Trois nuits ont suffi à changer le regard des Français sur les aurores boréales. Les 10-11 mai 2024, 10-11 octobre 2024 et 11-12 novembre 2025, le ciel s’est teinté de rouge et de rose d’un bout à l’autre du pays, de la baie de Somme à la Haute-Savoie. Ces images spectaculaires ont soulevé deux questions : pourquoi le ciel s’illumine-t-il ainsi, et peut-on espérer revivre cela sans partir en Laponie ? Ce guide répond aux deux. D’abord la mécanique, du Soleil à votre ciel : vent solaire, magnétosphère, collisions lumineuses. Ensuite le mode d’emploi pour la France : quel indice suivre (et lequel ignorer), quand regarder, où, et à quoi vous attendre réellement, œil nu ou smartphone en main.
Qu’est-ce qu’une aurore boréale, exactement ?
Commençons par la définition d’autorité. « Une aurore boréale est un phénomène lumineux coloré que l’on retrouve dans le ciel autour du pôle magnétique Nord. Elle est due au choc entre des particules émises par le Soleil et l’atmosphère terrestre », explique le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN, 2024). Tout est dit, ou presque : une aurore n’est ni un nuage, ni un reflet, mais de la matière atmosphérique qui devient elle-même lumineuse sous un bombardement de particules solaires.
Le phénomène se joue très haut au-dessus de nos têtes : la majorité des aurores se produisent entre 80 et 300 km d’altitude selon le MNHN — le LESIA (Observatoire de Paris-PSL) évoque de son côté une fourchette allant de 80 km à plusieurs centaines de kilomètres, dans la haute atmosphère ionisée qu’on appelle l’ionosphère. C’est très loin au-dessus des avions de ligne, qui croisent vers 10 km d’altitude — déjà aux portes de l’espace.
Pourquoi « boréale » ? Parce qu’il existe aussi son double austral. Les particules solaires guidées par le champ magnétique terrestre se concentrent en deux anneaux lumineux, les ovales auroraux, centrés sur les pôles magnétiques. Au nord, on parle d’aurore boréale ; au sud, d’aurore australe. Même mécanisme, mêmes couleurs : seule change la calotte polaire concernée (MNHN).
Le spectacle fascine depuis l’Antiquité : Aristote décrivait déjà dans ses Météorologiques des « flammes » nocturnes, et le terme « aurore boréale » s’est répandu à partir de Galilée (MNHN). Il faudra pourtant attendre la physique moderne pour comprendre la chaîne complète qui relie une éruption à la surface du Soleil et une lueur rouge au-dessus de l’horizon français.
Comment se forment les aurores boréales ? Le voyage du Soleil à votre ciel
Pour comprendre comment se forment les aurores boréales, il faut suivre un voyage en trois étapes : une émission de particules par le Soleil, un bras de fer avec le bouclier magnétique terrestre, puis des collisions lumineuses dans la haute atmosphère.
Étape 1 : le Soleil éjecte un vent de particules
Le Soleil n’émet pas que de la lumière : il souffle en permanence un flot de particules chargées — protons et électrons — appelé vent solaire. Les quantités en jeu donnent le vertige : « Chaque seconde, on estime à un million de tonnes la masse de particules rejetées dans l’espace, et ce à une vitesse pouvant aller jusqu’à 1 200 kilomètres par seconde », précise le MNHN (2024).
À ce flux continu s’ajoutent des événements violents. Lors des éruptions solaires les plus puissantes — dites de classe X — l’étoile peut expulser une éjection de masse coronale (CME) : un panache de particules chargées projeté à des vitesses allant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de kilomètres par seconde, décrit CNRS Le Journal (2024). C’est ce type de bouffée massive qui déclenche les tempêtes solaires les plus intenses.
Entre le Soleil et la Terre s’étendent environ 150 millions de kilomètres. Une CME met généralement 1 à 4 jours à les parcourir — mais l’événement de Carrington, la tempête historique de 1859, n’a mis que 17 heures (CNRS Le Journal). Retenez ce délai de transit : il explique, on le verra, pourquoi les alertes aux aurores lancées un ou deux jours à l’avance restent si incertaines.
Étape 2 : la magnétosphère encaisse, stocke, puis relâche l’énergie
Heureusement, la Terre n’encaisse pas ce bombardement sans défense. Notre planète est enveloppée d’un bouclier magnétique, la magnétosphère, que le vent solaire déforme en permanence : comprimée côté jour, face au Soleil, elle s’étire en une longue queue côté nuit (MNHN).
La NASA résume le mécanisme central : « Quand le vent solaire atteint la Terre, il peut interagir avec le bouclier magnétique terrestre, y déposant et y accumulant de l’énergie. Quand cette énergie est finalement relâchée, une grande partie retombe sur notre atmosphère, provoquant les aurores » (NASA, 2025, traduit de l’anglais). Ce relâchement brutal se produit côté nuit, par un phénomène dit de reconnexion magnétique : les lignes de champ étirées se reconfigurent d’un coup, comme un élastique qui claque, et catapultent les particules vers la planète.
Pourquoi les aurores se concentrent-elles aux pôles ? Parce que les particules piégées par la magnétosphère ne peuvent pénétrer dans l’atmosphère qu’en suivant les lignes de champ, lesquelles plongent vers les pôles magnétiques. D’où les ovales auroraux, ces anneaux centrés sur les pôles (MNHN). En temps normal, la zone aurorale s’étend vers 65°-75° de latitude (60-70° selon le LESIA) : Laponie, Islande, Alaska, nord du Canada, Groenland, Antarctique. La France, elle, n’y a droit que lors des tempêtes géomagnétiques exceptionnelles — nous y venons.
Étape 3 : les collisions qui allument le ciel
Dernière étape, la plus belle : la lumière. Les particules précipitées dans la haute atmosphère y percutent les gaz en place. Selon le LESIA (2024), elles « transfèrent une partie de leur énergie cinétique aux atomes et aux molécules locales qui la réémettent sous forme de lumière ». Concrètement, l’oxygène et l’azote excités ou ionisés par les chocs se désexcitent en émettant des photons — exactement le principe d’un tube fluorescent, analogie proposée par le MNHN : un gaz traversé par des particules énergétiques qui se met à briller.
Deux gaz servent ainsi de « luminophores » naturels : l’oxygène atomique et l’azote. Et c’est le duo gaz-altitude qui décide de la palette de couleurs — l’objet de la section suivante.
Bon à savoir : les aurores ne sont pas une exclusivité terrestre. Dès 1998, le télescope spatial Hubble a photographié des ovales auroraux sur Jupiter et Saturne (MNHN). La recette est universelle : il suffit d’un champ magnétique et d’un vent de particules venu d’une étoile.
Pourquoi vertes, rouges ou violettes ? Les couleurs des aurores expliquées
La couleur des aurores boréales — verte, rouge, violette ou rose — n’a rien d’aléatoire : elle dépend du gaz percuté et de l’altitude de la collision. Trois sources concordent sur cette logique : le MNHN, la NASA et CNRS Le Journal. Le MNHN la détaille ainsi : « Comme l’atmosphère terrestre contient beaucoup d’oxygène atomique au-dessus de 95 km d’altitude, la majorité des aurores seront rouges au-dessus de 200 km et vertes entre 150 et 100 km […]. C’est la collision avec l’azote ionisé, en dessous de 95 km, qui provoque parfois des couleurs rosées, bleues et violettes » (2024).
Attention toutefois : ces bornes sont des ordres de grandeur, pas des frontières nettes — la NASA situe par exemple le vert de l’oxygène jusqu’à environ 200 km. Retenez la logique d’étages : rouge en haut (oxygène raréfié, au-dessus de ~200 km), vert au milieu (oxygène, vers 100-200 km — la couleur la plus fréquente selon la NASA), bleu, violet et rose en bas (azote, autour de ~100 km et en dessous).
| Couleur | Gaz responsable | Altitude approximative | Remarque |
|---|---|---|---|
| Rouge | Oxygène atomique | Au-dessus de ~200 km | Dominante lors des épisodes vus en France |
| Vert | Oxygène atomique | ~100-200 km | La plus fréquente (NASA) |
| Bleu / violet | Azote | ~100-200 km et en dessous | Épisodes intenses |
| Rose | Azote | Sous ~100 km | Bas de l’aurore |
Cette hiérarchie des altitudes explique un détail qui a son importance pour nous : en France, c’est surtout le rouge qui domine. Les lueurs rouges naissent très haut, au-dessus de 200 km, et restent donc visibles de très loin, par-dessus l’horizon nord — même quand l’ovale auroral proprement dit survole des latitudes plus septentrionales. Les récits des épisodes français le confirment : rouge « perceptible sans effort » à l’œil nu le 10 octobre 2024 selon Ciel & Espace, teintes roses photographiées en baie de Somme en novembre 2025 selon Météo-Paris.
Si les dégradés du ciel vous intriguent, sachez que chaque phénomène lumineux a sa propre physique : la teinte cuivrée d’une lune de sang vient de la réfraction de la lumière solaire dans notre atmosphère, un mécanisme sans aucun rapport avec les collisions de particules des aurores.
Autre différence de taille avec un arc-en-ciel : celui-ci décompose la lumière blanche du Soleil dans des gouttes d’eau, alors qu’une aurore émet sa propre lumière, raie par raie, chaque gaz signant sa couleur comme une empreinte digitale. L’aurore est, littéralement, de la chimie atmosphérique rendue visible.
Peut-on voir des aurores boréales depuis la France ?
Oui — mais rarement, et pas comme sur les photos de Norvège. Voir des aurores boréales en France est possible lors des tempêtes géomagnétiques les plus fortes, et le cycle solaire en cours l’a prouvé à trois reprises.
Oui : trois nuits mémorables l’ont prouvé (2024-2025)
La nuit du 10 au 11 mai 2024 restera comme la référence. La tempête « Gannon », classée G5 — le niveau maximal de l’échelle de la NOAA — a été, selon la NASA, la plus forte tempête solaire à atteindre la Terre en deux décennies, comparable aux événements de 1958 et 2003. Le Soleil avait enchaîné au moins 7 éjections de masse coronale entre le 7 et le 11 mai — dont 6 fusionnées à l’arrivée d’après le LESIA — et 8 éruptions de classe X, dont une X5.8, avant une X8.7 le 14 mai, la plus puissante du cycle 25 à cette date. Résultat : des aurores observées jusqu’au sud des États-Unis et au nord de l’Inde, jusqu’à 26° de latitude magnétique — potentiellement parmi les plus basses en latitude depuis cinq siècles (NASA, 2024).
En France, le LESIA de l’Observatoire de Paris a titré sur des aurores « partout » : l’ovale auroral est descendu sous 50° de latitude, contre 60-70° habituellement, et l’épisode a duré près de 20 heures (LESIA, analyse de l’astronome Laurent Lamy, 2024).
Deuxième nuit : le 10-11 octobre 2024, lors d’une tempête G4. Le pic est survenu vers 1 h 30, heure française, avec un rouge « perceptible sans effort » à l’œil nu ; dans le nord du pays, les draperies ont dépassé le zénith — un fait « très rare » — et le phénomène a été observé jusque dans le sud, et même depuis La Réunion, immortalisé par le photographe Luc Perrot (Ciel & Espace, Jean-Luc Dauvergne, 2024).
Troisième nuit : le 11-12 novembre 2025. Après une éruption majeure le 11 au matin et des CME particulièrement rapides, l’indice Kp a dépassé 8 (tempête G4+), et les aurores ont été photographiées de la baie de Somme (en rose) à la Côte-d’Or vers 3 h du matin, et jusqu’à Morzine, en Haute-Savoie (Météo-Paris, 2025).
Un chiffre pour calibrer vos attentes : sur toute l’année 2024, seules deux aurores ont montré des couleurs nettes à l’œil nu en France — celles du 10 mai et du 10 octobre —, à la faveur des deux plus fortes tempêtes en près de vingt ans (Ciel & Espace). Ces nuits-là sont des événements d’exception, pas un rendez-vous mensuel.
La vraie règle : la latitude magnétique, pas « Kp 5 »
Vous croiserez souvent des règles simplistes du type « aurore visible en France dès Kp 5 ». C’est trompeur, et voici pourquoi. L’indice Kp, le baromètre des aurores, mesure l’agitation géomagnétique globale sur une échelle de 0 à 9, par tranches de 3 heures, à partir de magnétomètres au sol : la NOAA en publie une estimation en quasi temps réel, et la valeur définitive est établie par le GFZ de Potsdam (SpaceWeatherLive). Or ce que le Kp indique vraiment, c’est jusqu’où l’ovale auroral descend en latitude magnétique : son bord sud se situe vers 66° à Kp 0, et perd environ 2° par cran, jusqu’à environ 48° à Kp 9 (NOAA SWPC ; SpaceWeatherLive).
Le point crucial : c’est la latitude magnétique qui compte, pas la latitude géographique — et celle de la France est inférieure à sa latitude géographique. En pratique, et à titre de repère indicatif seulement : à Kp 7, des lueurs rouges photographiables peuvent apparaître sur l’horizon nord dans le nord du pays ; à Kp 8-9, une aurore étendue, potentiellement visible à l’œil nu sur une grande partie du territoire, devient envisageable. Les trois épisodes français de 2024-2025 se sont tous produits à un indice Kp d’au moins 8, en tempête G4 ou G5 — et la NOAA décrit l’aurore à ces niveaux comme « très brillante et très active ».
| Kp | Échelle G | Ovale auroral (lat. magnétique) | Fréquence par cycle (~11 ans) | Repère pour la France |
|---|---|---|---|---|
| 5 | G1 | 56,3° | ~1 700 | Rien à attendre |
| 6 | G2 | 54,2° | ~600 | Rien ou marginal |
| 7 | G3 | 52,2° | ~200 | Lueurs en photo, horizon nord (nord du pays) |
| 8 | G4 | 50,1° | ~100 | Œil nu possible, large moitié nord (cas d’oct. 2024, nov. 2025) |
| 9 | G5 | ≤ 48° | ~4 | Tout le pays envisageable (cas du 10-11 mai 2024) |
Regardez la colonne des fréquences : une tempête G5 ne survient qu’environ 4 fois par cycle solaire de ~11 ans, contre ~1 700 épisodes G1 (SpaceWeatherLive). Voilà pourquoi les « nuits historiques » à la française sont si rares — et pourquoi il faut être prêt quand elles arrivent.
Attention : le Kp est un indice mesuré sur 3 heures, souvent connu après coup. Un « Kp 8 prévu » n’est donc pas une promesse d’aurore à 22 h précises : c’est une tendance, pas un horaire (NOAA SWPC ; SpaceWeatherLive).
Comment maximiser vos chances d’en voir : le mode d’emploi
Vous savez désormais quoi surveiller. Reste à savoir quand, où et avec quels outils — et à ajuster vos attentes sur ce que vos yeux verront réellement.
Quand regarder ?
Le NOAA Space Weather Prediction Center est formel : « La meilleure aurore se produit généralement dans l’heure ou les deux heures autour de minuit (entre 22 h et 2 h, heure locale) » (traduit de l’anglais). Les épisodes français confirment que tout se joue au cœur de la nuit : pic vers 1 h 30 le 10-11 octobre 2024 (Ciel & Espace), aurores photographiées vers 3 h du matin en Côte-d’Or le 11-12 novembre 2025 (Météo-Paris).
Côté calendrier, la NOAA relève aussi que les semaines proches des équinoxes de printemps et d’automne sont statistiquement plus favorables aux tempêtes géomagnétiques. Un créneau à garder en tête, sans en faire une règle absolue : les trois nuits françaises de 2024-2025 ont eu lieu en mai, octobre et novembre.
Où regarder, depuis quel site ?
Depuis la France, la consigne tient en deux mots : nord et noir. Orientez-vous vers un horizon nord parfaitement dégagé — l’aurore apparaîtra bas sur l’horizon, pas au-dessus de votre tête — et fuyez les grandes villes et leur pollution lumineuse (Météo-Paris). Campagne, littoral orienté au nord, moyenne montagne : les mêmes bons spots que pour observer une nuit des Perséides, l’exigence d’un horizon nord libre en plus.
Soyez réaliste sur le spectacle : en France, une aurore prend le plus souvent la forme d’une lueur rouge ou rose diffuse au ras de l’horizon nord, pas de grands rideaux verts ondulant au zénith — sauf épisode extrême comme en mai ou octobre 2024 (Ciel & Espace).
Quels outils de prévision suivre (et à quel horizon se fier) ?
La prévision des aurores boréales se joue à deux horizons très inégaux. Les alertes lancées 1 à 3 jours à l’avance signalent seulement le départ d’une CME : comme le transit dure 1 à 4 jours, l’heure d’arrivée reste très incertaine, tout comme l’orientation du champ magnétique de la bouffée — le fameux Bz, qui doit pointer vers le sud pour que la tempête géomagnétique s’enclenche (CNRS Le Journal). Alexis Rouillard, chercheur au CNRS/IRAP à Toulouse, le dit sans détour : les scientifiques « ne sont ni en mesure de prévoir avec certitude si une zone active générera une tempête magnétique, ni avec quelle intensité » (CNRS Le Journal, 2024).
La seule prévision réellement fiable est à très court terme : environ 30 minutes. Elle repose sur le modèle OVATION de la NOAA, alimenté par les satellites postés au point de Lagrange L1, entre la Terre et le Soleil, qui « goûtent » le vent solaire juste avant qu’il nous atteigne. Deux outils publics et gratuits en découlent : l’Aurora Dashboard et la prévision aurorale à 30 minutes du NOAA SWPC (consultés en 2026).
La stratégie gagnante s’en déduit : traitez une alerte à J-1 comme une mise en pré-alerte — préparez le lieu, l’horaire, le trépied —, puis décidez dans la soirée même, sur la foi de la prévision à 30 minutes. C’est la façon la plus réaliste de ne pas rater la prochaine occasion.
Œil nu ou smartphone : à quoi vous attendre vraiment
Dernier réglage, celui des attentes. La plupart des aurores observées en France depuis 2024 n’étaient spectaculaires que sur capteur : un smartphone en pose longue de quelques secondes accumule la lumière et révèle des rouges et des roses que l’œil, peu sensible aux couleurs en vision nocturne, ne distingue pas. Sur l’ensemble de 2024, seules les nuits du 10 mai et du 10 octobre ont offert des couleurs franches à l’œil nu (Ciel & Espace). Les photos très saturées qui circulent sur les réseaux sociaux ne reflètent donc pas la perception visuelle réelle — le savoir vous évitera la déception, et vous fera apprécier la lueur discrète pour ce qu’elle est : un morceau de météo spatiale au-dessus de chez vous.
Attention : ne confondez pas une aurore avec l’airglow (une faible lueur atmosphérique diffuse, présente même sans tempête), ni avec les arcs SAR ou le phénomène STEVE (un ruban mauve distinct des aurores classiques). Ces sosies alimentent régulièrement de fausses « aurores » sur les réseaux sociaux.
Le pic du cycle solaire est passé : est-ce trop tard ?
L’activité du Soleil suit un cycle d’environ 11 ans, et le cycle solaire 25, débuté en 2019 (CNRS Le Journal), a déjà passé son sommet. Le panel de prédiction de 2019 attendait un maximum en juillet 2025, avec environ 115 taches solaires (fourchette 105-125) ; le cycle s’est révélé plus fort que prévu, au point que la NOAA a publié une prédiction recalibrée à partir de février 2025. Le maximum est désormais quasi confirmé sur 2024-2025 — avec plus de 100 taches solaires près du pic, contre quelques-unes en période calme (CNRS Le Journal) — et, en 2026, le Soleil est entré en phase déclinante (Met Office, 2026).
Faut-il en conclure que la fenêtre française s’est refermée ? Non, et c’est le message clé de cette section : historiquement, les événements de météo spatiale les plus violents surviennent après le maximum, souligne le Met Office britannique — dont le centre MOSWOC est dédié à la surveillance de la météo spatiale. Deux exemples le prouvent : les « tempêtes d’Halloween » d’octobre-novembre 2003, survenues environ deux ans après le maximum du cycle 23, et… l’épisode français du 11-12 novembre 2025, déclenché en pleine phase déclinante.
Krista Hammond, responsable météo spatiale du Met Office, résume la posture à adopter : « L’activité globale du Soleil est peut-être en phase déclinante, mais notre vigilance vis-à-vis de la météo spatiale sévère, elle, ne l’est certainement pas » (2026, traduit de l’anglais). Et le Met Office d’ajouter qu’« il reste une probabilité continue de nouveaux événements de météo spatiale significatifs, qui pourraient offrir des occasions de voir des aurores » (traduit de l’anglais).
Soyons honnêtes sur l’horizon : personne ne peut promettre une nouvelle nuit historique au-dessus de la France. Mais la partie reste jouable en 2026-2027, sans garantie, avant que l’activité ne retombe vers son minimum. Le cycle 26, lui, devrait démarrer entre janvier 2029 et décembre 2032 (NOAA SWPC ; Met Office) — les aurores boréales ont donc encore de longues décennies de rendez-vous devant elles.
Pourquoi les scientifiques surveillent le Soleil de si près
Si la NOAA, la NASA, le Met Office et les laboratoires du CNRS scrutent le Soleil en continu, ce n’est pas d’abord pour le plaisir des photographes. Une tempête géomagnétique extrême a un coût : un événement de l’ampleur de Carrington 1859 — dont les particules avaient atteint la Terre en 17 heures seulement — causerait aujourd’hui « entre 600 et 2 600 milliards de dollars » de dégâts, estime Jean Lilensten, chercheur au CNRS/IPAG à Grenoble (CNRS Le Journal, 2024). Réseaux électriques, satellites, communications : tout ce qui repose sur l’électricité et l’orbite basse est concerné.
Les effets ne sont pas théoriques. Pendant la tempête Gannon de mai 2024, l’atmosphère terrestre, chauffée et gonflée par l’événement, a accru la traînée sur les satellites au point qu’ICESat-2 est passé en mode sans échec (NASA). Les précédentes tempêtes G5, en 1958 et en octobre-novembre 2003, avaient laissé le même genre de traces dans les archives des opérateurs (NASA).
Il y a pourtant une bonne nouvelle dans cette vigilance : c’est exactement cette infrastructure de surveillance — les sondes au point de Lagrange L1, le modèle OVATION, les bulletins du NOAA SWPC — qui permet aujourd’hui à n’importe quel curieux d’être prévenu une trentaine de minutes avant que le ciel de France ne s’embrase. La science qui protège les réseaux électriques est la même qui vous offrira, peut-être, votre prochaine aurore.
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FAQ — vos questions sur les aurores boréales
Qu’est-ce qui provoque une aurore boréale ?
Une aurore boréale naît du choc entre des particules émises par le Soleil et l’atmosphère terrestre (MNHN). Le vent solaire dépose de l’énergie dans la magnétosphère ; quand elle est relâchée côté nuit, les particules précipitées entre 80 et 300 km d’altitude excitent l’oxygène et l’azote, qui émettent de la lumière en se désexcitant — comme dans un tube fluorescent.
Pourquoi les aurores boréales sont-elles vertes, rouges ou violettes ?
La couleur dépend du gaz percuté et de l’altitude de la collision. En ordre de grandeur : rouge pour l’oxygène atomique au-dessus de ~200 km, vert pour l’oxygène vers 100-200 km (la couleur la plus fréquente selon la NASA), bleu, violet et rose pour l’azote autour de ~100 km et en dessous (MNHN, NASA, CNRS Le Journal).
Peut-on voir des aurores boréales en France ?
Oui, mais seulement lors des tempêtes géomagnétiques les plus fortes. Le cycle solaire 25 l’a prouvé trois fois : 10-11 mai 2024 (tempête G5 « Gannon »), 10-11 octobre 2024 (G4) et 11-12 novembre 2025 (Kp supérieur à 8). L’aurore y apparaît le plus souvent comme une lueur rouge ou rose sur l’horizon nord, rarement comme des rideaux verts.
Quel indice Kp faut-il pour voir une aurore en France ?
Ce qui compte est la latitude magnétique atteinte par l’ovale auroral, qui descend d’environ 2° par cran de Kp (de ~66° à Kp 0 à ~48° à Kp 9). À titre indicatif : vers Kp 7, des lueurs photographiables sur l’horizon nord dans le nord du pays ; vers Kp 8-9, une visibilité à l’œil nu devient possible plus largement, comme lors des épisodes de 2024-2025.
Quand ont eu lieu les dernières aurores visibles en France ?
Trois épisodes majeurs du cycle 25 sont documentés : la nuit du 10-11 mai 2024 (tempête G5 « Gannon », la plus forte en deux décennies, aurores dans tout le pays), celle du 10-11 octobre 2024 (G4, rouge visible à l’œil nu, jusqu’à La Réunion) et celle du 11-12 novembre 2025 (Kp supérieur à 8, de la baie de Somme à Morzine).
Les aurores boréales sont-elles finies maintenant que le pic solaire est passé ?
Non. Le maximum du cycle 25 est passé (2024-2025) et le Soleil est en phase déclinante, mais les événements les plus violents surviennent historiquement après le pic, rappelle le Met Office — comme les tempêtes d’Halloween 2003 ou l’épisode français de novembre 2025. De fortes tempêtes restent possibles en 2026-2027, sans garantie d’un nouvel épisode visible en France.
Pourquoi mon smartphone voit-il des couleurs que mes yeux ne voient pas ?
En pose longue, le capteur d’un smartphone accumule la lumière pendant plusieurs secondes et révèle des teintes trop faibles pour l’œil, peu sensible aux couleurs la nuit. La plupart des aurores vues en France depuis 2024 n’étaient spectaculaires que sur capteur : seules celles du 10 mai et du 10 octobre 2024 ont montré des couleurs nettes à l’œil nu (Ciel & Espace).
Peut-on prévoir une aurore boréale à l’avance ?
Pas vraiment à l’échelle de plusieurs jours : une alerte à 1-3 jours ne date que le départ d’une éjection de masse coronale, dont l’heure d’arrivée et l’orientation magnétique (Bz) restent incertaines. La seule prévision fiable porte sur ~30 minutes, grâce au modèle OVATION de la NOAA alimenté par les satellites du point de Lagrange L1.