À Petit-Landau, dans le Haut-Rhin, une demande d’autorisation environnementale déposée par Microsoft est en cours d’instruction. L’enquête publique s’est close le 3 juillet 2026 ; au 8 août 2026, le projet n’est ni autorisé ni refusé. Le dossier public livre des chiffres précis : 36 hectares d’emprise, plus de 1 500 GWh d’électricité par an. Il en tait un autre : la consommation d’eau du site n’est chiffrée nulle part publiquement. Cet écart résume la question posée par tous les grands centres de données. L’électricité se déduit assez bien de la taille de l’installation ; l’eau, non : elle dépend du mode de refroidissement retenu, dans un rapport qui peut atteindre plusieurs dizaines. Voici les ordres de grandeur et le mécanisme, sans avis sur ce projet précis. Pour ce que consomme une requête d’IA générative et l’empreinte des modèles eux-mêmes, le sujet est traité à part.
À Petit-Landau, ce que le dossier dit et ce qu’il ne dit pas
Le dossier comporte trois volets, que détaille la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) Grand Est dans son communiqué du 24 mars 2026, publié après sa séance du 19 mars : une autorisation environnementale au titre des installations classées (ICPE) portée par la société Microsoft, la pose et l’exploitation de deux lignes à 225 kV par RTE, et la mise en compatibilité du plan local d’urbanisme de Petit-Landau par Mulhouse Alsace Agglomération (M2A).
Les chiffres qui font foi sont ceux de ce document public. L’emprise porte sur 36 hectares de terres agricoles, dont une dizaine d’hectares conduits en agriculture biologique ; plus de la moitié de la surface sera imperméabilisée. La consommation électrique évaluée dépasse 1 500 GWh par an. Le secours est assuré par 111 groupes électrogènes : c’est notamment cette dimension qui range la composante Microsoft sous les statuts IED, qui encadre les installations industrielles les plus émettrices, et Seveso, qui vise les sites à risque accidentel majeur.
Ce qui n’est pas public compte tout autant. Aucune consommation d’eau n’est chiffrée dans les documents accessibles, et l’étude des dangers a été mise en confidentialité dans sa totalité. La MRAe en fait l’un de ses griefs : « Les informations figurant dans le dossier sont insuffisantes pour permettre la bonne information du public, en particulier du fait de la mise en confidentialité de la totalité de l’étude des dangers », écrit-elle.
L’autorité environnementale juge par ailleurs que « le dossier souffre d’un manque d’approfondissement des analyses qui sont présentées, ce qui nuit à la bonne prise en compte de l’environnement par le projet », et elle « a aussi recommandé au préfet de surseoir à la poursuite de l’instruction de la demande ». Le conseil de M2A a voté un avis favorable le 22 juin 2026. L’enquête publique s’est déroulée du 1er juin au 3 juillet 2026 sur Petit-Landau et Hombourg ; les conclusions du commissaire enquêteur, attendues début août, n’étaient pas publiées au 8 août 2026, et aucune décision préfectorale n’est intervenue.
Les dimensions du bâtiment : qui les avance ?
Des cotes circulent : environ 1 kilomètre de long, 150 à 200 mètres de large, une trentaine de mètres de haut. Elles sont avancées par les opposants, une longueur de site d’environ 1,4 kilomètre figurant dans une publication du syndicat étudiant CSTE de juillet 2025 qui ne cite pas sa source. Aucun document d’urbanisme public consultable ne les confirme : le communiqué de la MRAe donne l’emprise au sol et le taux d’imperméabilisation, pas les cotes des bâtiments. Les 70 hectares parfois cités désignent, eux, un périmètre plus large que les 36 hectares du centre.
Un data center, c’est d’abord un appel de puissance
Un serveur ne stocke pas l’électricité qu’il reçoit : il la convertit. La quasi-totalité de l’énergie électrique qui entre dans une baie informatique en ressort sous forme de chaleur. Un bâtiment qui absorbe 1 500 GWh par an dissipe donc l’équivalent en chaleur, 24 heures sur 24, sans saisonnalité et sans creux nocturne. C’est ce qui en fait un client apprécié des réseaux électriques, à la courbe de charge très régulière, et une contrainte, puisque cette chaleur doit être évacuée en continu.
La facture énergétique se lit en deux postes. L’énergie informatique alimente les serveurs, le stockage et le réseau. L’énergie d’infrastructure fait tourner tout le reste : refroidissement, onduleurs, pertes de transformation, éclairage. C’est le rapport entre ces deux postes que mesure le PUE, indicateur introduit par le consortium The Green Grid en 2007 et devenu l’étalon du secteur.
Vient ensuite le secours. Un centre de données doit continuer à fonctionner si le réseau lâche, d’où les 111 groupes électrogènes du projet alsacien. Ces moteurs ne tournent qu’en essai ou en mode dégradé, mais ils brûlent alors du carburant et rejettent des oxydes d’azote (NOx). Faute de données suffisantes au dossier, la MRAe procède par comparaison avec d’autres installations de même nature et estime que ces rejets pourraient représenter une hausse d’environ 20 % des rejets actuels de NOx en Alsace. C’est une estimation par analogie, et l’autorité le dit.
Reste le raccordement. On ne pose pas deux lignes à 225 kV pour un entrepôt ordinaire : la ligne haute tension est la signature physique d’un appel de puissance industriel, et ces raccordements se réservent des années à l’avance. Selon RTE, près de 18 GW de capacité avaient été réservés en mai 2026 pour environ 80 projets de centres de données en France.
1 500 GWh par an : à quoi ça se compare ?
La MRAe ne se contente pas de donner le chiffre, elle le rapporte à trois grandeurs connues. Plus de 1 500 GWh par an, écrit-elle, équivalent à la production de tout le parc photovoltaïque du Grand Est en 2024. Cela représente aussi 4 % de la production annuelle moyenne d’une centrale comme Cattenom. Enfin, cela correspond à la consommation de plus de 280 000 ménages au regard de la consommation moyenne annuelle en Grand Est, soit de l’ordre de 80 % de la consommation électrique des ménages du Haut-Rhin. Ces trois comparaisons figurent telles quelles dans le communiqué de l’autorité environnementale.
Un chiffre de 25 000 ménages a pourtant circulé, issu d’un document du syndicat étudiant CSTE : il est onze fois inférieur à celui du communiqué. De même, la fourchette de 1 500 à 1 750 GWh reprise par une partie de la presse ne figure nulle part dans le document officiel, qui écrit « plus de 1 500 GWh par an ».
À l’échelle nationale, RTE, dont la fiche a été actualisée au 1er juin 2026, recense environ 300 centres de données en France pour environ 10 TWh, soit environ 2 % de la consommation annuelle française, et attend 15 à 20 TWh en 2030 (environ 3 %), puis 23 à 28 TWh en 2035 (4 %). Un seul site consommant 1,5 TWh pèserait donc environ 15 % de ce que consomme aujourd’hui tout le parc français. En France, cette électricité est peu carbonée, ce qui déplace la question au-delà de l’empreinte carbone directe.
À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie chiffrait dans Energy and AI, le 10 avril 2025, la consommation des centres de données à 415 TWh en 2024, soit environ 1,5 % de l’électricité mondiale, en croissance de 12 % par an depuis 2017, et projetait environ 945 TWh en 2030. « La demande mondiale d’électricité des centres de données doit plus que doubler au cours des cinq prochaines années, pour consommer d’ici 2030 autant d’électricité que le Japon tout entier aujourd’hui », résumait Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
Bon à savoir : puissance réservée n’est pas puissance consommée. Les 18 GW réservés auprès de RTE en mai 2026 correspondent à des demandes de raccordement, pour environ 80 projets. Un projet peut être abandonné, redimensionné, ou fonctionner très en dessous de sa puissance souscrite pendant des années. Confondre capacité réservée sur le réseau et électricité effectivement soutirée conduit à surestimer largement la consommation à venir.
Pourquoi refroidir consomme de l’eau : le mécanisme
Évacuer de la chaleur, ce n’est pas la faire disparaître : c’est la transporter ailleurs. Un centre de données n’a que deux destinations possibles, l’air extérieur ou l’eau, et c’est ce choix, bien plus que la taille du bâtiment, qui détermine le volume d’eau consommé.
La physique en jeu s’appelle la chaleur latente de vaporisation. Réchauffer un litre d’eau de quelques degrés absorbe peu d’énergie ; le faire passer de l’état liquide à l’état de vapeur en absorbe des centaines de fois plus, sans que sa température monte. C’est pourquoi du linge étendu rafraîchit l’air d’une pièce, et pourquoi la transpiration reste le système de refroidissement le plus efficace du corps humain. Un centre de données qui évapore de l’eau exploite exactement ce phénomène : il achète du refroidissement avec de l’eau plutôt qu’avec de l’électricité. D’où un paradoxe à garder en tête : l’évaporation est le moyen le plus économe en électricité, et le seul qui consomme réellement de l’eau.
Encore faut-il distinguer deux verbes que le débat confond. Prélever, c’est puiser dans une nappe, une rivière ou un réseau ; une partie repart ensuite au milieu. Consommer, c’est soustraire durablement, ce que fait l’évaporation. Les travaux de Li, Yang, Islam et Ren, mis à jour le 26 mars 2025, estiment que l’entraînement de GPT-3 dans les centres de données américains de Microsoft a pu évaporer 700 000 litres d’eau douce, et projettent une demande mondiale liée à l’IA de 4,2 à 6,6 milliards de m³ de prélèvement en 2027.
De là découle l’arbitrage central : moins d’eau signifie plus d’électricité, et réciproquement. Supprimer l’évaporation oblige à la remplacer par un groupe froid mécanique, c’est-à-dire par de la compression, donc par des kilowattheures supplémentaires. Aucun mode de refroidissement n’est gratuit sur les deux tableaux.
Enfin, l’eau ne s’arrête pas au grillage du site : produire l’électricité en mobilise aussi, notamment dans les installations thermiques dont les circuits de refroidissement relèvent de la même physique — c’est tout l’enjeu de la sécheresse pour les centrales nucléaires.

Cinq façons de refroidir un data center
Le circuit ouvert évaporatif, avec ses tours aéroréfrigérantes, pulvérise de l’eau sur un flux d’air : une partie s’évapore et emporte la chaleur. Il faut la compenser par un appoint permanent et purger régulièrement pour éviter la concentration des sels. C’est le mode le plus économe en électricité et, de loin, le plus consommateur d’eau.
Le refroidissement adiabatique en est une version tempérée : l’air extérieur traverse des panneaux humidifiés qui l’abaissent de quelques degrés, au-dessus d’un seuil de température. Sa consommation d’eau est donc saisonnière : nulle en hiver, forte pendant les canicules, c’est-à-dire au pire moment pour la ressource.
Le free cooling se passe d’eau : quand l’air extérieur est assez frais, il refroidit les salles ; sinon, un appoint mécanique prend le relais. Sa performance dépend du climat local, ce qui explique une bonne part des écarts de PUE d’un site à l’autre.
Le circuit fermé, dans sa version la plus aboutie, amène le liquide au contact de la puce (direct-to-chip) : la boucle, remplie une fois, recircule. « Une fois le système rempli pendant la construction, il fait circuler l’eau en continu entre les serveurs et les groupes froids pour évacuer la chaleur, sans nécessiter d’apport d’eau douce », expliquait Steve Solomon, vice-président Datacenter Infrastructure Engineering chez Microsoft, en présentant le 9 décembre 2024 un design « zéro eau évaporée », dont les pilotes sont annoncés pour 2026 et la mise en service pour fin 2027. La contrepartie : davantage d’électricité, et une contrainte forte sur la conception des serveurs.
L’immersion, enfin, plonge les cartes dans un fluide diélectrique. Le transfert thermique y est excellent et l’eau absente, mais la technique reste marginale à l’échelle des grands sites.
| Mode | Principe | Eau | Électricité |
|---|---|---|---|
| Circuit ouvert évaporatif | Eau pulvérisée en tour aéroréfrigérante, appoint et purge continus | Élevée et permanente | Faible |
| Adiabatique | Air traversant des panneaux humidifiés au-delà d’un seuil | Saisonnière | Modérée |
| Free cooling | Air extérieur, appoint mécanique quand il est trop chaud | Nulle | Variable selon le climat |
| Circuit fermé / direct sur puce | Boucle liquide remplie une fois, recirculée en continu | Quasi nulle après remplissage | Élevée |
| Immersion | Cartes plongées dans un fluide diélectrique | Nulle | Faible |
PUE et WUE : les deux chiffres à demander
Le PUE (power usage effectiveness) rapporte l’énergie totale du site à la seule énergie informatique. Un PUE de 1,0 décrirait une installation où rien ne serait dépensé hors des serveurs ; 1,5 signifie que chaque kilowattheure utile en coûte un et demi au compteur. Le WUE (water usage effectiveness) rapporte, lui, les litres d’eau consommés au kilowattheure informatique.
Les valeurs de référence viennent de l’enquête annuelle de l’Uptime Institute, publiée en juillet 2025 sur 681 répondants : PUE moyen pondéré mondial de 1,54 en 2025, stable depuis six ans. Les sites de moins de cinq ans descendent à 1,48, ceux de 20 MW et plus à 1,44, et 15 % annoncent 1,3 ou mieux.
| Indicateur | Valeur | Période | Source |
|---|---|---|---|
| PUE moyen mondial | 2,50 | 2007 | Uptime Institute |
| PUE moyen mondial | 1,65 | 2014 | Uptime Institute |
| PUE moyen mondial | 1,54 | 2025 (n = 681) | Uptime Institute |
| PUE Microsoft (global) | 1,16 puis 1,17 | exercices clos les 30 juin 2024 et 2025 | Microsoft |
| WUE Microsoft (global) | ≈ 2,3 L/kWh | début des années 2000 | Microsoft |
| WUE Microsoft (global) | 0,30 puis 0,27 L/kWh | exercices clos les 30 juin 2024 et 2025 | Microsoft |
| WUE Microsoft (zone EMEA) | 0,03 L/kWh | exercices 2024 et 2025 | Microsoft |
Ces valeurs semblent se contredire dès qu’on les cite sans leur date : Microsoft revendique un passage d’environ 2,3 L/kWh au début des années 2000 à 0,27 en 2025, près de 90 % d’amélioration. Le PUE, lui, a la faiblesse de sa simplicité. « Le calcul du PUE est simple, ce qui a contribué à en faire une pratique courante — même s’il exclut de son périmètre des éléments importants de l’efficacité, comme la consommation d’eau de l’installation ou l’efficacité informatique », note l’Uptime Institute.
Attention : un excellent PUE ne garantit pas une faible consommation d’eau. Il peut même la refléter à l’envers. Un site qui refroidit par évaporation dépense très peu d’électricité pour se refroidir, donc affiche un PUE flatteur — précisément parce qu’il consomme beaucoup d’eau. Lire le seul PUE, c’est ne regarder qu’une moitié de la facture environnementale.
Le problème de fond est que la donnée manque : 47 % des exploitants collectaient une donnée d’eau en 2025, contre 74 % pour le PUE et 84 % pour l’énergie. La directive européenne sur l’efficacité énergétique, qui impose désormais un reporting de l’eau des centres de données, explique selon l’Uptime Institute la seule progression mesurée en 2025 : cinq points en Europe.
Que donnerait ce raisonnement appliqué à Petit-Landau ? Faisons le calcul devant vous — un ordre de grandeur reconstitué à partir de valeurs publiées ailleurs, non un chiffre du dossier. Avec les 1 500 GWh annoncés et un PUE de 1,17, l’énergie informatique avoisinerait 1 280 GWh. Sur ce socle, un WUE de 0,03 L/kWh donnerait environ 38 000 m³ d’eau par an, 0,27 L/kWh environ 350 000 m³, et 2,3 L/kWh environ 2,9 millions de m³ : entre les extrêmes, un rapport d’environ 75. Sans connaître le mode de refroidissement, on ne sait rien de la consommation d’eau.
Un projet ne se juge pas qu’à sa consommation
Le duel « eau contre électricité » écrase d’autres postes, eux inscrits dans le dossier : le sol, avec ses 36 hectares dont une dizaine en bio ; l’air, avec les rejets de NOx ; le réseau, avec deux lignes à 225 kV. L’annonce du 13 mai 2024 au 7ᵉ sommet Choose France portait, elle, sur plus de 2 milliards d’euros et environ 200 emplois, un chiffre d’annonce absent du dossier d’autorisation.
Le contexte hydrique départemental, lui, est documenté et daté. Au 7 août 2026, la préfecture du Haut-Rhin plaçait plusieurs bassins en crise — l’Ill amont depuis le 6 août, la Doller amont, la Fecht, la Weiss et la Lauch depuis le 23 juillet — et la Doller aval en alerte renforcée, autant de niveaux qui déclenchent des restrictions d’usage graduées.
Depuis le 1er août 2026, Sainte-Marie-aux-Mines, environ 5 000 habitants alimentés par des sources d’altitude, est ravitaillée par camion-citerne à raison de 30 m³ deux fois par semaine : un appoint, pas la consommation de la commune, et des sources vosgiennes sans lien hydrogéologique établi avec la plaine de Petit-Landau. Une illustration du stress hydrique de l’été 2026, pas un vase communicant.
Les positions s’expriment, elles, en leur nom propre. Le 11 juin 2026, trois conseillères régionales du groupe Les Écologistes, Cécile Germain-Ecuer, Laure Haag et Géraldine Krin, ont déposé un vœu demandant, « conformément […] aux préconisations de la MRAe Grand Est, […] la suspension de l’instruction du dossier », en s’appuyant sur la destruction de « 36 hectares de terres agricoles (dont 10 en agriculture biologique) » et une consommation de « plus de 1 500 GWh par an ». Le collectif « IA pas moyen », qui réunit notamment Alsace Nature, Stop Fessenheim et Eau en danger, a rassemblé le 22 juin 60 à 80 manifestants selon la presse locale, une centaine selon un média associatif, derrière les pancartes « On va y laisser un Rhin » et « Les GAFAM nous mentent ».
Microsoft, de son côté, « indique que son refroidissement se fait en circuit fermé et qu’aucune eau ne serait prélevée du canal », selon un compte rendu du 22 juillet 2025 corroboré en avril 2026 : cette position n’est connue que rapportée par des tiers, et n’est associée à aucun volume annuel ni à aucun WUE cible. Le jour même du rassemblement, le conseil de M2A votait un avis favorable ; la presse régionale a par ailleurs recueilli des réactions favorables d’habitants. Au-dessus de ces positions, l’autorité environnementale rappelle qu’« en absence d’une caractérisation fine des impacts, il n’est pas possible d’établir si les mesures de la séquence Éviter Réduire Compenser (ERC) sont suffisantes ». On notera que l’eau ne figure pas parmi les insuffisances majeures qu’elle relève : son avis vise l’énergie, le climat, l’air, le sol et l’agriculture biologique.
Ce qu’il faut retenir
Cinq points suffisent à lire n’importe quel projet de centre de données. Premièrement, la quasi-totalité de l’électricité consommée par les serveurs ressort en chaleur, en continu. Deuxièmement, la consommation d’eau ne se déduit pas de la taille du site mais du mode de refroidissement, avec un écart qui peut atteindre plusieurs dizaines. Troisièmement, eau et électricité s’échangent : supprimer l’évaporation coûte des kilowattheures. Quatrièmement, le PUE ne mesure pas l’eau, et un bon PUE peut même signaler une forte évaporation. Cinquièmement, à Petit-Landau, la consommation d’eau du projet n’est publiée nulle part et aucune décision préfectorale n’était intervenue au 8 août 2026. La bonne question à poser n’est donc pas seulement « combien de mégawatts ? », mais « quel PUE, quel WUE, et quel mode de refroidissement ? ».
FAQ — eau et électricité des centres de données
Combien d’électricité consomme un data center d’IA ?
Cela dépend de sa taille. Le projet de Petit-Landau est évalué à plus de 1 500 GWh par an par la MRAe Grand Est, soit l’équivalent de plus de 280 000 ménages du Grand Est, ou 4 % d’une centrale comme Cattenom.
Pourquoi un data center a-t-il besoin d’eau ?
Parce qu’évaporer de l’eau absorbe énormément de chaleur, grâce à la chaleur latente de vaporisation. C’est le moyen le plus économe en électricité pour évacuer la chaleur des serveurs, et le seul qui consomme réellement de l’eau.
Qu’est-ce que le PUE d’un data center ?
Le PUE rapporte l’énergie totale du site à la seule énergie informatique ; 1,0 serait parfait. L’Uptime Institute mesure une moyenne mondiale pondérée de 1,54 en 2025 sur 681 répondants, contre 2,50 en 2007 et 1,65 en 2014.
Qu’est-ce que le WUE et à quelle valeur se situe un bon data center ?
Le WUE mesure les litres d’eau consommés par kilowattheure informatique. Microsoft publie 0,30 L/kWh sur son exercice 2024 et 0,27 sur son exercice 2025 au niveau mondial, et 0,03 L/kWh en zone EMEA. Chaque valeur doit être datée.
Un refroidissement en circuit fermé consomme-t-il vraiment zéro eau ?
La boucle est remplie une fois à la construction puis recirculée : la consommation directe devient très faible. Mais l’électricité supplémentaire est produite ailleurs, souvent dans des installations qui utilisent elles-mêmes de l’eau de refroidissement.
Combien y a-t-il de data centers en France et combien consomment-ils ?
Selon RTE, dont la fiche a été actualisée au 1er juin 2026, environ 300 centres de données sont présents en France, pour environ 10 TWh, soit 2 % de la consommation annuelle française. RTE attend 15 à 20 TWh en 2030.
Pourquoi un data center a-t-il besoin de groupes électrogènes diesel ?
Pour maintenir le service en cas de coupure du réseau. Le projet alsacien en prévoit 111, ce qui contribue à son classement IED et Seveso. Leur fonctionnement rejette des oxydes d’azote, sur lesquels la MRAe demande une caractérisation du risque sanitaire.
Où en est le projet de data center de Petit-Landau ?
L’enquête publique s’est tenue du 1er juin au 3 juillet 2026, M2A a voté un avis favorable le 22 juin, et la MRAe avait recommandé de surseoir à l’instruction. Au 8 août 2026, le projet n’est ni autorisé ni refusé.