125 nœuds à 140, puis à 145 au fil de ces discussions, sans rejoindre les 155 nœuds observés. Il a fallu attendre le 22 septembre à 15 h UTC, Polo déjà en catégorie 5, pour que la discussion n° 8 annonce un pic de 155 nœuds. Le tableau confronte chaque prévision aux estimations qui encadrent son échéance.
| Prévision émise | Échéance visée | Vent prévu | Vent estimé autour de l’échéance | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Discussion n° 3, 21/09 à 9 h UTC | 22/09 à 18 h UTC (36 h) | 100 nœuds (~185 km/h) | Entre 145 nœuds (15 h UTC) et 155 nœuds (21 h UTC) | 45 à 55 nœuds (~85 à ~100 km/h) |
| Discussion n° 4, 21/09 à 15 h UTC | 22/09 à 12 h UTC (24 h) | 105 nœuds (~195 km/h) | Entre 130 nœuds (9 h UTC) et 145 nœuds (15 h UTC) | 25 à 40 nœuds (~45 à ~75 km/h) |
| Discussion n° 5, 21/09 à 21 h UTC | Pic de la prévision | 145 nœuds (~270 km/h) | 155 nœuds au pic, 22/09 à 21 h UTC | 10 nœuds (~20 km/h) |
La prévision n’a donc pas manqué le phénomène : elle l’a vu venir et l’a annoncé ; le 21 septembre, elle en a sous-estimé l’ampleur, en rattrapant une partie de l’écart à chaque mise à jour de la journée, et ne l’a rejointe que le lendemain, le phénomène déjà en cours. Cette sous-estimation a une conséquence concrète. Pour une côte, un cyclone annoncé comme un ouragan fort peut arriver en catégorie 5, et le délai pour s’y préparer se raccourcit d’autant : des préparatifs dimensionnés pour 100 nœuds ne sont pas ceux qu’appellent 155.
Une intensification de cet ordre s’est déjà achevée sur une côte. En octobre 2023, la discussion n° 12 du NHC sur Otis notait en direct un gain de 95 nœuds en 24 heures, seulement dépassé alors par Patricia, une intensité de 140 nœuds le 24 octobre au soir et une arrivée attendue sur la région d’Acapulco. Quelques heures plus tard, le 25 octobre vers 6 h 25 UTC, un bulletin intermédiaire du NHC annonçait qu’Otis avait touché terre près d’Acapulco en catégorie 5, avec des vents soutenus estimés à 165 mph, environ 270 km/h. Polo, lui, s’est intensifié loin des côtes. Le mécanisme est pourtant le même.
Trois catégories 5 dans la même saison
Polo est le troisième ouragan de catégorie 5 de la saison 2026 dans le Pacifique Est, selon la NOAA. Selon Yale Climate Connections, seules trois saisons en avaient compté autant dans le Pacifique Est ou central : 1994, 2002 et 2018. Trois précédents en plus de trente ans. Le fait est rare.
Ce décompte se lit pour ce qu’il est : un décompte, pas une tendance. Trois ouragans d’une même saison ne font pas une série statistique, et 2026 est une année d’El Niño fort, dont la physique favorise précisément ce bassin. Rien dans ces chiffres ne permet de conclure à une évolution du climat des ouragans du Pacifique Est ; ils décrivent une saison. Le décompte lui-même peut encore bouger : comme les classements de vitesse d’intensification, les intensités définitives seront fixées dans les rapports finaux, publiés après la saison.
Polo en un tableau : chaque maillon et sa valeur mesurée
La chaîne se résume en quelques valeurs, chacune datée et rattachée à sa source.
| Maillon | Valeur | Source et date | Effet sur l’ouragan |
|---|---|---|---|
| Eau de surface | Plus de 30 °C à environ 31 °C | NHC, discussions n° 3 et 4, 21/09 ; Yale | Évaporation abondante |
| Chaleur sous la surface | Eaux les plus chaudes du bassin, chaudes en profondeur (non chiffré) | NHC, discussion n° 10, 23/09 | Brassage sans refroidissement |
| Déplacement | 2 nœuds (moins de 4 km/h), puis quasi stationnaire | NHC, discussions n° 8 et 9, 22/09 | Lenteur sans pénalité |
| Cisaillement | Moins de 10 nœuds (5 à 10 selon Yale) | NHC, discussion n° 3, 21/09 | Colonne orageuse verticale |
| Humidité moyenne | Environ 70 % ou plus | NHC, discussion n° 3, 21/09 | Pas d’intrusion d’air sec |
| Taille | Vents d’ouragan jusqu’à ~55 km du centre | NHC, discussion n° 7, 22/09 | Intensité concentrée et variable |
| Pic | 155 nœuds (~290 km/h), ~892 hPa | NHC, discussion n° 9, 22/09 à 21 h UTC | Catégorie 5 |
| Frein | Murs de ~28 et ~56 km de diamètre, externe contracté à ~46 km ; ~935 hPa | NHC, discussion n° 17, 24/09 | Pression remontée, oscillation entre catégories 4 et 5 |
Au soir du jeudi 24 septembre, le centre de Polo se trouvait à environ 155 milles, soit 250 km, au large de Manzanillo, dans l’État de Colima, selon CBS News. Le Mexique avait levé les avis de tempête tropicale pour le sud-ouest du pays, mais des cumuls de pluie de 50 à 100 mm, localement 150 mm, et des risques de crues et de coulées de boue restaient signalés. La levée d’un avis de tempête ne vaut donc pas levée du risque. Dans sa discussion n° 17 du 24 septembre à 21 h UTC, le NHC prévoyait une approche de la Basse-Californie en début de semaine suivante, encore sous forme d’ouragan mais en déclin, puis un affaiblissement rapide à la traversée de la péninsule et à l’entrée sur le Mexique continental.
FAQ — ouragan Polo et intensification rapide
Que signifie la catégorie 5 pour un ouragan ?
C’est la classe la plus haute de l’échelle utilisée par le National Hurricane Center : elle commence au-delà de 156 mph de vent soutenu, environ 251 km/h. Le vent soutenu est une moyenne sur une minute à 10 mètres de hauteur ; les rafales sont plus fortes. Polo a été estimé à 155 nœuds, soit 180 mph ou environ 290 km/h, le 22 septembre 2026 à 21 h UTC.
À partir de quand parle-t-on d’intensification rapide ?
Le NHC parle d’intensification rapide lorsqu’un cyclone gagne au moins 30 nœuds (environ 55 km/h) de vent soutenu en 24 heures. Polo en a gagné environ 90 à 95 selon la fenêtre retenue, trois fois le seuil. La NOAA classe ce gain au troisième rang du Pacifique Est, derrière Patricia (2015) et Otis (2023), un classement provisoire jusqu’au rapport final.
Pourquoi la température de l’eau en profondeur compte-t-elle ?
Parce qu’un ouragan brasse l’océan et fait remonter l’eau des couches inférieures. Si cette eau est froide, il se prive lui-même de carburant, d’autant plus vite qu’il avance lentement. Sous Polo, presque immobile le 22 septembre, la chaleur descendait sous la surface selon le NHC : l’eau remontée restait chaude et l’intensification a continué.
Un épisode El Niño fort augmente-t-il le risque d’ouragan aux Antilles ?
La physique décrite par NOAA Climate.gov va dans l’autre sens : El Niño augmente le cisaillement du vent sur l’Atlantique et y freine l’activité cyclonique, alors qu’il la favorise sur le Pacifique Est. Il s’agit d’un effet moyen sur une saison. Il n’exclut pas qu’un ouragan se forme dans l’Atlantique.
Polo menace-t-il la Basse-Californie ?
Dans sa discussion du 24 septembre 2026 à 21 h UTC, le NHC prévoyait une approche de la Basse-Californie en début de semaine suivante, encore sous forme d’ouragan mais en déclin, puis un affaiblissement rapide à la traversée de la péninsule et à l’entrée sur le Mexique continental. Cette prévision peut évoluer : la situation à jour se consulte sur le site du National Hurricane Center et auprès du Servicio Meteorológico Nacional mexicain.
Comment mesure-t-on le vent d’un ouragan en mer ?
De deux façons complémentaires. Les satellites l’estiment d’après la forme et la température des nuages : la méthode de Dvorak donnait environ 140 nœuds pour Polo le 22 septembre au matin. Les avions de reconnaissance le mesurent : 168 nœuds relevés au niveau de vol de 700 hPa, soit environ 151 nœuds ramenés en surface. Ce sont les données de l’avion qui ont conduit le NHC à retenir 155 nœuds et 892 hPa.
Quel rapport entre Polo et Otis ?
Les deux cyclones ont connu une intensification rapide dans le Pacifique Est. En octobre 2023, le NHC notait pour Otis un gain de 95 nœuds en 24 heures, porté à 100 nœuds dans le classement publié par la NOAA en 2026 ; Otis a touché terre près d’Acapulco en catégorie 5 le 25 octobre 2023. Polo, lui, s’est intensifié loin des côtes. Otis montre ce qu’implique le même phénomène lorsqu’il s’achève sur une côte : le cyclone y arrive bien plus fort qu’il ne l’était une journée plus tôt, et le délai de préparation se raccourcit d’autant.
