En 2024, pour la première fois dans l’histoire énergétique moderne, l’éolien terrestre est devenu la source d’électricité neuve la moins chère au monde, à 0,034 $/kWh en moyenne mondiale — soit 53 % de moins que la moins chère des solutions fossiles. Le solaire photovoltaïque suit de près, à 0,043 $/kWh. Cette bascule économique, amorcée vers 2015 et consolidée sur la période 2020-2024, change radicalement les termes du débat énergétique. Reste à y voir clair : quelles filières sont vraiment bon marché ? Lesquelles restent plus coûteuses ? Et surtout, pourquoi ces écarts, et comment vont-ils évoluer ? Voici un panorama actualisé du prix des énergies renouvelables.
La baisse historique du prix des énergies renouvelables
Le coût des énergies renouvelables a chuté d’une manière spectaculaire au cours des quinze dernières années. Entre 2010 et 2024, le coût d’installation du solaire à grande échelle est passé de 5 283 $/kW à 691 $/kW — une baisse de 87 %. L’éolien terrestre a suivi une trajectoire similaire, avec une baisse de plus de 70 %. Les batteries lithium-ion, pièce maîtresse du stockage associé aux renouvelables, ont vu leur coût s’effondrer de 93 % sur la même période.
Cette dynamique ne doit rien au hasard. Elle résulte de trois mécanismes cumulatifs. D’abord, les courbes d’apprentissage industriel : plus on en fabrique, plus les coûts unitaires baissent, ce qui stimule de nouveaux volumes. Ensuite, les économies d’échelle liées à la massification de la production, notamment chinoise pour les panneaux solaires. Enfin, l’amélioration continue des rendements techniques : les panneaux photovoltaïques modernes convertissent 20 à 22 % de l’énergie solaire, contre 12 à 15 % il y a quinze ans.
Contrairement à une idée reçue, les subventions publiques jouent désormais un rôle secondaire dans cette compétitivité. Les nouvelles enchères de parcs solaires ou éoliens sont adjugées à des prix qui seraient rentables sans aide aucune dans la plupart des marchés. Ce que les pouvoirs publics soutiennent, c’est le rythme du déploiement, pas la viabilité économique de la technologie elle-même. Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont d’ailleurs franchi 2 000 milliards de dollars en 2024, presque le double des investissements dans les nouveaux projets pétroliers, gaziers et charbonniers réunis.
Les renouvelables coûtent-elles moins cher que les fossiles ?
Oui, et de façon désormais sans équivoque. Selon le rapport IRENA publié en juillet 2025, 91 % des nouvelles capacités renouvelables installées dans le monde en 2024 produisaient à un coût inférieur à la moins chère des alternatives fossiles neuves. Le détail des coûts moyens mondiaux actualisés de l’électricité (LCOE) pour les nouvelles capacités 2024 se décompose ainsi :
- Éolien terrestre : 0,034 $/kWh
- Solaire photovoltaïque utility-scale : 0,043 $/kWh
- Hydroélectricité : 0,057 $/kWh
- Éolien en mer : 0,080 $/kWh
- Nouvelle centrale au gaz : 0,077 $/kWh
- Nouvelle centrale au charbon : 0,119 $/kWh
Autrement dit, à l’exception de l’éolien en mer — encore plus coûteux à déployer que les renouvelables terrestres —, toutes les filières renouvelables sont désormais moins chères que les centrales fossiles neuves. L’écart est particulièrement marqué pour le charbon, plus du triple du coût de l’éolien terrestre. En 2024, les 582 GW de nouvelles capacités renouvelables installées dans le monde ont permis d’éviter 57 milliards de dollars de dépenses en combustibles fossiles.
Un détail important : ces chiffres n’intègrent pas le coût du carbone, les externalités sanitaires des fossiles (estimées à 8,7 millions de décès prématurés par an selon l’étude publiée dans Environmental Research en 2021), ni la volatilité des prix du gaz et du pétrole. Les intégrer creuse encore l’écart en faveur des renouvelables.
Les sources d’énergie renouvelable les moins chères et les plus chères
Le classement a été bouleversé au cours des dix dernières années. L’éolien terrestre, longtemps considéré comme plus cher que l’hydroélectricité, la dépasse désormais largement en compétitivité. Le solaire photovoltaïque, perçu il y a quinze ans comme une technologie d’avenir coûteuse, s’est imposé comme la deuxième source la moins chère. Inversement, l’éolien en mer et certaines filières émergentes restent plus onéreuses, même si leur coût baisse aussi.
L’hydroélectricité, longtemps leader des coûts grâce à des infrastructures amorties sur plus d’un siècle, s’est fait dépasser : 0,057 $/kWh en moyenne mondiale en 2024, contre 0,034 $/kWh pour l’éolien terrestre. Son atout principal aujourd’hui n’est plus le prix, mais la pilotabilité — un barrage peut ajuster sa production en quelques minutes, ce qu’aucun parc éolien ou solaire n’offre sans batteries. Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), qui sont la seule forme de stockage électrique à grande échelle vraiment mature, s’appuient d’ailleurs sur l’hydroélectricité.
L’éolien en mer reste la filière renouvelable la plus coûteuse, à 0,080 $/kWh en moyenne mondiale. La construction en milieu marin, l’ancrage des fondations, le raccordement par câbles sous-marins et la maintenance y sont beaucoup plus complexes qu’à terre. En contrepartie, l’offshore bénéficie de vents plus forts et plus réguliers, avec un facteur de charge qui peut atteindre 50 % (contre 25 % pour l’éolien terrestre en France). Les technologies flottantes, encore en phase de déploiement, ouvrent des zones jusque-là inaccessibles.
L’énergie marémotrice, parfois citée comme alternative d’avenir, reste largement expérimentale. Les rares sites exploités commercialement (comme l’usine de la Rance en France) affichent des coûts encore plus élevés que l’éolien en mer. À l’inverse, la géothermie et la biomasse, qui ne figurent pas toujours dans les comparatifs médiatiques, affichent des coûts intermédiaires et jouent un rôle précieux pour la production de chaleur et l’équilibrage du réseau.
Les atouts économiques au-delà du prix du kWh
Le coût par kilowattheure ne dit pas tout. Les renouvelables présentent plusieurs avantages économiques structurels qui renforcent leur attrait à long terme. D’abord, l’absence de coût de combustible : une fois l’installation amortie, le soleil, le vent et l’eau sont gratuits. Les parcs éoliens et solaires ont un coût marginal de production proche de zéro, alors que chaque kilowattheure issu d’une centrale à gaz ou à charbon exige l’achat continu de combustible, dont le prix fluctue sur les marchés mondiaux.
Ensuite, les renouvelables stabilisent les factures énergétiques dans la durée. L’épisode européen de 2022, avec la flambée des prix du gaz après le conflit russo-ukrainien, a brutalement rappelé ce que coûte la dépendance aux hydrocarbures importés. Une éolienne installée à Carcassonne ou un panneau solaire sur un toit de Montpellier continuent à produire, quel que soit le cours du Brent ou les tensions au Moyen-Orient.
Enfin, les coûts de maintenance sont généralement plus faibles que ceux des centrales thermiques. Un parc solaire ne nécessite qu’un nettoyage périodique des modules et un suivi des onduleurs. Un parc éolien demande un entretien plus régulier des turbines, mais sans la logistique lourde d’approvisionnement en combustible. À durée de vie comparable (25-30 ans pour une ferme solaire, 20-25 ans pour un parc éolien, souvent plus d’un siècle pour un barrage), les renouvelables battent largement les fossiles sur le coût complet de cycle de vie.
Les limites à garder en tête
Le prix bas des renouvelables ne signifie pas qu’elles résolvent tous les problèmes. Deux limites, bien identifiées, doivent être intégrées au raisonnement. La première est l’intermittence : le solaire ne produit pas la nuit, l’éolien dépend du vent. Intégrer massivement des renouvelables dans un réseau électrique suppose donc des capacités de stockage (batteries, STEP, hydrogène) et des moyens pilotables en complément (hydro, gaz, nucléaire). Ces coûts système additionnels ne figurent pas directement dans le LCOE des filières individuelles.
La deuxième limite tient au raccordement. En Europe comme aux États-Unis, les délais d’accès au réseau dépassent fréquemment plusieurs années, ce qui retarde la mise en service des parcs et alourdit les coûts de financement. Moderniser les infrastructures de transport électrique — conçues pour un monde de quelques grosses centrales pilotables — représente un chantier colossal pour les deux prochaines décennies.
Contrairement à ce qu’on lisait encore il y a quelques années, ces défis ne remettent plus en cause la bascule vers les combustibles fossiles. Le coût du kilowattheure renouvelable est aujourd’hui tellement plus bas que celui des centrales neuves à charbon ou à gaz qu’il reste compétitif même en intégrant les surcoûts de stockage et de réseau. Les renouvelables ne sont pas « à égalité » avec les fossiles : elles sont devenues, à quelques exceptions près, moins chères.
Un choix économique désormais évident pour les pouvoirs publics et les entreprises
Les autorités publiques qui misent sur les renouvelables ne font plus un pari idéaliste, mais un choix économique rationnel. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la capacité renouvelable mondiale passera de 4 250 GW aujourd’hui à près de 10 000 GW en 2030 dans le scénario central — un doublement en six ans. Les sources bas carbone (renouvelables et nucléaire) devraient alors dépasser 50 % de la production électrique mondiale.
Pour les entreprises, investir dans les renouvelables est devenu un véritable investissement, avec des retours mesurables. De nombreuses multinationales ont pris des engagements de neutralité carbone à l’horizon 2030 ou 2050, notamment via des contrats d’achat d’électricité renouvelable à long terme (PPA), qui sécurisent à la fois leur approvisionnement et le développement des parcs. Les investisseurs institutionnels intègrent désormais le risque climatique dans leurs décisions, ce qui accélère la réallocation des capitaux vers les énergies propres.
Pour les particuliers, le calcul est également favorable. Un kit photovoltaïque résidentiel en France s’amortit aujourd’hui en 8 à 12 ans, pour une durée de vie de 25 à 30 ans. Les aides publiques (MaPrimeRénov’, éco-PTZ, certificats d’économies d’énergie) raccourcissent encore ce délai. Le solaire domestique, longtemps cher et marginal, devient une option économique rationnelle pour la majorité des ménages propriétaires.
Conclusion
Les énergies renouvelables sont non seulement le meilleur espoir d’un avenir durable, mais aussi, désormais, le meilleur choix économique. La hiérarchie des prix a été refondue en quinze ans : l’éolien terrestre vire en tête, le solaire photovoltaïque le talonne, l’hydroélectricité reste compétitive mais n’est plus la moins chère. Les fossiles, longtemps présentés comme incontournables par leur prix, sont aujourd’hui deux à trois fois plus chers que les renouvelables les plus compétitives.
Reste à traduire ces atouts économiques en déploiement effectif. Le rythme des installations, le développement du stockage, la modernisation des réseaux et la simplification des procédures administratives conditionneront le rythme réel de la transition. Ces défis sont d’ordre industriel et politique, pas technologique ou économique. Sur le terrain du prix, le débat est tranché : les renouvelables ne sont plus une option onéreuse pour un avenir lointain. Elles sont la solution la moins chère pour alimenter le monde dès maintenant.
FAQ — prix et coûts des énergies renouvelables
Quelle est la source d’énergie renouvelable la moins chère en 2024 ?
L’éolien terrestre est la source d’électricité neuve la moins chère au monde en 2024, à 0,034 $/kWh en moyenne mondiale selon l’IRENA. Le solaire photovoltaïque suit à 0,043 $/kWh, puis l’hydroélectricité à 0,057 $/kWh. L’éolien en mer reste plus coûteux (0,080 $/kWh) mais progresse rapidement. Tous battent les centrales fossiles neuves sauf l’offshore qui reste proche du gaz.
Les renouvelables sont-elles moins chères que le charbon ou le gaz ?
Oui, nettement. Une nouvelle centrale au gaz produit à 0,077 $/kWh, une centrale au charbon à 0,119 $/kWh. L’éolien terrestre est 53 % moins cher que la moins chère des solutions fossiles, le solaire 41 % moins cher. Selon l’IRENA, 91 % des nouvelles capacités renouvelables installées en 2024 produisaient à un coût inférieur à la moins chère des alternatives fossiles neuves.
Pourquoi le prix du solaire a-t-il autant baissé ?
Entre 2010 et 2024, le coût d’installation du solaire à grande échelle a chuté de 87 %, passant de 5 283 $/kW à 691 $/kW. Cette baisse résulte de trois facteurs cumulatifs : les courbes d’apprentissage industriel (plus on produit, moins c’est cher), les économies d’échelle liées à la production chinoise massive, et l’amélioration continue des rendements (de 12-15 % à 20-22 % pour les panneaux modernes).
Les aides publiques sont-elles encore nécessaires aux renouvelables ?
Les subventions ne sont plus la raison principale de la compétitivité des renouvelables. Les nouvelles enchères de parcs éoliens ou solaires sont adjugées à des prix rentables sans aide dans la plupart des marchés. Les aides publiques servent désormais à accélérer le rythme du déploiement, à soutenir les filières émergentes (éolien offshore flottant, hydrogène vert) et à aider les particuliers à financer l’investissement initial.
Un kit solaire résidentiel est-il rentable en France ?
Oui, dans la plupart des cas. Un kit photovoltaïque résidentiel en France s’amortit aujourd’hui en 8 à 12 ans, pour une durée de vie de 25 à 30 ans. Les aides publiques (MaPrimeRénov’, éco-PTZ, certificats d’économies d’énergie) réduisent l’investissement initial et raccourcissent le retour sur investissement. La rentabilité dépend de l’ensoleillement local, de l’orientation du toit et du profil de consommation.
