Six familles de travaux — l’isolation des combles, les fenêtres, la ventilation, le chauffe-eau thermodynamique, le solaire thermique et les poêles à bois — doivent sortir de MaPrimeRénov’ par geste au 1ᵉʳ septembre 2026. L’annonce circule depuis le début de juillet et la plupart des articles la présentent comme acquise. Elle ne l’est pas : le décret correspondant n’était toujours pas publié au Journal officiel le mardi 11 août 2026 à 01 h 41, heure de Paris, constatation faite par deux routes Légifrance indépendantes détaillées plus bas. Le projet a par ailleurs reçu un avis défavorable du Conseil national de l’habitat le 2 juillet. Cet article répond à trois questions : quels gestes sont visés et d’où vient cette liste, quelle règle s’appliquera à un dossier déposé maintenant, et comment vérifier vous-même, en deux minutes, si le texte est sorti.

Les six travaux qui sortiraient de MaPrimeRénov’ par geste au 1ᵉʳ septembre

Les six familles de travaux visées

Le parcours « par geste » finance un chantier isolé, sans engager une rénovation complète. Le projet soumis au Conseil national de l’habitat (CNH) en retirerait six familles de travaux. La première est la plus fréquentée : l’isolation des combles et des toitures, que le bureau d’études Kalio décrit comme « le geste le plus demandé » du dispositif. C’est aussi la porte d’entrée classique de la rénovation, et nous détaillons ailleurs pourquoi l’isolation des combles reste le chantier au meilleur rendement. Deuxième famille visée : les fenêtres et portes-fenêtres.

Vient ensuite la ventilation, et c’est là que les sources cessent de dire la même chose. Selectra ne mentionne que la VMC double flux ; Kalio écrit « VMC simple et double flux » ; Batirama et Batiweb parlent plus largement de « systèmes de ventilation ». L’écart n’est pas théorique : un propriétaire qui projette une simple flux hygroréglable ne sait pas, à ce stade, s’il est concerné, et seule la publication du texte tranchera — sachant que ventilation et aération du logement répondent de toute façon à deux logiques complémentaires. Quatrième famille : le chauffe-eau thermodynamique, c’est-à-dire une pompe à chaleur dédiée à la seule eau chaude sanitaire. Un même équipement, deux appellations : c’est ce qui explique que certaines reprises le comptent deux fois et annoncent sept gestes.

Cinquième famille : le chauffe-eau solaire individuel et le système solaire combiné, qui produit à la fois l’eau chaude et une part du chauffage. Selectra, Batirama et Kalio précisent « hors Outre-mer » — le régime ultramarin est constamment distinct dans ce dispositif —, mention absente des autres reprises. Sixième et dernière : la biomasse, soit les poêles à bois et à granulés ainsi que les inserts. C’est le geste le plus disputé, et celui qu’une partie des comptes-rendus a omis.

Les trois gestes qui resteraient éligibles

Trois gestes conserveraient l’accès au parcours par geste selon Selectra, Pretto, PrimesEnergie et Kalio : la pompe à chaleur de chauffage, air/eau ou géothermique, dont nous expliquons par ailleurs comment fonctionne une pompe à chaleur ; le raccordement à un réseau de chaleur ; la dépose d’une cuve à fioul. Batirama et monimmeuble.com décrivent un périmètre plus large, incluant l’audit énergétique, l’accompagnement et certains travaux spécifiques à l’Outre-mer. Les deux listes peuvent être exactes dans deux acceptions : l’audit et l’accompagnement sont des prestations, non des gestes de travaux. C’est une hypothèse de lecture, pas un arbitrage.

D’où vient cette liste, et ce qu’elle vaut

Un point de méthode s’impose, car il commande tout le reste. Cette liste ne figure dans aucun texte public. L’avis du CNH, seule pièce officielle disponible, enregistre un vote sur l’intitulé de deux projets de texte : il n’en énumère pas le contenu. La liste provient de six sources spécialisées concordantes ayant eu connaissance du projet — Selectra, Batiweb, Batirama, Kalio, Pretto et PrimesEnergie. C’est solide ; ce n’est pas opposable. Tout ce qui suit décrit un projet de décret tel que rapporté, jamais un décret en vigueur.

Les six gestes menacés et les trois gestes maintenus
Geste Statut annoncé au 1ᵉʳ septembre Reste finançable par
Isolation des combles et toituresSortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Fenêtres et portes-fenêtresSortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Ventilation, VMC (périmètre discuté)Sortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Chauffe-eau thermodynamiqueSortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Chauffe-eau et chauffage solaires (hors Outre-mer)Sortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Poêles à bois et à granulésSortirait du parcours par gesteRénovation d’ampleur, CEE
Pompe à chaleur de chauffageResterait éligibleParcours par geste
Raccordement à un réseau de chaleurResterait éligibleParcours par geste
Dépose d’une cuve à fioulResterait éligibleParcours par geste

Trois semaines avant l’échéance, le décret n’est pas paru

Ce que dit le Journal officiel au 11 août 2026

Nous avons contrôlé l’état du droit le mardi 11 août 2026 à 01 h 41, heure de Paris, par deux chemins distincts sur Légifrance. Premier chemin, le texte fondateur : la page du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique — le nom administratif de MaPrimeRénov’ — recense tous ses modificatifs. Le dernier d’entre eux est le décret n° 2026-516 du 12 juin 2026. La page indique « dernière mise à jour des données de ce texte : 18 juin 2026 ». Aucun modificatif postérieur n’y figure.

Second chemin, indépendant du premier : une recherche plein texte dans le Journal officiel sur l’expression exacte « prime de transition énergétique », triée par date de publication décroissante. Le texte le plus récent qui remonte est l’arrêté du 12 juin 2026, publié au JORF n° 0140 du 17 juin 2026. Rien en juillet, rien en août. Les deux routes concordent : le dernier acte réglementaire touchant MaPrimeRénov’ reste ce décret du 12 juin 2026 et les arrêtés des 10, 11 et 12 juin, entrés en vigueur le 18 juin. Aucun texte n’est issu de la séance du 2 juillet. Cette constatation n’est pas isolée : Selectra écrivait déjà le 5 août 2026 qu’« au 5 août 2026, le durcissement de MaPrimeRénov’ annoncé pour la rentrée n’existe dans aucun texte publié ». L’absence dure donc depuis plusieurs semaines.

Aucune nouvelle consultation depuis le 2 juillet

Une réécriture du projet aurait supposé un nouveau passage devant le CNH. Il n’y en a pas eu. La seule séance postérieure du conseil, celle du 20 juillet 2026, portait sur un texte sans rapport avec le logement énergétique : un projet de loi relatif à la réparation effective des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l’espace public, avis rendu par 6 voix pour, 21 contre et 15 abstentions. Nous avons ouvert le procès-verbal de cette séance pour le vérifier : il ne contient que ce texte. Au 11 août 2026, le dossier en est donc resté à l’avis défavorable du 2 juillet, sans suite publique connue.

Vérifier vous-même en deux minutes

L’état du droit peut changer d’un jour à l’autre, et le contrôle ne demande aucune compétence juridique. Ouvrez la page du décret n° 2020-26 sur Légifrance, dont le lien figure ci-dessus. Repérez la mention « dernière mise à jour des données de ce texte » : si la date affichée est postérieure au 18 juin 2026, quelque chose a bougé. Parcourez ensuite la liste des textes modificatifs, présentée par ordre chronologique en bas de page : l’apparition d’un décret postérieur au décret n° 2026-516 du 12 juin 2026 signifie que la réforme est publiée, et le texte lui-même vous dira alors quels gestes sont retirés et à partir de quelle date de dépôt. C’est la seule vérification qui fasse foi.

Bon à savoir — ce constat porte une date. Au 11 août 2026 au matin, aucun texte n’était publié ; il peut paraître à tout moment. Deux conséquences pratiques. D’abord, le 1ᵉʳ septembre 2026 est une date indicative, issue de l’annonce et du projet soumis au CNH : tant que le texte n’est pas publié, son entrée en vigueur n’est pas fixée, et un décret ne s’applique jamais avant sa parution au Journal officiel. Ensuite, le projet peut encore être modifié, décalé ou abandonné — l’avis défavorable de l’instance consultative rend une réécriture plausible. Refaites le contrôle en deux minutes avant toute décision.

L’avis du Conseil national de l’habitat du 2 juillet 2026

Le vote, document à l’appui

Le document existe, il est public, et il est signé. L’avis du Conseil national de l’habitat du 2 juillet 2026 énonce que « le Conseil national de l’habitat s’est réuni le jeudi 02 juillet 2026, en application de l’article R. 361-2 du code de la construction et de l’habitation, et a valablement délibéré sur le texte suivant : […] Projets de décret et d’arrêté modifiant respectivement le décret n° 2020-26 et l’arrêté du 14 janvier 2020 relatifs à la prime de transition énergétique ». Le résultat du vote figure page 2 : 6 voix pour, 25 contre, 7 abstentions. L’avis est donc défavorable. Ces chiffres sont ceux du procès-verbal officiel, que nous avons ouvert, et non d’une reprise — même si Selectra, Batiweb et Batirama donnent les mêmes.

Cinq textes approuvés le même jour, un seul rejeté

Le même procès-verbal apporte un élément que les reprises n’ont pas relevé : le conseil a examiné six textes ce jour-là et n’en a rejeté qu’un, celui-ci. Les cinq autres ont recueilli une majorité de voix favorables — le DPE des bâtiments patrimoniaux et des meublés de tourisme (35 pour, 0 contre, 10 abstentions), deux articles d’un texte de simplification de l’action publique locale (38/0/7 et 23/9/10), un texte relatif aux Jeux olympiques et paralympiques de 2030 (16/8/15) et la suspension des labels RGE (35/0/2). Le rejet n’est donc pas l’expression d’une humeur générale de la séance : il vise un texte en particulier.

Ce que pèse un avis consultatif

Un avis du CNH ne lie pas le gouvernement. Il doit être recueilli, il n’a pas à être suivi : le texte peut être publié malgré le vote. Créé en 1983, placé auprès du ministre chargé du logement, le Conseil national de l’habitat réunit 68 membres — élus, professionnels, associations, administrations — et est présidé depuis décembre 2024 par Annaïg Le Meur, députée du Finistère, signataire de l’avis.

Un dossier déposé avant le 1ᵉʳ septembre : quelle règle s’applique ?

La date qui compte est celle du dépôt à l’Anah

Une mise au point d’abord, parce que l’information circule souvent à l’envers : ce n’est ni la signature du devis, ni la date des travaux qui détermine le régime applicable, mais la date de dépôt de la demande auprès de l’Anah. Selectra le rappelait le 5 août 2026 dans un article consacré précisément à cette confusion. Concrètement, un devis signé le 20 août dont le dossier n’est déposé que le 10 septembre relève des règles en vigueur au 10 septembre ; à l’inverse, un devis signé en juin déposé le 25 août relève de celles du 25 août. La signature de l’artisan sert à constituer le dossier, elle ne réserve aucun barème.

Probable, mais pas garanti

Cette règle n’est pas une coutume administrative : c’est la forme rédactionnelle que prennent, texte après texte, les décrets qui modifient MaPrimeRénov’. L’article 3 du décret n° 2026-516 du 12 juin 2026, le dernier en date, dispose ainsi que ses dispositions « s’appliquent aux demandes de primes déposées à compter du 30 septembre 2025 » pour certaines d’entre elles, « à compter du 1ᵉʳ janvier 2026 » pour les autres. Tous les modificatifs successifs du décret n° 2020-26 emploient la même clause, avec la date de dépôt pour pivot.

Reste que cette clause vit dans chaque texte, et que le texte de septembre n’est pas encore paru : ses dispositions transitoires, quelles qu’elles soient, figureront dans le décret publié. Personne ne peut donc dire, avant sa publication, ce qu’il adviendra exactement d’un dossier déposé le 28 août. Ce qui peut s’écrire, et ce n’est pas rien : tous les décrets modificatifs précédents ont retenu la date de dépôt, et si celui-ci reprend la forme habituelle, c’est cette date qui déterminera le régime d’instruction. Nous n’avons trouvé aucune source, officielle ou non, permettant d’aller au-delà de cette attente raisonnable.

Attention — ne faites pas commencer les travaux avant l’accusé de réception. Le vrai piège de la fin août n’est pas dans les barèmes, il est là. L’arrêté du 14 janvier 2020 subordonne l’aide au fait que les travaux ne débutent pas avant la notification de l’accusé de réception du dossier par l’Anah, sauf urgence reconnue. Un chantier lancé plus tôt fait perdre la prime, quelle que soit la qualité du dossier et même si tous les autres critères sont remplis. Or déposer vite, puis faire venir l’artisan dans la foulée, est exactement le réflexe qu’une échéance annoncée déclenche. Déposez, attendez l’accusé de réception, et seulement ensuite faites démarrer le chantier.

Installation extérieure d'une pompe à chaleur dans un complexe résidentiel récemment construit

Comment fonctionne MaPrimeRénov’ aujourd’hui

Deux parcours, deux logiques

MaPrimeRénov’ est le nom commercial de la prime de transition énergétique, créée par le décret du 14 janvier 2020 en remplacement du crédit d’impôt pour la transition énergétique. Elle se décline en deux parcours de logique différente. Le parcours par geste verse un forfait par type de travaux : vous isolez vos combles, vous touchez un montant fixé au mètre carré selon vos revenus. Le parcours rénovation d’ampleur, anciennement « parcours accompagné », finance un bouquet de travaux et applique un taux de prise en charge à un plafond de dépenses. Le premier finance un chantier, le second une transformation du logement, ce qui suppose d’avoir identifié les déperditions thermiques dans leur ensemble.

Les quatre profils de revenus

L’aide est modulée selon quatre profils, désignés par une couleur : Bleu pour les ménages très modestes, Jaune pour les modestes, Violet pour les revenus intermédiaires et Rose pour les revenus supérieurs. Le classement dépend du revenu fiscal de référence, de la composition du foyer et de la localisation, les barèmes d’Île-de-France étant distincts de ceux du reste du territoire. Une conséquence est souvent ignorée : en métropole, le profil Rose est exclu du parcours par geste et n’a accès qu’à la rénovation d’ampleur.

Les conditions communes aux deux parcours

Trois conditions, rappelées par la fiche officielle du dispositif, valent quel que soit le parcours. Le logement doit avoir au moins 15 ans à la date du début des travaux — deux ans seulement en Outre-mer et pour certaines déposes de cuve à fioul. Il doit être occupé à titre de résidence principale : au moins trois ans pour un propriétaire occupant, six ans d’engagement de location pour un bailleur. Enfin, les travaux doivent être réalisés par une entreprise titulaire du label RGE, « reconnu garant de l’environnement », qui atteste d’une qualification contrôlée dans le domaine concerné ; les exceptions sont limitées. Faire appel à un artisan non RGE suffit à faire tomber le dossier.

La rénovation d’ampleur, mode d’emploi

Ce parcours est plus encadré. L’accompagnement y est obligatoire : un opérateur agréé Mon Accompagnateur Rénov’ suit le projet du diagnostic à la réception des travaux, et depuis la réouverture du guichet en 2026, un rendez-vous personnalisé avec un conseiller France Rénov’ doit précéder le dépôt du dossier. Depuis le 30 septembre 2025, le parcours est en outre réservé aux passoires énergétiques : le logement doit être classé E, F ou G au diagnostic de performance énergétique avant travaux, et le projet doit faire gagner au moins deux classes. Les dépenses éligibles sont plafonnées à 30 000 € hors taxes pour un gain de deux classes et à 40 000 € hors taxes à partir de trois classes. Le taux appliqué à ce plafond est de 80 % pour le profil Bleu, 60 % pour le Jaune, 45 % pour le Violet et 10 % pour le Rose.

Plafonds et forfaits du parcours par geste

Le parcours par geste obéit à une autre arithmétique : des forfaits, cumulables dans la limite de 20 000 € par logement sur cinq ans selon le barème 2026 relevé par Effy. À titre de repère, les gestes aujourd’hui menacés donnent droit à 15 à 25 € par mètre carré pour l’isolation des combles et rampants, jusqu’à 100 € par équipement pour une fenêtre, jusqu’à 2 500 € pour une VMC double flux, 400 à 1 200 € pour un chauffe-eau thermodynamique et jusqu’à 1 250 € pour un poêle à granulés. Les gestes qui resteraient éligibles sont d’un tout autre ordre : 3 000 à 5 000 € pour une pompe à chaleur air/eau, jusqu’à 11 000 € pour une géothermique. Un point mal connu fait échouer des dossiers : le forfait fenêtres n’est ouvert que pour le remplacement d’un simple vitrage. Remplacer un double vitrage ancien par un modèle plus performant n’y donne pas droit.

Qui fait quoi : l’Anah et France Rénov’

Deux organismes interviennent, et les confondre fait perdre du temps. L’Agence nationale de l’habitat (Anah) instruit les demandes, notifie l’accusé de réception et verse la prime : c’est l’interlocuteur du dossier. France Rénov’ est le service public d’information et d’orientation : conseillers, annuaire des professionnels RGE, simulateur de droits. Le conseil est gratuit et indépendant de tout vendeur de travaux.

Par geste et rénovation d’ampleur : ce qui les sépare
Critère Par geste Rénovation d’ampleur
Profils éligiblesBleu, Jaune, Violet (Rose exclu en métropole)Les quatre profils
Classe DPE avant travauxAucune conditionE, F ou G
Gain de performance exigéAucunAu moins deux classes
AccompagnementFacultatifMon Accompagnateur Rénov’ et rendez-vous France Rénov’ préalable
Plafond20 000 € par logement sur 5 ans30 000 € HT (2 classes) ou 40 000 € HT (3 classes et plus)
Forme de l’aideForfait par type de travauxTaux de 80, 60, 45 ou 10 % du plafond

Ces travaux resteraient finançables, mais autrement

Sortir du parcours par geste ne signifie pas sortir de MaPrimeRénov’. Les six familles concernées resteraient éligibles au sein d’une rénovation d’ampleur, avec le ticket d’entrée décrit plus haut : un logement classé E, F ou G, un bouquet de travaux, un gain d’au moins deux classes de DPE et un accompagnement obligatoire. Pour un propriétaire dont le logement est déjà classé D, ou qui ne peut engager qu’un chantier à la fois, cette porte est fermée en pratique.

Reste une seconde voie, que le projet ne touche pas : les certificats d’économies d’énergie, ou CEE. Le mécanisme est distinct de MaPrimeRénov’ et ne repose pas sur l’argent public. L’État impose aux fournisseurs d’énergie — électricité, gaz, carburants — d’obtenir chaque année un volume d’économies d’énergie, qu’ils atteignent en finançant des travaux chez les particuliers. Selon Kalio, PrimesEnergie et Selectra, l’isolation, les fenêtres, la ventilation, les chauffe-eau et les poêles y restent primables. Perdre MaPrimeRénov’ sur un geste n’est donc pas perdre toute aide, et le choix technique garde toute son importance : le montant obtenu dépend de la performance atteinte, ce qui rend d’autant plus utile de savoir choisir un matériau d’isolation adapté à la paroi traitée.

Trente mois d’instabilité : la chronologie

Ce qui se joue en septembre n’est pas un épisode isolé. Au 1ᵉʳ janvier 2024, une première tentative de fermeture du monogeste avait été mise en œuvre. Selon argile.ai — source unique sur ce point, et non institutionnelle —, elle se serait traduite par environ 40 % de demandes en moins, avant un rétropédalage rétablissant l’aide en mars 2024 avec une enveloppe de 3,1 milliards d’euros. Trois décrets modificatifs se succèdent la même année : n° 2024-249 du 21 mars, n° 2024-819 du 15 juillet et n° 2024-1143 du 4 décembre.

L’été 2025 marque une rupture plus nette. Du 23 juin au 29 septembre 2025, le guichet de la rénovation d’ampleur est suspendu. Deux motifs officiels sont avancés : un stock de dossiers à instruire devenu ingérable, et des dossiers de faible qualité, aux coûts très élevés ou soupçonnés de fraude. Le parcours par geste, lui, reste ouvert pendant toute la période. Le décret n° 2025-956 du 8 septembre 2025, publié au Journal officiel le lendemain, organise la réouverture au 30 septembre avec un régime resserré : rénovation d’ampleur réservée aux logements classés E, F ou G, suppression du bonus « sortie de passoire » de 10 %, plafonds ramenés à 30 000 et 40 000 €, et un quota de 13 000 dossiers pour la fin de l’année.

C’est ce décret de septembre 2025 qui produit, au 1ᵉʳ janvier 2026, le précédent le plus éclairant : l’isolation des murs et les chaudières biomasse sortent effectivement du parcours par geste. Un retrait de gestes a donc déjà été décidé, publié et appliqué — c’est exactement la mécanique annoncée pour septembre 2026, à ceci près qu’elle reposait cette fois sur un texte paru quatre mois à l’avance. Le même 1ᵉʳ janvier 2026, faute de budget voté, le guichet ferme complètement : les dossiers de fin 2025 continuent d’être instruits, mais les décisions et les paiements sont reportés.

La réouverture intervient le lundi 23 février 2026 à midi, pour tous les parcours et tous les ménages, après la promulgation de la loi de finances 2026. « Le budget est voté, le guichet va rouvrir : promesse tenue ! », déclare alors Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, dans un communiqué de l’Anah du 6 février 2026 annonçant 3,6 milliards d’euros pour MaPrimeRénov’ en 2026 et des objectifs de 120 000 rénovations d’ampleur et 150 000 gestes isolés. Quatre mois plus tard, les 10, 11 et 12 juin 2026, trois arrêtés et le décret n° 2026-516 sont publiés au JORF n° 0140 du 17 juin et entrent en vigueur le 18 : c’est l’état du droit actuel. Le 2 juillet, le CNH rend son avis défavorable sur le projet suivant.

Sur le volet budgétaire, deux chiffres circulent depuis début juillet et ne recouvrent pas la même réalité : monimmeuble.com et argile.ai font état de 284 millions d’euros de crédits gelés, Selectra évoque une coupe de 300 millions d’euros. Un gel de crédits et une coupe budgétaire sont deux opérations distinctes : les montants ne s’additionnent pas, et rien ne permet de trancher. Au total, entre janvier 2024 et août 2026, sept changements de régime ou d’accès se sont succédé en trente mois. C’est la raison la plus concrète de vérifier soi-même l’état du texte : la prochaine modification sera d’abord lisible sur Légifrance.

Ce qu’en disent les professionnels et l’administration

La position du ministère chargé du logement, rapportée par Batirama le 6 juillet 2026, tient en une formule : « un choix de responsabilité ». L’argument est celui de l’efficacité de la dépense publique — concentrer les crédits sur les rénovations qui produisent les gains énergétiques les plus élevés, plutôt que de les disperser sur des gestes isolés dont l’effet sur la consommation réelle du logement reste partiel.

Les organisations professionnelles défendent la logique inverse, celle de l’accessibilité. « Le pire ennemi de la rénovation, ce n’est pas le monogeste, c’est l’absence de travaux », déclare Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, cité par Batiweb et Batirama. Audrey Zermati, d’Effy, y voit « un nouveau signal désastreux envoyé à la rénovation énergétique ». L’Union des fabricants de menuiseries (UFME), fédération professionnelle directement intéressée au sort du geste fenêtres, avance de son côté, via monimmeuble.com, que 30 % des logements français seraient encore en simple vitrage, qu’un remplacement apporterait 27 % d’économies de chauffage et que 71 % des ménages enchaîneraient ensuite d’autres travaux — des chiffres à lire en tenant compte de leur origine.

Les deux raisonnements sont cohérents et s’appuient sur des faits différents : le premier sur le rendement énergétique de l’euro public, le second sur la capacité réelle des ménages à engager un chantier. Ce n’est pas à un article de vulgarisation de les départager.

Que faire d’ici au 1ᵉʳ septembre

Aucune urgence à fabriquer, mais quelques vérifications utiles. Commencez par regarder si votre projet figure parmi les six familles annoncées comme sortantes : si vous prévoyez une pompe à chaleur de chauffage, un raccordement à un réseau de chaleur ou une dépose de cuve, vous n’êtes pas concerné en l’état du projet. Contrôlez ensuite l’état du texte sur Légifrance, selon la méthode donnée plus haut : c’est deux minutes, et cela vaut mieux qu’une annonce reprise de site en site.

Si votre geste est visé et que le projet vous intéresse, sachez que c’est le dépôt du dossier à l’Anah qui compte, et que les délais réels sont longs : Kalio et PrimesEnergie évoquent 8 à 12 semaines pour obtenir un devis d’artisan RGE dans les régions tendues, puis plusieurs mois d’instruction. Un dossier ne se monte pas en trois jours. Une fois le dossier déposé, attendez l’accusé de réception de l’Anah avant de faire démarrer le chantier — c’est la faute qui coûte la prime. Et si l’échéance passe sans vous, la voie des CEE reste ouverte pour les mêmes travaux. Dans tous les cas, la question de fond n’est pas administrative : elle est de savoir par quel bout améliorer l’efficacité énergétique de votre logement, et l’ordre des chantiers compte davantage que le calendrier des aides.

L’essentiel en cinq points

Six familles de travaux — isolation des combles et toitures, fenêtres, ventilation, chauffe-eau thermodynamique, solaire thermique hors Outre-mer, poêles à bois et à granulés — sont annoncées comme sortant du parcours par geste, selon un projet rapporté par six sources spécialisées concordantes et absent de tout texte publié. Trois gestes resteraient éligibles : pompe à chaleur de chauffage, réseau de chaleur, dépose de cuve. Le décret n’était pas paru au 11 août 2026 au matin, et la date du 1ᵉʳ septembre reste indicative. La date de dépôt à l’Anah est la règle constante des textes précédents, sans garantie pour celui-ci. Les CEE, eux, ne sont pas visés.

FAQ — MaPrimeRénov’ au 1ᵉʳ septembre 2026

Quels travaux sortent de MaPrimeRénov’ par geste au 1ᵉʳ septembre 2026 ?

Six familles, selon le projet rapporté par la presse spécialisée : isolation des combles et toitures, fenêtres et portes-fenêtres, ventilation, chauffe-eau thermodynamique, chauffe-eau et chauffage solaires hors Outre-mer, poêles à bois et à granulés. Cette liste ne figure dans aucun texte publié : elle provient de six sources concordantes ayant eu connaissance du projet de décret.

Le décret MaPrimeRénov’ de septembre 2026 est-il publié au Journal officiel ?

Il ne l’était pas au mardi 11 août 2026 à 01 h 41, heure de Paris. La page Légifrance du décret n° 2020-26 n’affichait aucun modificatif postérieur au décret n° 2026-516 du 12 juin 2026, et la recherche plein texte au JORF ne remontait rien en juillet ni en août.

Un dossier déposé en août sera-t-il instruit selon les règles actuelles ?

Aucun texte ne permet de l’affirmer, puisque les dispositions transitoires figureront dans le décret, qui n’est pas publié. Tous les décrets modificatifs précédents ont retenu la date de dépôt à l’Anah, et l’article 3 du décret du 12 juin 2026 en donne la clause type. Si celui-ci reprend la forme habituelle, le dépôt déterminera le régime.

Quels travaux resteraient éligibles au parcours par geste ?

Trois gestes, selon Selectra, Pretto, PrimesEnergie et Kalio : la pompe à chaleur de chauffage, le raccordement à un réseau de chaleur et la dépose d’une cuve à fioul. Batirama et monimmeuble.com décrivent un périmètre plus large, incluant l’audit énergétique et l’accompagnement, qui sont des prestations et non des gestes de travaux.

Peut-on encore financer l’isolation des combles si MaPrimeRénov’ la retire ?

Oui, par deux voies. Les certificats d’économies d’énergie, financés par les fournisseurs d’énergie, ne sont pas visés par le projet : l’isolation, les fenêtres, la ventilation, les chauffe-eau et les poêles y restent primables. La rénovation d’ampleur demeure ouverte, mais elle suppose un logement classé E, F ou G et un gain d’au moins deux classes.

Quelle date fait foi : le devis, le dépôt ou les travaux ?

Le dépôt de la demande auprès de l’Anah. La signature du devis ne réserve aucun barème. Attention au piège inverse : les travaux ne doivent pas commencer avant la notification de l’accusé de réception du dossier par l’Anah, sauf urgence reconnue, sous peine de perdre définitivement la prime.