Chez près de 10 000 personnes de 70 ans et plus sans maladie cardiovasculaire connue, six ans d’atorvastatine 40 mg par jour ont fait passer le taux d’événements cardiovasculaires majeurs de 8,3 % à 6,0 % : 2,3 points d’écart, soit une baisse relative de 30 %. Ces résultats de l’essai STAREE ont été présentés le 29 août 2026 au congrès de la Société européenne de cardiologie à Munich, et publiés le même jour dans le New England Journal of Medicine. Sur le second critère principal du même essai — décès, démence ou perte durable d’autonomie —, l’écart entre les deux groupes n’atteint pas le seuil de significativité statistique, sans qu’une baisse réelle soit exclue.

Six ans d’atorvastatine, 115 événements cardiovasculaires de moins sur près de 10 000 personnes

STAREE est un essai randomisé en double aveugle contre placebo, mené dans des cabinets de médecine générale australiens. Il a réparti 9 971 participants en deux groupes de taille égale : atorvastatine 40 mg par jour d’un côté, comprimé sans principe actif de l’autre. Les personnes incluses avaient 70 ans et plus, sans maladie cardiovasculaire clinique, sans diabète et sans démence. L’âge moyen à l’inclusion était de 74,7 ans, et 52 % des participants étaient des femmes. Le suivi médian a duré 5,9 ans.

Au terme de ce suivi, 297 participants du groupe atorvastatine avaient présenté un événement cardiovasculaire majeur, contre 412 dans le groupe placebo, selon la fiche de session publiée par l’American College of Cardiology. Cent quinze événements de différence. Ces comptages bruts disent deux choses à la fois, là où un pourcentage n’en dit qu’une : le gain existe, et il reste de faible ampleur rapporté à l’effectif traité. Près de 10 000 personnes suivies pendant six ans, 115 événements de moins d’un bras à l’autre.

Les résultats ont été présentés le 29 août 2026 au congrès de la Société européenne de cardiologie, à Munich, dans la session HOT LINE 2, avec publication simultanée dans le New England Journal of Medicine (DOI 10.1056/NEJMoa2607314). Effectif, âge moyen, durée de suivi, taux d’événements, rapports de risque et intervalles de confiance sont identiques dans le communiqué de la société savante organisatrice, dans la fiche de session de l’American College of Cardiology et dans la reprise de la communication de Monash University, à Melbourne, où exerce l’investigatrice principale de l’essai. Trois canaux distincts, un même jeu de chiffres.

De 8,3 % à 6,0 % : le poids réel d’une baisse annoncée à 30 %

Le communiqué de la Société européenne de cardiologie du 29 août 2026 annonce une réduction de 30 % des événements cardiovasculaires majeurs. Le rapport de risque correspondant est de 0,70, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,61 à 0,82 et une valeur de p inférieure à 0,001. L’intervalle est entièrement situé sous 1 et il est étroit : sur ce critère, le résultat est solide.

Reste à savoir 30 % de quoi. Un pourcentage relatif ne porte aucune information sur le risque auquel il s’applique : la même baisse de 30 % vaut 30 points quand le risque de départ est de 100 %, et 0,3 point quand il est de 1 %. Ici, le risque de départ est de 8,3 % sur un suivi médian de 5,9 ans. Sur 100 personnes du groupe placebo, un peu plus de huit ont présenté un événement cardiovasculaire majeur en près de six ans ; elles sont six dans le groupe atorvastatine. La baisse relative de 30 % et l’écart absolu de 2,3 points de pourcentage sont deux formulations du même résultat. Une seule des deux se met en balance avec la contrainte d’un comprimé quotidien pendant six ans.

Ramenés à un ordre de grandeur, ces 2,3 points signifient qu’il faut traiter de l’ordre de 44 personnes pendant près de six ans pour qu’un événement cardiovasculaire majeur soit évité. Le calcul est élémentaire — 1 divisé par 0,023 — et il est fait ici à partir des pourcentages bruts du communiqué : les auteurs ne présentent pas leur résultat sous cette forme. C’est un ordre de grandeur et non une valeur exacte, le suivi n’ayant pas été identique pour tous les participants.

Cette baisse a été obtenue dans une population définie par des critères d’inclusion et d’exclusion précis, sur un compteur qui additionne des événements de gravité inégale. Elle ne se transpose ni à l’ensemble des personnes de plus de 70 ans, ni à une catégorie d’événements en particulier.

Infarctus, AVC, pose de stent : la composition du critère principal

Le communiqué de la Société européenne de cardiologie décrit le critère cardiovasculaire de STAREE comme l’association de quatre événements : décès de cause cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal, accident vasculaire cérébral et revascularisation coronaire. Un participant entre dans le compteur dès que l’un de ces quatre survient.

C’est le principe d’un critère composite, et c’est aussi sa limite de lecture. Le compteur additionne des faits dont la gravité n’a rien de comparable : un décès cardiovasculaire y vaut une unité, la pose d’un stent en vaut une aussi. Le rapport de risque de 0,70 porte sur cette somme, pas sur chacune de ses composantes. Il ne dit pas, à lui seul, si la différence entre les deux bras vient surtout d’infarctus évités, d’AVC évités ou de gestes de revascularisation évités.

Un élément permet toutefois d’en situer la structure. Selon la présentation des résultats au congrès, 80 % des décès survenus pendant l’essai étaient de cause non cardiovasculaire. La mortalité cardiovasculaire est donc une composante minoritaire du composite, et l’écart de 115 événements repose principalement sur des événements non fatals. Ce n’est pas un défaut de l’essai : c’est ce que mesure un compteur de ce type dans une population où l’on meurt majoritairement d’autre chose que du cœur.

Cette composition n’est pas une reconstruction faite après coup, au moment d’annoncer les résultats. L’enregistrement public de l’essai, sous le numéro NCT02099123, déclare dans sa version mise à jour en novembre 2024 un critère cardiovasculaire libellé exactement ainsi : première survenue d’un décès cardiovasculaire, d’un infarctus du myocarde non fatal, d’un accident vasculaire cérébral ou d’une revascularisation coronaire. Le protocole publié en 2023 en donnait un énoncé plus étroit, sans la revascularisation ; c’est la version enregistrée, identique à celle du communiqué de 2026, qui correspond aux résultats présentés. Savoir de quoi le chiffre est le chiffre conditionne tout le reste de sa lecture.

Boîte de comprimés d'atorvastatine posée sur une ordonnance
L’essai STAREE a comparé l’atorvastatine 40 mg par jour à un placebo chez 9 971 personnes de 70 ans et plus, pendant un suivi médian de 5,9 ans.

Qui a été inclus dans STAREE, et jusqu’où le résultat porte

La population de l’essai n’est pas celle d’une salle d’attente de médecine générale. Elle a été construite par une série de filtres, et chacun d’eux déplace le résultat. Étaient exclues les personnes déjà atteintes d’une maladie cardiovasculaire clinique, les personnes diabétiques, les personnes atteintes de démence, celles qui prenaient déjà une statine et celles dont l’espérance de vie était estimée à moins de cinq ans. Trois bornes cliniques complétaient le filtrage : une maladie rénale ou hépatique modérée à sévère, un score inférieur à 78 au Modified Mini-Mental State Examination, un cholestérol total dépassant 7,5 mmol/L — soit environ 2,90 g/L après conversion arithmétique standard, cette valeur en grammes par litre ne figurant pas dans le protocole.

Le dernier de ces seuils mérite une explication, parce qu’il est contre-intuitif. Un essai sur un médicament du cholestérol écarte les personnes dont le cholestérol est le plus élevé, et il le fait pour une raison éthique : au-delà de 7,5 mmol/L, laisser un participant sous placebo pendant six ans n’était pas défendable. Le protocole prévoyait par ailleurs une période préalable de quatre semaines sous placebo pour tous les candidats, avant la répartition entre les deux groupes.

L’effet cumulé de ces bornes est direct : la population de STAREE est à risque cardiovasculaire plus bas que la moyenne des personnes de 70 ans et plus. Un risque de départ plus bas tire mécaniquement le bénéfice absolu vers le bas — les 8,3 % du groupe placebo sont le produit de cette sélection.

Le champ d’application du résultat s’arrête donc là où s’arrêtent les critères d’inclusion. L’essai ne dit rien de la prévention chez les personnes ayant déjà fait un infarctus ou un AVC, rien de l’arrêt d’une statine déjà prescrite, rien des personnes diabétiques, rien des moins de 70 ans, rien des personnes atteintes de démence. Ce ne sont pas des sous-groupes qui auraient été analysés et qui n’auraient rien donné : ce sont des personnes qui n’ont jamais été incluses.

Décès, démence, perte d’autonomie : la définition du second critère

STAREE a été conçu avec deux critères de jugement principaux, et non un seul. Le premier est cardiovasculaire. Le second porte sur ce que l’essai appelle la survie sans invalidité : un composite qui compte les décès toutes causes, les démences et les invalidités physiques persistantes. Le communiqué de la Société européenne de cardiologie présente les deux comme co-principaux ; la fiche de session de l’American College of Cardiology et la reprise de la communication de Monash University rangent plutôt le second parmi les critères secondaires. L’enregistrement public de l’essai tranche cette hésitation de présentation : il déclare bien deux critères de jugement principaux, la survie sans démence ni invalidité physique persistante d’un côté, les événements cardiovasculaires majeurs de l’autre.

Ce que recouvre le mot « invalidité » est ici précisément défini, et c’est un critère exigeant. Le protocole retient la perte d’une activité de la vie quotidienne — se déplacer, se laver, se transférer, aller aux toilettes, s’habiller, s’alimenter — constatée à deux visites consécutives espacées de six mois. Pas une gêne déclarée, pas un ressenti : la perte durable d’un geste élémentaire, vérifiée deux fois. La démence, elle, est définie par un déficit cognitif d’au moins deux écarts-types sous les normes avec retentissement sur les activités quotidiennes, ou par un diagnostic clinique.

Sur ce second critère, 12,8 % des participants du groupe atorvastatine et 13,6 % de ceux du groupe placebo ont présenté un événement, c’est-à-dire sont décédés, ont développé une démence ou ont perdu durablement une activité de la vie quotidienne. Ces pourcentages comptent des événements défavorables, jamais des personnes restées autonomes. Le rapport de risque est de 0,94, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,84 à 1,05 et une valeur de p de 0,25. En comptages bruts, 637 participants contre 676, soit 39 de différence.

Un essai qui atteint l’un de ses deux critères principaux et pas l’autre n’a pas échoué : il a mesuré deux choses différentes et n’a trouvé un écart significatif que sur l’une des deux.

Les deux critères de jugement principaux de STAREE — résultats présentés au congrès de la Société européenne de cardiologie le 29 août 2026, suivi médian de 5,9 ans, 9 971 participants.
Critère principal Ce qu’il compte Atorvastatine / placebo Rapport de risque (IC 95 %) Lecture
Événements cardiovasculaires majeurs Décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC, revascularisation coronaire 6,0 % contre 8,3 % (297 contre 412 participants) 0,70 (0,61–0,82) ; p < 0,001 Écart significatif, 2,3 points en valeur absolue
Survie sans invalidité Décès toutes causes, démence ou invalidité physique persistante 12,8 % contre 13,6 % de participants ayant présenté l’un de ces événements (637 contre 676) 0,94 (0,84–1,05) ; p = 0,25 Écart non significatif, une baisse réelle restant possible

Une femme âgée asiatique tenant une pilule de médicament à la main est un médecin en bonne santé.

Pourquoi le gain cardiovasculaire ne se lit pas sur la survie sans invalidité

Le premier réflexe consiste à voir une contradiction interne : comment un traitement peut-il éviter des infarctus et des AVC sans repousser d’autant le décès, la démence ou la perte d’autonomie ? Il n’y a pourtant aucune incohérence entre les deux résultats. Il y a un mécanisme, et il porte un nom : les risques concurrents.

Passé 75 ans, le risque de mourir ou de perdre son autonomie n’est pas dominé par le cœur. Il est réparti entre des causes multiples — cancers, maladies neurodégénératives, chutes, fragilité générale — dont la plupart ne sont pas affectées par un traitement du cholestérol. La présentation des résultats au congrès le documente sur l’essai lui-même : 80 % des décès observés pendant les six ans de suivi étaient de cause non cardiovasculaire. Agir sur une composante minoritaire du risque total ne déplace ce total qu’à hauteur de cette composante — une fraction, pas l’ensemble. Le second critère de STAREE mesure l’ensemble.

C’est aussi ce qui explique la différence d’ampleur entre les deux compteurs. Le composite cardiovasculaire enregistre 115 événements de moins sous atorvastatine ; le composite décès-démence-invalidité en enregistre 39 de moins, un écart que l’essai ne distingue pas du hasard statistique. Le premier chiffre est un sous-ensemble du problème, le second est le problème dans son entier.

Un point de méthode s’ajoute à ce mécanisme, et il tire dans le même sens. L’intervalle de confiance du second critère va de 0,84 à 1,05 : il contient 1, ce qui interdit de conclure à un effet, mais il contient aussi 0,84, c’est-à-dire une réduction réelle de 16 % du risque de décès, de démence ou d’invalidité. L’essai n’a pas démontré de gain sur l’autonomie ; il n’a pas non plus démontré qu’il n’y en a pas. Cette distinction n’est pas une précaution de langage, c’est la seule lecture que l’intervalle autorise. Elle pèse d’autant plus que la cible d’effectif de l’essai a été réduite en cours de route, ce qui diminue la capacité à détecter un écart faible sur le critère le plus difficile à faire bouger.

Pour situer l’enjeu, l’investigatrice principale a avancé au congrès un ordre de grandeur national : environ 21 000 Australiens âgés seraient victimes chaque année d’un événement cardiovasculaire majeur. C’est un chiffre de cadrage démographique australien, pas un résultat de l’essai, et il ne se transpose pas à la population française — ni en nombre de cas, ni en nombre de cas qui seraient évitables.

Les déterminants de la perte d’autonomie au grand âge se jouent largement en dehors du champ cardiovasculaire ; c’est aussi ce que montrent les travaux sur les facteurs de risque de démence réellement modifiables.

Trente ans de statines, une question laissée ouverte après 70 ans

Les statines sont prescrites depuis une trentaine d’années. Que la question de leur intérêt en prévention primaire après 70 ans soit restée ouverte jusqu’en 2026 tient à un trou précis dans les données : les grands essais de prévention primaire antérieurs avaient inclus peu de participants de 70 ans et plus. Le protocole de STAREE cite JUPITER et HOPE-3 comme des essais dépourvus d’évaluation complète de la démence et de la perte d’autonomie. La prescription au-delà de 70 ans reposait donc sur une extrapolation à partir de populations plus jeunes, chez qui l’horizon de bénéfice et le poids des autres causes de mortalité ne sont pas les mêmes.

STAREE a été construit pour combler exactement ce trou, ce qui explique sa durée. Selon le protocole publié, le recrutement a commencé en novembre 2015 et s’est prolongé jusqu’en 2023, avec une durée de suivi moyenne prévue d’environ six ans et une période préalable de quatre semaines sous placebo avant répartition. La cible d’effectif a été révisée à la baisse en cours de route, de 18 000 à 9 631 participants.

Les 9 971 personnes finalement réparties entre les deux groupes sont donc au-dessus de la cible révisée, et non en dessous : l’essai a atteint l’effectif qu’il visait après révision. Cette révision, elle, était déjà actée dans le protocole publié en 2023, avant tout résultat — mais c’est elle qui fixe le plancher de puissance statistique avec lequel le second critère a été jugé.

Douleurs musculaires, foie, diabète : le versant des effets indésirables

Trois catégories d’événements indésirables ont été plus fréquentes sous atorvastatine que sous placebo : les atteintes musculaires, les anomalies hépatiques et les événements liés au diabète. Dans le même temps, les événements indésirables graves sont restés au même niveau dans les deux groupes, à 2,7 %.

Ces deux constats ne se contredisent pas, à condition de voir ce que chacun compte. « Événement indésirable grave » est un registre distinct de celui des effets ressentis au quotidien : il n’enregistre que des faits d’une autre gravité. L’excès observé sous atorvastatine ne s’y traduit par aucun surcroît : il porte sur des atteintes repérées par la surveillance systématique de l’essai. La différence se joue donc sur la tolérance au quotidien et sur la surveillance qu’elle impose, pas sur la survenue d’accidents sévères.

Le signal diabétique mérite une précision de champ. STAREE excluait les personnes déjà diabétiques à l’inclusion : les événements comptés concernent donc l’apparition d’anomalies chez des personnes qui ne l’étaient pas. L’essai ne fournit aucune donnée sur celles qui l’étaient déjà — un tout autre cas d’espèce, où l’installation d’un diabète de type 2 suit sa propre chronologie.

Consultation de médecine générale avec une patiente âgée et son ordonnance
STAREE a été mené dans des cabinets de médecine générale australiens, chez des personnes sans maladie cardiovasculaire connue, sans diabète et sans démence.

Ce que la publication permet de dire à un patient de 75 ans

Le résultat de STAREE apporte un chiffre absolu là où il n’y en avait pas : dans une population de 70 ans et plus sans maladie cardiovasculaire connue, six ans de traitement font passer le risque d’événement cardiovasculaire majeur de 8,3 % à 6,0 %, sans gain démontré sur le décès, la démence ou la perte d’autonomie. C’est une donnée qui peut entrer dans une décision partagée entre un patient et son médecin, pour une catégorie de personnes jusqu’ici traitée par extrapolation à partir d’essais menés chez des plus jeunes.

Deux lectures raccourcies sont également fausses. « Les statines font vieillir en bonne santé après 70 ans » ne correspond à aucun résultat de l’essai, puisque c’est précisément le critère qui n’atteint pas le seuil de significativité. « Les statines ne servent à rien après 70 ans » ne lui correspond pas davantage : le premier critère est atteint, avec un intervalle de confiance étroit. L’essai ne rend le traitement ni obligatoire ni inutile ; il en chiffre l’effet dans un cadre défini.

Ce cadre exclut plusieurs situations fréquentes : avoir déjà fait un infarctus ou un AVC, être diabétique, prendre déjà une statine, avoir moins de 70 ans. Aucune de ces situations n’est éclairée par ces résultats, dans un sens comme dans l’autre. Et à la date de publication de l’essai, aucune recommandation française ou européenne n’a été modifiée à sa suite.

Un mot sur le financement, puisqu’il fait partie de la lecture d’un essai. STAREE est financé par le National Health and Medical Research Council australien et la Heart Foundation of Australia, sans financement industriel de l’essai lui-même. L’investigatrice principale déclare par ailleurs des paiements versés à Monash University pour des activités de consultance auprès d’AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Eli Lilly, GSK Australia, Novo Nordisk et Sanofi — des liens d’intérêts déclarés, distincts du financement de l’essai, qui ne constituent pas en eux-mêmes un biais de ses résultats.

Les questions que la prochaine analyse devra trancher

Plusieurs éléments ne figurent pas dans les documents de congrès et décideront de la lecture fine du résultat. La ventilation du composite cardiovasculaire par composante : combien de décès cardiovasculaires, combien d’infarctus, combien d’AVC, combien de revascularisations dans les 115 événements d’écart. La mortalité toutes causes prise isolément. Les concentrations de LDL au départ et sous traitement, qui diraient sur quelle amplitude de baisse du cholestérol le résultat a été obtenu. La proportion de participants ayant interrompu leur traitement en cours d’essai. Les résultats par sous-groupes, notamment par tranche d’âge.

Une partie de ces éléments se trouve dans le texte publié par le New England Journal of Medicine, dont le contenu intégral n’est pas en accès libre. La lecture proposée ici repose donc sur les documents ouverts : le communiqué de la société savante organisatrice, la fiche de session de l’American College of Cardiology, le protocole de 2023 et l’enregistrement public de l’essai. Ces quatre sources concordent sur les chiffres principaux. Elles ne remplacent pas la ventilation détaillée que seule la publication contient.

Reste enfin la suite institutionnelle. L’investigatrice principale a dit espérer, au congrès, une mise à jour des recommandations qui permette aux cliniciens d’intégrer ces résultats. C’est un souhait exprimé par une chercheuse le jour de la présentation, pas une décision d’une société savante : la révision d’une recommandation suit ses propres procédures, et rien de tel n’a été publié à ce jour. La question tranchée par STAREE est celle du chiffre. Celle de ce qu’on en fait ne l’est pas encore.

Un résultat cardiovasculaire chiffré n’est d’ailleurs jamais définitif tant qu’une seconde analyse ne l’a pas réexaminé : c’est exactement ce qui est arrivé à un sur-risque cardiaque attribué à l’huile de poisson.

FAQ — l’essai STAREE et la statine après 70 ans

Que montre exactement l’essai STAREE ?

Chez 9 971 personnes de 70 ans et plus sans maladie cardiovasculaire connue, sans diabète et sans démence, l’atorvastatine 40 mg par jour a réduit le taux d’événements cardiovasculaires majeurs de 8,3 % à 6,0 % sur un suivi médian de 5,9 ans, soit un rapport de risque de 0,70 (intervalle de confiance à 95 % : 0,61 à 0,82). Sur le second critère principal — décès, démence ou invalidité physique persistante —, l’écart entre les deux groupes n’atteint pas le seuil de significativité statistique.

« 30 % d’événements en moins », cela représente combien de personnes ?

La baisse relative de 30 % correspond à un écart absolu de 2,3 points de pourcentage, soit 297 participants touchés dans le groupe traité contre 412 dans le groupe placebo : 115 événements de différence sur près de 10 000 personnes suivies six ans. Ramené à un ordre de grandeur, cela revient à traiter environ 44 personnes pendant près de six ans pour qu’un événement soit évité — un calcul fait à partir des pourcentages du communiqué, que les auteurs ne présentent pas sous cette forme.

À qui ces résultats s’appliquent-ils ?

À des personnes de 70 ans et plus sans maladie cardiovasculaire clinique, sans diabète, sans démence, ne prenant pas déjà de statine, avec un cholestérol total au plus égal à 7,5 mmol/L (environ 2,90 g/L après conversion) et une espérance de vie estimée d’au moins cinq ans. L’essai ne dit rien de la prévention après un infarctus ou un AVC, rien de l’arrêt d’une statine déjà prescrite, rien des personnes diabétiques et rien des moins de 70 ans.

Les 12,8 % du second critère, c’est le pourcentage de quoi ?

C’est la proportion de participants ayant présenté un événement défavorable : décès, démence ou perte durable d’une activité de la vie quotidienne. Elle est de 12,8 % sous atorvastatine et de 13,6 % sous placebo. Ce n’est en aucun cas un taux de personnes restées autonomes, qui serait à l’inverse la très large majorité de l’effectif.

Pourquoi l’essai ne montre-t-il pas de gain sur l’autonomie ?

Parce que passé 75 ans, le décès et la perte d’autonomie sont dominés par des causes non cardiovasculaires : 80 % des décès de l’essai en relevaient, selon la présentation des résultats au congrès. Abaisser une composante minoritaire du risque total déplace peu ce total. À quoi s’ajoute une limite de puissance statistique : l’intervalle de confiance du second critère, de 0,84 à 1,05, n’exclut pas une réduction réelle de 16 %. L’absence de démonstration n’est pas une démonstration d’absence.

Quels effets indésirables ont été observés ?

Les atteintes musculaires, les anomalies hépatiques et les événements liés au diabète ont été plus fréquents sous atorvastatine que sous placebo. Les événements indésirables graves, eux, sont restés au même niveau dans les deux groupes, à 2,7 %. L’écart porte donc sur la tolérance au quotidien et sur la surveillance qu’elle impose, pas sur la survenue d’accidents sévères.

Faut-il changer quelque chose à un traitement en cours après ces résultats ?

Aucune recommandation française ou européenne n’a été modifiée à la suite de cette publication, et l’essai n’a pas étudié l’arrêt d’une statine déjà prescrite. Ces résultats fournissent un chiffre à mettre dans une discussion, pas une conduite à tenir : toute question portant sur un traitement personnel relève du médecin qui l’a prescrit.

Où lire la publication et les données d’origine ?

La publication est parue le 29 août 2026 dans le New England Journal of Medicine sous le DOI 10.1056/NEJMoa2607314. Le protocole complet de l’essai, avec ses critères d’inclusion et la définition détaillée des deux critères de jugement, est en accès libre sur PubMed Central. Les chiffres présentés au congrès figurent dans le communiqué de la Société européenne de cardiologie du 29 août 2026 et dans la fiche de session de l’American College of Cardiology. L’essai est enregistré sous le numéro NCT02099123 indiqué dans le protocole publié.