« Les cyclones tropicaux sont comme des moteurs géants qui utilisent l’air chaud et humide comme carburant », résume la NASA sur son site de vulgarisation Space Place. La formule dit l’essentiel : comprendre comment se forme un ouragan, c’est suivre le parcours d’une énergie colossale, puisée dans un océan surchauffé puis transformée en nuages, en pluies diluviennes et en vents qui dépassent parfois 250 km/h. Dans ce guide, vous découvrirez les six ingrédients indispensables à la naissance d’un ouragan, la mécanique du moteur thermique, l’anatomie du phénomène, l’échelle de Saffir-Simpson en km/h, ce que le changement climatique modifie réellement — et pourquoi le sujet concerne aussi la France, des Antilles à la métropole.
Ouragan, cyclone, typhon : un seul phénomène, trois noms
Avant d’entrer dans la mécanique, un point de vocabulaire s’impose, car la différence entre ouragan, cyclone et typhon ne tient ni à la taille ni à la violence du phénomène : seul l’endroit du globe où il se produit change le nom. Comme l’explique Météo-France, il s’agit dans tous les cas d’un phénomène tourbillonnaire des régions tropicales dont les vents dépassent 64 nœuds, soit environ 118 km/h — la force 12, le sommet de l’échelle de Beaufort. La référence officielle américaine, le National Hurricane Center (NHC) de la NOAA, place quant à elle le seuil à 119 km/h (64 nœuds, 74 mph) : l’écart entre 118 et 119 km/h relève de l’arrondi de conversion des nœuds, pas d’un désaccord scientifique. Le terme générique employé par les scientifiques, valable sur tous les océans, est « cyclone tropical ».
Un même système peut donc s’appeler ouragan dans l’Atlantique nord, typhon au large du Japon et cyclone près de La Réunion, tout en obéissant exactement à la même physique. Le tableau ci-dessous récapitule cette géographie des noms.
| Nom | Bassin océanique | Territoires concernés (exemples) |
|---|---|---|
| Ouragan | Atlantique nord, Pacifique nord-est | Antilles françaises, Caraïbes |
| Cyclone | Océan Indien, Pacifique sud | La Réunion, Mayotte, Polynésie française |
| Typhon | Pacifique nord-ouest | Japon, Philippines |
Les calendriers diffèrent aussi selon les bassins : la saison cyclonique court de juin à novembre dans l’Atlantique nord, mais de novembre à avril dans l’océan Indien et le Pacifique sud, précise Météo-France. Ce décalage explique pourquoi La Réunion vit sa saison des cyclones pendant l’hiver métropolitain.
Les ingrédients : six conditions pour qu’un ouragan naisse
La formation d’un ouragan — les scientifiques parlent de cyclogenèse tropicale — n’a rien d’automatique : des centaines de perturbations orageuses circulent chaque été au-dessus des océans tropicaux, et seule une minorité devient un cyclone. D’après la FAQ de la division de recherche sur les ouragans de la NOAA (laboratoire AOML), six conditions doivent être réunies en même temps : un océan chaud en surface et en profondeur, une atmosphère humide dans sa partie moyenne, une perturbation orageuse préexistante et organisée, un faible cisaillement du vent, une distance suffisante par rapport à l’équateur et une position située entre 25° sud et 25° nord de latitude. Détaillons ces ingrédients un à un.
Une mer chaude, et pas seulement en surface
Le premier ingrédient est le carburant lui-même : une eau de mer à au moins 26,5 °C (80 °F). Et la surface ne suffit pas. « De l’eau à au moins 26,5 degrés Celsius sur une profondeur de 50 mètres alimente la tempête », indique la NOAA sur sa page consacrée à la formation des ouragans (traduit de l’anglais, mise à jour du 16 juin 2024). Le portail public français Géorisques retient des valeurs très proches : plus de 26 °C sur 60 mètres d’épaisseur. Retenez donc l’ordre de grandeur : au moins 26,5 °C, sur 50 à 60 mètres de profondeur.
Pourquoi cette exigence de profondeur ? Parce qu’une tempête brasse violemment l’océan sur son passage : vagues énormes et remontées d’eau mélangent les couches marines. Si la chaleur ne concernait que les premiers mètres, la tempête ferait remonter de l’eau froide sous elle et couperait elle-même son alimentation. Une couche chaude épaisse, au contraire, garantit que le moteur reste approvisionné même quand l’océan est retourné comme un champ labouré.
Attention : certaines sources de vulgarisation avancent un seuil de 28 °C. C’est inexact : le seuil de référence retenu par la NOAA est de 26,5 °C, et Géorisques, le portail officiel français des risques, indique « plus de 26 °C ». Un écart de 1,5 °C peut sembler anodin, mais il modifie sensiblement la surface d’océan réellement propice aux cyclones.
Une atmosphère humide et des vents réguliers
Le deuxième ingrédient se trouve au-dessus de l’eau. La troposphère moyenne — grosso modo les couches situées à quelques kilomètres d’altitude — doit être humide, précise la NOAA ; Géorisques évoque une humidité supérieure à 70 %. Si l’air d’altitude est trop sec, les nuages convectifs s’évaporent et la machine ne s’amorce pas. Il faut aussi un embryon de tempête : une perturbation préexistante, c’est-à-dire un amas d’orages déjà organisé qui circule au-dessus de l’océan tropical, dans la zone balayée par les alizés.
Dernière condition atmosphérique, plus subtile : un faible cisaillement du vent. Le cisaillement désigne la différence de vitesse ou de direction entre les vents de surface et les vents d’altitude. Imaginez la tempête comme une cheminée verticale qui aspire l’air chaud vers le haut : si les vents d’altitude soufflent beaucoup plus fort ou dans une autre direction que ceux de surface, ils « décapitent » la cheminée et dispersent la chaleur avant qu’elle ne s’organise. Retenez bien ce mécanisme : il explique aussi, nous y reviendrons, pourquoi certaines années sont beaucoup plus calmes que d’autres dans l’Atlantique.
Être loin de l’équateur : l’indispensable force de Coriolis
Voici le paradoxe le plus contre-intuitif de la cyclogenèse : les eaux les plus chaudes du globe bordent l’équateur, et pourtant aucun ouragan ne s’y forme jamais. « La tempête doit se trouver à au moins 300 miles [environ 480 km] de l’équateur pour que la force de Coriolis crée la rotation », explique la division de recherche sur les ouragans de la NOAA (traduit de l’anglais). Géorisques formule la même règle en latitude : au minimum 5 degrés, soit environ 500 km de l’équateur. En pratique, les cyclones tropicaux naissent dans une bande comprise entre 5° et 25° de latitude, de part et d’autre de l’équateur.
La force de Coriolis est un effet de la rotation de la Terre : tout objet qui se déplace à la surface du globe — y compris l’air qui converge vers une dépression — voit sa trajectoire déviée, vers la droite dans l’hémisphère nord, vers la gauche dans l’hémisphère sud. C’est elle qui transforme une simple zone de basse pression en toupie géante, tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre au nord de l’équateur et dans le sens horaire au sud. Or cette force est nulle à l’équateur même : sans force de Coriolis, pas d’ouragan, aussi chaude que soit la mer. Voilà pourquoi la carte mondiale des cyclones montre un « couloir vide » le long de l’équateur.
Le moteur thermique : comment la chaleur devient tempête
Quand tous les ingrédients sont réunis, une boucle s’enclenche — et c’est elle, précisément, qui fait d’un ouragan une machine thermique au sens propre. Le cycle peut se résumer en quatre temps :
- L’évaporation : l’océan chaud évapore massivement de l’eau ; l’air de surface, chaud et gorgé de vapeur, se met à monter.
- La condensation : en altitude, la vapeur d’eau se condense en gouttelettes et forme d’immenses nuages d’orage. Or condenser de la vapeur libère de l’énergie : c’est la chaleur latente, qui réchauffe l’air ambiant et renforce encore le mouvement ascendant.
- La chute de pression : l’air parti vers le haut doit être remplacé ; de l’air est aspiré en surface vers le centre du système, la pression y chute et la dépression se creuse.
- La mise en rotation : la force de Coriolis dévie cet air convergent et enroule l’ensemble en spirale. Le système s’auto-entretient tant que l’océan fournit du carburant : plus la dépression se creuse, plus les vents accélèrent, plus l’évaporation augmente.
Les ordres de grandeur donnent le vertige. Selon la FAQ de la NOAA/AOML, un cyclone tropical mûr libère par condensation une puissance d’environ 6,0 × 10¹⁴ watts, soit à peu près 200 fois la capacité mondiale de production d’électricité. La puissance des vents — l’énergie cinétique générée à chaque instant —, elle, ne représente « que » 1,5 × 10¹² watts, soit environ la moitié de cette même capacité mondiale. Autrement dit, l’essentiel de l’énergie d’un ouragan part en chaleur dans l’atmosphère ; les vents dévastateurs qui font la une des journaux n’en sont qu’une petite fraction.
Bon à savoir : ce fonctionnement en moteur thermique explique pourquoi un ouragan s’affaiblit rapidement dès qu’il touche terre. Privé de l’eau chaude qui l’alimente, le moteur cale, rappelle le centre de culture scientifique Vulcania. Les pluies torrentielles, elles, peuvent en revanche continuer loin à l’intérieur des terres.
Anatomie d’un ouragan : œil, mur de l’œil et bandes spiralées
Vue de satellite, la structure d’un ouragan mûr est étonnamment ordonnée. Au centre se trouve l’œil du cyclone : une zone calme, peu nuageuse, où le vent tombe et où le ciel peut même se dégager. Son diamètre est généralement compris entre 30 et 60 km, mais il peut atteindre 150 km, selon le dossier « Vents cycloniques » de Géorisques.
Tout autour s’élève le mur de l’œil, un anneau de nuages d’orage massifs où se concentrent les vents les plus violents du système — jusqu’à 350 km/h d’après Géorisques. C’est la zone la plus destructrice de l’ouragan. Plus loin du centre s’enroulent les bandes spiralées : de longues bandes nuageuses porteuses de pluies intenses et de fortes rafales, qui convergent en spirale vers le cœur du système et peuvent s’étendre sur des centaines de kilomètres.
Attention : le calme de l’œil est un piège classique. Quand l’œil passe sur une zone habitée, le vent tombe brutalement et le ciel s’éclaircit — mais ce répit est temporaire. Le mur opposé de l’œil arrive ensuite, avec des vents tout aussi violents soufflant en sens inverse. Il ne faut jamais sortir pendant le passage de l’œil.
De la dépression tropicale à l’ouragan majeur : l’échelle de Saffir-Simpson
Les trois stades avant l’ouragan
Un cyclone tropical ne naît pas ouragan : il gravit des échelons définis par la vitesse de ses vents soutenus. Au premier stade, celui de dépression tropicale, les vents restent inférieurs à environ 63 km/h (moins de 34 nœuds). Lorsque les vents atteignent la fourchette de 63 à 118 km/h (34 à 63 nœuds), le système devient une tempête tropicale — et c’est à ce stade précis qu’il reçoit un nom, tiré de listes préétablies, indiquent Géorisques et Météo-France. Enfin, à partir de vents soutenus de 119 km/h (64 nœuds, 74 mph), le phénomène est officiellement un ouragan selon la NOAA et le NHC.
Deux anecdotes éclairent cette histoire des noms. Depuis 1979, les listes alternent prénoms féminins et masculins, rappelle Vulcania — auparavant, seuls des prénoms féminins étaient utilisés. Et en 2005, saison atlantique d’une activité exceptionnelle, la liste des 21 prénoms prévus a été épuisée pour la première fois de l’histoire, selon le site de vulgarisation luxembourgeois science.lu.
Les cinq catégories en km/h
Une fois le stade d’ouragan atteint, l’intensité est classée de 1 à 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, la référence du National Hurricane Center. À partir de la catégorie 3, on parle d’ouragan « majeur ». Voici les seuils officiels convertis en km/h.
| Catégorie | Vents soutenus (km/h) | Vents soutenus (mph) | Dégâts attendus |
|---|---|---|---|
| 1 | 119 à 153 | 74 à 95 | Dégâts notables |
| 2 | 154 à 177 | 96 à 110 | Dégâts étendus |
| 3 (majeur) | 178 à 208 | 111 à 129 | Dégâts dévastateurs |
| 4 (majeur) | 209 à 251 | 130 à 156 | Dégâts catastrophiques |
| 5 (majeur) | 252 et plus | 157 et plus | Dégâts catastrophiques généralisés |
Une précision technique importante : ces seuils sont officiellement définis en nœuds, sur le vent soutenu moyenné sur 1 minute — la convention américaine. L’Organisation météorologique mondiale et Météo-France moyennent, elles, sur 10 minutes, ce qui donne des valeurs plus basses d’environ 12 % (facteur proche de 0,88). Les vitesses annoncées d’un bassin à l’autre ne sont donc pas directement comparables.
Autre limite, soulignée par le NHC lui-même : l’échelle de Saffir-Simpson « ne prend pas en compte d’autres dangers potentiellement mortels comme l’onde de tempête, les inondations par précipitations et les tornades » (traduit de l’anglais). La catégorie ne dit donc pas tout du danger : une grande partie des victimes des cyclones est due à l’eau — submersion marine et pluies torrentielles — plus qu’au vent. Les tornades, d’ailleurs, obéissent à une mécanique bien distincte : notre guide sur la formation des tornades détaille ce qui sépare ces deux phénomènes souvent confondus.
Quand et où : la saison des ouragans
Dans l’Atlantique nord, la saison des ouragans s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre, avec un pic d’activité de la mi-août à la mi-octobre et un maximum climatologique le 10 septembre, selon la climatologie des cyclones tropicaux de la NOAA. Une saison moyenne, calculée sur la période 1991-2020, compte 14 tempêtes nommées, dont 7 ouragans, dont 3 ouragans majeurs. Rappelons que le calendrier s’inverse dans l’hémisphère sud : pour l’océan Indien et le Pacifique sud — donc pour La Réunion, Mayotte ou la Polynésie française —, la saison cyclonique court de novembre à avril.
Changement climatique : des ouragans plus violents, pas forcément plus nombreux
Le lien entre ouragan et changement climatique est l’un des plus mal compris du débat public, car il oblige à distinguer deux questions : le nombre de cyclones et leur intensité. Sur le nombre, la réponse des scientifiques surprend souvent : « la plupart des études de modélisation projettent une diminution (ou peu de changement) de la fréquence globale de l’ensemble des cyclones tropicaux », écrit Thomas Knutson dans la synthèse de référence du laboratoire NOAA/GFDL « Global Warming and Hurricanes » (traduit de l’anglais, révision du 20 novembre 2024). Il serait donc faux d’écrire que le climat fabrique « plus d’ouragans ».
Ce qui change, en revanche, c’est la violence de chaque tempête. Pour un réchauffement climatique de +2 °C, la synthèse du GFDL projette une intensité moyenne des cyclones en hausse de 1 à 10 % (confiance moyenne à élevée), une proportion accrue d’ouragans de catégories 4 et 5 (confiance moyenne à élevée) et des précipitations cycloniques en hausse de 14 % en moyenne, dans une fourchette de +6 à +22 %. Un air plus chaud contient davantage de vapeur d’eau : les mêmes tempêtes deviennent plus pluvieuses.
Certains signaux sont déjà mesurés, et pas seulement projetés. La probabilité d’intensification rapide — un cyclone qui gagne brutalement en puissance en quelques heures — a augmenté sur la période 1982-2017, dans l’Atlantique comme à l’échelle mondiale (confiance moyenne, GFDL). Le GIEC, dans le chapitre 11 de son sixième rapport (AR6), juge par ailleurs « probable » que la proportion mondiale de cyclones de catégories 3 à 5 et la fréquence des intensifications rapides aient augmenté au cours des quarante dernières années.
Un facteur aggravant s’ajoute enfin : l’élévation du niveau des océans, attribuée principalement aux activités humaines depuis au moins 1971 selon le GIEC (AR6). Une mer plus haute signifie des ondes de tempête — la surélévation de l’océan poussée par le cyclone vers la côte — qui pénètrent plus loin dans les terres. Pour comprendre ce mécanisme de fond, voyez notre dossier sur la montée des eaux : à cyclone égal, la submersion marine devient plus destructrice.
La nuance tient donc en une phrase : le changement climatique ne promet pas forcément plus d’ouragans, mais des ouragans plus intenses, plus pluvieux et plus dangereux sur les côtes.
Saison des ouragans 2026 : une saison atlantique annoncée calme… à prendre avec prudence
Qu’en est-il de la saison en cours ? Dans sa prévision saisonnière émise le 21 mai 2026, la NOAA annonce, avec une probabilité de 70 %, entre 8 et 14 tempêtes nommées, dont 3 à 6 ouragans et 1 à 3 ouragans majeurs dans l’Atlantique. L’agence américaine estime à 55 % les chances d’une saison sous la normale (35 % proche de la normale, 10 % au-dessus) et à 98 % la probabilité que des conditions El Niño règnent pendant la saison.
Pourquoi El Niño calme-t-il l’Atlantique ? Ce réchauffement périodique du Pacifique équatorial modifie la circulation atmosphérique planétaire et renforce le cisaillement des vents en altitude au-dessus de l’Atlantique tropical — exactement le mécanisme de « cheminée décapitée » décrit plus haut parmi les six conditions de formation. Pour saisir ce phénomène et ses effets en cascade, notre guide consacré à El Niño en détaille la mécanique.
La prévision actualisée de l’université d’État du Colorado (CSU), publiée le 9 juillet 2026 et relayée par The Weather Channel, va dans le même sens : 9 tempêtes nommées, 4 ouragans et 1 ouragan majeur — en baisse par rapport à la prévision de juin (11, 5 et 2). Si elle se vérifiait, ce serait la saison la plus calme depuis 2014 pour les tempêtes nommées, 2015 pour les ouragans et 2013 pour les ouragans majeurs. L’équipe de la CSU souligne qu’El Niño se renforce et devrait se classer parmi les plus forts jamais archivés, tandis que le météorologue Michael Lowry relève que le cisaillement mesuré sur la mer des Caraïbes début juillet se situe au deuxième rang des plus élevés jamais enregistrés à cette période. La probabilité qu’un ouragan majeur touche la côte américaine est estimée à 17 %, contre 43 % en moyenne sur la période 1880-2020.
Attention : une prévision saisonnière n’est pas une prévision d’atterrissage. Une saison annoncée calme peut parfaitement produire l’ouragan de trop : un seul cyclone touchant un territoire suffit à faire une saison catastrophique pour ses habitants. D’où l’importance de rester attentif aux vigilances officielles, quelle que soit la prévision d’ensemble.
Pourquoi les ouragans concernent aussi les Français
Les outre-mer en première ligne
La France est un pays cyclonique — par ses outre-mer. Dans l’Atlantique, la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont exposés aux ouragans de juin à novembre, rappelle Géorisques. Dans l’océan Indien et le Pacifique, La Réunion, Mayotte, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna affrontent les cyclones de novembre à avril. Des millions de Français vivent donc chaque année une saison cyclonique.
La référence mémorielle reste l’ouragan Irma. Le 6 septembre 2017, ce monstre de catégorie 5 — le deuxième ouragan atlantique le plus violent jamais observé pour ses vents, selon Météo-France — frappe Saint-Martin et Saint-Barthélemy avec des vents moyens d’environ 285 km/h maintenus pendant 37 heures. Irma est resté au stade de catégorie 5 pendant 3,25 jours, un record pour le bassin Atlantique. Le bilan fut extrêmement lourd : pertes humaines et destructions massives sur les deux îles, dont la reconstruction a pris des années.
Quand les ex-ouragans traversent l’Europe
La métropole n’est pas à l’abri de tout, même si aucun ouragan n’y arrive en tant que tel. Certains cyclones effectuent une « transition extratropicale » : en remontant vers le nord, ils perdent leur cœur chaud et leur structure tropicale, mais conservent une énorme quantité d’énergie et d’humidité sous forme de dépression classique. L’ex-ouragan Kirk, ancien ouragan de catégorie 4, en a fait la démonstration en traversant la France les 9 et 10 octobre 2024 : un mois de pluie est tombé en une journée par endroits — 71 mm à Paris-Montsouris, 70 mm à Nantes —, une rafale de 211 km/h a été mesurée à Iraty, dans les Pyrénées-Atlantiques, et 20 départements ont été placés en vigilance orange, selon le bilan de Météo-France.
Et en Méditerranée ? Le cas des médicanes
Reste un cousin hybride, plus près de chez nous : le médicane, contraction de « Mediterranean hurricane ». Il s’agit d’une dépression convective à cœur chaud qui naît de la rencontre entre de l’air froid d’altitude et une mer Méditerranée encore chaude, généralement en automne. Sur les images satellites, un médicane peut arborer un œil et des bandes spiralées évoquant un petit cyclone — mais ce n’est pas un vrai cyclone tropical au sens strict, ni par sa taille, ni par son mécanisme de formation complet, ni par son intensité. Un phénomène à connaître et à surveiller, sans commune mesure toutefois avec les ouragans des Antilles.
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La série « Comment se forme… » continue : découvrez comment se forme un volcan, autre machine thermique spectaculaire de la planète — souterraine, cette fois.
Et parce que les ouragans puisent leur énergie dans la chaleur de l’océan, notre dossier sur l’AMOC, ce courant atlantique qui chauffe l’Europe, éclaire l’autre grand rôle climatique de l’Atlantique.
FAQ — Comment se forme un ouragan ? Vos questions
Quelle température de l’eau faut-il pour qu’un ouragan se forme ?
Il faut une eau de mer à au moins 26,5 °C, non seulement en surface mais sur 50 à 60 mètres de profondeur, selon la NOAA et Géorisques. Cette épaisseur est essentielle : la tempête brasse l’océan, et si de l’eau froide remontait sous elle, le moteur thermique serait privé de carburant et s’arrêterait.
Quelle est la différence entre un ouragan, un cyclone et un typhon ?
Aucune différence physique : c’est exactement le même phénomène, un cyclone tropical dont les vents dépassent environ 118 à 119 km/h. Seul le bassin océanique change le nom, explique Météo-France : ouragan dans l’Atlantique nord et le Pacifique nord-est, typhon dans le Pacifique nord-ouest, cyclone dans l’océan Indien et le Pacifique sud.
Pourquoi les ouragans ne se forment-ils jamais à l’équateur ?
Parce que la force de Coriolis, qui met la tempête en rotation, est nulle à l’équateur. La NOAA indique qu’une tempête doit se trouver à environ 480 km au moins de l’équateur — soit au minimum 5° de latitude, environ 500 km selon Géorisques — pour commencer à tourner. Les cyclones naissent entre 5° et 25° de latitude nord ou sud.
Quand a lieu la saison des ouragans dans l’Atlantique ?
La saison officielle court du 1er juin au 30 novembre, avec un pic d’activité de la mi-août à la mi-octobre et un maximum climatologique le 10 septembre, selon la NOAA. Une saison moyenne (période 1991-2020) compte 14 tempêtes nommées, dont 7 ouragans et 3 ouragans majeurs.
Le changement climatique provoque-t-il plus d’ouragans ?
Non pour le nombre : la fréquence globale des cyclones est projetée stable ou en légère baisse, selon la synthèse NOAA/GFDL. En revanche, l’intensité moyenne, la proportion d’ouragans de catégories 4-5, les précipitations (+14 % en moyenne pour +2 °C) et la probabilité d’intensification rapide augmentent, et la montée du niveau marin aggrave les submersions côtières.
Un ouragan peut-il toucher la France métropolitaine ?
Pas en tant qu’ouragan constitué, mais les restes de cyclones atteignent bien la métropole après leur transition extratropicale. L’ex-ouragan Kirk, ancien ouragan de catégorie 4, a traversé la France les 9 et 10 octobre 2024 : jusqu’à un mois de pluie en une journée, une rafale à 211 km/h à Iraty et 20 départements en vigilance orange, selon Météo-France.
Pourquoi un ouragan s’affaiblit-il dès qu’il touche terre ?
Parce qu’un ouragan est un moteur thermique alimenté par l’évaporation d’une eau de mer chaude. Une fois sur terre, il est coupé de son carburant : la convection faiblit, la dépression se comble et les vents chutent rapidement. Les pluies torrentielles, en revanche, peuvent se poursuivre loin à l’intérieur des terres.
Comment les ouragans reçoivent-ils leur nom ?
Un cyclone est baptisé lorsqu’il atteint le stade de tempête tropicale, avec des vents de 63 à 118 km/h. Les noms proviennent de listes préétablies, qui alternent prénoms féminins et masculins depuis 1979. En 2005, saison exceptionnelle, la liste des 21 prénoms prévus pour l’Atlantique a été épuisée pour la première fois.