Comment la Thaïlande s’est-elle efforcée de relever l’immense défi du changement climatique ?

En octobre 2025, le cabinet thaïlandais a approuvé sa troisième Contribution Déterminée au niveau National (NDC 3.0), avec une annonce majeure : l’objectif de neutralité carbone a été avancé de 2065 à 2050, soit quinze ans d’accélération. Cette décision place désormais la Thaïlande dans une trajectoire compatible avec l’objectif 1,5 °C de l’Accord de Paris. Mais entre la pollution atmosphérique qui menace son tourisme, les inondations récurrentes dans le sud et les vagues de chaleur record dans le nord, le royaume affronte un défi climatique particulièrement complexe. Cet article détaille les engagements pris, les mécanismes de gouvernance mis en place et les obstacles structurels qui persistent pour la Thaïlande face au changement climatique.

Une gouvernance climatique structurée au plus haut niveau

Le gouvernement thaïlandais a créé un Comité national sur la politique en matière de changement climatique, présidé directement par le Premier ministre. Cette instance pilote l’élaboration des politiques nationales environnementales et réunit les principaux ministères concernés, des représentants des secteurs public et privé, des universitaires reconnus et des experts en climat. La présidence par le chef du gouvernement traduit une volonté politique affichée : le climat n’est plus un dossier ministériel sectoriel, mais une priorité transversale de l’État.

Le comité se subdivise en plusieurs sous-comités thématiques, dont le plus stratégique est celui chargé d’élaborer la feuille de route et la stratégie nationales. La responsabilité de la réponse climatique ne repose plus seulement sur le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, chef de file historique pour la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques). Près de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant des secteurs de l’énergie et de l’industrie, le ministère de l’Énergie thaïlandais est désormais en première ligne, aux côtés des ministères des Transports, de l’Agriculture et de l’Industrie.

Des plans structurants à court et long terme

La Thaïlande articule sa réponse climatique autour de plusieurs documents directeurs. Le plan de développement national sur 20 ans (2017-2036) intègre la croissance verte et le développement durable comme piliers transversaux. Le plan directeur sur le changement climatique (2012-2050) fournit un cadre structuré de politiques et d’actions spécifiques aux enjeux climatiques. À ces documents nationaux s’ajoutent les plans sectoriels (énergie, transports, agriculture) qui déclinent les objectifs généraux en mesures opérationnelles.

La dynamique s’est intensifiée depuis 2020. Le royaume a adopté son premier plan national d’adaptation (NAP) en 2022 et structure désormais sa Stratégie de développement à faibles émissions à long terme (LT-LEDS) autour de l’objectif net zéro. En parallèle, la Bourse de Thaïlande a créé un marché volontaire du carbone en 2022, qui permet aux entreprises domestiques de compenser leurs émissions résiduelles.

Les grandes annonces de la NDC 3.0 (octobre 2025)

La troisième NDC thaïlandaise, soumise à la CCNUCC en octobre 2025, marque une inflexion majeure des ambitions affichées. Plusieurs engagements structurants y figurent :

  • Neutralité carbone avancée à 2050, contre 2065 dans la précédente NDC — un gain de 15 ans.
  • Émissions nettes nulles d’ici 2065, maintenues comme horizon ultime.
  • Réduction des émissions de GES de 47 % à l’horizon 2035 par rapport aux niveaux de 2019, conditionnée au soutien financier international.
  • Couverture économie entière : tous les secteurs (énergie, IPPU, agriculture, LULUCF, déchets) et tous les gaz à effet de serre majeurs.
  • Besoin d’investissement estimé à 7,05 milliards de dollars pour financer la transition d’ici 2035.

Cet engagement place désormais la Thaïlande parmi les économies asiatiques les plus ambitieuses sur le climat, dépassant les objectifs précédents et marquant une volonté de sortir du peloton climatique régional.

À retenir : la neutralité carbone à 2050 signifie que la Thaïlande devra équilibrer ses émissions résiduelles (industrie lourde, agriculture, aviation) par des puits de carbone naturels ou technologiques. Les émissions nettes nulles à 2065 imposent en outre d’annuler toute émission nette, y compris celles imparfaitement compensées. Les quinze années entre 2050 et 2065 serviront à finaliser cette transition.

Des résultats déjà mesurables

La Thaïlande a déjà dépassé son objectif initial de réduction des émissions de 20 % pour 2020, en parvenant à une baisse de l’ordre de 30 %. Le pays projette d’atteindre 40 % à l’horizon 2030 avec les seules politiques domestiques, et 47 % à 2035 avec l’aide internationale promise. Les progrès les plus visibles concernent :

  • Le mix électrique : la part du charbon dans la production a reculé de 19 % en 2015 à 16 % en 2024, tandis que celle des renouvelables progresse (solaire, biomasse, éolien terrestre).
  • Les transports : politique ambitieuse sur les véhicules électriques (objectif 30 % des ventes neuves en 2030), incitations fiscales, déploiement des bornes de recharge.
  • Le secteur agricole : projet de réduction des émissions de méthane des rizières, techniques d’irrigation alternée, amélioration génétique.
  • Les forêts : programme de reforestation mangroves côtières, protection accrue des parcs nationaux, labellisation carbone des puits forestiers.

Les défis structurels : financement, données, gouvernance locale

Le défi financier : 7 milliards de dollars à mobiliser

L’écart entre les ambitions affichées et les moyens disponibles reste considérable. La NDC 3.0 identifie explicitement un besoin de 7,05 milliards de dollars d’investissements d’ici 2035, largement conditionné à la finance climatique internationale. Bangkok plaide pour un meilleur accès aux mécanismes onusiens — Fonds Vert pour le Climat, Fonds d’adaptation, partenariats bilatéraux — mais la concurrence avec les autres pays émergents rend ces négociations difficiles.

Le défi des données : mesurer pour piloter

Un obstacle majeur à la mise en œuvre des politiques climatiques réside dans la qualité des inventaires d’émissions. La compilation et la gestion des sources de pollution — quantités, origines, typologies — posent un problème significatif en Thaïlande. Les émissions industrielles sont relativement bien documentées, mais les émissions diffuses (agriculture, déchets, transports informels) le sont beaucoup moins. Sans données fiables à l’échelle provinciale et municipale, la conception de politiques adaptées reste délicate. Des initiatives sont en cours pour améliorer ce reporting, notamment via le déploiement de capteurs satellites et la mobilisation des universités thaïlandaises.

Le défi de la gouvernance locale

La décentralisation de la réponse climatique constitue un chantier en cours. Un comité dédié, composé de décideurs-clés issus de différents ministères et des gouverneurs des 77 provinces, a été formé pour accompagner les autorités locales dans l’élaboration de stratégies adaptées à leurs spécificités — provinces côtières exposées à la montée des eaux, provinces agricoles vulnérables aux sécheresses, provinces urbaines confrontées aux îlots de chaleur. Chaque gouverneur est désormais tenu de documenter son empreinte carbone territoriale et de proposer des plans d’action locaux. L’application reste inégale, mais le principe d’une responsabilité décentralisée est posé.

Le rôle du tourisme et la sensibilisation des voyageurs

Le secteur touristique, qui représente près de 20 % du PIB thaïlandais, joue un rôle ambivalent : source de revenus mais aussi d’émissions non négligeables. Les autorités encouragent désormais le tourisme à faible empreinte : hébergements écolabélisés, transports publics gratuits dans certaines provinces, zones interdites aux véhicules thermiques sur les îles touristiques. Avant de se rendre en Thaïlande, il est désormais recommandé aux voyageurs de se renseigner sur les initiatives locales et d’adopter des choix compatibles avec les objectifs nationaux : transports collectifs, compensation carbone volontaire, consommation locale, respect des zones protégées.

Perspectives : convertir l’ambition en résultats

La NDC 3.0 marque un tournant historique pour la Thaïlande, mais les engagements sur le papier ne suffisent pas. L’Climate Action Tracker continue de classer les politiques climatiques thaïlandaises comme « insuffisantes » au regard de la trajectoire 1,5 °C, notamment en raison de la dépendance persistante au charbon et au gaz naturel dans le mix énergétique, et de l’absence de calendrier de sortie des fossiles. L’écart entre les objectifs annoncés et les trajectoires effectives devra être comblé dans les cinq prochaines années pour que l’objectif 2050 reste crédible.

Trois chantiers prioritaires se dégagent pour la période 2026-2030 : accélérer la transition énergétique (objectif 50 % de renouvelables dans le mix électrique à 2030), renforcer l’adaptation des territoires vulnérables (littoraux, bassins rizicoles, zones urbaines denses), et mobiliser massivement la finance climatique internationale. Avec un soutien approprié et une volonté politique soutenue, l’objectif de neutralité carbone en 2050 peut être atteint — à condition que les prochaines années transforment les déclarations en réalisations concrètes.

FAQ — La Thaïlande et le changement climatique

Quels sont les objectifs climatiques de la Thaïlande en 2026 ?

La Thaïlande vise la neutralité carbone d’ici 2050 (avancée de 15 ans grâce à la NDC 3.0 d’octobre 2025) et les émissions nettes nulles d’ici 2065. Elle s’engage à réduire ses émissions de GES de 47 % à l’horizon 2035 par rapport aux niveaux de 2019, sous condition de soutien international. L’investissement nécessaire est estimé à 7,05 milliards de dollars d’ici 2035.

Pourquoi la Thaïlande a-t-elle avancé sa neutralité carbone de 2065 à 2050 ?

Plusieurs facteurs ont motivé cette accélération : pression des partenaires commerciaux (notamment européens), volonté d’attirer les investissements verts, nécessité de s’aligner sur la trajectoire 1,5 °C de l’Accord de Paris, et reconnaissance des coûts croissants de l’inaction climatique (pollution, inondations, tourisme affecté). La NDC 3.0 reflète cette ambition renforcée.

Qui pilote la politique climatique thaïlandaise ?

Le Comité national sur la politique en matière de changement climatique, présidé directement par le Premier ministre, pilote l’élaboration des politiques climatiques. Il regroupe les ministères des Ressources naturelles, de l’Énergie, des Transports, de l’Agriculture et de l’Industrie, ainsi que des experts universitaires et des représentants du secteur privé. Plusieurs sous-comités thématiques structurent son action.

La Thaïlande atteint-elle ses objectifs climatiques ?

Partiellement. Le pays a dépassé son objectif initial de réduction d’émissions de 20 % pour 2020, atteignant 30 %. Il vise 40 % à 2030 avec les politiques domestiques et 47 % à 2035 avec l’aide internationale. Toutefois, le Climate Action Tracker classe ses engagements comme « insuffisants » au regard de la trajectoire 1,5 °C, en raison de la dépendance persistante aux énergies fossiles.

Comment réduire son empreinte carbone en voyage en Thaïlande ?

Privilégiez les transports collectifs (train, bus, ferries) plutôt que l’avion intérieur, choisissez des hébergements écolabellisés, consommez local (produits thaïlandais, restauration locale), respectez les zones protégées des parcs nationaux, compensez volontairement votre empreinte carbone, et évitez les activités à forte intensité carbone (motomarines, 4×4 de loisir). Certaines îles imposent désormais des zones sans véhicules thermiques.

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