Les parcs nationaux de Madagascar

Madagascar est l’un des rares pays au monde où visiter un parc national revient à explorer un écosystème sans équivalent nulle part ailleurs. Avec plus de 90 % d’espèces endémiques, la Grande Île concentre une biodiversité qui a évolué dans un isolement biogéographique de plus de 88 millions d’années. Pour protéger ce patrimoine irremplaçable, l’État malgache a confié à un établissement public unique, Madagascar National Parks (MNP), la gestion d’un réseau de 43 aires protégées couvrant environ 2,7 millions d’hectares, soit 4,5 % du territoire national. Six de ces parcs sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, et plusieurs figurent parmi les plus importants sites de recherche primatologique au monde. Cet article présente les parcs emblématiques à connaître pour un premier voyage à Madagascar — de l’Isalo, désert minéral du sud, aux Tsingy de Bemaraha, forêt de pierre de l’ouest, en passant par Andasibe-Mantadia où chantent les indris, Ranomafana et Masoala aux forêts humides classées UNESCO, et Montagne d’Ambre aux chutes d’eau tropicales. Il aborde aussi les aspects pratiques essentiels pour visiter ces sanctuaires de façon responsable.

Madagascar National Parks : la gestion d’un réseau national

L’histoire institutionnelle de la conservation à Madagascar est récente. Avant 1990, le pays ne disposait pas d’une structure unifiée pour gérer ses aires protégées. Cette année-là, sous l’impulsion de chercheurs malgaches et internationaux et avec le soutien de bailleurs comme la Banque mondiale et l’USAID, l’ANGAP (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégées) voit le jour. Renommée Madagascar National Parks en 2008, cette entité publique a pour mission de préserver la biodiversité tout en permettant un accès encadré des visiteurs, avec une triple vocation de conservation, de recherche scientifique et d’écotourisme. Son financement repose sur un équilibre fragile entre subventions d’État, droits d’entrée des visiteurs, projets de bailleurs internationaux et partenariats avec les ONG malgaches et internationales. La tension permanente entre les besoins de conservation et les pressions exercées par les populations riveraines — exploitation du bois, agriculture sur brûlis, braconnage — fait du modèle MNP un laboratoire grandeur nature des politiques de conservation dans les pays du Sud.

L’un des ressorts centraux du dispositif est l’obligation légale d’être accompagné par un guide local agréé MNP pour entrer dans un parc. Cette règle, souvent vécue comme contraignante par les voyageurs pressés, est en réalité l’un des piliers les plus efficaces du système : elle garantit la sécurité, permet une observation naturaliste de qualité, et injecte des revenus directs dans les communautés riveraines. Les guides sont formés, évalués, et organisés en associations qui répartissent les missions. Un guide naturaliste expérimenté à Ranomafana ou Andasibe peut identifier à l’oreille une dizaine d’espèces de lémuriens et connaît chaque arbre de son secteur.

« La pauvreté est l’ennemie de la conservation à Madagascar. »

Patricia C. Wright, primatologue, professeure d’anthropologie à Stony Brook University, fondatrice du parc national de Ranomafana (1991) et du Centre ValBio, lauréate du MacArthur Fellowship et du Indianapolis Prize 2014

Andasibe-Mantadia : le sanctuaire des lémuriens et la porte d’entrée de la conservation

À environ 150 kilomètres à l’est d’Antananarivo, accessible en quatre à cinq heures de route via la RN2, le complexe d’Andasibe-Mantadia est pour beaucoup de voyageurs la première étape d’un séjour malgache — et l’une des plus marquantes. L’ensemble se compose en réalité de deux entités distinctes mais contiguës : la réserve spéciale d’Analamazaotra, petit parc très fréquenté de 810 hectares où les sentiers sont balisés et les lémuriens habitués à la présence humaine, et le parc national de Mantadia, bien plus vaste (15 480 hectares) et sauvage, qui demande une exploration plus engagée dans des sentiers parfois escarpés. Ensemble, ils protègent une forêt humide d’altitude moyenne où cohabitent 11 espèces de lémuriens, plus de 100 espèces d’oiseaux, des dizaines de caméléons, de reptiles et d’amphibiens.

La vedette incontestée d’Andasibe reste l’Indri indri, plus grand lémurien vivant avec ses 9 à 10 kilogrammes. Classé en danger critique d’extinction par l’UICN, l’indri fascine par ses chants matinaux puissants et mélodieux qui portent à plus de trois kilomètres dans la forêt humide. Ces vocalisations, comparables à celles d’un hululement prolongé, servent à la défense du territoire familial et constituent l’une des expériences sonores les plus mémorables d’un voyage à Madagascar. L’observation se fait tôt le matin, quand les familles, monogames et très soudées, commencent à se déplacer dans la canopée. D’autres lémuriens emblématiques partagent ces forêts : le vari noir et blanc (Varecia variegata), le propithèque à diadème (Propithecus diadema), ou encore le hapalémur gris. L’ensemble fait d’Andasibe-Mantadia le parc le plus important pour l’observation des lémuriens à Madagascar.

Ranomafana : la forêt humide qui a changé l’histoire de la conservation malgache

Le parc national de Ranomafana, créé en 1991 dans la province de Fianarantsoa à environ 400 kilomètres au sud d’Antananarivo, occupe une place à part dans le paysage de la conservation mondiale. Son existence est directement liée à la découverte, en 1986, par la primatologue américaine Patricia Wright, du hapalémur doré (Hapalemur aureus) — une espèce jusque-là inconnue de la science, qui se nourrit paradoxalement de pousses de bambou contenant des taux élevés de cyanure normalement mortels pour tout autre primate. Face à l’accélération de l’exploitation forestière dans la zone, Wright a mené un plaidoyer de cinq ans auprès du gouvernement malgache, des bailleurs internationaux et des communautés locales pour obtenir la création du parc, inauguré en mai 1991. En 2007, Ranomafana a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO dans l’ensemble « Forêts humides de l’Atsinanana ».

Aujourd’hui, le parc couvre 41 600 hectares de forêt humide d’altitude entre 500 et 1 500 mètres, et abrite 26 espèces de lémuriens — le chiffre le plus élevé de Madagascar pour un seul parc. Parmi elles, le hapalémur doré déjà cité, le grand hapalémur (Prolemur simus) dont on pensait qu’il avait disparu, le propithèque d’Edwards, et plusieurs espèces de microcèbes nocturnes observables lors des sorties nocturnes. Le Centre ValBio, station de recherche adossée à Stony Brook University, fondée par Wright et installée en surplomb de la forêt, est l’un des plus importants centres de recherche primatologique au monde : plus de 900 publications scientifiques y ont été produites en trente ans, et plus de 55 thèses de doctorat y ont été soutenues. Le parc est aussi un modèle reconnu d’intégration de la conservation et du développement local, avec des programmes d’éducation, de santé et de soutien aux cultures de vanille, cacao et épices qui bénéficient directement aux communautés riveraines.

Isalo : un désert de pierre sculpté par 200 millions d’années d’érosion

S’étendant sur 81 540 hectares au sud-ouest de Madagascar, à mi-chemin entre Tuléar et Fianarantsoa sur la RN7, le parc national de l’Isalo offre un paysage radicalement différent des forêts humides de l’est. Ici, plus d’indris ni de fougères géantes, mais un massif gréseux du Jurassique sculpté par plus de 200 millions d’années d’érosion éolienne et pluviale. Les grès rouges, déposés à l’époque où Madagascar était encore soudée au continent africain, ont été patiemment taillés en tables rocheuses, en canyons étroits, en pinacles spectaculaires et en piscines naturelles d’eau turquoise alimentées par des résurgences. Le paysage évoque par moments les mesas du Colorado ou les arches de l’Utah, dans un décor qui tranche avec l’image traditionnelle de Madagascar.

Malgré son aridité apparente, l’Isalo abrite une biodiversité spécifique adaptée aux conditions extrêmes. Le plus célèbre de ses habitants est le lémur catta (Lemur catta), parfois appelé maki catta, reconnaissable à sa queue annelée noire et blanche et à ses rassemblements matinaux où les individus s’exposent au soleil dans des postures caractéristiques. Le propithèque de Verreaux, surnommé « lémurien danseur » pour sa démarche bondissante caractéristique au sol, et le maki brun complètent le tableau des primates. La flore inclut plusieurs espèces végétales endémiques remarquables, comme les Pachypodium rosulatum (les « pieds d’éléphant ») aux troncs renflés en citernes à eau, et diverses espèces d’aloès. Ces plantes succulentes, parfaitement adaptées aux sols pauvres et au climat semi-aride, illustrent la pression de sélection exercée par un environnement où la rareté de l’eau dicte toutes les stratégies de survie — y compris face aux espèces invasives qui menacent aujourd’hui plusieurs écosystèmes malgaches. Les sentiers emblématiques du parc conduisent à la « piscine naturelle », au « canyon des makis », à la « fenêtre de l’Isalo » — formation rocheuse en arche naturelle où le soleil couchant projette un spectacle recherché par tous les photographes.

Tsingy de Bemaraha : une forêt de pierre classée UNESCO

À l’ouest du pays, dans la région du Melaky, le parc national des Tsingy de Bemaraha protège 157 710 hectares de l’un des paysages les plus extraordinaires de la planète. Le terme tsingy signifie « marcher sur la pointe des pieds » en malgache — une allusion aux lames calcaires acérées qui rendent la progression impossible sans parcours aménagé. Le site a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1990, et constitue l’un des joyaux géologiques du pays. La formation s’est produite sur des millions d’années par dissolution karstique : les pluies tropicales, légèrement acides, ont patiemment creusé des calcaires jurassiques pour produire un labyrinthe tridimensionnel de pinacles, de gorges et de cavernes atteignant parfois plus de 70 mètres de hauteur.

Explorer les Tsingy est une expérience unique : la visite combine randonnée classique dans les canyons inférieurs, passages équipés de ponts suspendus, d’échelles et de via ferrata sur les sommets, et navigation en pirogue dans les gorges du Manambolo. La biodiversité, surprenante dans un milieu apparemment si inhospitalier, s’est adaptée aux microclimats créés par les crevasses ombragées : propithèques de Decken, lémurs bruns, plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux dont le coua huppé endémique, et plusieurs espèces de reptiles que l’on ne trouve nulle part ailleurs. L’accès au parc reste néanmoins réputé difficile : la piste depuis Morondava se fait en 4×4 sur plus de 150 kilomètres de pistes chaotiques, souvent impraticables pendant la saison des pluies de décembre à mars. La période de visite optimale s’étend de juin à octobre.

Masoala et Marojejy : les derniers massifs de forêt primaire

À l’extrême nord-est du pays, le parc national de Masoala constitue la plus grande aire protégée de Madagascar avec ses 240 520 hectares de forêt tropicale humide, auxquels s’ajoutent 10 000 hectares de parc marin. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007 dans le cadre de l’ensemble des « Forêts humides de l’Atsinanana », Masoala abrite plusieurs espèces emblématiques et rares, dont le vari roux (Varecia rubra), espèce endémique strictement limitée à cette péninsule, ainsi que l’aye-aye (Daubentonia madagascariensis), ce lémurien nocturne à l’aspect inhabituel reconnaissable à son très long majeur qu’il utilise pour extraire les larves des troncs. L’accès à Masoala est volontairement difficile — vol vers Maroantsetra puis bateau — ce qui limite la fréquentation et protège l’intégrité écologique du site. C’est la destination des amateurs de vraie nature, qui acceptent de sacrifier le confort à une immersion en forêt primaire.

Plus au nord, le parc national de Marojejy (60 050 hectares, inscrit UNESCO également) préserve l’habitat du propithèque soyeux (Propithecus candidus), l’un des 25 primates les plus menacés au monde avec moins de 250 individus matures estimés à l’état sauvage. Marojejy offre l’un des trekkings les plus spectaculaires de Madagascar, avec une ascension en plusieurs jours dans des campements successifs qui mènent jusqu’aux hautes forêts d’altitude.

Montagne d’Ambre : l’exception fraîche du grand nord

Tout au nord de l’île, à proximité de Diego-Suarez (Antsiranana), le parc national de la Montagne d’Ambre offre une expérience radicalement différente des autres parcs malgaches. Son altitude, culminant à 1 475 mètres, crée un microclimat singulièrement frais et humide qui contraste avec la chaleur sèche de la région environnante. Avec ses 18 200 hectares couverts de forêts humides de montagne, de fougères géantes, de lianes et d’épiphytes, c’est l’un des parcs les plus accessibles et les plus agréables à visiter pour le voyageur occasionnel.

Le parc est connu pour ses cascades spectaculaires — la Grande Cascade culmine à 80 mètres, l’une des plus hautes chutes d’eau de Madagascar — et ses lacs de cratère, témoins de l’origine volcanique du massif. La faune comprend plusieurs lémuriens comme le lémur couronné (Eulemur coronatus) et le lémur de Sanford, mais c’est surtout l’herpétofaune qui fait la célébrité du parc : plus de 77 espèces d’amphibiens et 50 espèces de reptiles y ont été recensées, dont le caméléon de Brookesia, parfois plus petit qu’un ongle humain — l’un des plus petits vertébrés au monde. Les entomologistes apprécieront la présence de coléoptères, papillons et orthoptères rares dont certains ne se trouvent nulle part ailleurs sur la Grande Île.

Visiter les parcs : droits d’entrée, guides et meilleure saison

La fréquentation des parcs nationaux malgaches obéit à des règles précises qu’il convient de connaître avant de partir. Les droits d’entrée varient selon les sites et la nationalité : pour les non-Malgaches, le billet journalier s’échelonne généralement entre 55 000 et 75 000 ariary (environ 12 à 16 euros) selon le parc, auquel s’ajoute obligatoirement la rémunération du guide, entre 30 000 et 80 000 ariary par circuit selon la durée et la difficulté. Les billets s’achètent directement à l’accueil du parc, ou parfois à l’avance dans les bureaux régionaux de MNP. Les paiements se font en ariary et en espèces, les cartes bancaires n’étant acceptées qu’exceptionnellement. Ces tarifs, modestes au regard des budgets touristiques européens, financent directement la surveillance des parcs, le salaire des gardes et la conservation.

La meilleure saison pour visiter les parcs est globalement la saison sèche, d’avril à novembre, même si les fenêtres optimales varient légèrement selon les régions. Les parcs de l’est (Andasibe, Ranomafana, Masoala) restent pluvieux une grande partie de l’année par nature de forêt humide, mais sont plus praticables d’avril à octobre. L’Isalo, dans le sud, est visitable toute l’année mais bien plus agréable en saison sèche. Les Tsingy de Bemaraha sont physiquement inaccessibles de décembre à mars à cause des pistes impraticables : la fenêtre réaliste s’étend de juin à octobre. La Montagne d’Ambre, grâce à son altitude, est accessible toute l’année avec un pic de fréquentation entre mai et novembre. Pour la plupart des visiteurs, un circuit bien pensé combine deux ou trois parcs sur 15 à 21 jours, avec une durée minimale de deux jours sur chaque site pour profiter pleinement de l’observation naturaliste, idéalement à l’aube et en fin d’après-midi quand la faune est la plus active.

Le choix de l’opérateur mérite réflexion. Si certains voyageurs expérimentés organisent leur itinéraire en autonomie, la majorité passe par une agence qui coordonne transports, hébergements, guides et permis. Cela simplifie grandement la logistique — et permet, quand l’agence est choisie avec soin, de s’assurer que les retombées économiques bénéficient réellement aux communautés locales. Nous consacrons un article complet à cette question : comment choisir une agence de voyage éco-responsable à Madagascar. Pour approfondir la biodiversité exceptionnelle que ces parcs protègent, notre article sur la biodiversité exceptionnelle de Madagascar prolonge utilement cette découverte.

Les défis de la conservation à Madagascar

Visiter les parcs nationaux malgaches, c’est aussi prendre conscience des menaces qui pèsent sur eux. L’agriculture sur brûlis, appelée tavy en malgache, détruit encore chaque année environ 200 000 hectares de forêt à l’échelle du pays, y compris dans les zones tampons entourant les parcs. L’exploitation illégale de bois précieux — palissandre, bois de rose, ébène — a connu des pics dramatiques lors des crises politiques successives, notamment en 2009 et en 2023-2024. Le changement climatique accentue la fréquence des sécheresses et des cyclones, fragilisant les écosystèmes les plus sensibles. Face à ces pressions, les parcs nationaux ne sont pas des forteresses imprenables : ils résistent grâce à un équilibre fragile entre les moyens alloués par l’État, les financements internationaux, l’engagement des ONG et le soutien des communautés locales qui acceptent les contraintes de la protection en échange de bénéfices tangibles — emplois, infrastructures, santé, éducation. La parole de Patricia Wright citée plus haut résume cette tension mieux que n’importe quel rapport : sans lutte contre la pauvreté, pas de conservation durable. Chaque visiteur qui paie son droit d’entrée, qui rémunère correctement son guide, qui achète son artisanat aux producteurs plutôt qu’aux revendeurs, participe à cette équation délicate.

Conclusion : des sanctuaires à visiter avec humilité

Les parcs nationaux de Madagascar ne sont pas de simples destinations touristiques mais des laboratoires vivants de l’évolution et des refuges pour des espèces menacées dont beaucoup n’existent nulle part ailleurs. Chaque parc illustre une facette de ce qui fait l’unicité de la Grande Île : l’Isalo et ses grès anciens sculptés par 200 millions d’années d’érosion ; Tsingy de Bemaraha et son dédale calcaire inimitable ; Andasibe-Mantadia résonnant du chant matinal des indris ; Ranomafana et ses 26 espèces de lémuriens, dont un découvert en 1986 par la femme qui a ensuite fait naître le parc ; Masoala et Marojejy, bastions ultimes de la forêt primaire ; Montagne d’Ambre et ses cascades fraîches au nord. Les visiter, c’est accepter la lenteur, les longues pistes, les réveils avant l’aube, l’obligation d’un guide, le prix d’entrée — autant de contraintes qui sont, en réalité, des garanties. Garanties que l’expérience sera juste, que la forêt tiendra, que les lémuriens seront encore là pour les générations suivantes. Madagascar ne se visite pas comme une destination ordinaire : elle se mérite. Et c’est bien pour cela qu’elle reste, trois décennies après la création de son réseau de parcs nationaux, l’une des dernières grandes aventures naturalistes de la planète.

FAQ — Questions fréquentes sur les parcs nationaux de Madagascar

Combien de parcs nationaux compte Madagascar ?

Madagascar compte un réseau de 43 aires protégées gérées par l’établissement public Madagascar National Parks (MNP), couvrant environ 2,7 millions d’hectares, soit 4,5 % du territoire national. Ce réseau comprend des parcs nationaux stricto sensu, des réserves spéciales et des réserves naturelles intégrales. Six de ces aires sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO : Ranomafana, Masoala, Marojejy, Andohahela, Andringitra et Zahamena dans l’ensemble « Forêts humides de l’Atsinanana » inscrit en 2007, ainsi que les Tsingy de Bemaraha inscrits en 1990. L’institution a été créée en 1990 sous le nom d’ANGAP puis renommée Madagascar National Parks en 2008. Son financement repose sur un équilibre entre subventions d’État, droits d’entrée des visiteurs, projets de bailleurs internationaux et partenariats avec les ONG.

Quel est le parc national le plus accessible depuis Antananarivo ?

Andasibe-Mantadia est le parc national le plus accessible depuis la capitale Antananarivo. Il se trouve à environ 150 kilomètres à l’est, accessible en 4 à 5 heures de route via la Route nationale 2. Cette proximité en fait la première étape classique d’un séjour malgache et permet des excursions de deux ou trois jours pour les voyageurs disposant d’un temps limité. Le complexe est composé de deux entités contiguës : la réserve spéciale d’Analamazaotra (810 hectares, sentiers balisés, lémuriens habitués) et le parc national de Mantadia, beaucoup plus sauvage (15 480 hectares). C’est le meilleur endroit pour observer l’Indri indri, plus grand lémurien vivant, dont les chants matinaux portent à plus de trois kilomètres dans la forêt humide. Le parc abrite 11 espèces de lémuriens au total, plus de 100 espèces d’oiseaux et une herpétofaune riche.

Quels parcs malgaches sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Sept sites malgaches sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le parc national des Tsingy de Bemaraha a été inscrit dès 1990 pour son paysage karstique unique au monde. En 2007, l’ensemble des « Forêts humides de l’Atsinanana » a été inscrit, regroupant six parcs nationaux de la façade orientale : Marojejy, Masoala, Zahamena, Ranomafana, Andringitra et Andohahela. Cet ensemble protège les derniers grands massifs de forêt humide primaire de Madagascar, habitats critiques pour plusieurs espèces de lémuriens en danger critique d’extinction. En 2010, ces forêts humides ont toutefois été inscrites sur la liste du patrimoine mondial en péril en raison de l’exploitation illégale de bois précieux (palissandre, bois de rose) qui s’est intensifiée lors des crises politiques. Le parc national d’Ankarafantsika et celui de l’Isalo sont également des aires protégées majeures bien qu’ils ne soient pas inscrits UNESCO.

Combien coûte la visite d’un parc national à Madagascar ?

Les droits d’entrée dans les parcs nationaux malgaches sont très modestes au regard des budgets touristiques européens. Pour les non-Malgaches, le billet journalier s’échelonne généralement entre 55 000 et 75 000 ariary selon le parc, soit environ 12 à 16 euros. S’y ajoute obligatoirement la rémunération du guide local agréé MNP, entre 30 000 et 80 000 ariary par circuit selon la durée et la difficulté, soit 6 à 17 euros supplémentaires. Pour un couple visitant un parc sur deux jours avec guide, le coût total d’accès se situe donc entre 50 et 80 euros. Les paiements se font exclusivement en ariary et en espèces, les cartes bancaires étant rarement acceptées dans les bureaux des parcs. Il faut donc prévoir un stock d’espèces suffisant avant de quitter les grandes villes. Ces recettes financent directement la surveillance des parcs, le salaire des gardes et les programmes de conservation.

Pourquoi est-il obligatoire d’avoir un guide dans les parcs malgaches ?

L’obligation d’être accompagné par un guide local agréé MNP pour entrer dans un parc national est l’un des piliers les plus efficaces du système de conservation malgache. Elle répond à trois objectifs simultanés. D’abord la sécurité : les sentiers peuvent être mal balisés, escarpés, et certaines zones comportent des risques réels (Tsingy, canyons de l’Isalo). Ensuite la qualité de l’observation : un guide naturaliste expérimenté à Ranomafana ou Andasibe identifie à l’oreille une dizaine d’espèces de lémuriens et connaît chaque arbre de son secteur. Un groupe sans guide ne verrait probablement que 20 % de ce qu’un guide permet de voir. Enfin l’impact économique local : les guides, formés et évalués par MNP, sont organisés en associations qui répartissent les missions de façon équitable, ce qui injecte des revenus directs dans les communautés riveraines. Cette logique est essentielle au modèle malgache d’intégration conservation et développement, théorisée notamment par Patricia Wright à Ranomafana depuis 1991.

Quelle est la meilleure saison pour visiter les parcs nationaux de Madagascar ?

La meilleure saison globale pour visiter les parcs malgaches est la saison sèche, d’avril à novembre. Les fenêtres optimales varient toutefois selon les régions. Les parcs de l’est (Andasibe, Ranomafana, Masoala) restent pluvieux une grande partie de l’année par nature de forêt humide, mais sont plus praticables d’avril à octobre. L’Isalo dans le sud est visitable toute l’année, mais bien plus agréable en saison sèche. Les Tsingy de Bemaraha sont physiquement inaccessibles de décembre à mars à cause des pistes impraticables : la fenêtre réaliste s’étend de juin à octobre. La Montagne d’Ambre, grâce à son altitude, est accessible toute l’année avec un pic de fréquentation entre mai et novembre. Il faut absolument éviter la période janvier-mars, saison des cyclones tropicaux qui touchent principalement la côte est. Un circuit classique combine deux ou trois parcs sur 15 à 21 jours, avec une durée minimale de deux jours sur chaque site pour profiter pleinement de l’observation naturaliste, idéalement à l’aube et en fin d’après-midi.

Quel parc choisir pour voir des lémuriens à Madagascar ?

Le choix dépend du profil recherché. Andasibe-Mantadia reste l’option la plus accessible depuis Antananarivo et permet de voir l’emblématique Indri indri, plus grand lémurien vivant, dans de bonnes conditions. Ranomafana, plus au sud, abrite le nombre le plus élevé d’espèces pour un seul parc (26 espèces), dont le rarissime hapalémur doré découvert en 1986 et le grand hapalémur que l’on croyait éteint : c’est le choix des naturalistes exigeants. L’Isalo permet d’observer les lémurs catta dans leur habitat semi-aride caractéristique, ainsi que les propithèques de Verreaux surnommés « lémuriens danseurs ». Pour des espèces rares et isolées, Masoala et Marojejy protègent respectivement le vari roux et le propithèque soyeux, l’un des primates les plus menacés au monde. Montagne d’Ambre permet d’observer le lémur couronné. Pour un premier voyage orienté observation des lémuriens, la combinaison Andasibe-Mantadia plus Ranomafana offre le meilleur compromis entre accessibilité et diversité des espèces.

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