Mars 2025 a marqué un tournant historique : l’Inde a officiellement dépassé les 50 % de capacité électrique non-fossile — cinq ans avant l’échéance prévue. Avec 150 GW de solaire et 56 GW d’éolien installés début 2026, le deuxième pays le plus peuplé du monde s’affirme comme l’une des puissances majeures de la transition énergétique globale. Le plan Panchamrit annoncé à Glasgow en 2021 vise désormais 500 GW de capacité non-fossile d’ici 2030. Cet article examine l’état du secteur des énergies renouvelables en Inde, ses réalisations récentes, les programmes structurants (PM Surya Ghar, Hydrogène Vert, PLI) et les défis qui conditionnent l’atteinte des objectifs 2030 et la neutralité carbone 2070.
Consommation et production énergétique : un pays en expansion
L’Inde est devenue le troisième plus grand consommateur d’énergie au monde, derrière la Chine et les États-Unis. Sa capacité installée a franchi les 484 GW en 2025 et devrait atteindre 500 GW en 2026. La demande de pointe a battu plusieurs records récents, dépassant 240 GW lors des pics estivaux de 2024-2025 — reflet direct de l’électrification croissante des ménages, de l’industrialisation et de l’usage généralisé de la climatisation face aux vagues de chaleur.
Le mix énergétique indien intègre une diversité de sources : charbon (pilier historique), gaz naturel, pétrole, nucléaire, solaire, éolien, hydroélectrique, biomasse, géothermie. La dynamique est clairement orientée vers les renouvelables depuis 2015, accélérée depuis 2022.
Part croissante des sources non-fossiles
En 2022-23, la part des énergies non fossiles dans la production totale d’électricité indienne atteignait environ 25 %. Depuis, l’accélération est spectaculaire : en juin 2025, l’Inde a franchi le seuil des 50 % de capacité installée non-fossile. Une nuance importante s’impose toutefois : la production effective reste dominée par le charbon (environ 75 % du mix réel), en raison du facteur de charge élevé des centrales thermiques comparé à l’intermittence des renouvelables. Le basculement capacité-production reste l’un des enjeux majeurs des prochaines années.
Les objectifs Panchamrit : une feuille de route ambitieuse
Lors du sommet climatique COP26 de Glasgow en novembre 2021, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé la stratégie Panchamrit (cinq engagements) :
- Atteindre 500 GW de capacité énergétique non-fossile d’ici 2030.
- Satisfaire 50 % des besoins énergétiques à partir de sources renouvelables d’ici 2030.
- Réduire d’un milliard de tonnes les émissions cumulées d’ici 2030.
- Réduire l’intensité carbone du PIB de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2005.
- Atteindre la neutralité carbone d’ici 2070.
Ces engagements ont été repris dans la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) soumise en août 2022, et reprécisés depuis. L’atteinte précoce de l’objectif de 50 % de capacité non-fossile en 2025 constitue une première étape encourageante — en avance sur le calendrier prévu.
Le solaire et l’éolien, piliers de la transition
Au début 2026, la capacité renouvelable indienne se répartit approximativement ainsi :
- Solaire photovoltaïque : 150 GW (vs 3 GW en 2014 — multiplication par 50 en 12 ans)
- Éolien : 56 GW (4ᵉ position mondiale)
- Grande hydraulique : environ 47 GW
- Biomasse et déchets : environ 11 GW
- Petite hydraulique : environ 5 GW
- Nucléaire : environ 8,8 GW
Pour une analyse détaillée des spécificités sectorielles, consultez nos articles sur le potentiel solaire et l’énergie éolienne en Inde.
L’Inde abrite plusieurs des plus grands parcs solaires au monde : Bhadla (Rajasthan, 2 255 MW), Pavagada (Karnataka, 2 000 MW), Kurnool (Andhra Pradesh, 1 000 MW). Le projet de Khavda au Gujarat prévoit 30 GW hybride solaire-éolien sur 72 600 hectares, ce qui en fera le plus grand parc renouvelable au monde.
Programmes emblématiques et initiatives structurantes
PM Surya Ghar : la révolution du solaire résidentiel
Lancé en février 2024, le Pradhan Mantri Surya Ghar: Muft Bijli Yojana vise à équiper 10 millions de foyers indiens (10 crores) en panneaux solaires de toiture, avec une subvention pouvant atteindre 40 % du coût d’installation. En décembre 2025, 2,39 millions de foyers avaient déjà installé leurs panneaux. Le programme a permis d’ajouter 7,9 GW de capacité résidentielle en 2025 (+72 % vs 2024).
Mission Nationale Hydrogène Vert
Approuvée en janvier 2023, la National Green Hydrogen Mission bénéficie d’une enveloppe de 19 744 crores de roupies (environ 2,4 milliards d’euros). L’objectif : produire 5 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030, créer 600 000 emplois, attirer 125 milliards de dollars d’investissements, et positionner l’Inde comme hub global de l’hydrogène vert. Reliance, Adani, NTPC et plusieurs acteurs internationaux développent déjà des projets géants.
PLI (Production-Linked Incentive)
Le schéma PLI encourage la fabrication domestique de modules solaires, cellules, batteries et équipements électrolytiques. Plusieurs gigafactories de modules photovoltaïques (Waaree, Adani, ReNew, Premier) sont en cours de construction. L’objectif : réduire la dépendance aux importations chinoises et sécuriser la chaîne d’approvisionnement domestique.
Politique d’achat public local
En novembre 2020, le gouvernement a lancé un Public Procurement Order donnant la préférence aux fournisseurs indiens dans les appels d’offres gouvernementaux. Cette mesure, combinée aux droits de douane sur les modules importés, vise à bâtir un écosystème industriel domestique compétitif.
Mission Nationale Mobilité Électrique (FAME II et III)
Lancée en 2015 puis renouvelée (FAME II, FAME III), cette mission promeut l’adoption des véhicules électriques par des subventions, l’extension du réseau de bornes de recharge et le soutien à la fabrication. Les ventes de VE indiens ont atteint plusieurs millions d’unités en 2025, portées notamment par les deux-roues et les trois-roues.
Bon à savoir : en avril 2023, le gouvernement indien a annoncé la mise aux enchères de 50 GW de capacité renouvelable par an pendant les cinq années suivantes, pour atteindre l’objectif de 500 GW d’ici 2030. Ce rythme de déploiement est supérieur à celui observé dans la plupart des économies matures — et témoigne de l’ambition affichée par New Delhi.
Infrastructure et défis technologiques
Gaz naturel et transition graduelle
L’Inde est le troisième plus grand importateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). La politique « Un pays, un réseau de gaz » vise à étendre le réseau de pipelines à 34 500 km d’ici 2025 pour faciliter la pénétration du gaz naturel comme carburant de transition — moins émetteur que le charbon, mais toujours fossile. Cette approche graduée reflète l’impossibilité technique et économique d’un abandon immédiat des fossiles.
Stockage et réseau intelligent
L’un des défis majeurs concerne le stockage de l’électricité pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien. Les batteries lithium-ion, les technologies lithium-fer-phosphate (LFP) et les projets de stockage gravitaire ou par pompage-turbinage se développent. Le Department of Heavy Industries a notifié des avancées sur la cellule de batterie chimique avancée, avec plusieurs gigafactories domestiques annoncées. Les compteurs intelligents, progressivement déployés, permettront une meilleure gestion de la demande et des flux bidirectionnels avec les producteurs résidentiels.
Transmission : le goulet d’étranglement
Les capacités renouvelables sont majoritairement concentrées dans l’ouest (Rajasthan, Gujarat) et le sud (Tamil Nadu, Karnataka), tandis que les centres de consommation se situent dans l’ouest urbanisé (Mumbai, Pune) et le nord (Delhi, Punjab). Le transport de cette électricité sur des milliers de kilomètres exige des lignes à très haute tension (HVDC) et des corridors verts dédiés, dont le déploiement reste un chantier majeur des prochaines années.
Un marché d’investissement dynamique
L’Inde attire massivement les investissements dans les énergies renouvelables. Selon le Department for Promotion of Industry and Internal Trade (DPIIT), l’Inde a reçu 15 milliards de dollars d’investissements directs étrangers dans le secteur des énergies nouvelles et renouvelables entre avril 2000 et septembre 2023. Les grands fonds internationaux (KKR, Brookfield, Macquarie, Actis, GIP) ont multiplié les acquisitions d’actifs renouvelables. Les bourses voient émerger des champions nationaux : ReNew Power, Adani Green Energy, Tata Power Renewable, JSW Energy.
Les marchés obligataires verts (green bonds) connaissent également une expansion rapide, avec plusieurs émissions supérieures au milliard de dollars depuis 2022. Le gouvernement indien a lui-même émis son premier sovereign green bond en janvier 2023, signalant son engagement auprès des investisseurs climatiques internationaux.
Opportunités intersectorielles et collaborations
L’Inde se positionne désormais non seulement comme consommateur mais aussi comme producteur majeur de technologies renouvelables. Plusieurs gigafactories de modules solaires, de cellules, de batteries et d’électrolyseurs sont en construction. Les opportunités de collaboration technologique avec les acteurs européens, japonais, coréens et américains se multiplient — notamment dans les domaines de l’hydrogène vert, du stockage avancé, de l’intelligence artificielle appliquée au réseau électrique et des matériaux critiques.
Pour les investisseurs et industriels internationaux, l’Inde représente à la fois le deuxième plus grand marché au monde et un hub de production compétitif pour les exportations vers l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient. Pour une perspective complémentaire sur les enjeux de biodiversité associés, consultez notre guide des meilleurs parcs nationaux d’Inde.
Avantages concurrentiels de l’Inde
- 4ᵉ rang mondial pour la capacité éolienne et solaire installée, 4ᵉ également pour la capacité totale des renouvelables.
- Ressources naturelles exceptionnelles : 300 jours de soleil par an, potentiel éolien de 695 GW, biomasse agricole massive.
- Marché domestique captif de 1,4 milliard d’habitants en électrification croissante.
- Écosystème industriel en construction grâce au PLI.
- Stabilité politique sur le sujet : consensus bipartisan sur les énergies renouvelables, continuité sur plus d’une décennie.
- Coûts compétitifs du kilowattheure solaire, parmi les plus bas au monde (moins de 3 roupies/kWh).
Perspectives : 2030, 2050, 2070
La trajectoire indienne dessine un horizon en trois temps. 2030 : atteindre 500 GW de capacité non-fossile, faire décoller l’hydrogène vert (5 Mt/an), poursuivre l’électrification rurale. 2050 : basculer l’essentiel de la production électrique vers les renouvelables (projections à 75 %), électrifier massivement les transports, décarboner l’industrie lourde via l’hydrogène. 2070 : atteindre la neutralité carbone, éventuellement plus tôt selon les scénarios les plus optimistes.
Les défis restent considérables : sortie progressive du charbon (dépendance actuelle à 75 % de la production), modernisation du réseau de transmission, consolidation de la chaîne d’approvisionnement domestique, mobilisation de la finance climatique internationale. Mais l’élan est là, appuyé par des politiques publiques déterminées, des investissements croissants et un écosystème industriel en construction. L’Inde s’impose comme un acteur incontournable de la transition énergétique globale — et pourrait bien devenir le modèle de référence pour les autres pays en développement cherchant à concilier croissance économique, développement humain et préservation climatique.
FAQ — énergies renouvelables en Inde
Quelle est la part des énergies renouvelables en Inde en 2026 ?
L’Inde a atteint 50 % de capacité électrique non-fossile dès 2025, cinq ans avant son objectif 2030. Début 2026, le mix inclut 150 GW solaire, 56 GW éolien, 47 GW hydroélectrique et 11 GW biomasse. Toutefois, la production effective reste dominée par le charbon (75 %), en raison du facteur de charge élevé des centrales thermiques par rapport à l’intermittence des renouvelables.
Quel est l’objectif énergétique indien pour 2030 ?
Dans le cadre du plan Panchamrit annoncé à la COP26, l’Inde vise 500 GW de capacité non-fossile d’ici 2030, dont environ 280-300 GW de solaire et 140 GW d’éolien. Le pays s’engage également à réduire l’intensité carbone de son PIB de 45 % par rapport à 2005, et à réduire d’un milliard de tonnes ses émissions cumulées d’ici la fin de la décennie.
Qu’est-ce que la Mission Nationale Hydrogène Vert ?
Approuvée en janvier 2023, elle bénéficie de 2,4 milliards d’euros d’investissement public. L’objectif est de produire 5 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030, créer 600 000 emplois, attirer 125 milliards de dollars d’investissements et positionner l’Inde comme hub mondial. Reliance, Adani, NTPC et des acteurs internationaux développent déjà des projets géants.
Combien l’Inde investit-elle dans les renouvelables ?
Entre avril 2000 et septembre 2023, l’Inde a attiré 15 milliards de dollars d’investissements directs étrangers dans les énergies nouvelles et renouvelables, selon le DPIIT. Le gouvernement a annoncé la mise aux enchères de 50 GW de capacité par an sur 2023-2028. Les grands fonds internationaux (KKR, Brookfield, Macquarie) multiplient les acquisitions. Le premier green bond souverain a été émis en janvier 2023.
Quelle est la place de l’Inde dans le classement mondial des renouvelables ?
L’Inde occupe le quatrième rang mondial pour la capacité éolienne et solaire installées, et également le quatrième rang pour la capacité totale d’énergies renouvelables, derrière la Chine, les États-Unis et le Brésil. Avec l’accélération du déploiement (50 GW renouvelables par an sur 2023-2028), elle pourrait monter en classement dans les prochaines années.
