Interdiction du plastique en Thaïlande : un modèle de gestion environnementale

Depuis janvier 2025, la Thaïlande a définitivement fermé ses frontières aux importations de déchets plastiques, mettant fin à une décennie durant laquelle le pays était devenu l’un des principaux exutoires du plastique occidental. Cette mesure, annoncée par le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, s’inscrit dans un plan d’action plus vaste : la Feuille de route pour la gestion des déchets plastiques 2020-2030. Entre ambitions affichées et réalités du terrain, l’interdiction du plastique en Thaïlande offre un cas d’école fascinant pour comprendre comment un pays émergent tente de sortir d’un modèle de consommation qu’il subit autant qu’il l’a nourri.

L’héritage de Prayut Chan-o-Cha : poser les premières pierres

C’est sous le gouvernement du Premier ministre de l’époque, Prayut Chan-o-Cha, que la Thaïlande a structuré sa politique anti-plastique. La décision stratégique date de 2019 avec l’adoption de la Roadmap on Plastic Waste Management 2020-2030, document directeur qui fixe deux objectifs majeurs : remplacer progressivement les plastiques à usage unique par des alternatives écologiques, et atteindre un taux de recyclage de 100 % des déchets plastiques domestiques d’ici 2027.

Cette orientation politique trouve son origine dans un basculement géopolitique de 2018. Cette année-là, la Chine fermait ses portes aux importations de déchets plastiques étrangers, provoquant un redéploiement massif de ces flux vers l’Asie du Sud-Est. Entre 2018 et 2021, la Thaïlande a ainsi importé plus de 1,1 million de tonnes de déchets plastiques en provenance des États-Unis, du Royaume-Uni et du Japon, souvent traités dans des conditions sanitaires dégradées — avec des incinérations sauvages et des rejets directs dans l’environnement.

Vers une interdiction totale des importations en 2025

Le tournant majeur est intervenu le 1ᵉʳ janvier 2025. Validée par le cabinet thaïlandais en décembre 2024 et publiée au Royal Gazette, l’interdiction totale des importations de déchets plastiques est désormais effective. Cette décision consacre une bascule : le pays cesse officiellement d’assumer le rôle de dépotoir mondial pour se concentrer sur sa propre économie circulaire.

Il convient toutefois de préciser un point souvent mal compris : cette interdiction vise les importations de plastiques, et non une interdiction totale du plastique sur le territoire thaïlandais. La production et la consommation domestiques restent soumises à un calendrier progressif défini par la feuille de route 2020-2030. Une clause permet même au Département des travaux industriels d’autoriser ponctuellement des importations si les stocks nationaux de plastiques recyclables venaient à manquer.

À retenir : l’interdiction 2025 concerne les importations de déchets plastiques. La Thaïlande ne bannit pas tous les plastiques de son territoire, mais restreint progressivement certaines catégories d’usage unique selon un calendrier étalé jusqu’en 2027.

Les étapes franchies : sacs, pailles et gobelets en polystyrène

La phase la plus visible pour les consommateurs remonte au 1ᵉʳ janvier 2020 : depuis cette date, les grandes surfaces et les chaînes de supérettes ont cessé de distribuer gratuitement des sacs plastiques à usage unique. Les supermarchés comme Tesco Lotus, Big C ou 7-Eleven ont été en première ligne, et l’adhésion populaire a dépassé les attentes — plus de 45 000 tonnes de sacs plastiques ont été évitées dès la première année.

En 2022, un deuxième palier a banni les contenants alimentaires en polystyrène expansé, les pailles plastiques et certains gobelets jetables dans les zones publiques sous gestion gouvernementale. L’adoption par le secteur informel — marchés de rue, street food — reste plus lente : une étude du Mekong Institute publiée en 2025 relève que si les contenants en polystyrène ont largement reculé, les pailles et sachets de sauce continuent de circuler massivement dans les stands populaires.

Le rôle des supermarchés et des citoyens

Au-delà du cadre réglementaire, la dynamique repose sur l’engagement conjoint des acteurs économiques et des consommateurs. Les enseignes ont développé des alternatives : sacs en tissu consignés, emballages en feuilles de bananier, contenants en bagasse de canne à sucre. Les ménages urbains de Bangkok et Chiang Mai sont les plus enthousiastes, avec l’adoption croissante du jute et du coton pour les courses quotidiennes. Les zones rurales, où l’infrastructure de collecte reste lacunaire, restent en revanche en net décalage.

Le revers de la médaille : un pays encore lesté par ses déchets

Malgré ces avancées indiscutables, la Thaïlande figure toujours parmi les dix pays les plus pollueurs plastiques au monde. Le royaume génère environ 2 millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 25 % sont actuellement recyclés. Le reste finit en décharge, incinéré, ou — fait aggravant — s’écoule dans le Chao Phraya et les fleuves côtiers, contribuant aux macro-déchets qui polluent le golfe de Thaïlande et la mer d’Andaman.

Pour atteindre l’objectif des 100 % de recyclage en 2027, l’écart à combler est considérable. La Thaïlande a lancé en 2021 les premiers essais de Responsabilité Élargie du Producteur (REP), obligeant les industriels à prendre en charge le recyclage de leurs emballages. Depuis 2024, le PET recyclé est désormais autorisé dans les emballages alimentaires, une petite révolution qui ouvre des débouchés aux acteurs de la filière. Pour approfondir la situation régionale, consultez notre article sur la pollution plastique en Asie du Sud.

La Thaïlande, modèle ou miroir pour l’Asie du Sud-Est ?

Le parcours thaïlandais inspire ses voisins. La Malaisie, l’Indonésie et le Vietnam ont tous adopté des mesures similaires sur les importations depuis 2018-2020. Dans la même veine, la Thaïlande participe activement aux négociations du traité international sur la pollution plastique porté par l’ONU, avec une position relativement ambitieuse pour un pays en développement.

Reste un défi de taille : la cohérence entre les restrictions et le tissu économique local. Près de 200 000 Thaïlandais tirent leurs revenus du secteur informel du recyclage, les saleng. Leur place dans la nouvelle économie circulaire n’est pas toujours clairement définie, et plusieurs ONG locales plaident pour une formalisation protectrice de ces métiers. Le succès du modèle thaïlandais dépendra de sa capacité à articuler ambition environnementale et inclusion sociale — une équation encore largement à résoudre.

Perspectives : que reste-t-il à accomplir d’ici 2030 ?

Le cap du 100 % recyclé en 2027 constitue l’enjeu central des prochaines années. Pour y parvenir, trois chantiers sont prioritaires : l’extension de la collecte sélective dans les zones rurales et périurbaines, la montée en capacité des installations de tri et de recyclage industriel, et le renforcement du cadre légal avec des sanctions réellement dissuasives pour les exportateurs clandestins et les incinérateurs non conformes.

Le tourisme, secteur clé de l’économie thaïlandaise, pourrait accélérer la bascule. Les plages des îles Phi Phi, de Koh Samui et de Koh Phangan portent encore trop visiblement les stigmates de la pollution plastique, au risque d’éroder l’attractivité du pays. Les autorités thaïlandaises l’ont bien compris : depuis 2024, les parcs nationaux maritimes interdisent toutes les bouteilles et contenants en plastique, imposant aux visiteurs d’apporter leurs propres gourdes réutilisables. Un modèle qui pourrait s’étendre à l’ensemble du royaume d’ici la fin de la décennie.

FAQ — interdiction du plastique en Thaïlande

La Thaïlande a-t-elle totalement interdit le plastique en 2025 ?

Non. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, la Thaïlande interdit les importations de déchets plastiques en provenance de l’étranger. Mais la production et la consommation domestiques de plastique restent autorisées, avec un calendrier progressif d’interdictions catégorie par catégorie : sacs à usage unique depuis 2020, contenants en polystyrène et pailles depuis 2022, objectif de 100 % de recyclage en 2027.

Pourquoi la Thaïlande importait-elle autant de déchets plastiques ?

Lorsque la Chine a fermé ses frontières aux déchets plastiques étrangers en 2018, les flux mondiaux se sont redirigés vers l’Asie du Sud-Est. La Thaïlande, la Malaisie et le Vietnam sont devenus les nouvelles destinations privilégiées. Entre 2018 et 2021, la Thaïlande a ainsi importé plus de 1,1 million de tonnes de déchets plastiques occidentaux.

Quels objectifs fixe la feuille de route thaïlandaise 2020-2030 ?

La Roadmap on Plastic Waste Management 2020-2030 poursuit deux objectifs majeurs : remplacer progressivement les plastiques à usage unique par des alternatives écologiques, et atteindre un taux de recyclage de 100 % des déchets plastiques domestiques d’ici 2027. Elle s’appuie sur un calendrier progressif d’interdictions et sur le déploiement de la Responsabilité Élargie du Producteur.

Depuis quand les supermarchés ne fournissent-ils plus de sacs plastiques ?

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2020, les grandes enseignes et les chaînes de supérettes comme Tesco Lotus, Big C ou 7-Eleven ont cessé de distribuer gratuitement des sacs plastiques à usage unique. La mesure a permis d’éviter plus de 45 000 tonnes de sacs dès sa première année d’application et bénéficie d’un large soutien populaire.

Où en est la Thaïlande dans le classement mondial des pollueurs plastiques ?

La Thaïlande figure toujours parmi les dix pays les plus pollueurs plastiques au monde. Elle génère environ 2 millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 25 % sont aujourd’hui recyclés. Le reste finit en décharge, incinéré ou s’écoule dans les cours d’eau vers le golfe de Thaïlande.

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