L’énergie éolienne en Inde : Potentiel, défis et avancées

Avec plus de 56 GW de capacité éolienne installée au début 2026, l’Inde confirme sa position de quatrième puissance mondiale dans ce secteur, derrière la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. Le gouvernement a révisé à la hausse son ambition offshore : 37 GW d’éolien en mer à l’horizon 2030, contre 30 GW annoncés précédemment. Deux États — le Gujarat et le Tamil Nadu — concentrent l’essentiel du potentiel, notamment pour les installations en mer. Cet article analyse le potentiel de l’énergie éolienne en Inde, les défis d’infrastructure, les politiques de soutien et les perspectives offertes par cette filière renouvelable en plein essor.

Le potentiel éolien : une cartographie du vent indien

Le potentiel éolien indien est considérable. Le National Institute of Wind Energy (NIWE) l’estime à 695 GW à 120 mètres d’altitude, principalement réparti sur les États du sud (Tamil Nadu, Karnataka, Andhra Pradesh), de l’ouest (Gujarat, Maharashtra, Rajasthan) et du nord-ouest. Les côtes de l’Arabie et du Bengale offrent également un potentiel offshore important, estimé à plus de 70 GW rien que pour le Tamil Nadu et le Gujarat.

Dans le cadre de la stratégie Panchamrit annoncée à la COP26, l’Inde vise 500 GW de capacité non-fossile d’ici 2030, dont environ 140 GW éolien. À ce jour, le pays est en avance sur la composante solaire (150 GW déjà installés) mais en retard relatif sur l’éolien, dont la progression est plus lente et conditionnée à des infrastructures spécifiques.

Les États leaders : Gujarat et Tamil Nadu en tête

Le Gujarat a supplanté le Tamil Nadu en 2023 pour devenir le premier État éolien indien, et conserve en février 2026 une avance de plus de 3 000 MW. Tamil Nadu, leader historique, conserve environ 11 500 MW installés et dispose d’infrastructures emblématiques :

  • Parc éolien de Muppandal (Tamil Nadu) : 1 500 MW, près de 3 000 éoliennes, l’un des plus grands parcs au monde.
  • Jaisalmer Wind Park (Rajasthan) : 1 064 MW, dans le désert du Thar.
  • Parc de Kutch (Gujarat) : installations récentes majeures, bénéficiant des vents forts du littoral.

Le Karnataka, l’Andhra Pradesh, le Maharashtra et le Madhya Pradesh complètent le peloton des États éoliens majeurs. Le potentiel reste largement sous-exploité dans les Ghats occidentaux et certaines zones côtières où les contraintes environnementales et foncières ralentissent les projets.

L’éolien offshore : la grande priorité 2026-2030

Le gouvernement indien a fait de l’éolien en mer un axe majeur de sa stratégie énergétique. Le ministère des Énergies Nouvelles et Renouvelables (MNRE) a relevé son objectif à 37 GW d’éolien offshore d’ici 2030, contre 30 GW dans la version précédente. Cette accélération s’accompagne d’un dispositif financier conséquent : un plan de soutien de 7 500 crores de roupies (environ 830 millions d’euros) sous forme de viability gap funding (VGF) pour compenser l’écart de coût entre l’offshore indien émergent et les prix de marché.

Les premières adjudications sont engagées. Un appel d’offres pour 1 GW offshore — soit deux projets de 500 MW, un au large du Gujarat et un au large du Tamil Nadu — est attendu pour février 2026. Les tarifs de rachat proposés, autour de 3,50 roupies par kWh, restent compétitifs par rapport aux tarifs de DISCOMs (entreprises de distribution publiques). Le potentiel du Tamil Nadu est particulièrement prometteur : plus de 1 076 km de côtes, 35 GW de potentiel offshore identifié, des vents constants de 8 à 10 mètres par seconde. Pour un aperçu comparatif des autres filières, consultez notre article sur les énergies renouvelables en Inde.

Infrastructure et défis

Transmission : le goulet d’étranglement

L’exploitation du potentiel éolien se heurte à plusieurs obstacles structurels. Le principal reste l’infrastructure de transmission, actuellement sous-dimensionnée pour gérer de grandes quantités d’énergie éolienne intermittente depuis les États producteurs (Gujarat, Rajasthan, Tamil Nadu) vers les centres de consommation. Les congestions de réseau limitent l’utilisation effective des capacités installées et découragent les investissements dans les zones les plus venteuses mais les moins raccordées.

Des investissements majeurs dans les corridors verts et les lignes à très haute tension en courant continu (HVDC) sont en cours, mais leur déploiement reste plus lent que l’installation des capacités de production. L’équilibre offre-transmission est un enjeu critique pour les cinq prochaines années.

Foncier et acceptabilité sociale

L’acquisition de terrains pour les parcs éoliens terrestres reste complexe dans un pays densément peuplé. Les projets offshore, quant à eux, nécessitent des concessions maritimes étendues et posent des questions de cohabitation avec la pêche artisanale, les zones de biodiversité marine et les couloirs de migration des oiseaux. Les études d’impact environnemental, obligatoires, allongent les délais de projet.

Coûts et compétitivité

Le tarif nivelé de l’éolien indien a atteint un plancher historique de 2,43 roupies par kWh en 2017, avant de remonter à environ 3,17 roupies en 2023 et de se stabiliser en 2025-2026 autour de 3,20-3,50 roupies selon les appels d’offres. Cette évolution reflète la hausse des coûts de matières premières, des droits de douane sur les composants importés (tours, pales, nacelles) et des tarifs fonciers. L’éolien reste compétitif face au charbon en nouveau projet, mais moins attractif que le solaire pour certains opérateurs.

Intégration au réseau et intermittence

L’intermittence de l’éolien — production variable selon les vents — complique la gestion du réseau électrique indien. Les heures de pointe éolienne ne coïncident pas toujours avec la demande, créant des écarts nécessitant des moyens de régulation : centrales thermiques de réserve, capacités hydrauliques de pompage, batteries de stockage. L’Inde investit progressivement dans ces outils de flexibilité, notamment via des appels d’offres hybrides combinant solaire, éolien et stockage dans un même projet.

Les centrales éoliennes modernes, équipées de systèmes de contrôle avancés, peuvent désormais fournir une réponse rapide à la fréquence en cas de chute de la fréquence du réseau — un service système crucial pour la stabilité globale, qui rend l’éolien plus compatible avec un mix fortement intégré.

Initiatives gouvernementales et mécanismes de soutien

Conscient des défis, le gouvernement indien a déployé plusieurs leviers pour soutenir la filière :

  • Accelerated Depreciation (AD) : amortissement accéléré des projets éoliens, rendant les investissements plus attractifs fiscalement pour les industriels et les investisseurs institutionnels.
  • Renewable Purchase Obligation (RPO) : obligation pour les distributeurs d’électricité d’acheter un pourcentage défini d’électricité renouvelable, créant un marché captif pour la production éolienne.
  • Viability Gap Funding (VGF) : subventions ciblées pour les projets offshore, permettant de combler l’écart initial entre coûts et tarifs de marché.
  • Production Linked Incentive (PLI) : soutien à la fabrication domestique de turbines, mâts, nacelles et pales pour réduire la dépendance aux importations.
  • Green Open Access : facilitation de l’achat direct d’électricité renouvelable par les entreprises à forte consommation (industries, datacenters).

Bon à savoir : les installations éoliennes n’occupent que 2 % de la superficie totale d’un parc éolien. Le reste — 98 % — peut continuer à servir à l’agriculture, au pâturage ou à d’autres activités économiques. Cet atout est majeur dans un pays densément peuplé comme l’Inde, où chaque hectare doit remplir plusieurs fonctions.

Histoire et trajectoire d’un secteur pionnier

L’éolien indien a une histoire plus ancienne qu’on ne le pense. Dès décembre 1952, le physicien Maneklal Sankalchand Thacker et le Council of Scientific and Industrial Research (CSIR) lançaient les premiers projets exploratoires. Les années 1960 et 1970 ont été consacrées à l’étude des potentiels et à la cartographie des régimes de vent. Le premier projet de grande envergure a été lancé en 1985 à Veraval, Gujarat, confirmant la viabilité technique des turbines raccordées au réseau national.

Depuis 2010, la filière a connu une expansion rapide portée par les baisses de coûts, les politiques publiques de soutien et l’arrivée de grands développeurs privés (Suzlon, ReNew Power, Tata Power Renewable, Adani Green). Les objectifs climatiques de la COP21 (2015) puis de Glasgow (2021) ont accéléré la dynamique, aboutissant à la position actuelle.

Avantages pour l’Inde et l’environnement

L’éolien présente des avantages majeurs dans le contexte indien. Géographiquement, le pays combine de longues côtes (7 500 km), des chaînes montagneuses (Ghats, Aravalli) et de vastes plaines, offrant une diversité de régimes de vent exploitables. Économiquement, la filière crée des emplois locaux dans la fabrication, l’installation et la maintenance — plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs recensés. Sur le plan climatique, chaque GW éolien évite environ 2,5 millions de tonnes de CO₂ par an comparé au charbon, contribuant directement à la lutte de l’Inde contre le changement climatique.

Projets FOWIND et coopération internationale

Le projet FOWIND (Facilitating Offshore Wind in India), dirigé par un consortium incluant le Global Wind Energy Council (GWEC), a joué un rôle pionnier dans l’identification des zones à fort potentiel offshore. Depuis 2018, plusieurs appels d’offres ont été lancés, notamment pour un parc de 1 000 MW au large du Gujarat. Les sites prometteurs incluent Dhanushkodi (Tamil Nadu), Khavda (Gujarat) et le golfe de Mannar.

La coopération internationale joue un rôle central : partenariats avec le Danemark (expertise offshore), l’Allemagne (turbines), les Pays-Bas (ingénierie marine), le Japon et la Corée du Sud (financements). L’Inde participe également aux travaux de l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA) et au Global Offshore Wind Alliance. Pour un angle complémentaire sur la biodiversité de l’Inde, notre guide des meilleurs parcs nationaux d’Inde met en perspective les enjeux de conservation associés à certains projets énergétiques.

Perspectives 2030-2040

L’Inde est en voie de devenir un leader mondial de l’éolien. Les objectifs ambitieux (140 GW total, 37 GW offshore à 2030), les politiques de soutien et les multiples initiatives en cours dessinent une trajectoire claire, même si les défis demeurent. Les prochaines années verront l’accélération de l’offshore, la modernisation du réseau de transmission, le déploiement de solutions de stockage et la consolidation des écosystèmes industriels domestiques. La filière éolienne indienne, historique et pionnière, entre désormais dans sa phase de maturité — avec l’ambition de jouer un rôle décisif dans la transition énergétique globale et dans le mix électrique décarboné du sous-continent.

FAQ — énergie éolienne en Inde

Quelle est la capacité éolienne installée en Inde en 2026 ?

L’Inde a dépassé 56 GW de capacité éolienne installée au début 2026, contre environ 50 GW en 2025. Le pays occupe le quatrième rang mondial derrière la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. L’objectif national est de 140 GW d’éolien d’ici 2030, dans le cadre de la stratégie plus large de 500 GW de capacité non-fossile.

Quels sont les États leaders pour l’éolien en Inde ?

Le Gujarat a pris la première place en 2023, devant le Tamil Nadu (environ 11 500 MW). Le Gujarat conserve en février 2026 une avance de plus de 3 000 MW. Karnataka, Andhra Pradesh, Rajasthan, Maharashtra et Madhya Pradesh complètent le peloton. Le parc éolien de Muppandal au Tamil Nadu (1 500 MW, 3 000 éoliennes) reste l’un des plus grands parcs au monde.

Où en est l’éolien offshore indien ?

L’Inde a relevé son objectif offshore à 37 GW d’ici 2030 (contre 30 GW précédemment). Un premier appel d’offres pour 1 GW — deux projets de 500 MW au large du Gujarat et du Tamil Nadu — est attendu pour février 2026. Le gouvernement a dégagé 7 500 crores de roupies (830 M€) de viability gap funding pour soutenir ces projets pionniers.

Quels sont les principaux défis de l’éolien en Inde ?

Trois obstacles principaux : l’infrastructure de transmission sous-dimensionnée pour évacuer l’électricité des zones ventées vers les centres de consommation, la complexité de l’acquisition foncière pour les projets terrestres dans un pays dense, et les coûts qui restent supérieurs à ceux du solaire. Des défis s’ajoutent pour l’offshore : études environnementales, cohabitation avec la pêche, infrastructure portuaire adaptée.

Quels tarifs pratique l’éolien indien ?

Le tarif nivelé a atteint un plancher historique de 2,43 roupies/kWh en 2017. Il est depuis remonté à environ 3,17 roupies en 2023 et se stabilise en 2025-2026 autour de 3,20-3,50 roupies, reflétant la hausse des matières premières et les droits de douane sur les composants importés. Pour l’offshore, le tarif cible est fixé à environ 3,50 roupies/kWh maximum par les appels d’offres publics.

Vous Aimerez Aussi