Santé publique France et le Snosan ont publié le 24 juillet 2026 un point d’étape sur la surveillance des noyades, qui court jusqu’au 30 septembre : 925 noyades, dont 274 suivies de décès, entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, en France, outre-mer compris. Sur la même période de 2025, le bulletin comptait 809 noyades et 241 décès. La hausse des noyades, +14 %, est statistiquement significative ; celle des décès est qualifiée de modérée et non significative. Ce chiffre a beaucoup circulé à la veille d’une cinquième vague de chaleur. Il mérite mieux qu’une reprise : le lien entre noyades et canicule en 2026 repose sur une concomitance et sur une explication de fréquentation, pas sur une démonstration de cause. Et le dispositif qui produit ces nombres compte certaines choses, pas d’autres. Voici ce qu’il mesure, ce qu’il ne mesure pas, et ce qui en découle au bord de l’eau.

Ce que Santé publique France a publié le 24 juillet, et sur quelle période

925 noyades, 274 décès, soixante-seize jours

Le document s’intitule « Surveillance épidémiologique des noyades durant l’été 2026, période du 01/05 au 15/07/2026 ». C’est une édition nationale de quatorze pages, signée d’Aymeric Ung et Laurence Guldner pour Santé publique France, de Christophe Lino et Fabrice Levet pour le Snosan. Elle porte sur soixante-seize jours — près de onze semaines — et recense 925 noyades, dont 274 suivies de décès, soit une létalité de 30 %. Le rapprochement avec 2025, sur les mêmes dates, donne 809 noyades et 241 décès. L’écart sur les noyades, +14 %, est significatif au test du Chi² (p < 0,01). L’écart sur les décès, lui, n’est pas significatif : le bulletin le qualifie de modéré, et cette nuance disparaît de la plupart des reprises.

Pourquoi 2026 démarre un mois plus tôt qu’en 2025

Un détail de calendrier change la lecture de tout. La période de surveillance a été étendue au 1er mai en 2026, alors qu’elle courait du 1er juin de 2023 à 2025. Les cumuls de 2026 ne se comparent donc pas aux bilans saisonniers publiés les années précédentes, et le bulletin le dit lui-même. Le document publie bien des effectifs de mai 2025, sans expliquer d’où ils viennent : la comparaison mois par mois présentée plus loin porte donc sur une période où la surveillance n’était pas active en 2025. C’est un point à garder en tête avant de conclure quoi que ce soit sur la seule ampleur du cumul.

Comment ces chiffres sont fabriqués, et ce qu’ils ne comptent pas

Deux tuyaux, pas un seul

Les noyades et les décès ne remontent pas par le même canal. Les noyades prises en charge viennent du réseau OSCOUR®, qui agrège les passages aux urgences de plus de 700 structures, soit environ 21 millions de passages par an et près de 59 000 par jour — 97 % des passages aux urgences en France, avec au moins un service par département. Les décès, eux, viennent du Snosan, qui consolide les remontées des Cross, les bulletins de la CMVOA et une veille presse. Ce n’est donc pas une enquête déclarative : c’est une surveillance de routine, adossée pour partie au codage automatique des urgences. Elle est rapide, elle est large, elle n’est pas exhaustive.

Le point que peu de reprises signalent : où les décès sont comptés

Les décès comptabilisés sont ceux survenus quasi exclusivement sur le lieu de la noyade, « du fait de l’absence d’information sur le devenir de la prise en charge après l’admission aux urgences », précise le bulletin. Une personne morte plus tard à l’hôpital n’entre donc pas dans les 274. Les noyades intentionnelles sont par ailleurs exclues du décompte lorsque l’information est connue. Ce problème de dénombrement n’est pas propre aux noyades : il ressemble beaucoup à la façon dont on compte les morts d’une canicule, où la frontière retenue décide du résultat autant que le phénomène mesuré.

Les deux réserves que le bulletin pose lui-même

Deux notes de bas de page méritent d’être lues. En Seine-Maritime, « un changement dans le logiciel de codage a pu entraîner un excès de codage des noyades accidentelles. Des analyses complémentaires sont en cours ». Or ce département passe de 4 à 32 noyades d’une année sur l’autre. Dans les départements et régions d’outre-mer, « la remontée et la consolidation des données […] est plus complexe qu’en Hexagone, certaines données peuvent être manquantes » : les DROM affichent une baisse qui ne mesure pas une amélioration — de 58 à 24 noyades et de 28 à 6 décès entre 2025 et 2026.

Attention — Les 274 décès sont un plancher sur un périmètre précis, pas un bilan de la mortalité par noyade en France. Ils excluent les personnes décédées après leur admission à l’hôpital, ainsi que les noyades intentionnelles connues comme telles. La suite de l’article raisonne sur ce périmètre, et sur lui seul.

Noyades et canicule 2026 : ce que la corrélation dit, et ce qu’elle ne prouve pas

73 % des noyades pendant des jours qui pèsent la moitié de la période

C’est le chiffre le plus repris, souvent de travers. Le bulletin dénombre 675 noyades et 216 décès sur les 925 et 274 recensés : 73 % des noyades et 79 % des cas mortels sont survenus pendant l’une des trois périodes de vigilance canicule, alors que ces jours-là ne représentaient que la moitié des jours de la période. La concentration est nette. Elle ne dit pas pour autant que la chaleur provoque les noyades : elle dit qu’elles se produisent massivement pendant ces jours-là.

Les trois épisodes, un par un

Trois périodes de vigilance canicule structurent la saison : du 24 au 31 mai en orange, du 16 juin au 3 juillet en orange et rouge, puis du 4 au 15 juillet, également en orange et rouge et encore en cours à la clôture du bulletin. Leurs bilans diffèrent nettement. Fin mai : 134 noyades dont 48 décès, contre 67 et 18 aux mêmes dates de 2025, année sans vigilance canicule à ce moment-là, soit +100 % et +167 %. Du 16 juin au 3 juillet : 307 noyades et 103 décès, contre 319 et 92 — globalement stable, les deux années ayant connu une vigilance importante. Début juillet : 234 noyades et 65 décès, contre 190 et 59, soit +23 % de noyades et des décès stables.

La hausse annuelle tient pour l’essentiel à la seconde quinzaine de mai

Le contexte thermique est documenté par Météo-France et repris dans le bulletin : mai 2026 a été le deuxième mois de mai le plus chaud depuis 1900, avec +2,0 °C et des pointes à 38 °C du 24 au 31 ; juin 2026 a été le plus chaud depuis 1900, avec +3,8 °C et 72 départements en vigilance rouge du 21 au 28 juin, fait inédit depuis la création de la vigilance canicule en 2004 ; en juillet, 37 départements ont été en vigilance rouge du 10 au 14. Sur le terrain des noyades, la hausse annuelle se loge d’abord dans la seconde quinzaine de mai : 107 noyades en 2025, 185 en 2026, soit +73 %. Pour situer cette intensité thermique dans la durée, notre article sur la fréquence des jours à 40 °C donne un repère utile.

Ce n’est pas seulement la chaleur

Le bulletin note que le nombre quotidien de noyades monte aussi les week-ends et pendant les vacances scolaires, « en lien vraisemblablement avec une plus grande fréquentation des lieux de baignade ». La vigilance canicule n’est donc pas la seule variable à l’œuvre, et elle n’est pas non plus indépendante des autres : un dimanche de canicule cumule les deux effets.

L’explication qu’avance Santé publique France

Elle est comportementale avant d’être physiologique. « Ces conditions météorologiques ont probablement entraîné un afflux de population cherchant à se rafraichir vers les lieux de baignade, à un moment où la surveillance des sites autorisés en milieu naturel n’avait pas systématiquement commencé partout », écrivent Santé publique France et le Snosan. Le bulletin ajoute une mise en garde sur les comparaisons territoriales : elles « doivent aussi tenir compte des conditions météorologiques locales durant ces périodes et des fréquentations touristiques qui peuvent varier d’une région/d’un département à l’autre ».

Où l’on se noie a changé : l’intérieur monte, le Nord-Ouest monte davantage

La plus forte hausse n’est pas là où on la dit

La progression la plus marquée concerne les régions de la côte nord-ouest — Bretagne, Normandie, Hauts-de-France — dont le total passe de 102 à 177, soit +74 %, et les décès de 43 à 69, soit +60 %. Les régions dépourvues de façade maritime progressent de 180 à 267, soit +48 %, et de 70 à 102 décès. C’est bien le Nord-Ouest qui enregistre la hausse la plus forte du bulletin, sur les deux indicateurs. Une réserve accompagne ce constat : une part importante de la progression normande vient d’un département où le bulletin signale lui-même un possible excès de codage, la Seine-Maritime pesant 28 des 45 noyades supplémentaires de la région.

Le cas francilien

L’Île-de-France passe de 40 à 77 noyades et de 14 à 35 décès ; la Seine-et-Marne, de 11 à 22 noyades et de 5 à 15 décès, ce qui en fait le département comptant le plus de décès du bulletin. La concentration temporelle y est frappante : 31 des 35 décès franciliens et 14 des 15 décès seine-et-marnais sont survenus pendant l’une des trois périodes de vigilance canicule. Selon Santé publique France et le Snosan, « les baignades en milieu naturel dans des lieux non aménagés et interdits particulièrement pendant les périodes de vigilance canicule expliquent en grande partie cette augmentation ».

Et pendant ce temps, le Sud recule

La géographie du risque se déplace. Provence-Alpes-Côte d’Azur passe de 182 à 152 noyades, l’Occitanie de 122 à 104. L’Auvergne-Rhône-Alpes monte en noyades, de 67 à 90, mais ses décès reculent légèrement, de 28 à 27. Quatre régions — PACA 152, Nouvelle-Aquitaine 128, Occitanie 104, Auvergne-Rhône-Alpes 90 — concentrent encore 52 % des noyades et 39 % des décès : le Sud reste le premier volume, il n’est simplement plus le moteur de la hausse.

Noyades recensées du 1er mai au 15 juillet, par groupe de régions, 2025 et 2026
Groupe de régions 2025 2026 Évolution
Régions de l’intérieur (sans façade maritime)180267+48 %
Côte nord-ouest102177+74 %
PACA182152−16 %
Occitanie122104−15 %
France entière809925+14 %

Qui se noie, et qui en meurt

58 % des victimes, 87 % des décès : l’écart adulte

Le tableau 2 du bulletin répartit les 925 noyades par âge : 246 chez les 0-5 ans, soit 27 %, pour 9 décès ; 72 chez les 6-12 ans, pour 4 décès ; 72 chez les 13-17 ans, pour 24 décès ; et 535 chez les adultes, soit 58 % des noyades, pour 237 décès, soit 87 % du total. La létalité croît fortement avec l’âge : 4 % chez les moins de 6 ans, 33 % chez les 13-17 ans — une noyade sur trois —, 44 % chez les adultes, contre 30 % tous âges confondus. L’enjeu change donc avec l’âge : les noyades de tout-petits sont nombreuses et le plus souvent non mortelles, celles d’adultes sont à la fois plus nombreuses et mortelles dans 44 % des cas.

37 décès de mineurs, un nombre stable

Les mineurs comptent 37 décès en 2026, exactement le même nombre qu’en 2025. La hausse de l’année est donc une hausse adulte : les noyades d’adultes passent de 453 à 535, soit +18 %. Cette stabilité mérite d’être dite pour ce qu’elle est — un nombre qui ne monte pas — sans en tirer de conclusion sur l’efficacité de tel ou tel dispositif, que le bulletin n’évalue pas.

Les lieux : cours d’eau et plans d’eau chez les mineurs, mer chez les adultes

Le tableau 4 situe les 274 décès. Les cours d’eau et les plans d’eau en totalisent 125, soit 83 et 42, et concentrent 23 des 37 décès de mineurs, soit 62 %. La mer en compte 86, que la liste détaillée du bulletin ventile en plage 66, côte 12, large 7 et port maritime 2 — soit une unité de plus, écart interne sur lequel nous revenons. Hors cours d’eau et plans d’eau, la mer concentre 62 % des décès d’adultes, 84 sur 135, tandis que les bassins aménagés concentrent 12 des 14 décès de mineurs restants. La part des décès survenus en cours d’eau ou plan d’eau varie fortement selon le groupe de régions : 72 % à l’intérieur, 45 % sur la côte sud-ouest, 26 % au nord-ouest, 24 % au sud-est, 17 % outre-mer.

Le doublement des décès en piscine et bassins aménagés

C’est l’autre mouvement notable : les décès en piscine et lieux de baignade artificiels aménagés doublent, de 31 à 60, dans 12 des 13 régions hexagonales. Le détail : 51 en piscine privée, 1 en piscine publique, 8 en base de loisirs ou nautique. Quarante-huit de ces 60 décès concernent des adultes, 50 sont survenus pendant une vigilance canicule et 27, soit 45 %, dans les régions de l’intérieur. Santé publique France avance la recherche de fraîcheur, « notamment par des personnes ayant surestimé leur capacité et/ou souffrant de pathologies chroniques pouvant entraîner des malaises ».

Vue basse de la statue au coucher du soleil

L’hydrocution : ce que le bulletin en dit, c’est-à-dire presque rien

Une circonstance renseignée pour 22 décès sur 274

Le mot revient chaque été dans la conversation publique. Il est absent du bulletin. Celui-ci ne renseigne une circonstance que pour 22 des 274 décès, et une activité pratiquée hors baignade que pour 12 d’entre eux. L’hydrocution ne figure dans aucune des catégories recensées, et aucune source institutionnelle consultée ne lui attribue une part chiffrée des décès de 2026. Toute proportion avancée à son sujet cet été ne vient donc pas de ces données.

Ce qui est effectivement recensé

Pour les 22 décès dont la circonstance est connue : baïnes, marée ou courant 8 ; chute ou chavirage d’embarcation 6 ; marche aquatique, ou longe-côte, 3 ; saut ou plongeon 3 ; chute 2. Pour les 12 décès survenus hors baignade : pêche 4, apnée 4, parapente 2, canoë-kayak 1, crash d’avion 1. Le bulletin rappelle un repère plus ancien : dans l’enquête NOYADES 2021, baïnes, marées et courants étaient associés à 10 % des décès (n = 41), surtout chez les 13-19 ans, 25 %, et les 25-44 ans, 18 %.

Le mécanisme, et le mot que les autorités emploient à sa place

Le phénomène désigné par « hydrocution » dans le langage courant est un malaise consécutif à un choc thermique, lorsque le corps chaud rencontre brutalement une eau nettement plus froide. Les autorités emploient l’expression « choc thermique », et la consigne officielle porte sur l’entrée dans l’eau : « rentrer dans l’eau progressivement en mouillant sa tête, sa nuque et son ventre pour éviter les chocs thermiques particulièrement lorsque la différence de température entre l’eau et l’air est importante ».

L’alcool, mécanisme décrit par Santé publique France

Le bulletin détaille aussi les effets de l’alcool : il altère le jugement et augmente la prise de risque, dilate les vaisseaux sanguins — d’où un risque accru d’hypothermie — et diminue la réactivité des voies respiratoires, donc les chances de survie dans l’eau.

Bon à savoir — La consigne officielle tient en une phrase : entrer dans l’eau progressivement, en mouillant d’abord la tête, la nuque et le ventre. Elle vaut particulièrement quand l’écart entre la température de l’eau et celle de l’air est important — exactement la situation d’un jour de canicule au bord d’un cours d’eau.

Trois écarts relevés dans le bulletin et dans ses reprises

Un total d’adultes qui ne tombe pas juste

Le corps du bulletin écrit 238 décès d’adultes en 2026, quand son tableau 2 en donne 237. C’est le tableau qui tombe juste : 274 décès au total moins 37 décès de mineurs font bien 237, et la colonne d’âge se resomme à 274. Nous retenons donc 237, recompté à partir du tableau 2. Il s’agit d’une coquille de rédaction dans un document par ailleurs cohérent, pas d’un problème de comptage.

Une répartition par lieu à une unité près

Deuxième écart, du même ordre : la liste détaillée des lieux donne 41 décès en plan d’eau et 87 en mer, quand le tableau 4 donne 42 et 86. Le total, 274, est identique des deux côtés. L’écart porte donc sur la ventilation par lieu, pas sur le décompte.

Ce qu’une reprise de presse a interverti

Le troisième écart n’est pas dans le bulletin mais dans une reprise. Une dépêche 6Médias/L’Express diffusée par actu.orange.fr attribue la valeur 234 à la période du 16 juin au 3 juillet et la présente comme un nombre de décès. Le bulletin donne 307 noyades et 103 décès pour cette période, et 234 noyades et 65 décès pour celle du 4 au 15 juillet. Les bulletins de Santé publique France restent la meilleure source disponible sur le sujet : c’est précisément pour cela qu’ils méritent d’être lus ligne à ligne.

Ce que ces chiffres changent pour la semaine du 10 au 16 août

L’ancrage : une cinquième vague de chaleur

Selon les prévisions de Météo-France diffusées le 9 août, la cinquième vague de chaleur de l’été court du 10 au 16 août 2026, avec un écart aux normales de 3 à 6 °C et un pic annoncé le mercredi 12 août, où 40 °C sont attendus dans plusieurs régions. Les chiffres du bulletin de juillet décrivent donc exactement le type de semaine qui s’ouvre.

Avec des enfants

Les consignes de Santé publique France sont explicites : surveillance active et permanente, ne jamais quitter les enfants des yeux au bord de l’eau, se baigner avec eux, et désigner un seul adulte responsable par enfant pendant la baignade. Cette dernière règle est celle qu’on oublie le plus souvent en groupe, quand chacun suppose qu’un autre surveille.

Adultes, et adultes à risque

Pour les adultes, Santé publique France recommande de choisir des zones surveillées par des sauveteurs professionnels, de respecter les interdictions de baignade, de consulter la météo, de reporter la baignade en cas de fatigue, de prévenir un proche avant de se baigner, et d’adapter l’intensité et la distance à son état de forme. En cas de maladie chronique — cardiaque, épilepsie — ou de traitement en cours, un avis médical est recommandé. Sur la fatigue estivale et ses signaux, les signes d’un coup de chaleur méritent d’être connus avant d’entrer dans l’eau. En cas d’accident, appelez le 15, le 18 ou le 112, et le 196 pour une urgence en mer.

Apprendre à nager, à tout âge

Le bulletin rappelle le parcours d’apprentissage : bébé nageur jusqu’à 3 ans, Aisance aquatique de 4 à 6 ans, apprentissage de la nage à partir de 6 ans. Les dispositifs « Aisance aquatique » et « J’apprends à nager », destinés aux 4-6 ans et aux 6-12 ans, sont reconduits en 2026 par l’Agence nationale du sport. Pour les adultes, Santé publique France écrit : « Quel que soit son âge, il est toujours temps d’apprendre à nager. » Un repère plus ancien situe l’enjeu : selon le Baromètre santé 2016 publié au BEH en 2017, 16,3 % des 15-75 ans déclaraient ne pas savoir nager, avec un fort gradient d’âge — 35,3 % chez les 65-75 ans. Cette mesure date de 2016 et ne se croise pas avec les chiffres de 2026.

Ce que couvre réellement la surveillance des plages

La SNSM déploie environ 1 500 nageurs sauveteurs sur plus de 230 postes de secours, soit près d’un tiers des plages françaises ; son bilan opérationnel 2025 fait état de près de 9 000 interventions et de 26 000 personnes prises en charge. Ce dispositif concerne la mer : il ne couvre ni les rivières ni les plans d’eau intérieurs, c’est-à-dire précisément les milieux où la hausse de 2026 se concentre.

Où situer 2026 dans une série qui n’en est pas tout à fait une

Étés 2024 et 2025, même dispositif

Le même dispositif a produit, sur la période du 1er juin au 30 septembre, 1 246 noyades et 350 décès pour l’été 2024, puis 1 418 noyades et 409 décès pour l’été 2025, soit +14 % et +16 %. Ces valeurs figurent dans le bulletin du 5 mai 2026 et sont consultables, à l’échelle départementale, sur la plateforme Odissé de Santé publique France.

Avant 2021, un autre dispositif

Plus loin dans le temps, les enquêtes NOYADES triennales dénombraient 1 649 noyades accidentelles en 2018 et 1 480 en 2021, soit −10 %, dont 27 % suivies de décès et 22 % concernant des enfants de moins de 6 ans. Ces résultats ne s’additionnent pas à ceux d’aujourd’hui : « Ces données ne sont pas comparables à celles des enquêtes NOYADES triennales que menait Santé publique France jusqu’en 2021. Ces deux dispositifs diffèrent en termes méthodologiques et de sources de données utilisées », précisent Santé publique France et le Snosan. Le dispositif actuel est une surveillance épidémiologique conduite avec le Snosan, non une enquête.

À retenir

  • Le chiffre et sa période : 925 noyades et 274 décès du 1er mai au 15 juillet 2026, soit soixante-seize jours, contre 809 et 241 sur les mêmes dates de 2025 ; la hausse des noyades est significative, celle des décès ne l’est pas.
  • Ce qu’il ne compte pas : les décès sont comptés quasi exclusivement sur le lieu de la noyade, et ces données ne sont pas comparables à celles des enquêtes NOYADES menées jusqu’en 2021.
  • La chaleur : 73 % des noyades et 79 % des cas mortels pendant les trois périodes de vigilance canicule, pour la moitié des jours ; le bulletin décrit une concomitance et avance une explication de fréquentation, pas une cause.
  • Le déplacement : la plus forte hausse est celle de la côte nord-ouest, +74 %, devant les régions sans façade maritime, +48 %, pendant que PACA et l’Occitanie reculent.
  • Les gestes : se baigner en zone surveillée et respecter les interdictions ; un adulte désigné par enfant, en surveillance active et permanente ; entrer dans l’eau progressivement, tête, nuque et ventre d’abord.

Questions fréquentes

Combien de noyades et de décès Santé publique France a-t-il recensés depuis le 1er mai 2026 ?

Du 1er mai au 15 juillet 2026, soit soixante-seize jours, le bulletin de Santé publique France et du Snosan recense 925 noyades, dont 274 suivies de décès, en France, outre-mer compris. Sur la même période de 2025, il comptait 809 noyades et 241 décès. La hausse des noyades, +14 %, est significative ; celle des décès est jugée modérée et non significative.

Pourquoi se noie-t-on davantage pendant une canicule ?

Le bulletin établit une concomitance, pas une relation de cause à effet. Il avance une explication de fréquentation : la chaleur pousse vers les points d’eau, y compris non aménagés ou interdits, parfois avant que la surveillance des sites autorisés en milieu naturel n’ait commencé partout. Les week-ends et les vacances scolaires font également monter le nombre quotidien de noyades.

Le chiffre de 274 décès compte-t-il toutes les morts par noyade ?

Non. Les décès comptabilisés sont ceux survenus quasi exclusivement sur le lieu de la noyade, faute d’information sur le devenir des personnes après leur admission aux urgences. Une personne décédée plus tard à l’hôpital n’entre donc pas dans ce total. Les noyades intentionnelles en sont par ailleurs exclues lorsque l’information est connue.

Quelles régions sont les plus touchées par la hausse de 2026 ?

La progression la plus marquée concerne la côte nord-ouest — Bretagne, Normandie, Hauts-de-France —, de 102 à 177 noyades, soit +74 %, et de 43 à 69 décès. Les régions sans façade maritime passent de 180 à 267 noyades, soit +48 %. Une part de la hausse normande vient d’un département où le bulletin signale lui-même un possible excès de codage.

Qu’est-ce que l’hydrocution, et explique-t-elle les noyades de l’été 2026 ?

L’hydrocution désigne le malaise provoqué par un choc thermique à l’entrée dans l’eau. Le bulletin n’emploie pas ce mot et ne lui attribue aucun décès : une circonstance n’est renseignée que pour 22 des 274 décès, et l’hydrocution ne figure dans aucune catégorie recensée. Aucune part chiffrée ne peut donc lui être attribuée pour l’été 2026.

À quel âge se noie-t-on, et à quel âge en meurt-on ?

Les 0-5 ans représentent 246 noyades sur 925, soit 27 %, mais 9 décès sur 274. Les adultes comptent 535 noyades, soit 58 %, et 237 décès, soit 87 %. La létalité passe de 4 % chez les moins de 6 ans à 33 % chez les 13-17 ans et 44 % chez les adultes, selon le tableau 2 du bulletin.

Quels gestes réduisent réellement le risque au bord de l’eau ?

Santé publique France recommande de se baigner dans les zones surveillées, de respecter les interdictions, de consulter la météo et de prévenir un proche avant de se baigner. Avec des enfants, la surveillance doit être active et permanente, un adulte étant désigné pour chaque enfant. L’entrée dans l’eau se fait progressivement, en mouillant tête, nuque et ventre.