Votre lave-linge s’arrête à trois ans et deux mois. La garantie légale a expiré, le réparateur annonce une carte électronique introuvable, et le vendeur vous oriente vers un modèle neuf. C’est exactement cette impasse que la directive européenne sur le droit à la réparation, applicable aux États membres depuis le 31 juillet 2026, entend débloquer : elle oblige le fabricant à réparer lui-même, hors garantie, les appareils qu’il a vendus. Une précision s’impose d’emblée : au 11 août 2026, aucun texte français de transposition n’est identifiable, et cette obligation n’est donc pas encore opposable à un fabricant en France. Cet article fait le tri — la durée réelle de disponibilité des pièces pour votre appareil, ce qui relève encore d’une promesse européenne, et ce sur quoi vous pouvez vous appuyer dès aujourd’hui.
Droit à la réparation : ce qui a changé le 31 juillet 2026, et ce qui n’a pas changé en France
Le texte en cause est la directive (UE) 2024/1799 du 13 juin 2024, « établissant des règles communes visant à promouvoir la réparation des biens », publiée au Journal officiel de l’Union le 10 juillet 2024. Son article 22 fixe une double échéance : les États membres devaient l’avoir transposée « au plus tard le 31 juillet 2026 », et les mesures nationales devaient s’appliquer à partir de cette même date. C’est cette date qui a déclenché la vague d’articles annonçant de nouveaux droits.
Une directive, cependant, ne s’adresse pas aux fabricants ni aux consommateurs : elle fixe un résultat à atteindre et laisse à chaque État le soin de l’inscrire dans son droit national — c’est la transposition. Tant qu’une loi ou un décret français n’a pas repris ces règles, un consommateur ne peut pas s’en prévaloir face à un fabricant.
Or la page d’EUR-Lex recensant les mesures nationales de transposition notifiées, consultée le 11 août 2026, affiche pour la France un nombre de mesures égal à zéro. Sept États sur vingt-sept avaient notifié à cette date. L’indice le plus direct se trouve dans le code de la consommation : l’article L217-13, dans sa version en vigueur au 11 août 2026, dispose toujours que « tout bien réparé dans le cadre de la garantie légale de conformité bénéficie d’une extension de cette garantie de six mois ». Une transposition l’aurait nécessairement modifié, puisque la directive porte cette extension à douze mois. Enfin, la fiche publiée le 10 août 2026 par Service-Public.fr ne cite aucun texte français de référence, seulement la directive.
Le constat est donc daté, et vous pouvez le vérifier vous-même : ouvrez l’article L217-13 sur Légifrance ; s’il mentionne toujours « six mois », rien n’a bougé. Interrogé par la sénatrice Ghislaine Senée en 2025, le Gouvernement répondait que la directive « est actuellement en cours de transposition en droit français », sans avancer de date, et les contours en étaient discutés au Conseil national de la consommation. Le décalage n’est du reste pas propre à la France : « […] seule une poignée d’États membres ont officiellement notifié à la Commission européenne qu’ils avaient achevé la transposition », relevait Right to Repair Europe le 30 juillet 2026.
Attention — ce que vous lisez ailleurs n’est pas faux, c’est prématuré. Les articles qui annoncent que vous pouvez « désormais exiger » une réparation ou « bénéficier » d’un an de garantie supplémentaire décrivent fidèlement ce que l’Europe demande aux États. Ils omettent l’étape française. Concrètement, au 11 août 2026 : aucune obligation de réparation hors garantie n’est opposable à un fabricant en France, l’extension de garantie après réparation reste de six mois, et aucun régime de sanctions français n’est identifiable au titre des articles 4, 5 et 6 de la directive — l’article 15 imposait pourtant aux États de communiquer leur régime de sanctions à la Commission avant le 31 juillet 2026.
Les trois nouveautés annoncées, passées au texte
La réparation hors garantie imposée au fabricant : ce que dit l’article 5 de la directive
C’est le cœur du texte. L’article 5 §1 oblige le fabricant à réparer, sur demande et hors garantie, les biens relevant de l’annexe II — « dans la mesure prévue par lesdites exigences », c’est-à-dire dans les limites fixées par le règlement d’écoconception propre à chaque famille de produits. La réparation doit être gratuite ou effectuée « à un prix raisonnable », et menée « dans un délai raisonnable » à compter de la prise en charge du bien. Il peut sous-traiter l’intervention et prêter un appareil de remplacement — mais ce prêt est une faculté, pas une obligation. S’il est établi hors de l’Union, l’obligation retombe sur son mandataire, à défaut sur l’importateur, à défaut sur le distributeur. L’article 5 §5 lui impose de publier sur un site en accès libre les « prix indicatifs facturés pour la réparation type ». Une réserve pèse sur l’ensemble : l’obligation ne joue que si la réparation est possible ; sinon, le fabricant peut se contenter de proposer un appareil reconditionné.
Un an de garantie en plus après réparation : une mesure qui ne vaudra jamais pour les appareils achetés avant le 31 juillet 2026
Ne confondez pas les deux régimes, l’erreur coûte cher. La garantie légale de conformité, de deux ans (articles L217-3 et suivants du code de la consommation), vous lie au vendeur et couvre tous les biens de consommation. L’obligation de réparation de l’article 5 vise le fabricant, hors garantie, et les seuls biens de l’annexe II. Se tromper d’interlocuteur, c’est perdre son recours. La prolongation de garantie relève du premier régime : l’article 16 de la directive porte à douze mois, une seule fois, l’extension de garantie après une réparation — les États restant libres de prévoir plus long. En France, cette extension est aujourd’hui de six mois. Et l’article 21 de la directive pose une limite définitive : « L’article 16 de la présente directive ne s’applique pas aux contrats de vente conclus avant le 31 juillet 2026. » Un appareil acheté avant cette date n’ouvrira donc jamais droit aux douze mois, même après transposition.
Les verrous logiciels : une interdiction déjà inscrite en droit français depuis 2020
L’article 5 §6 énonce que « les fabricants n’utilisent aucune clause contractuelle, aucune technique matérielle ou logicielle entravant la réparation », et interdit d’empêcher les réparateurs indépendants d’employer des pièces originales, de seconde main, compatibles ou imprimées en 3D. Cette interdiction figure pourtant en droit français depuis le 12 février 2020, date d’entrée en vigueur de l’article L441-3 du code de la consommation, issu de la loi AGEC et modifié le 17 novembre 2021 : « Toute technique, y compris logicielle, par laquelle un metteur sur le marché vise à rendre impossible la réparation ou le reconditionnement d’un appareil ou à limiter la restauration de l’ensemble des fonctionnalités d’un tel appareil hors de ses circuits agréés est interdite. » L’article L441-4 y ajoute l’interdiction de tout accord limitant l’accès des réparateurs aux pièces, notices, informations techniques et logiciels. Deux réserves toutefois. Le texte européen excepte les « facteurs légitimes et objectifs, y compris la protection des droits de propriété intellectuelle » — le terrain même de la sérialisation des pièces. Et l’article L441-3 renvoie à un arrêté qui devait fixer ses exceptions — liste des produits, motifs légitimes.
Appareil par appareil : combien d’années, et à partir de quand
C’est le point sur lequel presque toutes les reprises de presse trébuchent. La directive elle-même ne contient aucune durée. Son annexe II n’est qu’une liste de renvois vers les règlements d’écoconception, et c’est chacun de ces règlements qui fixe, pour sa famille de produits, la durée pendant laquelle le fabricant doit tenir des pièces à disposition. Ces règlements-là, à la différence d’une directive, s’appliquent directement dans les États membres : les durées ci-dessous ne dépendent donc pas de la transposition qui fait défaut en France. La formule « 5 à 10 ans après l’achat » que l’on lit un peu partout comporte donc deux inexactitudes : la borne de cinq ans ne correspond à aucun des appareils du tableau ci-dessous, dont les durées vont de sept à dix ans, et surtout le point de départ n’est pas votre achat.
Le compteur démarre à la mise sur le marché de la dernière unité du modèle, c’est-à-dire à la fin de sa commercialisation. Un exemple : un lave-linge vendu de 2023 à 2025 relève d’une obligation de dix ans qui court à compter de la mise sur le marché du dernier exemplaire, soit jusqu’en 2035 — que vous l’ayez acheté la première ou la dernière année. En pratique, cet ancrage vous est souvent plus favorable qu’un décompte depuis l’achat, puisqu’un modèle reste un à trois ans en rayon avant que l’horloge ne se déclenche. Mais rapporté à la date d’achat, comme le font les reprises de presse, ce décompte devient impossible à faire.
Comment savoir où en est votre appareil ? Les règlements applicables à l’électroménager et aux écrans imposent au fabricant de publier sur son site, au plus tard deux ans après la mise sur le marché de la première unité, la liste des pièces détachées et la procédure pour les commander. C’est le premier réflexe avant d’accepter un devis de remplacement.
Deux précisions accompagnent le tableau ci-dessous. Pour les smartphones et les tablettes, le règlement (UE) 2023/1670 ajoute une obligation distincte, à ne pas confondre avec celle des pièces : les mises à jour du système d’exploitation doivent être fournies pendant au moins cinq ans à compter de la mise sur le marché. Pour les téléviseurs et les écrans, le micrologiciel doit rester disponible huit ans, la dernière mise à jour de sécurité étant gratuite huit ans au moins. Enfin, l’annexe II compte aujourd’hui onze catégories et non « une dizaine » : la directive déléguée (UE) 2026/74 du 12 janvier 2026, publiée le 20 avril 2026, y a ajouté les dispositifs de chauffage décentralisés domestiques.
| Appareil | Pièces accessibles au particulier | Pièces réservées au réparateur pro | Point de départ |
|---|---|---|---|
| Lave-linge, lave-linge séchant | 10 ans | 10 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Lave-vaisselle | 10 ans | 7 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Réfrigérateur, congélateur | 7 ans ; joints de porte 10 ans | 7 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Téléviseur, écran | 7 ans | 7 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Smartphone, tablette | 7 ans | 7 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Sèche-linge à tambour | 10 ans | 10 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
| Chauffage décentralisé | Au moins 10 ans | Au moins 10 ans | Dernière unité du modèle mise sur le marché |
Les appareils annoncés comme couverts qui ne le sont pas
Les aspirateurs figurent dans presque toutes les reprises, et jusque dans la fiche de Service-Public.fr. Ils sont bien à l’annexe II — mais la case est vide. Le règlement (UE) n° 666/2013 auquel ce point renvoie ne comporte aucune exigence de disponibilité de pièces détachées, aucune liste, aucune durée : seulement des exigences techniques, comme une durée de vie utile du moteur « supérieure ou égale à 500 heures ». Right to Repair Europe fait le même constat : « Bien que les aspirateurs figurent à l’annexe II de la directive, cette mention est sans objet : le règlement d’écoconception auquel elle renvoie — le règlement (UE) n° 666/2013 — ne contient en réalité aucune exigence de réparabilité ni aucune liste de pièces détachées à mettre à disposition. Techniquement, cette catégorie de produits ne peut donc pas être considérée comme couverte par la directive. »
Le même règlement se dérobe une seconde fois : son article 1 §2 limite son champ aux aspirateurs fonctionnant sur le secteur et exclut « les aspirateurs à eau, eau et poussière, fonctionnant sur batteries, robots, industriels », ainsi que les centrales d’aspiration et les lustreuses. Les balais sans fil et les robots — l’essentiel du marché actuel — sont donc hors champ deux fois.
Deuxième absence, temporaire celle-là : les batteries de vélos et de trottinettes électriques. Le point 10 de l’annexe II renvoie au règlement (UE) 2023/1542, qui impose bien cinq ans de disponibilité pour les batteries de moyens de transport légers et interdit d’utiliser le logiciel pour entraver leur remplacement. Mais son article 11 n’est applicable qu’à compter du 18 février 2027. D’ici là, rien de neuf sur ce terrain — reste la question du recyclage, et ce que devient une batterie lithium-ion en fin de vie. Enfin, trois catégories de l’annexe II ne visent pas le grand public : le matériel de soudage (dix ans, livraison sous quinze jours ouvrables), les serveurs et le stockage de données.
Bon à savoir — ce qui n’est pas dans l’annexe II. Cafetière, four à micro-ondes, robot ménager, imprimante, casque audio, montre connectée : aucun de ces appareils ne relève de l’obligation de réparation prévue par la directive, et aucune durée de disponibilité de pièces ne s’y attache au titre de l’écoconception européenne. Vous n’êtes pas sans recours pour autant : la garantie légale de conformité de deux ans s’applique à tous les biens, et le bonus réparation français couvre une liste bien plus large que l’annexe II — cafetières automatiques et fours à micro-ondes compris.
Ce que la directive n’oblige toujours pas
Même transposée, la directive laisse plusieurs portes ouvertes.
La première tient au vocabulaire. Le « prix raisonnable » et le « délai raisonnable » de l’article 5 ne sont définis nulle part dans le texte. Right to Repair Europe le formule sans détour : « Nous ne savons pas si les prix des pièces détachées et des outils seront réellement “raisonnables”, et nous y veillerons, car la directive n’en donne aucune définition claire. » Une réparation facturée au prix d’un appareil neuf resterait, en l’état du texte, difficile à contester.
La deuxième est l’échappatoire principale : l’obligation ne joue que « lorsque la réparation est possible ». Il suffit qu’elle ne le soit pas — pièce non produite, conception non démontable, coût jugé disproportionné — pour que le fabricant ne soit plus tenu à rien, sinon à vous proposer éventuellement un appareil reconditionné. Le prêt d’un appareil de remplacement pendant l’intervention reste, lui aussi, une simple faculté.
La troisième est juridique. L’interdiction des entraves matérielles et logicielles est assortie d’une réserve pour « facteurs légitimes et objectifs, y compris la protection des droits de propriété intellectuelle ». C’est exactement l’argument sur lequel s’appuie la sérialisation, cette pratique consistant à apparier une pièce à un exemplaire précis d’appareil pour qu’un composant non authentifié soit refusé par le logiciel.
Reste ce que la directive impose de publier en tout état de cause, et qui constituera un point d’appui une fois le texte transposé : les prix indicatifs de la réparation type, sur un site en accès libre, et une information gratuite et claire sur les services de réparation du fabricant.
Ce que la France applique déjà, et qui fonctionne aujourd’hui
La France a de l’avance sur plusieurs des points que la directive généralise, et ces dispositifs-là sont opposables dès maintenant.
La garantie légale de conformité couvre deux ans à compter de la délivrance, auprès du vendeur et non du fabricant. Toute réparation à ce titre prolonge la garantie de six mois.
La disponibilité des pièces détachées est encadrée par l’article L111-4 du code de la consommation, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2022. Pour l’électroménager, les petits équipements informatiques et de télécommunications, les écrans et les moniteurs, les pièces doivent rester disponibles pendant toute la commercialisation du modèle, plus une période qui « ne peut être inférieure à cinq ans » après la dernière unité, et être fournies sous quinze jours ouvrables. Si une pièce est indisponible, le fabricant doit fournir le plan de fabrication ou les informations techniques permettant de la produire par impression 3D.
L’indice de réparabilité, note sur 10 affichée à l’achat, existe depuis le 1ᵉʳ janvier 2021 (loi AGEC, décret n° 2020-1757). Il cède progressivement la place à l’indice de durabilité, qui lui ajoute des critères de fiabilité — résistance, facilité d’entretien, durée de garantie —, institué par le décret n° 2024-316 du 5 avril 2024 : en vigueur pour les téléviseurs depuis le 8 janvier 2025 et pour les lave-linge ménagers depuis le 8 avril 2025.
Le bonus réparation, enfin, est le dispositif le plus concret et le plus sous-utilisé. Financé par les fonds réparation des éco-organismes, il prend la forme d’une remise déduite directement sur la facture chez un réparateur labellisé QualiRépar : aucun dossier, aucun remboursement à attendre. Selon l’ADEME, il a financé plus de 1,5 million de réparations depuis son lancement, s’appuie sur plus de 6 500 points labellisés en 2025 et couvre près de 68 types d’appareils électriques, électroniques et électroménagers, auxquels s’ajoutent meubles, outils thermiques, textiles et chaussures. Une condition piège la plupart des candidats : l’appareil ne doit être ni sous garantie légale, ni sous garantie commerciale, ni couvert par une assurance. Il faut aussi que la panne relève d’un usage normal, que l’objet ait été acheté en France et que la facture dépasse le montant du bonus.
| Appareil | Montant | Facture minimale |
|---|---|---|
| Téléviseur | 60 € | Supérieure au bonus |
| Lave-linge | 50 € | Supérieure au bonus |
| Lave-vaisselle | 50 € | Supérieure au bonus |
| Sèche-linge | 50 € | Supérieure au bonus |
| Ordinateur fixe, portable, tout-en-un | 50 € | 150 € |
| Aspirateur balai, robot ou traîneau | 40 € | Supérieure au bonus |
| Réfrigérateur ou combiné | 25 € | Supérieure au bonus |
| Téléphone portable | 25 € | Supérieure au bonus |
| Tablette | 25 € | Supérieure au bonus |
| Four à micro-ondes | 20 € | Supérieure au bonus |
Le barème complet va de 10 à 65 euros et couvre aussi le congélateur, le four encastrable et la machine à café automatique (25 € chacun) ainsi que le purificateur d’air (15 €). Il est révisable chaque année : vérifiez le montant du jour sur le site de l’ADEME.
Votre appareil tombe en panne : la marche à suivre
Voici l’ordre dans lequel procéder, en s’en tenant à ce qui est applicable en France aujourd’hui.
- Moins de deux ans ? C’est la garantie légale de conformité. Votre interlocuteur est le vendeur, pas le fabricant, et la réparation est à sa charge. Elle prolongera votre garantie de six mois. Ne vous laissez pas renvoyer vers le service après-vente de la marque : le recours appartient au vendeur.
- Plus de deux ans ? Cherchez sur le site du fabricant la liste des pièces détachées et la procédure de commande, que les règlements d’écoconception, directement applicables en France, l’obligent déjà à publier. Notez la référence de la pièce avant tout contact avec un réparateur : c’est ce qui vous permettra de comparer un devis. Les prix indicatifs de réparation, en revanche, relèvent de la directive et ne seront exigibles qu’une fois celle-ci transposée.
- Choisissez votre réparateur. L’article L441-4 du code de la consommation interdit tout accord ou pratique limitant l’accès d’un professionnel de la réparation aux pièces, modes d’emploi, informations techniques ou logiciels nécessaires. Vous n’êtes pas tenu de passer par le réseau agréé de la marque.
- Demandez le bonus réparation. Confiez l’appareil à un réparateur labellisé QualiRépar : la remise est appliquée sur la facture, sans démarche de votre part. Vérifiez seulement que l’appareil n’est plus sous garantie ni couvert par une assurance, sans quoi le bonus ne peut pas être accordé.
- Si le fabricant bloque la réparation. Une technique, logicielle comprise, visant à rendre la réparation impossible hors des circuits agréés est interdite par l’article L441-3 du code de la consommation depuis 2020. Le signalement se fait auprès de la DGCCRF, via SignalConso. Ce socle a déjà produit des effets : 25 millions d’euros d’amende contre Apple en 2020 pour le bridage des iPhone.
- À surveiller. La directive prévoit un formulaire européen normalisé d’information sur la réparation, indiquant prix, conditions et délai, et engageant le réparateur qui le remplit. Il sera indisponible en France tant que le texte n’aura pas été transposé.
Bon à savoir — deux réflexes avant d’acheter. Lisez d’abord l’indice de durabilité, ou à défaut l’indice de réparabilité, affiché à côté du prix : deux modèles au tarif voisin peuvent afficher des notes très éloignées, et l’indice de durabilité intègre désormais la fiabilité, pas seulement la facilité de démontage. Regardez ensuite depuis combien de temps le modèle est commercialisé. Un appareil lancé cette année vous fait démarrer le compte à rebours des pièces détachées bien plus tard qu’une fin de série soldée : puisque le décompte part de la dernière unité vendue par le fabricant, une fin de série peut voir sa disponibilité de pièces s’éteindre quelques années seulement après votre achat.
Ce qui arrive ensuite : plateforme européenne, batteries, nouvelles catégories
Trois échéances sont déjà inscrites dans le texte. L’article 7 charge la Commission de créer une interface européenne de mise en relation avec les réparateurs, et les États de rendre leurs plateformes nationales opérationnelles au plus tard le 31 juillet 2027 ; Right to Repair Europe annonce une pleine exploitation au 1ᵉʳ janvier 2028. Ces plateformes seront gratuites pour les consommateurs, mais l’inscription des réparateurs y restera volontaire. L’article 13 impose à chaque État d’adopter au moins une mesure de promotion de la réparation et de la notifier à la Commission au plus tard le 31 juillet 2029 — le bonus réparation remplit déjà cette case. Le 18 février 2027, l’article 11 du règlement sur les batteries entrera en application et couvrira les batteries de vélos et de trottinettes. L’annexe II, elle, continuera de s’élargir par actes délégués.
La Commission attend de ce texte 4,8 milliards d’euros de croissance et d’investissement. Elle avance aussi — chiffres relayés par Toute l’Europe, que nous n’avons pas retrouvés dans les considérants de la directive — 12 milliards d’euros perdus chaque année par les consommateurs qui remplacent au lieu de réparer et 261 millions de tonnes de CO₂ équivalent liées à l’élimination prématurée des biens — de quoi mesurer l’empreinte carbone d’un objet jeté encore fonctionnel.
« L’Europe ne doit pas devenir un continent qui jette la technologie. L’avenir est à des produits intelligents, réparables et circulaires. En facilitant la réparation, nous soutenons l’innovation, renforçons l’industrie européenne et réduisons notre dépendance à l’égard des matières premières importées », déclarait le 31 juillet 2026 Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. Faire durer un appareil reste, en attendant, l’un des gestes les plus efficaces pour réduire son empreinte carbone au quotidien.
À retenir en cinq points
- Ce qui est européen : la directive (UE) 2024/1799 s’applique aux États depuis le 31 juillet 2026 et impose au fabricant de réparer hors garantie les biens de l’annexe II, aujourd’hui onze catégories.
- Ce qui est français : au 11 août 2026, aucun texte de transposition n’est identifiable ; l’extension après réparation reste de six mois, et les douze mois ne vaudront jamais pour un achat antérieur.
- La vraie durée : de 7 à 10 ans selon l’appareil, depuis la mise sur le marché de la dernière unité du modèle et non depuis votre achat.
- Les cases vides : les aspirateurs figurent à l’annexe II sans aucune exigence de pièces derrière ; les batteries de vélos et trottinettes attendent le 18 février 2027.
- Ce qui marche aujourd’hui : garantie légale de deux ans auprès du vendeur, cinq ans minimum de pièces, interdiction des verrous logiciels, bonus réparation en caisse.
FAQ — droit à la réparation
Le droit à la réparation est-il applicable en France depuis le 31 juillet 2026 ?
La directive (UE) 2024/1799 s’applique aux États membres depuis cette date, mais elle doit être reprise par une loi ou un décret pour être opposable à un fabricant. Au 11 août 2026, aucun texte français de transposition n’est identifiable : la France n’avait notifié aucune mesure à la Commission et le code de la consommation restait inchangé. Vérifiez Légifrance avant de vous en prévaloir.
Un fabricant peut-il refuser de réparer un appareil hors garantie ?
En France, oui : au 11 août 2026, l’obligation de réparation hors garantie prévue par la directive n’est toujours pas inscrite dans le droit national. Même transposée, elle comportera une réserve majeure : le fabricant n’est tenu que lorsque la réparation est possible, et il peut alors proposer un appareil reconditionné. Il reste tenu, en revanche, de fournir les pièces détachées prévues par le droit français.
Combien de temps les pièces détachées d’un lave-linge doivent-elles rester disponibles ?
Dix ans, aussi bien pour les pièces réservées aux réparateurs professionnels que pour celles accessibles aux particuliers, selon le règlement (UE) 2019/2023. Ce délai ne court pas depuis votre achat mais depuis la mise sur le marché de la dernière unité du modèle. En droit français, l’article L111-4 du code de la consommation impose un minimum de cinq ans.
La garantie légale est-elle prolongée de 6 ou de 12 mois après une réparation ?
De six mois. L’article L217-13 du code de la consommation, dans sa version en vigueur au 11 août 2026, prévoit toujours une extension de six mois après une réparation effectuée au titre de la garantie légale. La directive porte cette extension à douze mois, mais son article 21 en exclut définitivement les contrats de vente conclus avant le 31 juillet 2026.
Les aspirateurs et les robots aspirateurs sont-ils concernés par le droit à la réparation ?
Non, malgré leur mention à l’annexe II. Le règlement (UE) n° 666/2013 auquel cette mention renvoie ne fixe aucune exigence de disponibilité de pièces détachées. Son champ est en outre limité aux aspirateurs fonctionnant sur le secteur : les balais sans fil, les robots et les aspirateurs eau et poussière en sont exclus. Le bonus réparation français, lui, les couvre.
Peut-on faire réparer son appareil par un réparateur indépendant sans perdre ses droits ?
Oui. L’article L441-4 du code de la consommation interdit depuis 2021 tout accord limitant l’accès des réparateurs indépendants aux pièces, notices, informations techniques et logiciels. La directive ajoute le libre choix du réparateur et interdit au fabricant de refuser une intervention au seul motif qu’une réparation antérieure a été réalisée par un tiers, mais cette disposition attendait toujours sa transposition au 11 août 2026.
Comment obtenir le bonus réparation et à quels appareils s’applique-t-il ?
Il suffit de confier l’appareil à un réparateur labellisé QualiRépar : la remise est déduite directement de la facture, sans dossier ni remboursement. Selon l’ADEME, près de 68 types d’appareils étaient couverts en 2025, pour des montants allant de 10 à 65 euros. La panne doit relever d’un usage normal et l’objet ne doit être ni sous garantie ni assuré.

