Samedi 19 septembre 2026, 15 h 44 à Paris : le cargo russe Progress 96 a touché le port zénithal du module Poisk, sur la Station spatiale internationale, sans personne à ses commandes. Parti de Baïkonour trois jours plus tôt, il apporte selon Roscosmos plus de 2,4 tonnes de fret, dont plus de 1,3 tonne de fluides : ergols, eau potable et air. Sept personnes l’attendaient à bord, parmi lesquelles la Française Sophie Adenot.
Samedi, 15 h 44 à Paris : le contact sur Poisk
L’amarrage a eu lieu à 9 h 44, heure de la côte est des États-Unis, soit 13 h 44 UTC, indique le blog de la station de la NASA du 19 septembre 2026. L’agence l’annonçait vers 9 h 46. Le contact s’est donc produit deux minutes avant l’horaire prévu, au terme d’une approche entièrement automatique.
Le point d’arrivée est précis. Poisk est un module du segment russe de la station, et son port zénithal est celui qui regarde vers l’espace, à l’opposé de la Terre. C’est là que le cargo va rester accroché pendant environ cinq mois.
Automatique ne veut pas dire sans filet. Un système de secours permet à un cosmonaute de reprendre la main en cas de défaillance, et il a déjà servi sur ce même port en 2026. Pour ce vol, la NASA ne signale aucun incident. Le secours n’a pas eu à intervenir.
À bord, l’équipage de l’Expedition 75 compte sept personnes : Jack Hathaway, Jessica Meir et Anil Menon pour la NASA, Sophie Adenot pour l’ESA, Piotr Doubrov, Andreï Fediaïev et Anna Kikina pour Roscosmos. Leur présence à bord est établie ; la répartition des tâches, de l’ouverture des écoutilles au déchargement, n’est pas détaillée. Le parcours récent de l’astronaute française est raconté dans l’article consacré à la sortie dans l’espace de Sophie Adenot.
Une semaine perdue au pas de tir 31
Le tir devait avoir lieu le 9 septembre. La veille, la commission d’État russe l’a annulé pour un problème technique du lanceur, sans en préciser la nature, selon iXBT, d’après l’agence KazTAG, le 8 septembre 2026. La presse russe a évoqué le troisième étage ; Roscosmos n’a publié aucun détail à ce sujet. La fusée, dressée sur le pas de tir depuis le 6 septembre, a été ramenée au bâtiment d’assemblage du site 31. Le tir a finalement eu lieu le 16, sept jours après la date prévue.
Une semaine de retard pèse ici plus qu’ailleurs, parce que tout passe par un seul endroit. Le pas 31/6 de Baïkonour est le seul site russe capable d’envoyer des Soyouz et des Progress vers l’ISS, rappelle SpacePolicyOnline le 3 mars 2026 : le pas 1, qui assurait aussi ces vols, a été retiré en 2019. Fin novembre 2025, après le tir de Soyouz MS-28, la cabine de service de ce pas s’est effondrée. La réparation a pris un peu plus de deux mois, et le premier tir suivant, celui de Progress MS-33, n’est parti qu’en mars 2026. L’accès russe à la station a été coupé pendant près de quatre mois.
Le calendrier du port était réglé en conséquence. Progress 94, alias MS-33, avait quitté Poisk le 7 septembre pour laisser la place à son successeur. Le port est resté libre douze jours, du 7 au 19 septembre. Sans pas de tir de rechange, chaque glissement se reporte sur la rotation suivante.
Soixante-douze heures pour rattraper la station
Le décollage a eu lieu le mercredi 16 septembre 2026 à 9 h 33 EDT, soit 13 h 33 UTC et 18 h 33 à Baïkonour, au Kazakhstan, d’après le blog de la station du 16 septembre. Le cargo a atteint son orbite comme prévu. Entre ce tir et le contact sur Poisk, il s’est écoulé 72 heures et 11 minutes.
Ce délai tient à la façon dont on rejoint une station en orbite. Un cargo ne vise pas l’ISS comme une cible fixe. Il est lancé au moment où le plan de l’orbite de la station passe au-dessus du pas de tir, ce qui le place dans le bon plan mais pas au bon endroit : la station est ailleurs sur son orbite. Le cargo rattrape ensuite l’écart en ajustant son altitude, tour après tour. Rattraper ne veut pas dire foncer vers la cible. Sur une orbite plus basse, le tour dure moins longtemps : placé sous la station, le cargo gagne un peu de terrain à chaque révolution, puis remonte à son niveau quand l’écart est comblé. La durée du trajet dépend du nombre de tours qu’on s’accorde pour corriger cet écart.
Le même modèle sait faire bien plus court. En juillet 2019, Progress MS-12 avait rejoint l’ISS en 3 heures et 19 minutes, avec un rendez-vous express en deux orbites seulement, rapportait Spaceflight Now le 31 juillet 2019. Le trajet de Progress 96 a été plus de vingt fois plus long. Il n’en est pas pour autant le signe d’une difficulté : trois jours et trois heures sont deux profils de vol, pas deux niveaux de performance.
Reste une question que les documents publiés laissent entière : pourquoi le profil long a été retenu pour ce vol. On peut décrire ce qu’implique chaque profil ; attribuer une raison à ce choix-ci, qu’il s’agisse du report ou d’autre chose, reviendrait à l’inventer.
Kurs aux commandes, TORU en réserve
Les derniers mètres reposent sur Kurs, le système de rendez-vous automatique des vaisseaux russes. Son principe est radio. Plusieurs antennes émettent des impulsions ; à partir de ces signaux, Kurs calcule la position du cargo par rapport à l’ISS, son orientation et sa vitesse relative. Ce sont ces trois grandeurs qui permettent à l’automatisme de conduire l’approche jusqu’au contact. C’est ce qui s’est passé samedi, sans intervention signalée.
La mesure dépend des antennes. S’il en manque une, Kurs perd une partie de ce qu’il mesure. Le plan B est alors humain : TORU, un poste de commande installé dans le module russe Zvezda, permet à un cosmonaute de piloter le cargo à distance, depuis l’intérieur de la station.
Il faut distinguer ce cas d’un pilotage à bord. Le cargo reste sans équipage ; seul change celui qui décide des corrections. Ce secours n’a rien de théorique. En mars 2026, sur ce même port de Poisk, une des deux antennes Kurs de Progress 94 ne s’était pas déployée, relate le blog de la station de la NASA. Le cosmonaute Sergueï Koud-Svertchkov avait amarré le cargo à la main via TORU, et l’opération avait réussi.
La marge de l’opération tient là. Un automatisme qui flanche ne condamne pas le rendez-vous. Il le fait passer entre des mains humaines, avec une procédure déjà exercée cette année.

842 kilos d’ergols, 420 d’eau, 50 d’air
Le détail publié par Roscosmos, relayé le 19 septembre par Interfax et Izvestia, se lit mieux par sa composition que par son total : 842 kg d’ergols, 420 kg d’eau potable, 50 kg d’air destiné à renouveler l’atmosphère de la station, et 525 kg d’équipements et de consommables pour la maintenance et la recherche.
Les trois premiers postes sont des fluides. Ensemble, ils pèsent 1 312 kg, soit environ 1,3 tonne transférée par tuyauteries plutôt que portée à la main, contre 525 kg d’équipements listés. L’image de cartons empilés dans un vaisseau est donc incomplète. Un Progress est d’abord un camion-citerne. Son architecture le montre : un compartiment pressurisé pour les vivres, les équipements et les vêtements, une section de ravitaillement avec ses réservoirs d’ergols, d’eau potable et de gaz, et un module propulsif. Sur le modèle Progress MS, ce module peut aussi servir à relever l’orbite de la station une fois le cargo amarré ; rien de ce qui est publié ne dit que Progress 96 le fera depuis Poisk, ni dans quels réservoirs précis ses ergols seront transférés.
Ces quantités relèvent de la routine. Les 420 kg d’eau et 50 kg d’air sont exactement la dotation que Progress MS-12 avait emportée en 2019. D’un vol à l’autre, la cargaison liquide et gazeuse est standardisée. Progress est l’un des quatre cargos qui desservent l’ISS, avec le HTV-X japonais, le Dragon de SpaceX et le Cygnus de Northrop Grumman.
Deux chiffres circulent pour le total, et ils ne mesurent pas la même chose. La NASA parle d’environ trois tonnes de vivres, de carburant et de fournitures, formule qu’elle employait mot pour mot pour Progress 94 en mars : c’est un arrondi réutilisé, pas un manifeste. Roscosmos annonce plus de 2,4 tonnes et publie le détail ; c’est ce chiffre qui sert de référence ici. Il reste un écart interne. Les quatre postes détaillés totalisent 1 837 kg, soit plus de 560 kg de moins que le total annoncé. Cette part du fret sec n’est pas ventilée publiquement, et aucun chiffre vérifiable ne permet de la répartir.
Un exosquelette pour piloter un robot
Parmi les équipements figure un exosquelette destiné à piloter à distance le robot Teledroid, selon les éléments de Roscosmos repris par Izvestia. Le robot lui-même n’est pas à bord. Il doit arriver sur Progress MS-36, en novembre, pour être installé à l’extérieur de la station ; Piotr Doubrov et Anna Kikina le piloteraient depuis l’intérieur. Le cargo livre donc la commande avant la machine.
| Date | Étape | Source |
|---|---|---|
| 6 septembre | Soyouz-2.1b dressée sur le pas 31 | iXBT / KazTAG |
| 7 septembre | Progress 94 libère le port zénithal de Poisk | Space.com |
| 8 septembre | Tir du 9 annulé pour problème technique du lanceur | iXBT / KazTAG |
| 16 septembre, 13 h 33 UTC | Décollage depuis Baïkonour | NASA |
| 19 septembre, 13 h 44 UTC | Amarrage automatique sur Poisk | NASA |
| Poste | Masse |
|---|---|
| Ergols | 842 kg |
| Eau potable | 420 kg |
| Air (renouvellement de l’atmosphère) | 50 kg |
| Équipements et consommables | 525 kg |
| Total des postes détaillés | 1 837 kg |
| Total annoncé | plus de 2,4 t (environ 3 t selon la NASA) |
Prochaine rotation : novembre, avec Progress MS-36
La fin du cargo fait partie de sa mission. Progress 96 doit rester amarré environ cinq mois, selon la NASA et Space.com. Il sera ensuite rempli de déchets de la station, se détachera et sera détruit lors de sa rentrée dans l’atmosphère, au-dessus du Pacifique. Un cargo qui repart plein de déchets libère à la fois de la place à bord et un port pour un vaisseau suivant. Ce que deviennent les engins une fois leur mission terminée est détaillé dans l’article sur ce que deviennent les engins après leur mission.
Aucune date de départ n’est officielle. Une échéance en février 2027 figure dans une encyclopédie collaborative, sans annonce d’agence qui la confirme ; la NASA s’en tient à une durée d’environ cinq mois.
L’échéance suivante est plus proche. Progress MS-36 est attendu en novembre 2026, avec à son bord le robot Teledroid dont l’exosquelette vient d’arriver. Entre-temps, la station reste visible depuis le sol lors de ses passages : les conditions sont expliquées dans l’article pour observer l’ISS depuis le sol.
FAQ — Progress 96 et l’ISS
À quelle heure Progress 96 s’est-il amarré à l’ISS ?
Le samedi 19 septembre 2026 à 9 h 44, heure de la côte est des États-Unis, soit 13 h 44 UTC et 15 h 44 à Paris, sur le port zénithal du module russe Poisk. La NASA prévoyait le contact vers 9 h 46.
Progress 96 et Progress MS-35, est-ce le même vaisseau ?
Oui. Progress 96 est la désignation employée par la NASA ; Progress MS-35 est le nom donné par Roscosmos, qui le rattache à la série de modèles Progress MS. Le lanceur était une Soyouz-2.1b.
Pourquoi le trajet a-t-il duré trois jours ?
Un cargo rattrape l’ISS en ajustant son orbite, et la durée dépend du nombre de tours qu’on s’accorde pour corriger l’écart. Le même modèle a déjà rejoint la station en 3 h 19 min, en 2019. Aucune source publiée n’explique pourquoi le profil long a été choisi pour ce vol-ci.
Qui pilote un cargo Progress pendant l’amarrage ?
Personne, en temps normal : le système Kurs mesure par radio la position et la vitesse du cargo par rapport à la station, et l’automatisme conduit l’approche. Si Kurs flanche, un cosmonaute pilote le cargo à distance depuis le module Zvezda avec le poste TORU. C’est arrivé en mars 2026 avec Progress 94 ; pour Progress 96, la NASA ne signale aucun incident.
Combien de fret Progress 96 a-t-il apporté ?
Roscosmos annonce plus de 2,4 tonnes, dont 842 kg d’ergols, 420 kg d’eau potable, 50 kg d’air et 525 kg d’équipements et de consommables. La NASA parle d’environ trois tonnes, une formule arrondie qu’elle employait déjà pour le cargo précédent. Les postes détaillés totalisent 1 837 kg : une partie du fret n’est pas ventilée publiquement.
Que devient le cargo après sa mission ?
Il reste amarré environ cinq mois, selon la NASA. Il est ensuite rempli de déchets, se détache et se désintègre lors de sa rentrée dans l’atmosphère, au-dessus du Pacifique. Aucune date de départ n’a été annoncée officiellement.
