L’arc-en-ciel est sans doute le phénomène optique atmosphérique le plus universellement admiré. Derrière cette image d’apparente simplicité se cache pourtant une physique sophistiquée : chaque arc est le résultat de deux réfractions et une réflexion totale interne dans des millions de gouttes d’eau sphériques, selon une géométrie décrite pour la première fois de manière quantitative par René Descartes en 1637 dans son traité Les Météores. L’arc primaire apparaît toujours à 42° de la direction antisolaire — le point opposé au Soleil par rapport à l’observateur —, tandis que l’arc secondaire, plus pâle, se forme à 51°. Quant au choix de 7 couleurs, il est en grande partie le fruit d’une décision arbitraire d’Isaac Newton, qui voulut aligner le spectre lumineux sur la symbolique des sept notes de musique, sept planètes alors connues et sept jours de la semaine. Cet article retrace la physique précise de la formation des arcs-en-ciel, leur histoire scientifique de Descartes à Young, les différents types observables (primaire, secondaire, surnuméraire, lunaire) et les mythes qui les entourent depuis l’Antiquité.
Les trois phénomènes physiques à l’œuvre
Un arc-en-ciel combine trois phénomènes optiques distincts dans chaque goutte d’eau rencontrée par la lumière solaire :
- La réfraction : quand la lumière passe de l’air (indice 1,00) à l’eau (indice environ 1,33), elle change de direction car sa vitesse de propagation diminue.
- La dispersion : l’indice de réfraction de l’eau varie légèrement selon la longueur d’onde — environ 1,331 pour le rouge, 1,342 pour le violet. Chaque couleur est donc déviée d’un angle différent.
- La réflexion totale interne : à l’arrière de la goutte, la lumière rebondit sur la paroi intérieure plutôt que de sortir, à la manière d’un miroir.
Ces trois phénomènes agissent simultanément dans chacune des millions de gouttes d’eau en suspension lors d’une ondée ensoleillée. C’est la combinaison géométrique de tous ces rayons, additionnée sur la totalité des gouttes, qui produit l’arc visible dans le ciel.
La géométrie de l’arc primaire : pourquoi 42° ?
Pour comprendre la formation de l’arc primaire, suivons le parcours d’un rayon solaire dans une seule goutte d’eau supposée sphérique :
- Première réfraction : le rayon solaire pénètre dans la goutte d’eau en se déviant (entrée dans un milieu plus dense).
- Réflexion interne : le rayon réfracté touche l’arrière de la goutte et y est partiellement réfléchi vers l’avant.
- Seconde réfraction : le rayon ressort de la goutte en se déviant à nouveau.
La déviation totale subie dépend du point d’entrée du rayon dans la goutte. En traçant les trajectoires pour l’ensemble des rayons parallèles qui pénètrent dans la goutte, on constate qu’il existe une déviation minimale d’environ 138° — ce qui correspond à un angle de 42° entre la direction antisolaire (le point opposé au Soleil par rapport à l’observateur) et le rayon sortant. C’est autour de cet angle critique que les rayons se concentrent et forment le bord lumineux de l’arc-en-ciel.
Comme l’indice de réfraction varie légèrement d’une couleur à l’autre, cet angle critique varie aussi : 42,4° pour le rouge, 40,5° pour le violet. C’est cette différence de 1,9° qui étale le spectre en une bande colorée.
« L’œil B verra l’arc FF, dont le centre est au point C, en sorte que l’angle CBF soit d’environ 42 degrés. »
— René Descartes, Les Météores, huitième discours, 1637, première démonstration géométrique quantitative de l’arc-en-ciel
Pourquoi l’arc et non un cercle ?
L’arc-en-ciel est en réalité la portion visible d’un cercle complet, centré sur le point antisolaire (le point situé juste à l’opposé du Soleil par rapport à l’observateur). Depuis le sol, la moitié inférieure de ce cercle est cachée par l’horizon, et on ne voit qu’un demi-cercle maximum, davantage réduit quand le Soleil est plus haut dans le ciel.
Deux conséquences géométriques remarquables en découlent :
- Si le Soleil est à plus de 42° au-dessus de l’horizon, l’arc-en-ciel se trouve sous l’horizon et reste invisible. C’est pourquoi on ne voit pas d’arc-en-ciel en plein midi d’été, aux latitudes basses.
- Si l’observateur monte en hauteur (avion, sommet de montagne, gratte-ciel), il peut apercevoir le cercle complet. Les passagers d’avion observent parfois cet arc circulaire, appelé alors « anneau de pluie ».
L’arc-en-ciel est donc un phénomène propre à chaque observateur : deux personnes côte à côte voient en fait deux arcs distincts produits par des gouttes différentes. Poursuivre un arc-en-ciel jusqu’à son pied est impossible — il se déplace toujours avec l’observateur.
L’arc secondaire et la bande d’Alexandre
Au-dessus de l’arc primaire, dans les conditions favorables, apparaît un second arc plus pâle : l’arc secondaire. Il est dû à une double réflexion interne dans les gouttes d’eau (au lieu d’une seule pour l’arc primaire), ce qui change sa géométrie :
- L’angle vaut environ 51° au lieu de 42°.
- L’ordre des couleurs est inversé : rouge à l’intérieur (vers l’arc primaire), violet à l’extérieur. Dans l’arc primaire c’est l’inverse — rouge à l’extérieur, violet à l’intérieur.
- L’intensité est beaucoup plus faible car chaque réflexion supplémentaire provoque une perte de lumière.
Entre l’arc primaire et l’arc secondaire s’étend une zone nettement plus sombre que le reste du ciel : c’est la bande d’Alexandre, nommée d’après le philosophe grec Alexandre d’Aphrodise (vers 200 apr. J.-C.) qui en a décrit l’existence. Cette zone sombre correspond à la région angulaire où aucun rayon ne peut être dévié : l’arc primaire concentre la lumière à 42°, l’arc secondaire à 51°, et entre les deux, la lumière manque.
Théoriquement, il existe aussi des arcs tertiaires (3 réflexions internes) et quaternaires (4 réflexions), mais ils se forment à 40° du Soleil et non de l’antisoleil, donc dans le même ciel que le Soleil. Extrêmement pâles, ils sont invisibles à l’œil nu mais ont été photographiés pour la première fois seulement en 2011.
Les arcs surnuméraires
Dans certaines conditions, on observe sur le bord intérieur de l’arc primaire (côté violet) plusieurs arcs supplémentaires, pâles, roses et verts alternés. Ce sont les arcs surnuméraires, qui ne s’expliquent pas par l’optique géométrique classique de Descartes. Leur compréhension a attendu Thomas Young qui, en 1803, a démontré leur origine : il s’agit d’un phénomène d’interférence lumineuse — la lumière se comporte comme une onde, et deux rayons sortant de la même goutte par des chemins différents peuvent se renforcer ou s’annuler selon la différence de marche.
Les arcs surnuméraires sont d’autant plus nets que les gouttes d’eau sont petites et de taille uniforme (environ 0,5 mm). Ils apportent la preuve historique que la lumière possède une nature ondulatoire, préfigurant la physique moderne.
Pourquoi 7 couleurs ? L’héritage de Newton
La réponse peut surprendre : il n’y a pas 7 couleurs dans un arc-en-ciel. Le spectre visible est continu — il n’existe pas de frontière nette entre les couleurs, seulement un dégradé ininterrompu du rouge au violet. La tradition des 7 couleurs est un choix culturel qui remonte à Isaac Newton.
Lorsque Newton publie en 1672 ses premières expériences sur la décomposition de la lumière à travers un prisme, il identifie d’abord cinq couleurs principales : rouge, jaune, vert, bleu, violet. Mais dans son traité Opticks de 1704, il ajoute deux couleurs supplémentaires — l’orange entre rouge et jaune, et l’indigo entre bleu et violet — pour porter le total à 7 couleurs. Pourquoi 7 ? Newton, profondément influencé par la pensée mystique de son époque, voulait faire correspondre le spectre lumineux aux :
- 7 notes de la gamme musicale (do, ré, mi, fa, sol, la, si).
- 7 planètes alors connues (Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne).
- 7 jours de la semaine.
- L’harmonie universelle pythagoricienne.
La décomposition en 7 couleurs est donc une convention plus qu’une réalité physique. De nombreuses cultures voient traditionnellement moins de couleurs :
- Les Japonais distinguaient historiquement 5 couleurs dans l’arc-en-ciel.
- De nombreuses langues africaines nomment 2 ou 3 couleurs, sans distinguer bleu et vert (utilisant un seul mot pour les deux).
- Les Aborigènes d’Australie privilégient le rouge et le noir.
- Le drapeau LGBT créé par Gilbert Baker en 1978 à San Francisco utilisait 8 couleurs à l’origine, réduites à 6 par simplification de fabrication.
Tableau des couleurs du spectre visible
Voici les longueurs d’onde approximatives et les angles de déviation associés aux couleurs de Newton dans un arc-en-ciel primaire :
| Couleur | Longueur d’onde (nm) | Angle dans arc primaire | Indice de réfraction de l’eau |
|---|---|---|---|
| Rouge | 620 – 750 | 42,4° | 1,331 |
| Orange | 590 – 620 | 42,1° | 1,333 |
| Jaune | 570 – 590 | 41,8° | 1,335 |
| Vert | 495 – 570 | 41,5° | 1,337 |
| Bleu | 450 – 495 | 41,0° | 1,339 |
| Indigo | 420 – 450 | 40,8° | 1,341 |
| Violet | 380 – 420 | 40,5° | 1,342 |
Au-delà du violet se trouvent les ultraviolets (au-dessous de 380 nm), invisibles à l’œil humain. Au-delà du rouge, les infrarouges (au-dessus de 750 nm), également invisibles mais perceptibles sous forme de chaleur. Certains animaux voient une partie des UV — les abeilles par exemple voient un arc-en-ciel qui s’étend plus loin dans les courtes longueurs d’onde.
Bref historique scientifique de l’arc-en-ciel
L’explication scientifique de l’arc-en-ciel est le fruit de 2 000 ans de recherches successives :
- Aristote (IVe siècle av. J.-C.) : propose dans sa Météorologique que l’arc-en-ciel est la réflexion des rayons solaires sur un miroir formé par les gouttes de pluie. Première approche scientifique, mais partiellement erronée.
- Alexandre d’Aphrodise (IIe-IIIe siècle) : décrit la bande sombre qui portera son nom entre arc primaire et arc secondaire.
- Ibn al-Haytham ou Alhazen (965-1040) : savant persan, travaux précurseurs sur l’optique géométrique.
- Kamal al-Din al-Farisi (~1320, Perse) et Théodoric de Freiberg (~1304, Allemagne), indépendamment : reproduisent l’arc-en-ciel avec des fioles de verre remplies d’eau et identifient correctement les deux réfractions et la réflexion interne dans chaque goutte. Première explication qualitative correcte.
- René Descartes (1637) : dans Les Météores, publié avec le Discours de la méthode, Descartes calcule pour la première fois l’angle de 42° en appliquant la loi de la réfraction (que Snell venait d’établir). Première démonstration mathématique quantitative. Cependant, Descartes peine à expliquer pourquoi les couleurs apparaissent.
- Isaac Newton (1666-1704) : en décomposant la lumière blanche avec un prisme de verre, Newton démontre que la lumière blanche est un mélange de toutes les couleurs. L’arc-en-ciel devient alors parfaitement intelligible. Newton publie ses conclusions dans Opticks (1704) et codifie les 7 couleurs.
- Thomas Young (1803) : explique les arcs surnuméraires par la nature ondulatoire de la lumière et le phénomène d’interférence.
- George Airy (1838) : développe la théorie complète de la diffraction dans les arcs-en-ciel, prenant en compte la taille des gouttes.
- XXe siècle : calculs numériques précis, compréhension en termes de mécanique quantique de la lumière.
Les autres types d’arcs-en-ciel et phénomènes apparentés
- Arc-en-ciel lunaire (moonbow) : formé la nuit par la lumière de la pleine Lune. Beaucoup plus pâle, souvent perçu en noir et blanc par l’œil humain car la sensibilité aux couleurs diminue en faible luminosité. Les appareils photo avec pose longue révèlent toutes les couleurs.
- Arc-en-ciel sur brume de chute d’eau : toujours visible autour des grandes chutes (Niagara, Iguazú) par temps ensoleillé, car les gouttelettes microscopiques y sont permanentes.
- Arc-en-ciel blanc ou arc brumeux (fogbow) : formé dans la brume fine. Les gouttelettes étant extrêmement petites (moins de 0,05 mm), la diffraction l’emporte sur la dispersion et les couleurs se mélangent en un arc blanchâtre.
- Halo solaire à 22° : il ne s’agit PAS d’un arc-en-ciel, mais d’un cercle autour du Soleil causé par la réfraction dans des cristaux de glace hexagonaux de cirrus à haute altitude. Phénomène distinct.
- Parhélies (faux soleils) : taches lumineuses de chaque côté du Soleil, également dues à des cristaux de glace. C’est en cherchant à comprendre les parhélies de Rome en 1629 que Descartes s’est intéressé aux Météores.
- Gloire : anneau coloré observable autour de son ombre projetée sur des nuages ou de la brume depuis un avion ou un sommet. Phénomène de diffraction différent de l’arc-en-ciel.
Arcs-en-ciel dans les mythes et cultures
Avant la compréhension scientifique, toutes les cultures ont proposé des interprétations symboliques de ce phénomène fascinant.
- Mythologie grecque : Iris, déesse et messagère des dieux, parcourt l’arc-en-ciel pour relier le monde des mortels à celui des divinités. Son nom est à l’origine du mot « iridescent ».
- Mythologie nordique : le Bifröst est un pont en arc-en-ciel qui relie Midgard, le monde des hommes, à Asgard, la demeure des dieux Ases. Il est gardé par le dieu Heimdall.
- Tradition judéo-chrétienne : dans le récit du Déluge (Genèse 9:13), l’arc-en-ciel est le signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, promesse de ne plus jamais détruire la Terre par les eaux.
- Légende irlandaise : au pied de chaque arc-en-ciel serait cachée une marmite d’or, gardée par un leprechaun, petit lutin malicieux. Cette croyance est célébrée lors de la Saint-Patrick.
- Aborigènes d’Australie : le Serpent arc-en-ciel est l’une des figures centrales de la mythologie du Temps du Rêve, créateur des rivières, des paysages et des lois.
- Chine ancienne : l’arc-en-ciel est associé au hong, un dragon à deux têtes buvant l’eau du ciel.
- Japon : l’arc-en-ciel est un pont flottant entre les dieux et les hommes, notamment pour le couple créateur Izanagi et Izanami.
- Amérique précolombienne : chez les Mayas, l’arc-en-ciel est Ixchel, déesse de l’eau, de la naissance et du tissage.
- Symbolique LGBT contemporaine : depuis 1978, le drapeau arc-en-ciel créé par Gilbert Baker à San Francisco est devenu le symbole international des droits et de la fierté des personnes LGBT. Il représente la diversité humaine dans son unité.
Comment observer un arc-en-ciel : conseils pratiques
- Tournez le dos au Soleil : l’arc-en-ciel se forme toujours à l’opposé. Regarder vers la pluie, avec le Soleil derrière soi.
- Choisissez le bon moment : tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand le Soleil est bas (moins de 42° au-dessus de l’horizon).
- Juste après une averse : quand le ciel commence à s’éclaircir mais que la pluie continue dans une partie du ciel.
- Pour voir l’arc secondaire, cherchez à environ 9° au-dessus de l’arc primaire, avec un ordre de couleurs inversé.
- Sans pluie, vous pouvez créer un arc-en-ciel artificiel avec un tuyau d’arrosage à brume, en vous plaçant dos au Soleil.
- En altitude ou en avion, observez le cercle complet.
- Arc-en-ciel lunaire : autour de la pleine Lune, par nuit claire avec des gouttes d’eau (chutes d’eau, averse lunaire). Très rare mais spectaculaire.
Conclusion : la poésie de la physique
L’arc-en-ciel est sans doute la plus belle illustration du fait que l’explication scientifique n’enlève rien à l’émerveillement — elle l’approfondit. Quand Aristote voyait un simple reflet, Descartes a calculé un angle précis de 42°, Newton a compris que la lumière blanche cachait toutes les couleurs du visible, Young a révélé sa nature ondulatoire. Chaque génération de savants a ajouté une couche de compréhension, et pourtant l’éblouissement demeure intact quand, au sortir d’une averse estivale, un arc coloré surgit dans le ciel. Ce phénomène, compris en profondeur depuis près de quatre siècles, continue d’inspirer la poésie, l’art, les mythes et la symbolique de cultures à travers le monde — qu’il s’agisse du pont nordique des dieux, du serpent créateur australien ou du drapeau de la diversité humaine. Que l’on privilégie la version rationnelle des longueurs d’onde ou la version légendaire de la marmite d’or au pied de l’arc, l’arc-en-ciel reste un pont — entre sciences et rêverie, entre l’œil qui voit et l’esprit qui comprend, entre un instant de beauté passagère et un héritage culturel millénaire.
FAQ — Questions fréquentes sur les arcs-en-ciel
Comment se forme un arc-en-ciel exactement ?
Un arc-en-ciel se forme lorsque la lumière solaire traverse des gouttes d’eau en suspension dans l’air. Trois phénomènes optiques se combinent dans chaque goutte. D’abord la réfraction : quand la lumière passe de l’air à l’eau (indice 1,33), elle change de direction. Puis la dispersion : l’indice de réfraction varie légèrement selon la longueur d’onde (1,331 pour le rouge, 1,342 pour le violet), ce qui décompose la lumière blanche en couleurs. Enfin la réflexion totale interne : le rayon rebondit sur l’arrière de la goutte avant de ressortir. Chaque goutte renvoie la lumière selon un angle critique de 42° par rapport à la direction antisolaire (le point opposé au Soleil). L’observateur voit donc l’arc-en-ciel sur un cercle de 42° autour de ce point, avec le rouge à l’extérieur et le violet à l’intérieur. Cette géométrie a été démontrée quantitativement pour la première fois par René Descartes en 1637 dans son traité Les Météores, publié avec le Discours de la méthode.
Pourquoi dit-on qu’il y a 7 couleurs dans un arc-en-ciel ?
Il n’y a pas vraiment 7 couleurs dans un arc-en-ciel : le spectre visible est continu, un dégradé ininterrompu du rouge au violet sans frontière nette. La tradition des 7 couleurs est un choix culturel qui remonte à Isaac Newton. En 1672, lors de ses premières expériences avec un prisme, Newton identifiait 5 couleurs principales (rouge, jaune, vert, bleu, violet). Mais dans son traité Opticks de 1704, il a ajouté l’orange et l’indigo pour arriver à 7 couleurs, choix motivé par la pensée mystique de son époque : il voulait faire correspondre le spectre lumineux aux 7 notes de la gamme musicale, 7 planètes alors connues, 7 jours de la semaine et à l’harmonie pythagoricienne. Cette convention s’est imposée dans la culture occidentale. Dans d’autres cultures, le nombre de couleurs varie : les Japonais traditionnellement en comptaient 5, de nombreuses langues africaines en distinguent 2 ou 3 sans séparer bleu et vert, les Aborigènes d’Australie privilégient rouge et noir. Le drapeau LGBT a 6 couleurs depuis 1978.
Pourquoi l’arc-en-ciel est-il un arc et pas un cercle ?
L’arc-en-ciel est en réalité la portion visible d’un cercle complet centré sur le point antisolaire, c’est-à-dire le point situé exactement à l’opposé du Soleil par rapport à l’observateur. Depuis le sol, la moitié inférieure de ce cercle est cachée par l’horizon, et l’observateur ne voit qu’un demi-cercle au maximum, d’autant plus réduit que le Soleil est haut dans le ciel. Si le Soleil est à plus de 42° au-dessus de l’horizon, l’arc-en-ciel se trouve entièrement sous l’horizon et reste invisible, raison pour laquelle on ne voit pas d’arc-en-ciel en plein midi d’été aux latitudes basses. En revanche, si l’observateur s’élève en altitude (avion, sommet de montagne, gratte-ciel), il peut apercevoir le cercle complet, phénomène parfois observé par les passagers d’avion sous l’appellation d’anneau de pluie. C’est aussi pour cette raison que l’arc-en-ciel est un phénomène propre à chaque observateur : deux personnes côte à côte voient en fait deux arcs distincts produits par des gouttes différentes, et poursuivre un arc-en-ciel jusqu’à son pied est impossible car il se déplace toujours avec l’observateur.
Qu’est-ce que l’arc secondaire d’un arc-en-ciel ?
L’arc secondaire est un second arc-en-ciel plus pâle qui apparaît au-dessus de l’arc primaire dans les conditions favorables. Il est produit par une double réflexion interne dans les gouttes d’eau (au lieu d’une seule pour l’arc primaire). Cette différence géométrique entraîne trois particularités : l’angle de formation est de 51° par rapport au point antisolaire (au lieu de 42°), l’ordre des couleurs est inversé avec le rouge à l’intérieur et le violet à l’extérieur (inverse de l’arc primaire), et l’intensité est beaucoup plus faible car chaque réflexion supplémentaire entraîne une perte de lumière. Entre l’arc primaire et l’arc secondaire s’étend une zone nettement plus sombre que le reste du ciel : la bande d’Alexandre, décrite par le philosophe grec Alexandre d’Aphrodise au IIe-IIIe siècle après J.-C. Cette zone sombre correspond à la région angulaire où aucun rayon ne peut être dévié, faute d’angle critique intermédiaire. Des arcs tertiaires (trois réflexions) et quaternaires (quatre réflexions) existent aussi mais se forment à 40° du Soleil lui-même, donc dans le ciel côté Soleil, et sont extrêmement pâles ; ils n’ont été photographiés pour la première fois qu’en 2011.
Qui a expliqué scientifiquement l’arc-en-ciel ?
L’explication scientifique de l’arc-en-ciel est le fruit de plus de 2 000 ans de travaux. Aristote au IVe siècle avant J.-C. avait proposé une première approche, partiellement erronée, décrivant l’arc-en-ciel comme la réflexion des rayons solaires sur les gouttes. Alexandre d’Aphrodise a décrit au IIe-IIIe siècle la bande sombre qui porte son nom. Au XIVe siècle, de manière indépendante, Kamal al-Din al-Farisi en Perse et Théodoric de Freiberg en Allemagne ont reproduit l’arc-en-ciel avec des fioles remplies d’eau et correctement identifié les deux réfractions et la réflexion interne. La première démonstration mathématique quantitative est due à René Descartes dans son traité Les Météores publié en 1637 avec le Discours de la méthode : il a calculé l’angle critique de 42° pour l’arc primaire et 51° pour l’arc secondaire. Isaac Newton a ensuite complété l’explication en démontrant entre 1666 et 1704 que la lumière blanche est un mélange de toutes les couleurs du spectre, rendant l’arc-en-ciel parfaitement intelligible. Thomas Young en 1803 a expliqué les arcs surnuméraires par la nature ondulatoire de la lumière, et George Airy a développé en 1838 la théorie complète intégrant la diffraction.
Existe-t-il des arcs-en-ciel la nuit ?
Oui, l’arc-en-ciel lunaire ou moonbow existe bel et bien. Il se forme la nuit, par le même mécanisme optique que l’arc-en-ciel diurne, mais avec la lumière de la Lune au lieu de celle du Soleil. Il est beaucoup plus pâle car la Lune est environ 400 000 fois moins lumineuse que le Soleil. L’œil humain perçoit souvent l’arc-en-ciel lunaire en noir et blanc car la sensibilité aux couleurs diminue en très faible luminosité (vision scotopique assurée par les bâtonnets rétiniens plutôt que par les cônes). Un appareil photo en pose longue révèle cependant toutes les couleurs du spectre. Pour observer un arc-en-ciel lunaire, il faut une Lune quasi-pleine très brillante, un ciel sans pollution lumineuse, et de la pluie ou de la brume d’eau dans la direction opposée à la Lune. Les lieux célèbres pour ce phénomène rare sont les chutes Victoria en Afrique (où le moonbow est visible plusieurs nuits par an autour de la pleine Lune), les chutes Cumberland aux États-Unis, et le parc national de Yosemite. On parle aussi d’arc-en-ciel d’artifice, créé par les phares de voiture traversant de la pluie fine, phénomène rarement observé mais physiquement identique.
Quelles sont les principales légendes et mythes autour de l’arc-en-ciel ?
L’arc-en-ciel a inspiré des mythes dans toutes les cultures. Dans la mythologie grecque, Iris était la déesse messagère des dieux, parcourant l’arc-en-ciel pour relier ciel et terre ; son nom est à l’origine du mot iridescent. Dans la mythologie nordique, le Bifröst est un pont arc-en-ciel reliant Midgard, le monde des hommes, à Asgard, la demeure des dieux, gardé par Heimdall. Dans la tradition judéo-chrétienne, l’arc-en-ciel apparaît dans le récit du Déluge (Genèse 9:13) comme signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, promesse de ne plus jamais détruire la Terre par les eaux. La célèbre légende irlandaise affirme qu’une marmite d’or est cachée au pied de chaque arc-en-ciel, gardée par un leprechaun, petit lutin malicieux, tradition célébrée lors de la Saint-Patrick. Chez les Aborigènes d’Australie, le Serpent arc-en-ciel est une figure centrale du Temps du Rêve, créateur des rivières et des paysages. En Chine ancienne, l’arc-en-ciel est le hong, dragon à deux têtes buvant l’eau du ciel. Au Japon, c’est un pont entre dieux et hommes. Chez les Mayas, c’est Ixchel, déesse de l’eau et du tissage. Dans la symbolique contemporaine, le drapeau arc-en-ciel créé par Gilbert Baker en 1978 à San Francisco est devenu le symbole mondial de la diversité et de la fierté LGBT.
