À trois jours de l’éclipse, la pénurie de lunettes d’éclipse est constatée chez plusieurs revendeurs. Le 5 août à 18 h 50, RTL, repris par L’Express, signalait des stocks épuisés chez des pharmaciens et des opticiens dans de nombreuses régions, la demande ayant été sous-estimée. Le 7 août, Le Monde faisait le même constat, tout comme Ouest-France à Rennes, où un commerçant résume : « On a tout vendu en quelques heures. » Les prix relevés vont de 0,50 à 4 € l’unité.

Cet article répond à deux questions, et à deux seulement : où trouver encore une paire d’ici au 12 août, et ce que valent celles qui restent en circulation. Pour la méthode d’observation elle-même — la norme, l’inspection des filtres, les alternatives —, reportez-vous à notre guide complet de l’observation sans danger.

Pénurie de lunettes d’éclipse : la rupture, jour par jour

La séquence tient en trois jours. Le 5 août, RTL décrit des rayons vides et des professionnels débordés ; Sophie Leblanc, responsable d’un magasin Atol, y pose la règle sans détour : « Soit vous avez les lunettes avec le filtre certifié, soit vous ne regardez pas le phénomène. » Le 6 août, TF1 Info décrit des lunettes « de plus en plus difficiles à trouver ». Le 7 août, Le Monde constate la rupture chez certains revendeurs, avec des achats qui ont « fortement augmenté à l’approche du 12 août » ; le même jour, Ouest-France rapporte la situation à Rennes.

Des constats locaux, aucun relevé national

Aucune de ces sources ne mesure un stock national, et aucun relevé consolidé n’existe. Le constat solide s’arrête donc là : les lunettes sont en rupture chez plusieurs revendeurs, dans plusieurs villes, depuis le 5 août — ce qui ne veut pas dire que la France entière l’est. La nuance a une conséquence pratique immédiate : une pharmacie réapprovisionnée en fin de semaine peut très bien avoir des paires quand celle d’en face n’en a plus depuis mardi. Téléphoner avant de se déplacer reste, à ce stade, la stratégie la plus rentable.

Le point de repli le plus solide reste le circuit associatif. Le 22 juillet, l’Association française d’astronomie annonçait avoir diffusé 190 000 lunettes auprès de clubs d’astronomie, d’associations et de collectivités, revendues « à un prix plafonné de 1,5 € pièce ». Ce plafond ne vaut que pour ses propres lunettes : ce n’est pas un prix de marché, et aucun commerçant n’est tenu de s’y aligner. Concrètement, cherchez du côté des clubs d’astronomie locaux, des médiathèques, des mairies et des animations publiques organisées autour de l’éclipse solaire du 12 août 2026, plutôt que d’une enseigne en particulier.

Le seul test indépendant publié dit l’inverse de la panique

Le 5 août, Que Choisir a publié le seul test en laboratoire paru sur cette éclipse. Dix paires, achetées début juillet dans des circuits différents, envoyées en analyse. Le verdict, signé A.-S. Stamane et G. Théry, est sans ambiguïté : « Tous filtrent correctement les rayonnements solaires », et « aucun d’entre eux ne présente de risque pour la santé oculaire ». Les défauts relevés ne portent pas sur la filtration, mais sur le marquage, les instructions ou le certificat. Autrement dit : de la paperasse, pas de l’optique.

Ce résultat prend l’exact contre-pied de la couverture francophone de la semaine, où plusieurs sites ont relayé une alerte associative sur de « fausses lunettes » censées endommager gravement les yeux — sans test, et sans distinguer un défaut de marquage d’un défaut de filtration.

Ce que ce test ne prouve pas

Dix paires ne font pas un état du marché. Elles ont été achetées début juillet, avant l’afflux des références de dernière minute apparues avec la flambée de la demande : rien ne garantit qu’une paire arrivée en rayon depuis vaille celles du panel. Le test dit ce qu’il dit, ni plus ni moins — sur ces dix modèles, la filtration était correcte.

Bon à savoir — une non-conformité de papier n’est pas une preuve de danger optique. Elle n’est pas anodine pour autant : sur un équipement de protection, le marquage et la notice sont ce qui permet de remonter au fabricant en cas de problème. Et c’est à peu près la seule chose qu’un acheteur puisse vérifier lui-même, debout devant un présentoir.

Pourquoi une notice en anglais est un vrai problème réglementaire

Que Choisir nomme trois cas précis. Le hors-série « Éclipse 2026 » livre ses instructions en anglais. Les lunettes diffusées avec le magazine Epsiloon sont accompagnées d’une clause dégageant le fabricant et l’importateur de leur responsabilité. Celles vendues sous l’enseigne Écouter Voir portent un certificat émis par un organisme non répertorié. Ces trois constats sont signés Que Choisir : l’alerte relayée ensuite sur le hors-série vient du milieu associatif, non d’une autorité publique.

Le règlement (UE) 2016/425 sur les équipements de protection individuelle impose que la notice soit fournie « dans une langue aisément compréhensible […] déterminée par l’État membre concerné » (article 8, paragraphe 7). Il exige aussi un numéro de type, de lot ou de série, ainsi que le nom, la marque et l’adresse du fabricant — obligations reprises à l’identique pour l’importateur (articles 8 §5-6 et 10 §3). Une notice en anglais sur un produit vendu en France n’est donc pas un détail de présentation.

Ce qui se joue derrière le marquage CE

L’annexe I du règlement range en catégorie I, celle des risques mineurs, la « lésion oculaire due à une exposition à la lumière solaire (autre que celles survenant pendant une observation du soleil) » : l’observation du Soleil en est explicitement exclue. Aucun texte consulté ne le formule noir sur blanc, mais il s’en déduit que des lunettes d’éclipse relèvent au minimum de la catégorie II, celle qui couvre « les risques autres que ceux énumérés aux catégories I et III » et suppose l’intervention d’un organisme notifié. D’où la portée d’un certificat émis par un organisme non répertorié.

De son côté, la DGCCRF n’a pas alerté sur un modèle nommé : elle a lancé une campagne nationale de contrôle, annoncée le 23 juillet par un communiqué conjoint des ministères de l’Économie et de la Santé, portant sur environ 90 fabricants, importateurs et distributeurs, avec des sanctions pouvant atteindre 200 000 €. Que Choisir précise qu’une campagne de contrôle de la DGCCRF portant sur l’un des modèles testés a été « arrêtée en juillet » : les contrôles se mènent produit par produit.

Une femme portant des lunettes de sécurité regarde une illustration vectorielle d'éclipse solaire partielle

Cinq points, trente secondes, avant de payer

Devant un présentoir, cinq vérifications écartent l’essentiel : la référence de la norme, sous la forme « EN ISO 12312-2:2015 », imprimée sur le filtre ou la monture ; le marquage CE ; un fabricant ou un importateur identifiables, avec nom, adresse et numéro de type ou de lot ; une notice en français ; et un filtre intact, sans rayure, pliure, trou ni décollement.

Le détail — ce que signifie chaque mention, comment inspecter un filtre, que faire au moindre doute — est traité dans notre guide complet de l’observation sans danger.

Un dernier contrôle, empirique : à travers un filtre conforme, vous ne devez rien voir d’autre que le Soleil. Attention, enfin, au raccourci du sigle CE sur une paire de lunettes de soleil. L’intitulé de la norme le dit : « Protection des yeux et du visage. Lunettes de soleil et articles de lunetterie associés. Filtres pour l’observation directe du Soleil ». Elle vise des produits afocaux, c’est-à-dire sans correction, destinés à l’observation solaire directe, et exclut les solaires d’usage général. Une paire de lunettes de soleil, même très foncée, ne dit rien de ce qu’elle laisse passer quand on regarde le Soleil en face.

Ce qu’on trouve encore, et ce que ça vaut
Où chercherPrix constatéCe qu’il faut vérifier
Opticien, pharmacie0,50 à 4 € l’unité (relevés du 5 août)Stock réel : appeler avant de se déplacer
Club d’astronomie, point EclipseInfo1,50 € au plus (plafond fixé par l’AFA)Date de diffusion, notice fournie
Kiosque, presse magazineVendues avec le numéroNotice en français, certificat, marquage
Place de marché en ligneNon relevéFabricant et importateur identifiables ; délai de livraison
Paire retrouvée chez soiDate d’achat avant tout, puis état du filtre

Le point que personne ne vérifie : la date

L’autre question de la semaine ne porte pas sur ce qu’on achète, mais sur ce qu’on retrouve dans un tiroir. Elle a une réponse simple, rarement donnée : la date. La notice publiée le 25 juillet par l’Association française d’astronomie pour ses propres lunettes est explicite : « Jetez les lunettes au plus tard après 2 ans après la date d’achat. » Deux ans, donc, en durée de vie maximale portée sur la notice. À défaut d’indication contraire portée sur votre paire, c’est le repère le plus concret disponible — et il règle le sort de la plupart des lunettes conservées : celles de 1999, celles de 2017 et même celles achetées pour l’éclipse d’avril 2024 sont hors délai. La DGCCRF rappelait d’ailleurs le 23 juillet que les lunettes de 1999 ne doivent pas être réutilisées, les filtres se dégradant avec le temps.

Le risque, à sa juste mesure

La Société française d’ophtalmologie décrivait le 2 juin « une lésion de la rétine souvent indolore mais pouvant entraîner des séquelles visuelles irréversibles », précisant que « quelques secondes d’observation suffisent parfois à provoquer ces lésions ». C’est tout le problème : rien ne fait mal sur le moment. Combien de cas ? Les seules séries retrouvées sont américaines, aucune série française n’ayant été retrouvée. Après l’éclipse du 21 août 2017, 27 patients de l’Utah ont consulté pour des troubles visuels, dont 6 avec des signes compatibles avec une rétinopathie solaire (Ricks, Montoya et Pettey, Clinical Ophthalmology, 2018). Une étude plus large parue en mai 2026 (Dihan et al., Journal of VitreoRetinal Diseases) recense 555 rétinopathies solaires diagnostiquées entre 2012 et 2024 sur 1 042 995 patients suivis en ophtalmologie, soit 44,5 cas par an en moyenne, avec un pic de 71 en 2017. Les années d’éclipse totalisent 51,5 cas contre 37,3 les autres années : une hausse trop faible pour être statistiquement établie (p = 0,062). L’accident est donc rare, mais ses séquelles peuvent être définitives. Sur les autres agressions lumineuses de la rétine, voir les lésions oculaires liées à la lumière bleue.

Le communiqué conjoint Économie-Santé du 23 juillet fixe enfin une consigne rarement reprise : limiter l’observation continue à trois minutes, avec des pauses, et consulter sans délai en cas de trouble visuel.

Attention — en France métropolitaine, l’éclipse est partielle du début à la fin : à aucun moment il n’est possible de retirer ses lunettes. Si vous ne trouvez pas de paire conforme d’ici au 12 août, ne bricolez rien : les méthodes de projection décrites dans notre guide permettent de suivre le phénomène sans filtre, et à plusieurs.

À retenir en cinq lignes

  • Où chercher : opticiens et pharmacies réapprovisionnés, en appelant avant ; sinon clubs d’astronomie, associations et collectivités, qui ont reçu les lunettes diffusées par l’AFA.
  • Combien payer : de 0,50 à 4 € selon les relevés du 5 août ; 1,50 € au plus dans le circuit associatif. Payer plus cher ne garantit rien de plus : sur les dix paires testées par Que Choisir, la filtration était correcte quel que soit le circuit d’achat.
  • Quoi lire sur la monture : « EN ISO 12312-2:2015 », marquage CE, fabricant ou importateur identifiable, notice en français, filtre intact.
  • Une vieille paire : deux ans après l’achat selon la notice de l’AFA, elle part à la poubelle. 1999, 2017, avril 2024 : hors délai, sans discussion.
  • Si vous ne trouvez rien : la projection, décrite dans notre guide, reste sûre, gratuite et collective.

FAQ — lunettes d’éclipse : pénurie, prix et conformité

Où trouver encore des lunettes d’éclipse avant le 12 août 2026 ?

Chez les opticiens et pharmacies réapprovisionnés, en téléphonant d’abord : la rupture est constatée chez plusieurs revendeurs, pas partout. Côté associatif, l’AFA annonçait le 22 juillet avoir diffusé 190 000 paires à des clubs d’astronomie, à des associations et à des collectivités.

Combien coûtent des lunettes d’éclipse conformes ?

Les prix relevés le 5 août par RTL vont de 0,50 à 4 € l’unité. Les lunettes diffusées par l’Association française d’astronomie sont revendues à un prix plafonné de 1,50 € : c’est un plafond associatif, pas un prix de marché.

Les lunettes vendues en kiosque sont-elles dangereuses ?

Le seul test publié, celui de Que Choisir le 5 août, conclut que les dix paires analysées filtrent correctement et ne présentent pas de risque oculaire. Les défauts relevés sont administratifs : marquage, notice ou certificat. Ce constat porte sur dix modèles achetés début juillet, pas sur tout le marché.

Peut-on réutiliser des lunettes d’éclipse de 1999 ou de 2017 ?

Non. La notice de l’AFA fixe une durée de vie maximale de deux ans après l’achat, et la DGCCRF rappelait le 23 juillet que les paires de 1999 ne doivent pas être réutilisées, les filtres se dégradant. Les paires d’avril 2024 sont également hors délai.

Comment reconnaître de fausses lunettes d’éclipse ?

Cherchez la référence « EN ISO 12312-2:2015 », le marquage CE, l’identité du fabricant ou de l’importateur, une notice en français et un filtre sans défaut. À travers un filtre conforme, vous ne devez rien voir d’autre que le Soleil.

Que risque-t-on vraiment à regarder le Soleil sans protection ?

Une rétinopathie solaire : selon la Société française d’ophtalmologie, une lésion de la rétine souvent indolore, aux séquelles parfois irréversibles, que quelques secondes d’exposition suffisent parfois à provoquer. Elle reste rare, mais la récupération n’est pas garantie.

Que faire si je ne trouve pas de lunettes d’ici au 12 août ?

Recourez à la projection, décrite dans notre guide : elle ne demande aucun filtre, se pratique à plusieurs et n’expose jamais l’œil au Soleil. N’improvisez jamais un filtre avec un verre fumé, une radiographie ou plusieurs paires de lunettes de soleil superposées.

Les lunettes de soleil, même très foncées, peuvent-elles dépanner ?

Non. La norme EN ISO 12312-2:2015 vise des filtres afocaux destinés à l’observation directe du Soleil et exclut explicitement les lunettes de soleil d’usage général. Un marquage CE sur des solaires ne dit rien de leur comportement face au Soleil regardé en face.