Le 3 août 2026, une équipe des universités de Milan-Bicocca et de Brescia a publié dans Nature Human Behaviour le suivi de 5 227 élèves du nord de l’Italie, observés de 7 à 16 ans : ceux qui ont ouvert leur premier compte à l’entrée au collège obtiennent, quatre ans plus tard, des scores inférieurs en italien et en mathématiques. La question des réseaux sociaux avant 15 ans se pose à quelques semaines d’une rentrée où une interdiction française est annoncée. Deux précisions d’emblée : le débat scientifique est loin d’être tranché, et cette loi n’était, au 6 août 2026, ni promulguée, ni assortie d’une sanction à l’encontre des mineurs. Cet article détaille ce que l’étude établit, l’état exact du dispositif français et les leviers documentés.
L’étude du 3 août 2026 : ce qu’elle a mesuré
Signé par Marco Gui, Chiara Respi, Giovanni Abbiati et leurs collègues, l’article publié dans Nature Human Behaviour (DOI 10.1038/s41562-026-02522-4) croise deux matériaux. D’un côté, un questionnaire rétrospectif sur les habitudes numériques, passé entre fin octobre 2023 et début février 2024 dans 28 établissements de cinq provinces de Lombardie, sur 552 contactés. De l’autre, les scores de ces mêmes élèves aux tests nationaux italiens INVALSI, obtenus en 2e, 5e, 8e et 10e année de scolarité.
Un suivi de 7 à 16 ans, pas une photographie
La plupart des travaux comparent des jeunes à un instant donné. Ici, quatre mesures s’étalent sur toute la scolarité, dont une avant l’ouverture du compte : les auteurs vérifient que les groupes partaient du même niveau, puis regardent si leurs trajectoires divergent. La méthode combine un appariement statistique (sexe, diplôme des parents, structure familiale, difficultés économiques, contrôle parental, équipements numériques et résultats antérieurs) et des modèles dits de « différences de différences ». Sont comparés les élèves ayant ouvert un compte en 6e, 7e ou 8e année — en France, de la sixième à la quatrième — et ceux qui ont attendu la 9e année, soit 14 ans, l’âge légal minimum en Italie.
Les résultats, en clair
Pour une ouverture dès la 6e année, l’écart mesuré à la fin de la 8e année (la quatrième en France) atteint −0,22 écart-type en italien et −0,18 en mathématiques ; en 10e année (la seconde), il se creuse à −0,27 en mathématiques. Pour une ouverture en 7e année, il s’établit à −0,17 en italien et −0,22 en mathématiques en fin de 10e. Plus le compte est ouvert tôt, plus l’écart est grand — et il ne se referme pas.
Viennent ensuite des résultats secondaires : un redoublement plus fréquent au lycée, moins de mentions en fin de collège, une auto-efficacité scolaire déclarée plus basse. Le choix de la filière, lui, n’est pas affecté. Un point est rarement repris : aucun effet n’est détecté sur l’anglais, ni à l’écrit ni à l’oral — l’exposition informelle massive à cette langue en ligne compenserait, avancent les auteurs.
Bon à savoir — « Six mois d’apprentissage » : d’où vient ce chiffre ?
La plupart des reprises de l’étude traduisent ces écarts en « six mois d’apprentissage ». Les auteurs écrivent pourtant qu’il n’existe aucune équivalence officielle entre les scores INVALSI et des années de scolarité. La conversion repose sur une convention retenue par certaines institutions éducatives : 0,4 écart-type vaut un an, donc 0,2 écart-type environ six mois. Une traduction commode, pas un résultat de l’étude.
Le mécanisme : le téléphone, pas le réseau social en soi
Les chercheurs n’ont pas mesuré le temps d’écran, jugé peu fiable en auto-déclaration, mais une échelle d’« omniprésence du smartphone » : usage avant de dormir, au réveil, pendant les devoirs, à l’école. Cette seule variable rend compte de 33 à 47 % de l’effet en mathématiques et de 15 à 34 % en italien.
Dennis Ougrin, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Queen Mary University of London, le confirme auprès du Science Media Centre : « L’étude désigne aussi des mécanismes plausibles, comme le fait de consulter fréquemment son téléphone et la baisse d’attention, plutôt que le temps d’écran en lui-même. » Eoin Whelan, de l’université de Galway, en tire une conséquence concrète : ce résultat justifie selon lui de modifier et d’encadrer certaines fonctionnalités des plateformes, à commencer par la lecture automatique et le défilement infini.
Ce que cette étude ne prouve pas
L’étude est solide, et c’est pour cela qu’il faut dire avec exactitude ce qu’elle établit. Ses auteurs le disent eux-mêmes : ces résultats « doivent être interprétés avec le plus grand soin et le plus grand sens des responsabilités ».
Une étude d’observation, pas une expérience
Personne n’a tiré au sort quels enfants ouvriraient un compte à 11 ans et lesquels attendraient 14 ans. Les chercheurs sont explicites : « Nous interprétons donc les estimations comme causales, sous réserve de la plausibilité de l’hypothèse de tendances parallèles et de l’absence de facteurs de confusion variant dans le temps. » Kevin McConway, professeur émérite de statistique appliquée à The Open University, le formule plus sèchement : « C’est une étude d’observation, et les études d’observation posent toujours la question de savoir ce qui cause quoi. »
Le gradient social, un signal à ne pas ignorer
Avant appariement, les élèves ayant ouvert un compte tôt venaient de familles moins diplômées, moins souvent biparentales, et avaient déjà des résultats plus faibles dès la 5e année. L’appariement corrige les variables mesurées, pas celles qui ne l’ont pas été. Poppy Gibson, enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation à The Open University, pointe l’angle mort : « Une supervision parentale moindre de l’usage des réseaux sociaux peut aussi, en théorie, signaler un moindre accompagnement des apprentissages à la maison. »
Les limites relevées par les auteurs et les statisticiens
- Les dates d’ouverture de compte ont été reconstituées de mémoire, plusieurs années après.
- Le questionnaire, conçu pour l’étude, n’a pas de données de validation publiées ; María Paz Prendes Espinosa, professeure de technologie éducative à l’université de Murcie, en conclut que les résultats appellent la prudence.
- L’analyse repose sur douze comparaisons statistiques : une correction de Bonferroni en annulerait certaines, relève Simon White, de l’université de Cambridge, qui juge par ailleurs l’analyse solide et robuste.
- Décrocheurs, filières professionnelles et redoublants multiples sont exclus : l’effet réel pourrait, selon les auteurs, être plus fort.
- Les résultats valent pour le nord de l’Italie et le contexte technologique de 2019-2023, dominé par TikTok, Instagram et les vidéos courtes.
Attention — Corrélation n’est pas causalité
Devant une association entre deux phénomènes, trois explications restent possibles : la cause supposée agit ; un facteur tiers non mesuré produit les deux ; ou la relation fonctionne à l’envers. Le dispositif italien réduit ces trois risques sans les supprimer — c’est en substance ce qu’écrivent les auteurs.
Pourquoi les scientifiques ne sont pas d’accord
Selon les mois, les réseaux sociaux détruiraient une génération ou n’auraient presque aucun effet. Les études ne mesurent tout simplement pas la même chose. Le phénomène n’a rien d’inédit : comme sur la question du lien entre smartphone et cancer, une controverse peut rester ouverte longtemps sans que cela signifie qu’on ne sait rien.
Sur le bien-être, les effets mesurés sont très faibles
La référence reste l’analyse publiée en 2019 dans Nature Human Behaviour par Amy Orben et Andrew Przybylski, portant sur 355 358 adolescents : l’association entre l’usage des technologies numériques et le bien-être des adolescents « est négative mais faible : elle explique au plus 0,4 % de la variation du bien-être ». Les deux chercheurs ajoutent que « l’association entre le bien-être et le fait de manger régulièrement des pommes de terre était presque aussi négative que celle observée avec l’usage des technologies, et le port de lunettes était plus négativement associé au bien-être ». L’argument est méthodologique : sur de très grands échantillons, presque tout devient « statistiquement significatif » sans être important pour autant.
Le débat Haidt / Odgers
Le livre The Anxious Generation de Jonathan Haidt (Allen Lane, 2024) a popularisé la thèse d’un « grand recâblage » de l’enfance par le smartphone. Dans Nature, le 29 mars 2024, la psychologue Candice Odgers, de l’université de Californie à Irvine, conteste frontalement ce diagnostic, qu’elle juge non étayé par la science. Sa formule la plus utile est celle-ci : « Deux choses peuvent être vraies en même temps au sujet des réseaux sociaux. D’abord, qu’il n’existe aucune preuve que l’usage de ces plateformes recâble le cerveau des enfants ou provoque une épidémie de maladie mentale. Ensuite, que des réformes considérables de ces plateformes sont nécessaires, compte tenu du temps que les jeunes y passent. »
L’étude italienne ne tranche pas ce débat : elle porte sur les acquis scolaires, non sur le bien-être. Ses auteurs le reconnaissent — la littérature sur le bien-être « n’a pas produit de résultats aussi nets que ceux que met en évidence notre étude ».
Ce que dit l’expertise française
L’Anses a rendu le 16 décembre 2025 une expertise fondée sur plus de mille études publiées entre 2011 et 2021. Elle retient cinq mécanismes : la perturbation directe du sommeil, qu’elle décrit aussi comme un médiateur des problèmes de santé mentale ; les troubles de l’image corporelle ; la contribution aux troubles anxiodépressifs, à l’automutilation et aux idées suicidaires ; l’exposition aux comportements à risque ; l’exposition aux cyberviolences et au cyberharcèlement. Les filles sont « notablement plus impactées que les garçons, pour tous les effets sanitaires étudiés ».
L’agence pose ensuite deux garde-fous. Les réseaux sociaux, écrit-elle, « ne sauraient à eux seuls expliquer la détérioration de la santé mentale des adolescents ». Et la majorité des études disponibles étant transversales, elles ne permettent pas de conclure à la causalité des effets observés. L’Anses indique enfin n’avoir pas cherché à évaluer les éventuels effets positifs de ces usages.
| Source | Date | Âge retenu | Recommandation |
|---|---|---|---|
| RGPD, article 8 | 2016 | 13 à 16 ans selon les États | Âge du consentement autonome aux traitements de données |
| Loi sur la majorité numérique | 7 juillet 2023 | 15 ans | Inscription refusée avant 15 ans sauf autorisation parentale |
| Commission « écrans » (Élysée) | Avril 2024 | 15 ans | Par paliers, jusqu’aux réseaux « éthiques » à 15 ans |
| Anses, expertise collective | 16 décembre 2025 | Pas de seuil d’âge | Conditionner l’accès à la conception des services |
| Nature Human Behaviour | 3 août 2026 | 13-14 ans | Attendre « autour de 13 à 14 ans », avec éducation numérique |
| Loi votée le 21 juillet 2026 | 21 juillet 2026 | 15 ans | Interdiction d’accès, sans sanction contre les mineurs |
L’interdiction française : ce qui est voté, ce qui s’applique
Le calendrier de la loi, étape par étape
Déposée le 18 novembre 2025 par la députée Laure Miller, la proposition de loi a été adoptée à l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026, puis au Sénat le 31 mars 2026. La commission mixte paritaire a trouvé un accord le 20 juillet 2026 et le texte a été définitivement adopté le 21 juillet 2026, comme le retrace le dossier législatif de l’Assemblée nationale. Ce jour-là, la ministre déléguée chargée du Numérique Anne Le Hénanff saluait une France première en Europe à instaurer une majorité numérique, tandis que Laure Miller affirmait : « Ce texte va rendre à nos enfants la jeunesse qui leur a été confisquée. »
Deux saisines ont ensuite été déposées devant le Conseil constitutionnel, les 23 et 24 juillet 2026, par plus de soixante députés ; le Conseil dispose d’un mois pour statuer. Vérification faite le 6 août 2026, aucune décision relative à ce texte ne figure dans la liste des décisions 2026 du Conseil, le dossier législatif ne mentionne aucune décision rendue, et la loi n’est pas promulguée.

Ce que le texte dit, mot pour mot
La phrase centrale : « L’accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans. » Sont visés Instagram, TikTok, Facebook, Snapchat et, plus largement, les services permettant des interactions, des diffusions publiques ou la participation à des communautés ; Wikipédia, les répertoires éducatifs et scientifiques et les plateformes de logiciels libres en sont exclus. Le texte interdit aussi la publicité pour les réseaux sociaux visant les mineurs, y compris via des influenceurs, avec la mention « produits dangereux pour les moins de quinze ans », dont l’Arcom surveille le respect. Il étend enfin au lycée l’interdiction du téléphone portable, déjà en vigueur à l’école et au collège.
Le calendrier annoncé : 1er septembre 2026, puis 1er janvier 2027
Le calendrier annoncé lors du vote prévoit une application au 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes, puis au 1er janvier 2027 pour les comptes existants, après quatre mois laissés aux plateformes pour vérifier l’âge de leurs utilisateurs. Ce calendrier suppose que le texte soit promulgué, donc que le Conseil constitutionnel ait statué.
Attention — Une interdiction sans sanction
Le communiqué du Sénat du 20 juillet 2026 précise que « l’interdiction concerne les mineurs eux-mêmes, sans sanction à leur encontre » : l’application relève de l’Union européenne, à qui il reviendrait, le cas échéant, de sanctionner les acteurs récalcitrants. La rapporteure au Sénat, Catherine Morin-Desailly, décrit le dispositif final comme « essentiellement un élément supplémentaire symbolique et un aiguillon ».
Pourquoi la France ne peut pas imposer grand-chose aux plateformes
L’explication tient au droit européen. Le règlement sur les services numériques (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024, harmonise les obligations des plateformes à l’échelle de l’Union : un État membre ne peut plus, seul, en créer de nouvelles à leur charge. Dans son avis sur la proposition de loi, le Conseil d’État avait suggéré de viser le mineur lui-même plutôt que les plateformes, alerté sur le risque de disproportion d’une interdiction générale et absolue, et écarté la reconnaissance faciale.
Deux lectures coexistent sur ce qui se passera à la rentrée. Celle du dossier parlementaire et du Sénat, relayée par LCP – Assemblée nationale, retient le calendrier du 1er septembre. Celle de la juriste Julie Groffe-Charrier, maîtresse de conférences HDR à l’université Paris-Saclay, est plus sévère : dans Le Club des juristes, le 21 juillet 2026, elle relève que l’avis circonstancié notifié par la Commission européenne le 6 juillet 2026 prolonge d’un mois le délai de statu quo ouvert le 9 avril, si bien que « le texte adopté ne pourra pas être promulgué avant le 10 août ». Cette lecture n’a pas été recoupée auprès de la Commission. La même juriste juge le texte « réduit à une affirmation de principe qui demeure sans portée pratique, faute de mécanisme adossé », et souligne que rien n’est prévu si un mineur de quinze ans accède malgré tout à un réseau social. Les deux lectures ne se recouvrent pas : l’une décrit un calendrier officiel, l’autre une norme sans bras armé.
Ce qui s’est passé en Australie
Le précédent le plus documenté est australien : l’accès aux réseaux sociaux y est interdit aux moins de 16 ans depuis le 10 décembre 2025. Une première évaluation publiée dans The BMJ le 24 juin 2026 montre que, trois mois après, 85 % des moins de 16 ans utilisaient toujours les plateformes visées, que l’usage quotidien des 14-15 ans est passé de 78 % à 69 % et que 15 à 19 % passaient par de faux comptes : « Les vérifications d’âge actuellement mises en œuvre par les plateformes sont inadaptées », écrivent les auteurs. L’évaluation reste précoce — 408 adolescents, majoritairement d’un seul État, données déclaratives, trois mois de recul.
Le député Louis Boyard (La France insoumise) en tirait argument dans l’hémicycle : « Ce texte n’est pas applicable. Ils l’ont essayé en Australie. Les deux tiers des jeunes ont trouvé une solution de contournement. » Ces « deux tiers » sont une affirmation du député et ne recouvrent pas la mesure publiée dans The BMJ. Le numérique n’est du reste pas le seul terrain où l’accès des mineurs à un produit encadré résiste à la règle : c’est aussi une question ancienne pour les cigarettes électroniques chez les jeunes.
| Étape | Date | Où cela en est |
|---|---|---|
| Dépôt de la proposition de loi | 18 novembre 2025 | Déposée par Laure Miller |
| Notification à la Commission européenne | 9 avril 2026 | Ouvre un statu quo de trois mois |
| Avis circonstancié de la Commission | 6 juillet 2026 | Prolonge d’un mois, selon Julie Groffe-Charrier |
| Adoption définitive | 21 juillet 2026 | Sénat puis Assemblée nationale |
| Saisines du Conseil constitutionnel | 23 et 24 juillet 2026 | Plus de soixante députés ; un mois pour statuer |
| Promulgation | Non intervenue au 6 août 2026 | Impossible avant le 10 août, selon la même juriste |
| Entrée en vigueur annoncée | 1er septembre 2026 | Nouveaux comptes, sous réserve du Conseil |
| Comptes existants | 1er janvier 2027 | Après quatre mois de vérification d’âge |
Ce que les familles peuvent faire, et ce qui le justifie
Reste la question du parent d’un enfant de 10 à 15 ans : sur quoi s’appuyer ? Non pas des consignes, mais l’inventaire de ce qui est documenté.
Le levier le mieux documenté : le sommeil
Trois sources convergent. L’étude italienne, d’abord : ce qui explique le mieux l’écart n’est pas la durée d’usage, mais une échelle d’omniprésence du smartphone où figurent l’usage avant de dormir et au réveil. Ensuite, une étude publiée le 4 août 2026 dans Psychological Medicine sur la cohorte américaine ABCD (enfants de 10 à 13 ans) : le sommeil y est le facteur de mode de vie qui relie le plus fortement les symptômes de santé mentale aux résultats scolaires — 18,5 % de l’association avec la dépression, 36,3 % avec l’anxiété, 8,3 % avec les troubles de type psychotique, devant l’activité physique, l’alimentation et le temps d’écran. Ce classement a surpris les auteurs de l’étude, souligne Jason Smucny, de l’université de Californie à Davis. Ces pourcentages de médiation ne sont pas des parts de causalité démontrée. L’Anses, enfin, place la perturbation du sommeil en tête de ses cinq mécanismes.
Les repères français donnent la mesure de l’enjeu : selon le rapport Enfants et écrans remis à l’Élysée en avril 2024, environ 70 % des 12-17 ans regardaient en 2022 un écran dans l’heure précédant l’endormissement, et 40 % des jeunes de 15 ans accusaient un déficit de sommeil de plus de deux heures par jour en semaine, contre 16 % à 11 ans. Sur ce que la lumière des écrans fait — et ne fait pas — à l’œil, notre article sur la lumière bleue et les lésions oculaires fait le point.
Retarder l’ouverture du compte : ce que dit l’étude
Interrogée par Newsweek le 4 août 2026, l’autrice correspondante Chiara Respi estime qu’attendre « autour de 13 à 14 ans pourrait être bénéfique », tout en soulignant qu’une limite d’âge devrait s’accompagner d’un programme complet d’éducation numérique associant les familles et les écoles. Point contre-intuitif : l’effet négatif s’intensifie en 10e année alors que la plupart des adoptants tardifs étaient devenus utilisateurs — retarder l’accès ne semble donc pas provoquer de « rattrapage négatif ». Dans l’échantillon italien, 98 % des élèves avaient un smartphone à la fin de la 8e année.
Contrôle parental et réglages : ce que l’on sait
Dans l’étude italienne, le contrôle parental et l’accès des parents à l’activité en ligne sont associés à de meilleurs scores, mais n’expliquent qu’une petite part de l’effet ; les auteurs préviennent que leur analyse pourrait en surestimer le rôle, le contrôle ayant pu être instauré après un problème. Côté français, l’observatoire du jeune public de l’Arcom du 24 juillet 2026 indique que 73 % des parents d’enfants de 10 à 14 ans déclarent avoir activé un contrôle parental. Du côté des plateformes, 47 % seulement des 10-14 ans se sont vu demander leur âge à l’inscription ; une étude de l’Arcom du 25 septembre 2025 relevait que 44 % des adolescents s’étaient inscrits avant 13 ans et que 62 % avaient menti sur leur âge.
L’Anses déplace donc la cible vers la conception des services : elle recommande que « seuls les réseaux sociaux numériques ayant encadré la conception de leurs services […] puissent être accessibles aux mineurs », en visant les algorithmes de personnalisation des contenus, les interfaces persuasives et les paramétrages protecteurs par défaut. Une réserve s’impose : aucune source disponible ne permet d’affirmer qu’un compte supervisé protège les résultats scolaires.
Ce que les enfants en disent eux-mêmes
Selon le même observatoire du jeune public de l’Arcom, 7 enfants de 10 à 14 ans sur 10 estiment que la majorité numérique à 15 ans est une bonne idée et 67 % se disent prêts à la respecter — mais 31 % se disent aussi prêts à la contourner s’ils étaient bloqués. Trois quarts jugent que ces plateformes ont un effet négatif sur leur bien-être psychologique ; les risques les plus cités sont le contact avec des personnes mal intentionnées (75 %) et les contenus dérangeants (74 %). Pour autant, 93 % fréquentent chaque semaine un réseau social ou une plateforme vidéo : YouTube pour 77 %, TikTok pour 40 %.
Bon à savoir — Le message des chercheurs eux-mêmes
« Le message pour les parents, les enseignants et les responsables politiques n’est pas nécessairement d’interdire les réseaux sociaux, mais d’aider les jeunes à développer des habitudes saines dans leur usage », résume Dennis Ougrin le 3 août 2026. Eoin Whelan complète : « Il n’existe pas d’enfant moyen. Certains tirent profit des réseaux sociaux, pour d’autres ils sont largement sans effet, mais certains enfants vivent bel et bien des expériences négatives en ligne. »
Réseaux sociaux avant 15 ans : quatre choses à retenir
L’étude du 3 août 2026 est l’une des plus solides menées sur l’âge du premier compte, mais elle reste observationnelle et rend une causalité plausible sans la démontrer. Ce qu’elle pointe n’est pas le réseau social en lui-même, mais le smartphone qui s’invite au coucher, au réveil, pendant les devoirs et en classe. La loi adoptée le 21 juillet 2026 pose un principe fort sans prévoir de sanction contre les mineurs, et son entrée en vigueur dépend du droit européen et du Conseil constitutionnel. Enfin, à l’échelle d’une famille, le levier le mieux documenté n’est pas le décompte des minutes d’écran : c’est le sommeil.
Questions fréquentes
À quel âge un enfant peut-il légalement ouvrir un compte sur un réseau social en France ?
La loi du 7 juillet 2023 fixe la majorité numérique à 15 ans : en dessous, l’inscription suppose l’autorisation d’un titulaire de l’autorité parentale. Ce seuil découle de l’article 8 du RGPD, qui laisse aux États le choix d’un âge compris entre 13 et 16 ans. Dans les faits, la plupart des plateformes appliquent leur propre règle, fixée à 13 ans.
L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans s’applique-t-elle à la rentrée 2026 ?
Le texte a été définitivement voté le 21 juillet 2026 et son entrée en vigueur est annoncée pour le 1er septembre 2026. Mais il n’était pas promulgué au 6 août 2026 : le Conseil constitutionnel, saisi les 23 et 24 juillet, dispose d’un mois pour statuer. Aucune sanction n’est prévue contre les mineurs.
Les réseaux sociaux font-ils vraiment baisser les notes ?
L’étude du 3 août 2026 parue dans Nature Human Behaviour observe un écart réel : environ 0,22 écart-type en italien pour les élèves ayant ouvert un compte à 11-12 ans, et aucun effet en anglais. Mais c’est une étude d’observation, et plusieurs statisticiens jugent que d’autres explications restent possibles.
Que risque un enfant de moins de 15 ans qui a un compte ?
Rien, juridiquement. Le communiqué du Sénat du 20 juillet 2026 indique que « l’interdiction concerne les mineurs eux-mêmes, sans sanction à leur encontre ». C’est à l’échelle européenne, via le règlement sur les services numériques, que d’éventuelles sanctions contre les plateformes pourraient intervenir.
Un compte supervisé ou un contrôle parental change-t-il quelque chose ?
Dans l’étude italienne, le contrôle parental est associé à de meilleurs résultats, mais il n’explique qu’une petite part de l’écart observé, et les auteurs préviennent que la mesure est ambiguë : le contrôle a pu être instauré après un problème. En France, 73 % des parents d’enfants de 10 à 14 ans déclarent en avoir activé un, selon l’Arcom.
Pourquoi les scientifiques ne sont-ils pas d’accord sur les réseaux sociaux ?
Parce que les effets dépendent de ce que l’on mesure. Sur le bien-être, une analyse portant sur 355 358 adolescents n’attribue à l’usage des technologies numériques qu’au plus 0,4 % de la variation. Sur les apprentissages scolaires, les résultats sont plus nets, et les auteurs italiens reconnaissent eux-mêmes cet écart entre les deux littératures.
L’interdiction a-t-elle fonctionné en Australie ?
L’Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans depuis le 10 décembre 2025. Une évaluation publiée dans The BMJ le 24 juin 2026, portant sur 408 adolescents, montre que trois mois après, 85 % des moins de 16 ans utilisaient toujours les plateformes visées. L’évaluation reste précoce et régionale.