L’argument revient dans chaque discussion sur le désherbant le plus vendu au monde : le glyphosate bloque une enzyme que les animaux ne possèdent pas, il ne devrait donc rien faire aux abeilles. Une étude publiée le 6 mai 2025 dans le Journal of Experimental Biology par une équipe de Virginia Tech déplace la question. Elle ne montre pas que le glyphosate tue les abeilles : elle observe que des butineuses exposées à une dose réaliste effectuent environ 13 % de visites en moins à une mangeoire, et que l’équilibre des amines biogènes de leur cerveau n’est plus le même. Autrement dit des effets sublétaux — une abeille vivante, mais moins efficace. Ces résultats, relayés par un communiqué de Virginia Tech le 3 avril 2026, circulent largement depuis, souvent déformés. Et le sujet redevient d’actualité pour une raison réglementaire française : dans une note du 13 février 2026, l’ANSES a fixé au 1ᵉʳ septembre 2026 l’entrée en vigueur de nouvelles exigences d’essais sur les pollinisateurs. Voici ce que ces travaux établissent, ce qu’ils n’établissent pas, et pourquoi l’homologation des pesticides voit mal ce type d’effet.

Ce que les chercheurs ont réellement mesuré

Le protocole fait la crédibilité de ces résultats, et il mérite d’être décrit précisément. L’équipe conduite par Laura McHenry et Margaret Couvillon, au département d’entomologie de Virginia Tech (Blacksburg, Virginie), a travaillé sur trois colonies d’Apis mellifera pourvues d’une reine et fortes d’environ 5 000 ouvrières chacune, installées en ruches d’observation vitrées à l’intérieur d’un bâtiment. Les manipulations se sont déroulées du 14 juillet au 1ᵉʳ août 2021, en collaboration avec des chercheurs du Lawrence Livermore National Laboratory et de l’université de Géorgie. Laura McHenry, qui signe l’étude en première autrice, l’a menée pendant son doctorat à Virginia Tech ; elle est aujourd’hui post-doctorante à l’université d’État de Pennsylvanie.

La dose testée est de 5 mg d’équivalent acide de glyphosate par litre de solution sucrée, une concentration que les auteurs situent « dans la fourchette des résidus trouvés dans le nectar trois à sept jours après application ». Point important pour interpréter la suite : il s’agit de glyphosate seul, sans formulation commerciale ni adjuvants — donc pas d’un produit du commerce.

La chronologie tient en cinq jours. La veille de l’expérience, les butineuses sont entraînées à suivre une mangeoire. Le jour 0 se déroule la phase expérimentale de trois heures, avec deux mangeoires distantes de cinq mètres : c’est pendant ces trois heures, et pendant elles seules, que le comportement de butinage est chronométré. Les jours 1 et 2 servent à mesurer la persistance des abeilles sur des mangeoires devenues vides. Le jour 3, dans l’après-midi, les cerveaux sont prélevés et disséqués, puis analysés par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse.

Les effectifs sont modestes : 86 butineuses dans l’analyse comportementale (40 témoins et 46 exposées) et seulement 25 cerveaux analysés (12 et 13). Le résultat central : les abeilles exposées ont réduit leurs visites de 13,34 % (P = 0,022), soit 27,52 visites en moyenne contre 31,76 pour les témoins sur les trois heures. « Nous voulions étudier l’effet du glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde, sur le comportement et le cerveau des abeilles domestiques, des pollinisateurs importants susceptibles de rencontrer cet herbicide en butinant dans le paysage », explique Margaret Couvillon, professeure associée d’entomologie, dans le communiqué de Virginia Tech du 3 avril 2026.

Pourquoi on croyait le glyphosate inoffensif pour les abeilles

Le glyphosate inhibe une enzyme appelée EPSPS, qui appartient à la voie du shikimate. Cette chaîne de réactions fabrique les acides aminés aromatiques — phénylalanine, tyrosine, tryptophane — indispensables à la construction des protéines. Elle existe chez les plantes, les champignons et de nombreuses bactéries, mais elle est absente chez les animaux. La plante privée d’acides aminés aromatiques dépérit ; l’abeille, elle, n’a pas la cible. De là l’argument d’innocuité qui accompagne la molécule depuis son homologation, conforté par une toxicité aiguë faible en laboratoire, reconnue aussi bien par l’Agence américaine de protection de l’environnement que par l’EFSA. En France, 9 700 tonnes de glyphosate ont été vendues en 2018, environ 29 % du tonnage des herbicides, selon la banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques.

Deux éléments viennent nuancer ce raisonnement. Le premier est bactériologique. L’abeille n’a pas la voie du shikimate, mais les bactéries de son intestin l’ont. Dans une étude parue en 2018 dans PNAS, Motta, Raymann et Moran ont observé qu’à des niveaux rencontrés en plein champ, quatre des huit espèces bactériennes dominantes du microbiote sain devenaient moins abondantes après trois jours d’exposition, et que les ouvrières ainsi traitées mouraient davantage lorsqu’elles étaient ensuite confrontées à la bactérie pathogène Serratia marcescens.

Le second élément est nutritionnel, et il relie la voie du shikimate au cerveau. La tyrosine, l’un des acides aminés aromatiques produits par cette voie, est le précurseur d’une chaîne biochimique bien connue chez l’insecte : tyrosine, puis tyramine, puis octopamine. L’abeille ne sachant pas fabriquer la tyrosine, elle doit la trouver dans son alimentation, essentiellement dans le pollen. Une perturbation de la voie du shikimate chez les organismes qui l’entourent — plantes butinées, bactéries intestinales — pourrait donc, en théorie, retentir sur la disponibilité de ce précurseur. Le lien est mécaniquement plausible, mais il n’est pas démontré : les auteurs eux-mêmes le posent comme une piste à explorer, pas comme une conclusion, et aucune mesure de l’étude ne permet de le trancher.

Attention — une confusion fréquente sur le mécanisme. On lit parfois, y compris dans le communiqué de Virginia Tech, que le glyphosate bloquerait une enzyme « pour inhiber la photosynthèse ». C’est inexact. La voie du shikimate ne participe pas à la photosynthèse : elle sert à produire des acides aminés aromatiques. La distinction n’est pas cosmétique, puisque c’est précisément l’un de ces acides aminés, la tyrosine, qui alimente la chaîne neurochimique mise en cause dans l’étude.

Un dérèglement de l’équilibre, pas une intoxication

C’est ici que la plupart des reprises journalistiques dérapent, en résumant l’étude par la formule « le glyphosate modifie les neurotransmetteurs des abeilles ». Cette formulation est inexacte. Sur les 25 cerveaux analysés, aucun niveau moyen d’amine biogène n’est significativement modifié par le traitement : ni l’octopamine (P = 0,635), ni la dopamine (P = 0,758), ni leur précurseur la tyrosine (P = 0,694). Une abeille exposée n’a pas « moins d’octopamine » qu’une abeille témoin.

Ce que l’étude met en évidence est plus subtil, et porte sur les relations entre ces molécules. D’abord, la tyramine présente une interaction croisée entre le traitement et le nombre de visites effectuées (P = 0,004) : chez les témoins et chez les exposées, la quantité de tyramine ne varie pas de la même façon selon l’activité de butinage de l’abeille. Cet écart n’apparaît d’ailleurs que dans une plage d’activité intermédiaire, entre 25,13 et 45,42 visites : les abeilles très peu ou très actives ne s’en distinguent pas. Ensuite, et surtout, des corrélations apparaissent uniquement chez les abeilles exposées, entre octopamine et tyramine (P = 0,011) et entre octopamine et tyrosine (P = 0,018), avec un coefficient de corrélation de 0,68. Chez les témoins, ces liens ne sont pas détectés.

Traduit en langage courant : ce n’est pas le niveau des molécules qui change, c’est leur couplage. Le réglage habituel entre les maillons de la chaîne semble s’être déplacé. D’où la formulation retenue par les auteurs, qui parlent d’une altération de l’équilibre des amines biogènes du cerveau, et non d’une intoxication. L’enjeu se comprend mieux si l’on sait à quoi sert l’octopamine chez l’insecte : ce neuromodulateur abaisse les seuils de réponse aux odeurs et améliore la mémoire olfactive, deux fonctions au cœur du butinage et du recrutement des congénères. Un déplacement du réglage entre tyrosine, tyramine et octopamine est donc, sur le papier, cohérent avec une activité de butinage moins soutenue. Mais sur 25 cerveaux, une corrélation reste une corrélation : elle indique une piste, elle ne démontre pas que le glyphosate est la cause de la baisse observée des visites.

Effets sublétaux du glyphosate sur l’abeille : ce que l’étude établit et ce qu’elle n’établit pas
Mesure Résultat Portée
Visites à la mangeoire −13,34 % (P = 0,022) ; 27,52 contre 31,76 visites 86 abeilles, pendant les 3 heures du jour 0
Tyramine Interaction traitement × visites (P = 0,004) Effet dépendant du niveau d’activité, pas du niveau moyen
Octopamine, dopamine, tyrosine Aucun effet sur les niveaux moyens (P > 0,6) 25 cerveaux analysés au jour 3
Corrélations entre amines Octopamine–tyramine (P = 0,011), octopamine–tyrosine (P = 0,018) Présentes chez les seules abeilles exposées
Danses frétillantes Aucun effet significatif détecté Puissance statistique limitée ; recrutement analysé partiellement
Effet à l’échelle de la colonie Non mesuré Inférence des auteurs, formulée au conditionnel

Ce que l’étude ne dit pas : de l’abeille à la colonie

La mesure porte sur des abeilles individuelles, en conditions expérimentales, devant des mangeoires. Le passage à l’échelle de la ruche relève d’une inférence des auteurs, et ceux-ci l’expriment au conditionnel. « Pour une colonie, une réduction de 13 % du butinage peut avoir des conséquences. Si la colonie entière était exposée, cela pourrait conduire à une baisse de l’efficacité de la pollinisation et de la production de miel, mettant en jeu la survie de la colonie et sa stabilité à long terme », déclare Margaret Couvillon. Le « si » n’est pas une précaution de style : il sépare ce qui a été mesuré de ce qui est envisagé.

Les limites sont réelles et, pour l’essentiel, déclarées par les auteurs. Les effectifs, d’abord : 86 abeilles suivies et 25 cerveaux, c’est peu pour une analyse neurochimique. La captation vidéo, ensuite, s’est révélée insuffisante sur deux des trois colonies, ce qui a empêché d’analyser complètement le recrutement des congénères. Aucun effet significatif n’a par ailleurs été détecté sur la propension à danser, la fréquence des danses, les répétitions de course frétillante ni la persistance des abeilles les jours suivants — une absence de résultat qui, sur de si petits échantillons, ne vaut pas preuve d’absence d’effet. La sérotonine, autre amine biogène du cerveau de l’insecte, n’a pas été dosée. Enfin, une seule dose a été testée, sur du glyphosate isolé : rien ne permet d’en déduire ce que produiraient les formulations commerciales, adjuvants compris.

Les auteurs eux-mêmes concluent moins sur ce qu’ils ont trouvé que sur ce qui reste à comprendre. « Nos résultats soulignent la nécessité impérieuse d’élucider le mécanisme d’action de l’herbicide le plus appliqué au monde sur les organismes non ciblés », écrivent-ils à la fin de leur résumé. C’est la formulation la plus juste de la portée de ce travail : il documente un effet, il ne l’explique pas encore.

Bon à savoir. Une étude, trois colonies, des données recueillies en 2021 aux États-Unis, 25 cerveaux analysés : c’est un signal cohérent avec la littérature antérieure, pas une conclusion réglementaire. La reproduction de ces observations sur d’autres colonies, à d’autres doses, avec des produits formulés tels qu’ils sont vendus, et sur des effectifs plus larges, reste entièrement à faire. Tant qu’elle n’a pas eu lieu, l’écart entre « un effet a été mesuré en conditions expérimentales » et « le glyphosate nuit aux abeilles » demeure un écart réel.

Glyphosate et abeilles : dix ans d’indices convergents

Ce travail ne surgit pas de nulle part. Il prolonge une série de publications qui, depuis une dizaine d’années, décrivent des effets discrets mais répétés. En 2014, dans le même Journal of Experimental Biology, les travaux de Herbert, Vázquez, Arenas et Farina rapportaient une sensibilité au saccharose et des performances d’apprentissage réduites après une exposition chronique à des concentrations situées dans la fourchette des doses recommandées. En 2015, toujours dans cette revue, ceux de Balbuena, Tison, Menzel et leurs collègues décrivaient une dégradation des capacités cognitives mobilisées lors du retour à la ruche, à des doses courantes. En 2018, l’étude de PNAS sur le microbiote intestinal ajoutait le versant bactérien. Une synthèse de ces travaux a été publiée en 2019 dans la revue Insects par Farina et ses coauteurs. L’étude de 2025 apporte, elle, la mesure comportementale et l’analyse cérébrale sur les mêmes individus.

pollinators

Le fil commun tient en une phrase : l’abeille survit, mais quelque chose fonctionne moins bien. Les auteurs de 2025 le formulent ainsi dès l’ouverture de leur résumé : « Le glyphosate est un herbicide à large spectre qui inhibe la voie du shikimate, que l’abeille domestique (Apis mellifera), pollinisateur utile non ciblé, n’exprime pas de façon endogène. Pourtant, une exposition sublétale a été corrélée chez elle à des altérations de la gustation, de l’apprentissage, de la mémoire et de la navigation. »

Le contrepoint mérite d’être posé avec la même netteté. Ces études reposent sur des effectifs modestes, dans des conditions expérimentales variées, avec des doses et des durées d’exposition qui ne se recouvrent pas toujours. Et cette accumulation d’indices n’a pas conduit l’évaluation européenne à changer de conclusion : lors du réexamen du glyphosate publié en juillet 2023, l’EFSA n’a identifié aucun domaine critique de préoccupation et a estimé le risque faible pour l’abeille domestique dans tous les usages représentatifs — tout en signalant des lacunes de données. Cette conclusion est contestée par plusieurs organisations non gouvernementales, dont certaines ont formé des recours pendants devant les juridictions européennes.

Pourquoi l’homologation mesure mal ces effets — et ce qui change au 1ᵉʳ septembre 2026

Le décalage entre ces publications et les avis réglementaires tient à ce que mesurent les tests d’homologation. Le socle historique repose sur trois lignes directrices de l’OCDE : la 213 pour la toxicité aiguë par voie orale, la 214 pour la toxicité aiguë par contact, la 245 pour la toxicité orale chronique sur dix jours. Toutes ont un critère principal commun, la mortalité. Or une baisse de 13 % des visites à une source de nourriture, ou un déplacement du couplage entre tyrosine, tyramine et octopamine, n’a aucune case dans ces protocoles. De là le paradoxe apparent : une substance peut être classée à faible risque pour l’abeille et, dans le même temps, faire l’objet de publications décrivant un travail de butinage dégradé. Les deux affirmations ne portent pas sur la même chose.

Ce cadre bouge. Le 11 mai 2023, l’EFSA a publié une révision de son guide d’évaluation du risque pour les abeilles, qui introduit une approche préliminaire des effets sublétaux et retient un test de retour à la ruche, considéré comme couvrant à la fois la navigation, la mémoire, le muscle de vol et le métabolisme. Côté français, l’ANSES a publié le 13 février 2026 la version 2 de sa note sur les exigences nationales en matière de données et d’évaluation du risque pour les abeilles et les pollinisateurs. Elle aligne les exigences françaises sur ce guide, supprime deux référentiels obsolètes — le document SANCO/10329 de 2002 et le guide OEPP de 2010 —, soumet les adjuvants aux mêmes exigences que les substances actives, et rend obligatoire un essai de toxicité aiguë par contact sur l’osmie (ligne directrice OCDE 254) pour les dossiers déposés à partir du 1ᵉʳ septembre 2026 concernant des cultures attractives en floraison. Cette note s’inscrit dans l’axe 5 du plan national en faveur des pollinisateurs.

Pour le glyphosate lui-même, le cadre européen est fixé : le règlement (UE) 2023/2660, publié le 29 novembre 2023, a renouvelé l’approbation pour dix ans, jusqu’au 15 décembre 2033, les restrictions d’usage relevant ensuite de chaque État membre. Les industriels du Glyphosate Renewal Group s’appuient sur l’absence de domaine critique de préoccupation identifié par l’EFSA ; les organisations apicoles et environnementales, dont l’UNAF, mettent en avant les lacunes de données reconnues par la même agence. Il s’agit de positions, pas de verdicts.

Ce que les auteurs de l’étude appellent de leurs vœux est plus modeste. « Comprendre comment les herbicides affectent les insectes utiles comme les pollinisateurs nous aidera à faire des choix réglementaires plus stratégiques sur le moment et le lieu où les utiliser, pour un bénéfice maximal et un préjudice minimal », résume Laura McHenry. Une dernière précaution s’impose : les pertes de colonies recensées en France — environ 30 % par an selon l’UNAF, 25,6 % pour le seul hiver 2022-2023 selon le dispositif national de surveillance — relèvent d’un faisceau de causes (varroa, agents pathogènes, appauvrissement des ressources florales, climat, pesticides) dont la part respective ne se déduit pas d’une étude de ce type. Sur le volet alimentaire, notre article consacré au rôle du chanvre dans le maintien des populations d’abeilles prolonge ce point.

FAQ — glyphosate et abeilles

Le glyphosate tue-t-il les abeilles ?

Pas aux doses étudiées. Les tests d’homologation fondés sur la mortalité (lignes directrices OCDE 213, 214 et 245) concluent à une faible toxicité aiguë, position partagée par l’EFSA et par l’agence américaine de protection de l’environnement. L’étude publiée en mai 2025 dans le Journal of Experimental Biology ne rapporte aucune surmortalité : elle décrit des effets sublétaux, c’est-à-dire une abeille qui survit mais dont une fonction se dégrade, ici le butinage.

Pourquoi croyait-on le glyphosate inoffensif pour les abeilles ?

Parce que le glyphosate inhibe l’enzyme EPSPS de la voie du shikimate, qui fabrique les acides aminés aromatiques. Cette voie existe chez les plantes, les champignons et de nombreuses bactéries, mais elle est absente chez les animaux : l’abeille n’a donc pas la cible de l’herbicide. L’argument reste exact sur le plan biochimique, mais il ne dit rien des effets indirects, par exemple sur les bactéries de l’intestin de l’abeille.

Qu’est-ce qu’un effet sublétal ?

C’est un effet qui ne tue pas l’organisme exposé mais qui dégrade une de ses fonctions : apprentissage, mémoire, orientation, activité de recherche de nourriture. Le communiqué de Virginia Tech propose une analogie : l’antihistaminique qui soigne l’allergie mais endort. Chez l’abeille, plusieurs travaux depuis 2014 décrivent ce type d’effets après exposition au glyphosate, notamment une sensibilité au saccharose et un apprentissage réduits.

Y a-t-il du glyphosate dans le miel ?

Des résidus sont détectés dans une partie des produits de la ruche. Une campagne d’analyses menée en Lettonie entre 2019 et 2024 en a trouvé dans environ 21 % des miels, 17 % des pollens et 90 % des pains d’abeille, avec des maxima de l’ordre de 0,5 à 1,9 mg/kg dans le pain d’abeille. La limite maximale de résidus applicable au miel est de 0,05 mg/kg. Ces évaluations portent sur le risque pour le consommateur, pas sur celui pour l’abeille.

Le glyphosate est-il toujours autorisé en France et en Europe ?

Oui. Le règlement (UE) 2023/2660, publié le 29 novembre 2023, a renouvelé l’approbation européenne du glyphosate pour dix ans, jusqu’au 15 décembre 2033. Cette approbation porte sur la substance active ; l’autorisation des produits commerciaux et les restrictions d’usage relèvent de chaque État membre. En France, c’est l’ANSES qui délivre ces autorisations, fixe les restrictions et assure le suivi dans le cadre de la phytopharmacovigilance.

Que peut faire un jardinier pour protéger les abeilles des désherbants ?

Les mesures les plus simples relèvent du bon sens agronomique : ne pas traiter une zone en fleurs ou fréquentée par les pollinisateurs, intervenir en dehors des heures de butinage, respecter strictement les doses et les mentions de l’étiquette, et privilégier le désherbage mécanique quand il est possible. Des solutions de substitution existent aussi au jardin : nous détaillons comment préparer un désherbant naturel dans un article dédié.

Sources primaires consultables : l’étude de McHenry et collaborateurs est accessible sous le DOI 10.1242/jeb.250124 ; le communiqué de Virginia Tech est publié sur news.vt.edu ; le guide révisé de l’EFSA sur l’évaluation du risque pour les abeilles est disponible sur le site de l’agence, et l’ANSES publie de son côté une fiche de phytopharmacovigilance consacrée au glyphosate.