Un chat s’installe sur vos genoux, ronronne, se laisse caresser dix minutes, puis mord. La bascule paraît sans transition. Elle ne l’est presque jamais : entre le ronronnement et la morsure, l’animal a émis une série de signaux de faible amplitude que la plupart des humains ne voient pas. Une équipe de l’École des sciences animales et vétérinaires d’Adelaide University, menée par Julia Henning, a publié en 2026 dans la revue Anthrozoös une analyse des commentaires laissés sous onze vidéos de « jeu » entre humains et chats : selon la vidéo, 75 à 93 % des commentaires approuvaient la scène, alors que le chat y feulait, mordait ou tentait de partir.
La question que pose cette fourchette n’est pas celle de la méchanceté de qui filme. C’est une question d’éthologie : pourquoi un signal parfaitement net du côté du chat devient-il invisible du côté de l’espèce d’en face ? La réponse se démonte en quatre maillons. Le jeu d’un chat adulte rejoue la chasse ; le refus s’énonce par gradation, du plus discret au plus démonstratif ; l’humain lit mal le bas de cette gradation ; et la morsure ferme la série au lieu de l’ouvrir. Trois publications de la même équipe permettent de reprendre ces maillons un par un, avec des chiffres.
La morsure arrive rarement sans prévenir
Dans le récit courant, la morsure ouvre l’incident : avant, tout allait bien ; après, le chat a changé d’humeur sans raison. Dans l’ordre du comportement félin, elle le clôt. Elle est le dernier terme d’une série commencée bien plus tôt, et dont les premiers termes sont des mouvements de quelques millimètres.
Deux notions se confondent ici et gagnent à être séparées avant d’aller plus loin. Il y a l’agression, qui vise à éloigner ou à blesser, et il y a la morsure de fin de séquence, qui survient quand une interaction dépasse ce que l’animal accepte. La seconde n’a pas besoin de colère. Les morsures dites « d’amour », celles qu’un chat donne au milieu d’une séance de caresses, sont décrites par Julia Henning comme des signaux de sursaturation tactile : le contact a duré plus longtemps que le seuil de l’animal, et la mâchoire dit ce que les oreilles disaient déjà.
Les onze vidéos analysées par l’équipe d’Adelaide University donnaient à voir la version haute de ce répertoire : feulements, morsures, tentatives de fuite, et dans certains cas des chats physiquement malmenés. Toutes étaient présentées comme du jeu par ceux qui les avaient mises en ligne. C’est le point de départ du problème : le désaccord ne porte pas sur ce que fait le chat, il porte sur ce que ce comportement veut dire.
Le jeu d’un chat adulte recycle son répertoire de chasse
Chez le chaton, le jeu social sert à calibrer la force et la distance avec les frères et sœurs. Chez l’adulte, le jeu d’objet mobilise autre chose : le répertoire moteur de la prédation. La revue de littérature publiée par la même équipe dans Animal Welfare, volume 31, mise en ligne en janvier 2023, reprend une description classique du comportement félin, celle d’un continuum allant de l’évitement au jeu puis à la mise à mort, attribuée à Pellis et coll. (1988). Guet, bond, saisie, coup de patte, morsure : les mêmes unités motrices servent dans les deux registres.
Cette continuité a une conséquence directe. Ce que vous appelez jeu, le chat l’exécute comme une chasse, et la morsure n’y est pas un dérapage : elle est une étape prévue du programme. Un leurre qui bouge par saccades, s’arrête, repart, déclenche la séquence entière. Une main qui fait la même chose déclenche la séquence entière sur une main.
D’où la recommandation la plus concrète que porte ce travail : ne pas jouer à la bagarre à mains nues. L’enjeu n’est pas la griffure du soir même. C’est ce que l’animal en retient. Une main employée comme proie enseigne que la peau humaine est une cible admissible, et cet apprentissage ne reste pas cantonné aux moments de jeu : il ressort quand un enfant passe la main sous une couverture, ou quand un pied bouge sous le drap à trois heures du matin. Le chat n’a pas changé d’humeur. Il applique la règle qu’on lui a apprise.
Du frémissement de moustache au feulement : la gradation du refus
Le refus félin n’est pas binaire. Il s’énonce par paliers, et l’essai randomisé publié le 24 septembre 2025 dans Frontiers in Ethology a formalisé cette échelle pour pouvoir la tester. Les auteurs ont réparti les comportements en deux classes, selon leur amplitude physique.
Les signaux négatifs de faible amplitude — ceux que l’essai qualifie de discrets — comprennent les mouvements de moustaches, les changements d’expression faciale, le raidissement du corps, de légers déplacements de posture, la position des oreilles et la tension de la queue. Les signaux de grande amplitude — les signaux francs — comprennent le crachement, l’horripilation, c’est-à-dire les poils qui se dressent, le tremblement, le grognement et le feulement.
L’ordre compte autant que la liste. Un chat qui feule n’a pas commencé par feuler : il a d’abord raidi son dos, plaqué ses oreilles, fait vibrer le bout de sa queue. Le feulement est un rappel, pas une première annonce. La morsure, elle, vient après le rappel.
C’est ce qui rend la queue ambiguë pour un œil humain. Chez le chien, dont on sait par ailleurs assez précisément ce que son cerveau fait d’un visage humain, un battement de queue accompagne souvent une approche amicale. Chez le chat, une queue qui fouette ou dont l’extrémité vibre appartient au registre de la tension. Le même mouvement ne dit pas la même chose chez deux espèces qui vivent sous le même toit.
| Classe de signal | Comportements répertoriés | États négatifs correctement identifiés (spécificité) | États positifs correctement identifiés (sensibilité) |
|---|---|---|---|
| Signaux francs (grande amplitude) | Crachement, horripilation, tremblement, grognement, feulement | 76,7 % | 78,1 % |
| Signaux discrets (faible amplitude) | Moustaches, expression faciale, raidissement, déplacements de posture, oreilles, tension de la queue | 48,7 % | 67,2 % |
| Ensemble des seize vidéos | Les deux classes confondues | 67,4 % | 77,6 % |
Rester sur place n’est pas consentir
Le maillon contre-intuitif de la chaîne est celui-là. Face à une situation dont il ne veut pas, un animal dispose de trois conduites : partir, attaquer, ou se figer. Les deux premières se voient. La troisième ressemble à s’y méprendre à de l’acceptation.
Le figement est une réponse défensive, au même titre que la fuite ou l’attaque. Il survient quand le départ paraît impossible ou trop coûteux : l’animal est tenu, coincé contre un corps, posé sur un plan dont il ne peut descendre sans passer par la personne qui l’immobilise. L’immobilité n’est pas alors le contraire de la peur. Elle en est une expression.
C’est le point où la justification la plus courante s’effondre. L’objection selon laquelle un chat contrarié serait parti suppose que le départ est toujours disponible et toujours choisi. Ni l’un ni l’autre n’est acquis.
Le niveau de preuve mérite ici d’être tenu précisément. Aucun des travaux mobilisés ne mesure la fréquence du figement chez le chat domestique dans ces situations : le mécanisme est décrit qualitativement par les éthologues, il n’est pas quantifié. Un chat immobile n’est donc pas nécessairement un chat figé, et ce sont les autres signaux — oreilles, expression, raideur du dos, tension de la queue — qui permettent de trancher. Ce que ce mécanisme interdit, c’est de traiter l’immobilité comme une preuve de consentement.
Sur les signaux discrets, les humains font à peine mieux que le hasard
Reste à savoir ce que les humains voient réellement. L’essai publié dans Frontiers in Ethology a recruté 368 adultes australiens vivant avec au moins un chat : pas un public indifférent à l’espèce, mais des gardiens. Seize vidéos leur ont été présentées, huit à valence positive et huit à valence négative, classées au préalable par un panel de cinq spécialistes du comportement félin avec au moins 80 % d’accord entre eux. Chaque vidéo relevait par ailleurs de la classe des signaux francs ou de celle des signaux discrets.
Deux mesures en sortent, et les confondre fait perdre le résultat. La sensibilité mesure la capacité à reconnaître un état positif ; la spécificité, la capacité à reconnaître un état négatif. Globalement, les participants atteignent 77,6 % de sensibilité et 67,4 % de spécificité. Pris seuls, ces deux chiffres n’ont rien d’alarmant.
La ventilation par amplitude change la lecture. Sur les signaux francs, la spécificité est de 76,7 % : trois scènes sur quatre correctement identifiées comme négatives. Sur les signaux discrets, elle tombe à 48,7 %. Devant une scène où le chat exprime son inconfort à bas bruit, un propriétaire de chat n’apporte donc pas d’information : son jugement fait ce que ferait une pièce lancée en l’air. Un participant sur cinq, 20,9 % exactement, qualifie même de joueur un chat en état négatif discret.
L’écart ne tient pas à une difficulté générale de l’exercice. Sur les vidéos positives franches, 79,8 % des participants identifient correctement le jeu ; sur les vidéos négatives franches, 40,2 % reconnaissent frustration ou agacement. La compétence existe : elle est adossée aux comportements de grande amplitude, et elle s’arrête où ceux-ci s’arrêtent.
Une réserve de méthode borne ce résultat. Les participants jugeaient des vidéos, sans odeur, sans contexte, sans pouvoir ajuster leur conduite au retour de l’animal ; l’échantillon était par ailleurs majoritairement féminin et déjà familier des chats. La transposition à une interaction réelle, où l’on tient l’animal et où l’on sent son corps se raidir, n’a rien d’automatique. Ce que l’essai mesure, c’est la lecture visuelle du signal — la première brique de la chaîne, pas la chaîne entière.

L’écart entre voir un chat contrarié et arrêter le jeu
Reconnaître un signal et en tirer une conduite sont deux opérations distinctes, et l’essai les a mesurées séparément : on demandait aussi aux participants ce qu’ils feraient face au chat de la vidéo.
Devant une détresse franche, la conduite suit la lecture : 90,8 % choisissent de s’éloigner. Devant une gêne discrète, 73,6 % choisissent de caresser l’animal. Le chiffre décisif est le troisième : parmi les participants ayant correctement identifié un état négatif discret, 44,4 % ont malgré tout choisi d’interagir. Près d’un sur deux a vu, et a continué.
Ce résultat déplace le problème. Si l’échec tenait à la seule perception, mieux regarder suffirait. Mais une part des interactions non consenties se produit chez des gens qui ont perçu le refus et l’ont jugé insuffisant pour s’arrêter, soit parce que le signal paraissait mineur, soit parce que la caresse semblait devoir arranger les choses. C’est la raison pour laquelle la recommandation qui a une chance de tenir n’est pas d’observer mieux, mais d’adopter une règle de conduite indépendante de l’observation : laisser le chat entrer dans l’interaction, et le laisser en sortir quand il le décide. Une règle s’applique même les jours où l’on lit mal.
Onze vidéos, mille cent commentaires : comment le public lit une scène de refus
L’étude parue en 2026 dans Anthrozoös ne porte pas sur les chats. Elle porte sur ce que des humains écrivent en regardant des chats. Onze vidéos publiques, diffusées sur YouTube, TikTok, Instagram et Facebook, toutes présentées comme du jeu par ceux qui les avaient mises en ligne, toutes montrant des signes nets de refus ou de détresse. L’équipe en a analysé les cent premiers commentaires, soit mille cent messages.
Le résultat central est une fourchette : selon la vidéo, entre 75 et 93 % des commentaires étaient favorables à l’interaction. Pas neutres, favorables. Le reste, de 7 à 25 % des messages selon la vidéo, recouvre aussi bien la désapprobation que les commentaires neutres ou hors sujet : la fourchette borne l’approbation, elle ne mesure pas l’opposition.
Ces chiffres appellent une précision de statut. Le texte intégral de l’article d’Anthrozoös n’est pas consultable : la page de l’éditeur renvoie une erreur 403, encore vérifiée le 21 août 2026. Les valeurs reprises ici viennent de la présentation qu’en fait la première autrice et de reprises indépendantes qui donnent les mêmes bornes et le même volume de commentaires. Elles concordent, mais elles ne tiennent pas lieu de méthode lue : ni le détail du codage des commentaires, ni les critères de sélection des onze vidéos ne sont vérifiables en l’état, et rien ne permet de dire sur quelle période ces vidéos ont été collectées.
Le mode de recueil se lit dans le calcul lui-même : onze vidéos, cent commentaires chacune, mille cent au total. Ce ne sont pas cent messages tirés au sort : l’ordre d’affichage est celui que classe la plateforme, pas celui du hasard, et c’est le haut de ce classement qui a été lu. La fourchette décrit donc la partie la plus visible de la discussion, celle qu’un internaute rencontre en premier.
Une borne s’impose ici, sans quoi le chiffre change de sens. Ces onze vidéos ont été retenues parce qu’elles montraient des interactions problématiques ; sept d’entre elles laissaient voir une blessure humaine, chiffre donné par la reprise indépendante publiée le 20 août 2026 par ScienceAlert. Le pourcentage mesure la réception publique de scènes sélectionnées pour leur caractère problématique, pas la fréquence des mauvaises pratiques dans les foyers. Il ne dit rien du nombre de chats maltraités. Il dit comment une scène de refus est lue quand elle circule.
Les neuf justifications que le public oppose au refus du chat
Les commentaires approbateurs ne se contentaient pas d’approuver : ils argumentaient. Les auteurs les ont regroupés en neuf catégories de justification, dont les intitulés sont restitués par l’autrice et par les reprises.
La plus fréquente porte un intitulé qui contient à lui seul tout le raisonnement : « Si ça ne leur plaisait pas, tu le saurais ». Viennent ensuite des variantes : « les chats comprennent », qui prête à l’animal la lecture d’une intention ludique ; « c’est de l’amour de chat », qui reclasse la morsure en marque d’affection ; « ça satisfait l’instinct de prédation », qui invoque un bénéfice pour l’animal.
Ces quatre-là suffisent à faire voir la structure commune. Chacune prend un signal de refus et le requalifie : en preuve d’acceptation, en malentendu bénin, en affection, ou en besoin comblé. Le refus n’est jamais nié. Il est réinterprété.
La morsure d’affection est le cas d’espèce le plus utile, parce que la requalification y est presque plausible : le chat vient chercher le contact, ronronne, puis mord sans rompre le contact. La lecture affective colle à ce que l’on voit. Elle se trompe seulement de maillon : ce que l’animal signale est un seuil dépassé, pas un attachement. Notre espèce produit d’ailleurs le même genre de contresens sur ses propres signaux corporels, et le rire des chatouilles en est l’exemple le mieux documenté.
Ce que l’étude documente, ce sont ces raisonnements et non les pratiques domestiques. Elle mesure une manière de lire, largement partagée, y compris — c’est ce qui la rend instructive — par des gens qui aiment les chats.
Du stress ponctuel à l’état installé, ce que le chat encaisse
Ce que décrivent ces travaux n’est pas l’effet d’un épisode isolé, qu’aucun d’eux ne mesure, mais celui de la répétition : le passage d’une réaction aiguë — raidissement, accélération, fuite — à un état durable est le mécanisme invoqué pour expliquer que des chats vivant dans des foyers attentionnés développent des troubles du comportement.
Là encore, la tenue du niveau de preuve fait la différence entre une information et un slogan. La cystite idiopathique féline en donne la mesure : elle représente 55 à 67 % des affections de l’appareil urinaire bas du chat selon les pays, ce qui en fait la cause dominante d’un motif de consultation très fréquent. Des facteurs de stress environnementaux lui sont associés, et un mécanisme neuroendocrinien a été décrit pour rendre compte de cette association. Son étiopathogénie n’est pas établie pour autant. Écrire que le stress cause la cystite idiopathique dépasse ce que la littérature soutient : l’adjectif « idiopathique » dit justement que l’origine reste inconnue. Sur les soins aux animaux de compagnie, cette exigence de niveau de preuve vaut aussi en aval, jusqu’à ce que l’ANSES vérifie avant d’enregistrer un médicament vétérinaire homéopathique.
Ce qui vaut pour le lecteur est plus simple que la controverse scientifique. Un chat qui se met à mordre, qui se lèche jusqu’à la lésion, qui urine hors de son bac ou qui change brusquement de comportement relève du vétérinaire, pas d’un ajustement de la manière de jouer. Ces signes peuvent traduire une douleur ou une maladie, et aucune lecture de signaux ne remplace un examen.
Baguette, main nue, pointeur laser : ce que l’objet du jeu change à la séquence
Si le jeu rejoue la chasse, alors l’objet du jeu détermine où la séquence s’arrête. Trois configurations, trois issues.
La main nue place la cible sur le corps de l’humain : la distance est nulle, la capture se fait sur de la peau, et c’est là que l’apprentissage se dépose. Le jouet à baguette — une tige souple terminée par un leurre au bout d’un fil — maintient au contraire une distance entre la main et la proie. Le chat peut exécuter la séquence complète, guet, bond, saisie, morsure, sans que la peau entre dans le champ. C’est la recommandation formulée par l’équipe d’Adelaide University, avec deux autres : laisser le chat choisir d’entrer dans le jeu, et le laisser en sortir.
Le pointeur laser fait l’inverse d’un jouet à baguette : il propose une proie qui ne peut jamais être capturée. L’enquête menée par Lori Kogan et Emma Grigg auprès de 618 gardiens en 2021 s’est intéressée à cette particularité. 45,5 % des répondants utilisaient un laser, 52,1 % connaissaient l’avertissement portant sur la frustration liée à l’absence de capture, et 35,6 % en tenaient compte. Dans leur régression, la fréquence du jeu au laser ressort comme premier prédicteur d’un score de comportements répétitifs anormaux (B = 0,79 ; p < 0,001), le modèle expliquant 14 % de la variance.
Ce 14 % est la borne de l’affirmation : plus des quatre cinquièmes de la variation restent hors du modèle. L’enquête est transversale et déclarative, elle n’identifie aucun seuil de fréquence problématique, et elle ne permet pas de décider du sens de la relation. Les auteurs posent eux-mêmes cette limite : « Bien que corrélationnels, ces résultats suggèrent que les jouets laser pourraient être associés au développement de comportements compulsifs chez le chat, ce qui justifie de poursuivre les recherches sur leur usage et sur leurs risques potentiels. »
La conduite que ces données autorisent n’est donc pas d’écarter le laser, mais de ne pas laisser la séquence sans fin : terminer sur un objet que le chat peut réellement attraper, de sorte que la chasse aboutisse à une capture.
Ce qu’un jeu bien conduit change, chiffré sur 1 591 foyers
Rien de tout cela n’est un argument contre le jeu. L’enquête publiée le 27 janvier 2023 dans Animal Welfare va dans le sens opposé : 1 591 gardiens de chats, 55 pays, un questionnaire de 105 questions administré du 22 juin au 17 juillet 2021.
Deux associations en ressortent. Les gardiens pratiquant au moins sept jeux différents avec leur chat rapportaient les meilleurs scores de relation humain-chat, et les chats qui jouaient davantage obtenaient de meilleurs scores de qualité de vie. Par ailleurs, 468 gardiens signalaient des changements de comportement en l’absence de jeu, dont une hausse des demandes d’attention (22,2 %) et des vocalises (15,6 %).
L’échantillon a ses biais, énoncés par les auteurs : 49,3 % d’Australiens, 90,3 % de femmes, et des données déclarées par le gardien plutôt qu’observées. La direction reste nette. Le problème que posent ces trois travaux n’est pas la quantité de jeu, c’est sa conduite : qui l’initie, qui l’arrête, et sur quel objet il se termine.
| Publication | Population | Méthode | Résultat central |
|---|---|---|---|
| Animal Welfare, 27 janvier 2023 | 1 591 gardiens, 55 pays | Questionnaire de 105 questions, 22 juin – 17 juillet 2021 | Plus de jeu et plus de variété de jeux vont avec de meilleurs scores de qualité de vie et de relation |
| Frontiers in Ethology, 24 septembre 2025 | 368 adultes australiens vivant avec un chat | Essai randomisé, 16 vidéos classées par 5 spécialistes | Spécificité de 48,7 % sur les signaux discrets, contre 76,7 % sur les signaux francs |
| Anthrozoös, 2026 | 1 100 commentaires sous 11 vidéos publiques | Analyse des 100 premiers commentaires de chaque vidéo | 75 à 93 % de commentaires favorables à des interactions refusées par le chat |
Le test des trois secondes, et la question que ces travaux laissent ouverte
De tout ce qui précède, une seule opération est praticable sans expertise : suspendre l’interaction deux ou trois secondes, retirer la main, et regarder si le chat revient de lui-même. Cette vérification ne demande pas de savoir lire une tension de queue. Elle demande de s’arrêter avant d’avoir une raison de s’arrêter.
La question ouverte tient dans un écart interne au travail de cette équipe. La conclusion de l’étude de 2026 appelle à éduquer le public à reconnaître et à respecter le refus du chat. Or la même équipe a testé une vidéo pédagogique de 2 min 30 : après visionnage, la détection des signaux francs progresse à peine — 1,9 point de sensibilité, 1,4 point de spécificité — tandis que la détection des états négatifs discrets recule de 18,8 points de spécificité, dans un intervalle de confiance à 95 % allant de −16,2 à −20,2 points. Cette vidéo n’est pas sans effet. Elle en a un, en partie contraire à celui recherché : en concentrant l’attention sur les comportements de grande amplitude, elle rend les autres moins visibles.
Le désaccord ne porte pas sur le principe d’éduquer, mais sur son format, et il laisse ouverte la question qui décidera de la suite : quel support apprend à voir ce qui est petit, sans apprendre du même coup à ne voir que ce qui est grand.
Cet article n’est pas un avis vétérinaire ni un avis médical. Pour un chat qui mord, se lèche jusqu’à la lésion ou change brusquement de comportement, la référence est le vétérinaire ; pour une morsure ou une griffure qui s’infecte, le médecin traitant, et le 15 en cas d’urgence.
FAQ — jouer avec son chat sans en arriver à la morsure
Comment savoir si votre chat veut vraiment jouer ?
En le laissant décider de l’ouverture. Un chat qui vient, qui fixe le jouet, qui se met en position d’affût, demande le jeu. Un chat qu’il faut aller chercher, saisir ou maintenir ne le demande pas. La vérification la plus fiable ne consiste pas à observer mieux, mais à s’interrompre : deux ou trois secondes sans contact, puis on regarde s’il revient de lui-même. C’est le seul test qui ne dépende pas de la capacité à repérer des signaux de faible amplitude, et cette capacité est justement celle qui fait défaut.
Pourquoi votre chat mord-il pendant les caresses ?
Parce que le contact a dépassé son seuil de tolérance tactile. Julia Henning décrit ces morsures dites « d’amour » comme des signaux de sursaturation, non comme des marques d’affection. Le chat a généralement signalé ce seuil avant de mordre, par des mouvements de faible amplitude : oreilles qui pivotent, peau du dos qui frémit, extrémité de la queue qui bat. La morsure ferme la série de signaux, elle ne l’ouvre pas. En pratique, mieux vaut écourter les séances de caresses et les relancer plutôt que de les prolonger jusqu’à la réaction.
Un chat qui reste immobile est-il forcément d’accord ?
Non. Le figement est une conduite défensive, au même titre que la fuite ou l’attaque, et c’est celle qui subsiste quand partir paraît impossible ou trop coûteux — animal tenu, coincé, ou placé là où il ne peut descendre sans passer par la personne. L’immobilité n’est donc pas une preuve de consentement. Elle n’est pas non plus une preuve de détresse : un chat détendu reste immobile lui aussi. Ce sont les autres signaux, position des oreilles, raideur du corps, tension de la queue, qui départagent les deux situations.
Que signifie une queue de chat qui bouge pendant le jeu ?
Chez le chat, une queue qui fouette ou dont l’extrémité vibre relève du registre de la tension, pas de l’enthousiasme. L’analogie avec le chien induit en erreur : le même mouvement n’a pas la même valeur chez les deux espèces. La tension de la queue figure d’ailleurs parmi les signaux de faible amplitude que l’essai publié dans Frontiers in Ethology classe comme négatifs, aux côtés des mouvements de moustaches, des changements d’expression faciale, du raidissement et de la position des oreilles.
Le pointeur laser est-il déconseillé pour un chat ?
Les données disponibles ne permettent pas d’aller jusque-là. L’enquête de Lori Kogan et Emma Grigg auprès de 618 gardiens associe la fréquence du jeu au laser à un score plus élevé de comportements répétitifs anormaux, mais il s’agit d’une enquête transversale et déclarative : elle n’établit pas de causalité, n’identifie aucun seuil de fréquence, et son modèle n’explique que 14 % de la variance. Ce que le mécanisme suggère est plus modeste et plus praticable : une séquence de chasse sans capture reste inachevée, donc terminer le jeu sur un objet que le chat peut réellement attraper.
Faut-il varier les jeux proposés à un chat ?
L’enquête publiée dans Animal Welfare auprès de 1 591 gardiens de 55 pays associe la variété à de meilleurs scores : les gardiens pratiquant au moins sept jeux différents rapportaient les meilleures relations avec leur chat, et les chats qui jouaient davantage de meilleurs scores de qualité de vie. Ce sont des associations issues de déclarations, pas une démonstration d’effet. Dans l’autre sens, 468 gardiens signalaient des changements de comportement quand le jeu manquait, dont une hausse des demandes d’attention et des vocalises.
Que faire après une morsure ou une griffure de chat ?
Les morsures et griffures de chat s’infectent facilement et justifient un avis médical, en particulier chez l’enfant et chez la personne immunodéprimée. Du côté de l’animal, un chat qui se met à mordre alors qu’il ne le faisait pas, qui se lèche jusqu’à la lésion, qui urine hors de son bac ou qui change brusquement de comportement relève d’une consultation vétérinaire : ces signes peuvent traduire une douleur ou une maladie, et aucune correction de la manière de jouer ne remplace un examen.
