Deux minutes et cinquante-six secondes : c’est la durée pendant laquelle la couronne solaire est restée accessible à un imageur multispectral logé dans le nez d’un avion de la NASA, à environ 15 000 mètres au-dessus de l’Atlantique Nord, dans neuf bandes allant du visible à l’infrarouge. Le vol a eu lieu le 12 août 2026, pendant l’éclipse totale de Soleil, au départ d’une base islandaise ; le Southwest Research Institute, qui dirige la campagne, en a rendu compte le 14 août, et le Johnson Space Center le 26. La cible n’est pas l’image : c’est le contraste thermique entre la surface visible du Soleil, autour de 5 500 °C, et son atmosphère externe, de l’ordre du million de degrés.
Deux minutes cinquante-six secondes de totalité, gagnées à quinze kilomètres
Le 12 août 2026, l’ombre de la Lune a balayé le Groenland, l’Islande, le nord de la Russie, l’Atlantique, l’Espagne et le Portugal. Au sol, le point de plus longue durée se situait au large de la côte ouest de l’Islande, avec 2 min 18 s de totalité. Depuis l’avion, l’observation a duré 2 min 56 s.
L’écart tient en 38 secondes. Rapporté au temps réellement disponible, il vaut 28 % d’observation en plus. Le gain paraît dérisoire tant que l’on oublie le dénominateur : ce jour-là, la totalité plafonnait à 2 min 18 s au meilleur point du globe, et une éclipse ne se rejoue pas. Trente-huit secondes prélevées sur un budget aussi court n’ajoutent pas un supplément d’agrément à la mesure ; elles allongent d’un bon quart la seule fenêtre d’acquisition existante.
L’appareil engagé est un WB-57F de la NASA, parti d’Ellington Field, près de Houston, puis déployé depuis l’Islande pour intercepter la bande de totalité au-dessus de l’Atlantique Nord. Il volait à environ 50 000 pieds, soit près de 15 000 mètres. La campagne est dirigée par Amir Caspi, du Southwest Research Institute de Boulder, avec le Johnson Space Center de Houston, qui fournit l’avion et son équipage, et le Langley Research Center de Hampton, d’où vient l’instrument.
Ce jour-là, la zone survolée était recouverte d’une couche nuageuse épaisse. Un observateur installé au même endroit, au niveau de la mer, n’aurait rien enregistré. C’est le second gain du protocole, et il ne se compte pas en secondes : il se compte en probabilité de rentrer avec des données. Une campagne d’éclipse menée depuis le sol reste suspendue au ciel du jour, et un nuage au mauvais moment annule la mesure sans recours. À 15 kilomètres, cette dépendance tombe.

Un million de degrés au-dessus d’une surface à 5 500 : l’anomalie que l’on vient mesurer
Ce que cette campagne vise n’est pas la chaleur du Soleil. C’est un gradient, et il est inversé.
La surface visible du Soleil — la photosphère, celle qui donne au disque son bord net — se tient autour de 5 500 °C selon la fiche de référence de la NASA. Au-dessus d’elle s’étend la couronne, l’atmosphère externe que l’on ne distingue qu’en éclipse, et la même fiche lui attribue jusqu’à environ 2 millions de °C. La température ne décroît donc pas à mesure que l’on s’éloigne de la source de chaleur. Elle remonte, et dans un rapport qui se compte en centaines.
Un chiffre à sept zéros ne dit rien tant qu’on ne l’a pas rapporté à ce qu’il devrait être. Le rapport entre les deux se compte en centaines : environ deux cents fois la température de surface si l’on retient le million de degrés, près de quatre cents avec la borne haute de la fiche. Ramené à une échelle familière, cela revient à un feu de bois dont la fumée serait deux cents fois plus chaude que la braise. Ce n’est pas une différence de degré, c’est une inversion de sens.
Une précaution s’impose sur les unités, parce que les pages de la NASA n’emploient pas toutes la même échelle. La fiche « Sun Facts » donne jusqu’à environ 2 millions de degrés Celsius pour la couronne ; une page de 2018 consacrée à Parker Solar Probe exprime le même ordre de grandeur en degrés Fahrenheit, ce qui correspond à environ 1,1 million de °C. Juxtaposées sans mention de leur échelle, ces deux valeurs font apparaître un facteur deux là où il n’y a qu’une conversion. Le seul énoncé qui ne dépende pas de l’échelle employée est donc l’ordre de grandeur : le million de degrés.
Reste l’objection que tout lecteur se fait spontanément — un tel gradient devrait violer la thermodynamique. Il ne la viole pas, parce que la chaleur ne remonte pas de la photosphère vers la couronne par conduction. Elle est déposée sur place. De l’énergie magnétique et mécanique, produite par le bouillonnement des couches situées en dessous, voyage vers le haut sous une forme qui n’est pas encore de la chaleur, puis se dissipe en altitude et chauffe le milieu qu’elle traverse. Transport et dépôt sont deux opérations distinctes, et c’est la seconde qui fait problème : on sait que l’énergie arrive, on ne sait pas dire quel mécanisme domine sa conversion en agitation thermique.
SAMI, un imageur conçu pour Artemis braqué sur la couronne
L’instrument embarqué s’appelle SAMI. C’est un imageur multispectral installé dans le nez de l’appareil, développé au Langley Research Center pour une tout autre tâche : suivre le lancement d’Artemis I et imager des rentrées atmosphériques de capsules. Un instrument taillé pour capter un objet brillant, chaud et rapide contre un fond de ciel a été réaffecté à un objet ténu, structuré et fugace. La réutilisation n’est pas anecdotique : elle explique deux caractéristiques de la mesure, la couverture spectrale large et la cadence élevée.
Le 12 août 2026, SAMI a observé dans neuf longueurs d’onde, du visible à l’infrarouge, à une cadence de dizaines d’images par seconde. Le détail de ces neuf bandes n’a pas été rendu public : ni les raies visées, ni leur largeur. Il faut donc s’en tenir à ce qui est documenté — neuf bandes, du visible à l’infrarouge — sans leur attribuer les caractéristiques instrumentales des campagnes précédentes.
La cadence est le paramètre qui distingue cette mesure d’une photographie de couronne, aussi belle soit-elle. Les phénomènes recherchés sont brefs et répétitifs : des micro-explosions impulsives d’un côté, des oscillations entretenues de l’autre. Une image fixe, même parfaitement résolue, ne permet de séparer ni les unes ni les autres, parce qu’elle ne donne aucune information sur la façon dont la structure change en une fraction de seconde. Ce que produit SAMI n’est pas une image mais une série temporelle. C’est aussi ce qui explique le volume rapporté : plus de 2 To de données pour moins de trois minutes de totalité, une proportion qui n’a de sens que si l’on multiplie neuf bandes par des dizaines d’images par seconde.
L’instrument n’en était pas à son premier vol solaire. Il avait déjà été employé lors de la campagne d’éclipse de 2024, et le Southwest Research Institute indique que les enseignements tirés de ce vol ont été appliqués à celui de 2026.
L’infrarouge que la vapeur d’eau arrête avant d’atteindre le sol
Pourquoi faut-il une éclipse pour observer la couronne ? Parce que le problème n’est pas technologique, il est de contraste. La couronne est bien plus ténue que le disque solaire, et la lumière qu’elle émet est noyée dans celle de la photosphère. Il faut un occulteur — la Lune, ou un disque artificiel — pour supprimer le disque et laisser apparaître l’atmosphère qui l’entoure. C’est pour cette seule raison que l’observation de la couronne en lumière visible et infrarouge reste tributaire d’événements de quelques minutes.
Reste à savoir pourquoi voler. La publication de référence de la même équipe, parue dans The Astrophysical Journal en 2020 après la campagne de 2017, pose deux justifications distinctes et cumulatives. La première est de passer au-dessus de l’essentiel de la masse d’air : moins de nuages, moins de turbulence optique, et surtout beaucoup moins de vapeur d’eau sur le trajet de la lumière. La seconde est d’accompagner l’ombre pour allonger la durée d’observation. Les deux se combinent dans un même vol, mais elles ne répondent pas au même besoin, et supposer que l’avion sert seulement à éviter les nuages revient à en manquer la moitié.
La vapeur d’eau est ici le point décisif. Les raies infrarouges émises par le fer très ionisé de la couronne renseignent sur sa température et sur son champ magnétique — deux grandeurs directement pertinentes pour trancher entre les mécanismes de chauffage. Or ce sont précisément les longueurs d’onde que la vapeur d’eau atmosphérique absorbe avant qu’elles n’atteignent le sol. Monter, c’est retirer l’écran. En 2017, l’équipe imageait dans l’infrarouge moyen, entre 3 et 5 µm, et dans une bande verte à 533,9 nm correspondant à une raie du fer XIV. Ces valeurs documentent la campagne de 2017 et elle seule ; les neuf bandes de 2026 restent non détaillées.
Suivre l’ombre sans jamais la rattraper
L’image d’un avion qui court après l’ombre de la Lune est trompeuse sur un point d’ordre de grandeur. Le WB-57 croise autour de 750 km/h et plafonne vers 65 000 pieds, soit 19,8 kilomètres. L’ombre lunaire, elle, balaie la surface terrestre à une vitesse très supérieure — un déplacement dont on prend la mesure en regardant l’ombre de la Lune vue depuis l’orbite. Il n’y a donc pas de course gagnée, ni de dépassement : l’appareil vole dans la même direction que l’ombre, ce qui réduit la vitesse à laquelle celle-ci le traverse, et allonge d’autant la totalité vue depuis le cockpit. Le gain est réel, il est partiel, et il est borné par la vitesse de l’avion.
Trente-huit secondes, donc, en 2026. La campagne de 2017 avait fait mieux, pour une raison de configuration : deux WB-57 avaient volé en tandem au-dessus des États-Unis. L’appareil de queue avait observé la totalité pendant 244 secondes, celui de tête pendant 237 secondes, et le décalage entre les deux avait permis une couverture quasi continue de 457 secondes. Au sol, le meilleur point de cette éclipse offrait environ 160 secondes. Un seul appareil gagnait donc 84 secondes, soit 53 % de temps d’observation en plus.
L’écart entre les deux campagnes ne mesure pas une performance en baisse. Il reflète la géométrie de chaque éclipse — vitesse de l’ombre, angle d’incidence, latitude — et le nombre d’appareils engagés. En 2026, les sources ne décrivent qu’un seul avion et deux pilotes. Le tandem appartient à 2017.

Cinquante-neuf secondes à Reykjavik, 2 min 18 s au large : la durée dépend du lieu
Une durée de totalité sans lieu ne veut rien dire. Le tableau ci-dessous récapitule les durées documentées pour l’éclipse du 12 août 2026 et, à titre de comparaison, celles de la campagne aéroportée de 2017. Pour situer les lieux concernés, on peut se reporter à la trajectoire de l’éclipse du 12 août 2026 au sol.
| Éclipse | Point d’observation | Durée de totalité | Écart avec le meilleur point au sol |
|---|---|---|---|
| 12 août 2026 | Avion, environ 15 000 m au-dessus de l’Atlantique Nord | 2 min 56 s | +38 s (+28 %) |
| 12 août 2026 | Au large de la côte ouest de l’Islande (meilleur point au sol) | 2 min 18 s | référence |
| 12 août 2026 | Centre de Reykjavik, à partir d’environ 17 h 48 GMT | environ 59 s | −79 s |
| 12 août 2026 | Gijón, Espagne | environ 1 min 45 s | −33 s |
| 21 août 2017 | Avion de queue, au-dessus des États-Unis | 244 s (4 min 04 s) | +84 s (+53 %) |
| 21 août 2017 | Avion de tête | 237 s | +77 s |
| 21 août 2017 | Meilleur point au sol | environ 160 s | référence |
Une ligne mérite d’être relue : Reykjavik. La capitale islandaise se trouvait bien dans la bande de totalité, mais elle n’a connu qu’une minute de nuit environ, contre plus du double au large de la côte ouest de l’île. Un même événement, un même pays, deux fois moins de temps d’observation. Sur une éclipse, la position dans la bande pèse plus lourd que l’équipement.
Nanoéruptions ou ondes magnétiques : ce que chacune des deux familles prédit
Nommer un phénomène ne le fait pas comprendre. « Nanoéruption » et « onde d’Alfvén » ne sont des explications que si l’on dit ce que chacune fait à la matière solaire, et surtout ce que chacune laisse comme trace observable.
Première famille : les nanoéruptions. La photosphère bouillonne, et ce mouvement permanent tord et emmêle les lignes de champ magnétique qui la traversent. Une configuration trop tendue finit par céder : les lignes se rompent et se reconnectent dans un arrangement plus simple, en libérant d’un coup l’énergie qui était stockée dans leur torsion. Chaque événement est minuscule à l’échelle solaire — d’où le préfixe. L’hypothèse tient à leur nombre : des micro-explosions assez fréquentes pour chauffer, en continu, un volume immense. Ce que l’on cherche à l’image, ce sont leurs signatures propres, des jets de particules partant en sens opposés depuis le point de reconnexion et des points chauds localisés.
Seconde famille : les ondes d’Alfvén. Ici, pas d’explosion. Le même bouillonnement de surface joue le rôle d’un archet sur les lignes de champ, qui transmettent vers le haut des ondes magnétiques d’une certaine fréquence. Ces ondes remontent dans la couronne, y sont amorties, et mettent en rotation les particules chargées qu’elles rencontrent. Le chauffage est diffus, distribué, entretenu. Sa signature attendue n’est donc pas un événement localisé mais une interaction entre ondes et particules, repérable dans la façon dont la structure coronale oscille.
Aucun de ces deux mécanismes ne s’observe directement. Ni la reconnexion magnétique ni l’amortissement d’une onde ne sont visibles en tant que tels : on ne peut les atteindre que par leurs conséquences, et c’est pourquoi tout se joue sur la qualité des signatures enregistrées.
Un point compte ici plus que le reste. Il ne s’agit pas d’un duel dont l’une des deux hypothèses devrait sortir éliminée : la NASA indique que beaucoup de chercheurs considèrent que les deux mécanismes contribuent au chauffage de la couronne. Le désaccord scientifique porte sur la pondération, pas sur l’existence. La question utile n’est donc pas « laquelle », mais « quelle part chacune ».

Une protubérance suspendue dans un million de degrés
Pendant la totalité, une protubérance de grande taille, que l’équipe n’avait pas anticipée, est apparue au limbe du Soleil. Les formulations du communiqué du Southwest Research Institute varient sur le quadrant, à l’intérieur d’une même annonce : la citation de William Ashfield, membre de l’équipe, situe la protubérance au limbe est, quand la légende de l’image diffusée avec le texte la place au limbe sud-est ; les deux libellés voyagent ensemble jusque dans les reprises, et rien dans les documents publiés ne permet de départager. Le quadrant reste donc indéterminé — ce qui ne change rien à ce qui suit : c’est la nature de l’objet, et non sa position sur le cadran, qui le relie au sujet de la mesure.
Une protubérance n’est pas un détail décoratif de l’image. C’est de la matière chromosphérique, à quelques dizaines de milliers de degrés, c’est-à-dire un ordre de grandeur plus froide que la couronne dans laquelle elle baigne. Cette matière dense et relativement froide ne tombe pas, et ne se dilue pas non plus dans le milieu ambiant : elle est tenue en suspension par le champ magnétique, qui la structure et la maintient au-dessus de la surface.
Le lien avec le sujet de la mesure est direct. Une protubérance est un cas d’école du couplage entre champ magnétique et matière solaire — exactement le couplage que l’on soupçonne d’être responsable du chauffage de la couronne. Dans un cas, le champ magnétique porte de la matière ; dans l’autre, il y dépose de l’énergie. C’est la même physique, observée sous deux régimes.
Le sort des deux téraoctets rapportés d’Islande
Plus de 2 To de données sont revenus d’Islande. Ce volume n’est pas un résultat.
La distinction mérite d’être tenue fermement, parce qu’elle est le principal risque de contresens sur cette campagne. Ce qui est acquis à ce stade relève de l’opérationnel : l’avion a intercepté la bande de totalité, l’instrument a fonctionné dans ses neuf bandes, la couverture nuageuse n’a pas compromis la mesure, et les fichiers sont rentrés. Amir Caspi résume le bilan de la campagne d’une phrase : « Nous avons atteint tous les objectifs de la mission. » C’est un constat de succès opérationnel, et c’est le seul énoncé de résultat disponible aujourd’hui.
Sur le fond scientifique, rien n’est publié. L’analyse des données est en cours et aucune conclusion sur le chauffage coronal n’a été rendue. Une série temporelle multispectrale de moins de trois minutes ne parle pas d’elle-même : il faut la traiter, puis y chercher les signatures que les deux familles de mécanismes prédisent, et dont on connaît la forme attendue bien mieux que l’amplitude. Ce délai n’a rien d’anormal : la publication de référence sur la campagne de 2017 est parue en 2020.
Départager les deux hypothèses : la mesure qui manque encore
Un avion n’est pas le seul moyen d’occulter le Soleil, et l’objection est légitime : puisque l’ESA fabrique désormais des éclipses à la demande, pourquoi affréter encore un appareil ? Parce que les deux protocoles n’ont ni les mêmes forces ni les mêmes limites. Avec les éclipses artificielles produites par Proba-3, deux satellites volant en formation à 150 mètres l’un de l’autre, dont l’un occulte le Soleil pour l’autre, l’agence européenne tient une couronne visible des heures d’affilée là où une éclipse naturelle ne dure que quelques minutes au plus. Mais son observation se fait en lumière visible. L’avion, lui, ne dispose que de trois minutes, et couvre le visible comme l’infrarouge à très haute cadence. La durée d’un côté, la couverture spectrale de l’autre : aucun des deux ne remplace l’autre.
Un troisième moyen attaque le même problème par l’autre bout. Parker Solar Probe n’image pas la couronne à distance : la sonde y plonge et échantillonne sur place des particules fraîchement chauffées, avant qu’elles ne perdent en route vers la Terre les caractéristiques qui trahissent leur mode de chauffage. Imager et prélever ne mesurent pas la même chose, et ne cherchent pas les mêmes signatures. C’est leur recoupement — une structure vue depuis l’extérieur, une population de particules mesurée à l’intérieur — qui pourra un jour pondérer la contribution respective des nanoéruptions et des ondes d’Alfvén. Pour qui veut suivre la suite de la chaîne, ce même milieu alimente le vent solaire et, plus loin, ce que le vent solaire fait à la haute atmosphère terrestre.
La prochaine occasion naturelle est datée : le 2 août 2027, avec une bande de totalité passant par le sud de l’Espagne, l’Afrique du Nord, l’Arabie saoudite et le Yémen. La page de la NASA consultée ne donne pas de durée maximale pour cet événement. Ce qu’elle donne suffit à poser la seule échéance qui vaille pour ce type de campagne : une fenêtre de quelques minutes, un an plus tard, quelque part sur une ligne tracée à l’avance.
FAQ — couronne solaire, éclipse du 12 août 2026 et chauffage coronal
Pourquoi la couronne du Soleil est-elle plus chaude que sa surface ?
La réponse complète n’existe pas encore. Ce qui est établi, c’est que la chaleur ne remonte pas de la surface par conduction : de l’énergie magnétique et mécanique venue des couches inférieures est déposée puis dissipée directement dans la couronne. Deux familles de mécanismes sont candidates à cette dissipation, les nanoéruptions et les ondes d’Alfvén, et la NASA indique que beaucoup de chercheurs estiment que les deux contribuent. La question ouverte porte sur leur pondération respective, pas sur l’élimination de l’une d’elles.
Combien de temps l’éclipse du 12 août 2026 a-t-elle duré ?
Cela dépend entièrement du lieu. Au sol, le maximum se situait au large de la côte ouest de l’Islande, avec 2 min 18 s. Dans le centre de Reykjavik, la totalité a duré environ 59 secondes, à partir d’environ 17 h 48 GMT. À Gijón, en Espagne, environ 1 min 45 s. Depuis l’avion de la NASA, qui volait dans la direction de l’ombre à quelque 15 000 mètres, elle a duré 2 min 56 s.
Pourquoi observer une éclipse depuis un avion plutôt que depuis le sol ?
Pour deux raisons qui se cumulent. La première est atmosphérique : à 15 000 mètres, l’appareil passe au-dessus de l’essentiel de la masse d’air, donc au-dessus des nuages, de la turbulence optique et surtout de la vapeur d’eau qui absorbe l’infrarouge. Le 12 août 2026, la zone survolée était sous une couche nuageuse épaisse et la mesure a eu lieu quand même. La seconde est cinématique : en volant dans la direction de l’ombre, l’appareil réduit la vitesse à laquelle celle-ci le dépasse et allonge la totalité de 38 secondes.
Qu’est-ce qu’une nanoéruption ?
C’est une micro-explosion d’origine magnétique. Les lignes de champ, tordues et emmêlées par le bouillonnement de la surface solaire, finissent par se rompre et se reconnecter brutalement dans une configuration plus simple. Chaque événement libère une quantité d’énergie infime, mais leur nombre serait très élevé. Leur signature attendue est double : des jets de particules partant en sens opposés depuis le point de reconnexion, et des points chauds localisés dans la couronne.
Qu’est-ce qu’une onde d’Alfvén ?
C’est une onde magnétique lancée depuis la surface en ébullition et qui remonte dans la couronne, où elle est amortie et met les particules chargées en rotation. Le chauffage y est diffus et continu, là où les nanoéruptions produiraient des événements ponctuels et impulsifs. La signature attendue n’est donc pas la même : on cherche des interactions entre ondes et particules, non des explosions localisées. C’est par ces signatures distinctes, et par elles seules, que les deux familles se départagent.
Le vol du 12 août 2026 a-t-il résolu le problème du chauffage coronal ?
Non. La campagne a rapporté plus de 2 To de données brutes dont l’analyse est en cours, et aucun résultat scientifique n’a été publié à ce jour. Ce qui est acquis relève de l’opérationnel : les objectifs de mission ont été atteints, l’instrument a fonctionné, la totalité a été enregistrée malgré la couverture nuageuse. Une campagne réussie fournit la matière d’un arbitrage futur ; elle ne constitue pas cet arbitrage.
Quand aura lieu la prochaine éclipse totale de Soleil ?
Le 2 août 2027, selon la page « Future Eclipses » de la NASA. Elle sera visible depuis le sud de l’Espagne, l’Afrique du Nord, l’Arabie saoudite et le Yémen. La durée maximale de totalité de cet événement n’est pas indiquée sur cette page, et elle varie de toute façon avec la position dans la bande, comme le montre l’écart entre Reykjavik et le large de l’Islande le 12 août 2026.
