Le 10 août 2026 à 12 h 34 UTC, un séisme de magnitude 7,4 a secoué le département du Chocó, sur la façade pacifique de la Colombie. Vingt et une minutes plus tard, à 12 h 55 UTC, le Pacific Tsunami Warning Center publiait un bulletin d’information : aucune menace de tsunami. La question s’est posée aussitôt, et elle est légitime — comment une secousse de cette puissance, à portée d’un océan, peut-elle ne soulever aucune vague ? La réponse tient en trois éléments : la profondeur du foyer, le mécanisme de la rupture et l’endroit exact où elle s’est produite. Un séisme sans tsunami n’a rien d’une anomalie, c’est même le cas le plus fréquent. Nous expliquons ici la règle générale, celle qui vaut pour tous les séismes, en nous servant du 10 août comme d’un cas d’école.

Ce qui s’est passé le 10 août 2026 dans le Chocó

Le séisme est survenu le 10 août 2026 à 12 h 34 min 28 s UTC, soit 7 h 34 heure locale. L’United States Geological Survey (USGS) le situe à 5 km au sud de San José del Palmar, dans le département du Chocó, par 4,84° de latitude nord et 76,24° de longitude ouest, et lui attribue une magnitude de moment de 7,4. La profondeur du foyer est estimée à 110,3 kilomètres. Ces valeurs sont celles de la fiche USGS relevée le 10 août à 23 h 03 UTC, alors au statut « révisé » ; comme toute solution sismologique, elles restent susceptibles d’être ajustées dans les jours qui suivent.

Un point mérite d’être corrigé d’emblée, parce que plusieurs reprises l’ont écrit autrement : l’épicentre ne se trouve pas sur le littoral du Pacifique, mais à l’intérieur des terres, dans la cordillère Occidentale, le plus occidental des trois grands massifs andins de Colombie. Ce n’est pas un détail de géographie, c’est une pièce de l’explication.

La secousse a été largement ressentie. L’USGS modélise une intensité maximale de VII sur l’échelle de Mercalli modifiée et estime à environ 10,5 millions le nombre de personnes ayant subi une secousse forte à très forte ; 948 témoignages avaient été déposés sur sa plateforme « Did You Feel It » au moment de ce relevé, et le séisme a été perçu jusqu’en Équateur et au Panama. Le système PAGER de l’USGS, qui estime automatiquement l’ampleur probable des conséquences, était placé au niveau orange.

Sur le plan humain, la présidence colombienne faisait état, via l’AFP, d’au moins 111 morts et 87 blessés, le président Abelardo de la Espriella déclarant l’état d’urgence : un bilan provisoire, arrêté au 10 août à 20 h 55 heure de Paris, révisé plusieurs fois au fil de la journée. La suite de cet article porte sur le mécanisme.

Aucune alerte au tsunami : ce que les centres ont écrit, et quand

Il n’y a eu, le 10 août, ni alerte au tsunami ni levée d’alerte — deux formulations qu’on a pourtant lues. Il y a eu des bulletins d’information, un par centre, et rien d’autre. La fiche USGS de l’événement porte d’ailleurs un indicateur « tsunami » à zéro.

Le premier message est venu du Pacific Tsunami Warning Center (PTWC), le centre du service météorologique national américain installé à Honolulu. Publié le 10 août à 12 h 55 UTC sous la référence WEPA42, il est explicite sur la raison : « D’après l’ensemble des données disponibles… il n’y a aucune menace de tsunami, parce que le séisme est situé trop profondément à l’intérieur de la Terre. » Le texte précise qu’aucune action n’est requise et qu’il s’agit d’un message unique, sauf données nouvelles.

Trois minutes plus tard, à 12 h 58 UTC, le National Tsunami Warning Center (NTWC) de Palmer, en Alaska, publiait le sien pour les côtes dont il a la charge — côte ouest des États-Unis, Colombie-Britannique, Alaska. Sa formulation diffère, et elle est instructive : « Au vu des informations sur le séisme et des enregistrements historiques de tsunamis, le séisme ne devrait pas engendrer de tsunami. » Là où le PTWC invoque la physique du cas, le NTWC s’appuie aussi sur la statistique des événements passés.

Côté colombien, la Direction générale maritime (DIMAR), à travers son Centro Nacional de Alerta por Tsunami, a écarté toute menace pour la côte pacifique du pays après avoir activé ses protocoles de suivi du niveau de la mer, rapporte le quotidien El Tiempo. Les délais méritent d’être notés : 21 minutes entre l’heure d’origine du séisme et le bulletin du PTWC, 24 minutes pour celui du NTWC.

Bon à savoir — un bulletin d’information n’est pas une alerte. Les centres du Pacifique publient un message pour tout séisme dépassant un certain seuil, y compris lorsque la conclusion est qu’il ne se passera rien. Ce message porte un nom précis, « bulletin d’information sur le tsunami », et se distingue de la veille, de l’avis et de l’alerte, qui appellent, eux, des mesures de précaution puis, au niveau le plus élevé, d’évacuation. Les paramètres qu’il contient sont par ailleurs préliminaires : le PTWC a travaillé le 10 août sur une magnitude de 7,1 et une profondeur de 120 kilomètres, valeurs qui ont ensuite évolué sans changer la conclusion.

Ce qu’il faut réunir pour fabriquer un tsunami

Comment se forme un tsunami ? Certainement pas comme une vague ordinaire, plus grosse que les autres. Il faut, comme pour la plupart des phénomènes naturels dont la formation obéit à une liste d’ingrédients — c’est le cas aussi lorsqu’on détaille comment se forme une tornade —, que plusieurs conditions soient réunies en même temps, et aucune ne suffit seule.

Un déplacement vertical du plancher océanique

Le point de départ n’est pas la secousse. Ce ne sont pas les ondes sismiques qui fabriquent la vague : c’est le fond de la mer qui se déplace d’un bloc, verticalement, et soulève toute la colonne d’eau au-dessus de lui. L’USGS décrit ainsi le mécanisme des zones de subduction, où le bord de la plaque chevauchante, comprimé pendant des siècles, se libère et bondit vers le large en soulevant le plancher océanique et l’eau qui le recouvre. Selon le programme tsunami de la NOAA, un soulèvement de l’ordre du mètre suffit à fixer la hauteur initiale de la vague, qui se propage ensuite avec une longueur d’onde d’environ 100 kilomètres — un rapport qui explique qu’un tsunami passe inaperçu en pleine mer et ne se dresse qu’en arrivant sur les petits fonds.

Cette origine le sépare radicalement de la houle et des surcotes de tempête, poussées par le vent et par la pression atmosphérique — le moteur que l’on retrouve quand on regarde comment se forme un ouragan. Un tsunami met en mouvement toute la hauteur d’eau, du fond à la surface ; une vague de tempête n’en agite que la partie supérieure.

Un foyer superficiel

Plus la rupture est proche du fond marin, plus la déformation qu’elle provoque arrive en surface concentrée. La NOAA associe les tsunamis majeurs à des séismes de magnitude supérieure à 7 dont le foyer se situe à moins de 30 kilomètres de profondeur. Ce seuil ne doit pas être confondu avec un autre, plus connu : la sismologie qualifie de « superficiel » tout séisme dont le foyer est à moins de 70 kilomètres. Les deux nombres ne mesurent pas la même chose — le premier est un critère de génération de tsunami, le second une convention de classification — et ni l’un ni l’autre ne fonctionne comme un interrupteur.

Une faille inverse plutôt qu’un décrochement

« Les séismes en faille inverse (par opposition aux décrochements) sont bien plus susceptibles d’engendrer des tsunamis », écrit l’USGS dans sa foire aux questions consacrée au sujet. La raison est géométrique. Dans une faille inverse, ou chevauchement, un compartiment monte sur l’autre : le mouvement a une composante verticale marquée, donc il soulève. Dans un décrochement, les deux compartiments coulissent horizontalement l’un contre l’autre, comme deux mains qui glissent : le volume d’eau déplacé vers le haut reste faible, même lorsque l’énergie libérée est considérable.

De la magnitude, et du volume d’eau à déplacer

La magnitude n’intervient qu’ensuite, et jamais seule. L’USGS publie des paliers indicatifs qui donnent un ordre d’idée, à condition de se rappeler qu’ils supposent déjà un séisme sous-marin et superficiel.

Ce que la magnitude change au risque de tsunami, selon les paliers publiés par l’USGS
MagnitudeRisque de tsunami selon l’USGSExemple cité dans cet article
Moins de 6,5Tsunami très improbableChocó, 8 février 1995 (M 6,4)
6,5 à 7,5En général non destructeur ; dégâts possibles par effets secondairesChocó, 10 août 2026 (M 7,4)
7,6 à 7,8Tsunamis locaux destructeurs possiblesPedernales, 16 avril 2016 (M 7,8)
7,9 et plusIdem, avec variations du niveau de la mer et dégâts plus étendusÉquateur-Colombie, 31 janvier 1906 (M 8,8)

Ces paliers sont un repère, pas un verdict : la magnitude seule ne décide de rien.

Un séisme sans tsunami : trois raisons, pas une

Les reprises de l’information n’en ont retenu qu’une, la profondeur. C’est la bonne, c’est celle que le PTWC a inscrite noir sur blanc dans son bulletin, mais ce n’est pas la seule, et les deux autres pèsent au moins autant.

La profondeur, d’abord. À 110,3 kilomètres, le foyer se trouve à plus de trois fois le seuil de 30 kilomètres retenu par la NOAA pour les tsunamis majeurs. À cette distance du plancher, la déformation ne parvient pas en surface sous forme de marche d’escalier : elle arrive amortie et étalée sur une très large zone, ce qui est exactement le contraire de ce qu’il faut pour soulever une colonne d’eau d’un bloc. Le PTWC ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit que le séisme « est situé trop profondément à l’intérieur de la Terre ».

Le mécanisme de la rupture, ensuite. Le résumé tectonique de l’USGS, mis à jour le 10 août à 22 h 24 UTC, qualifie la rupture de principalement décrochante. C’est, des trois grands types de faille, le plus mauvais générateur de tsunami, pour la raison géométrique exposée plus haut. La solution du tenseur des moments, publiée à 13 h 55 UTC, donne un moment sismique scalaire de 1,66 × 10²⁰ N·m pour une durée de source de 25 secondes et 86,6 % de double couple ; l’USGS indique qu’un décrochement de cette magnitude correspond à une rupture d’environ 105 kilomètres de longueur sur 15 kilomètres de largeur. Beaucoup d’énergie, donc, mais dépensée en glissement latéral.

La localisation, enfin, et c’est la raison la moins souvent relevée : le foyer n’était pas sous l’océan. Il se trouvait sous la cordillère Occidentale, à l’intérieur des terres. Un décrochement profond sous une chaîne de montagnes n’a, littéralement, pas de masse d’eau au-dessus de lui à mettre en mouvement. Les trois raisons se cumulent, et c’est leur convergence qui rend la conclusion aussi nette.

Attention — aucun de ces critères n’est un interrupteur. Profondeur, mécanisme et localisation ne délivrent pas des « oui » et des « non », mais des probabilités qui montent ou qui s’effondrent. L’USGS rappelle ainsi que de petits tsunamis ont bel et bien suivi des séismes décrochants de magnitude supérieure à 8, et qu’un glissement de terrain sous-marin peut déplacer assez d’eau pour engendrer une vague sans qu’un séisme tsunamigène soit en cause. La bonne formulation n’est donc jamais « c’était impossible », mais « la probabilité était devenue très faible » — nuance qui n’a rien d’académique pour les services chargés de décider en quelques minutes.

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Interface ou intraslab : deux séismes très différents dans la même subduction

La façade pacifique de la Colombie est bordée par une zone de subduction : la plaque océanique de Nazca plonge vers l’est sous la plaque sud-américaine. C’est le même moteur tectonique que celui qui explique comment se forme un volcan : une plaque qui s’enfonce, une chaîne de montagnes et des volcans au-dessus. Mais cette machine produit deux familles de séismes que tout oppose du point de vue du tsunami.

Les séismes d’interface rompent le contact entre les deux plaques, là où elles frottent l’une contre l’autre. Ce contact reste bloqué pendant des décennies ou des siècles, accumulant de la déformation, puis cède d’un coup en chevauchement : le compartiment supérieur passe par-dessus l’autre, à faible profondeur et sous la mer. C’est cette famille qui soulève le plancher océanique sur des centaines de kilomètres et qui fabrique les grands tsunamis de subduction.

Les séismes intraslab rompent la plaque plongeante elle-même, dans son épaisseur, sous l’effet de la flexion qu’elle subit en s’enfonçant. L’USGS les range entre 70 et 300 kilomètres sous l’appellation « profondeur intermédiaire » et précise : « Les séismes de profondeur intermédiaire correspondent à une déformation à l’intérieur des plaques plongeantes, et non à l’interface superficielle entre la plaque qui plonge et celle qui la chevauche. » Pour le 10 août, le même texte conclut : « Du fait de sa profondeur, le séisme s’est probablement produit à l’intérieur de la plaque Nazca en subduction. »

Ce n’est pas une exception locale. L’USGS souligne que ces séismes sont courants sur toute la longueur de la subduction sud-américaine. Le Chocó en avait déjà connu un le 8 février 1995 : magnitude 6,4, foyer à 73,5 kilomètres, mécanisme normal — un séisme profond, là encore, et non un séisme d’interface.

Séisme d’interface et séisme intraslab dans une même zone de subduction
CritèreSéisme d’interfaceSéisme intraslab
ProfondeurFaible, quelques dizaines de kilomètres70 à 300 km (« intermédiaire »)
Lieu de la ruptureContact entre les deux plaquesIntérieur de la plaque plongeante
MécanismeChevauchement (faille inverse)Flexion du slab, mécanismes variés
Déplacement du fond marinSoulèvement vertical marquéFaible ou nul en surface
Étendue du ressentiIntense près de l’épicentreMoins intense, ressenti plus loin

Le contre-exemple de 1906 et le presque-rien de 2016

La même subduction a produit, le 31 janvier 1906, un séisme de magnitude 8,8 au large d’Esmeraldas, en Équateur, à 20 kilomètres de profondeur d’après le catalogue historique de l’USGS. La rupture a couru sur 400 à 500 kilomètres d’interface et a engendré un tsunami d’environ 5 mètres. Le nombre de victimes de cette vague reste discuté : les sources avancent 500 morts, environ un millier, ou une fourchette de 500 à 1 500, sans qu’aucune de ces estimations ne fasse consensus. Configuration inverse de celle du 10 août 2026, donc, sur les trois critères à la fois.

Le second exemple interdit la conclusion trop simple. Le 16 avril 2016, le séisme de Pedernales, en Équateur, a atteint la magnitude 7,8 à 20,6 kilomètres de profondeur, par chevauchement sur l’interface de subduction : les trois conditions étaient réunies, foyer superficiel, faille inverse, rupture sous la mer. Le tsunami qui a suivi a atteint 25 centimètres au large d’Esmeraldas, d’après les enregistrements marégraphiques rapportés, et une dizaine de centimètres ailleurs. Les 676 morts de ce séisme sont dus aux secousses, pas à la vague.

La leçon des deux cas est la même : c’est la géométrie de la rupture qui décide, pas la magnitude. Réunir les trois critères rend un tsunami possible, sans en garantir ni l’ampleur ni même l’existence — encore faut-il une surface de rupture étendue et un volume d’eau suffisant au-dessus.

Un séisme profond n’est pas un séisme inoffensif

Il serait faux de conclure que la profondeur protège. Elle change la distribution des effets, elle ne les supprime pas. À magnitude égale, indique l’USGS, un séisme de profondeur intermédiaire produit des secousses moins intenses à l’aplomb du foyer, mais ressenties sur une région bien plus large. Le mécanisme est simple : les ondes parcourent une centaine de kilomètres avant d’atteindre la surface, ce qui atténue les secousses à la verticale du foyer et les diffuse sur une zone plus étendue. C’est précisément ce qui s’est produit le 10 août : une perception jusqu’en Équateur et au Panama, et environ 10,5 millions de personnes exposées à une secousse forte à très forte.

Les indicateurs de l’USGS restent d’ailleurs élevés. L’alerte PAGER était orange pour la mortalité comme pour les pertes économiques, ces dernières étant estimées à moins de 1 % du produit intérieur brut colombien. L’alerte relative aux glissements de terrain était orange, celle relative à la liquéfaction rouge, avec de l’ordre de 430 000 personnes exposées. Quant aux répliques, la prévision publiée le 10 août à 19 h 09 UTC donnait, à une semaine, 69 % de probabilité pour au moins un séisme de magnitude 5 ou plus, 13,6 % pour magnitude 6 ou plus et 1,5 % pour magnitude 7 ou plus, avec une médiane de 139 secousses de magnitude 3 ou plus.

Bon à savoir — ce qu’un séisme sans tsunami peut quand même déclencher. La liquéfaction désigne la perte de résistance d’un sol saturé d’eau qui, secoué, se comporte momentanément comme un liquide et ne porte plus ce qui repose dessus. Le glissement de terrain est la mise en mouvement d’un versant dont la secousse a rompu l’équilibre, phénomène favorisé par les reliefs marqués et les fortes pluies. Ces deux effets dits secondaires sont évalués par l’USGS indépendamment de la question du tsunami, et ils sont la raison pour laquelle un séisme profond reste un événement sérieux.

Comment on décide en vingt minutes qu’il n’y aura pas de vague

La chaîne de décision est courte et hiérarchisée. Les réseaux sismologiques mondiaux enregistrent les ondes, quelques minutes suffisent pour en tirer une position, une magnitude et une profondeur préliminaires, et ces trois paramètres suffisent à trancher dans la grande majorité des cas. Le 10 août, 21 minutes séparent l’heure d’origine du bulletin du PTWC.

Si la profondeur arrive si vite, c’est qu’elle est un paramètre de localisation, obtenu en même temps que l’épicentre. Le mécanisme au foyer, lui, demande davantage de calcul : la solution du tenseur des moments de l’USGS n’a été publiée qu’à 13 h 55 UTC, soit 81 minutes après la secousse. C’est le même type d’analyse des ondes qui permet, dans d’autres contextes, de radiographier la croûte terrestre. La confirmation vient ensuite des marégraphes et des bouées DART, qui mesurent le passage d’une onde en haute mer ; la NOAA situe entre 15 et 20 minutes après le séisme la première prévision chiffrée de hauteur et d’heure d’arrivée.

Reste la répartition des rôles. Le PTWC informe, l’autorité nationale décide : en Colombie, c’est le Centro Nacional de Alerta por Tsunami, en service depuis 2009 à Tumaco, qui associe le Servicio Geológico Colombiano, la DIMAR, l’IDEAM, l’UNGRD et l’OSSO, et s’appuie sur les réseaux sismologiques, les marégraphes et une bouée DART-4G.

Un dernier point, souvent gommé, mérite d’être exposé : les agences n’ont pas donné les mêmes chiffres. L’USGS retient 7,4 et 110,3 kilomètres, le Servicio Geológico Colombiano a publié 96 puis 103 kilomètres, l’EMSC 95 kilomètres, le PTWC 120 kilomètres et le NTWC 75 miles, soit environ 121 kilomètres ; les deux centres d’alerte ont travaillé sur une magnitude préliminaire de 7,1, et l’EMSC sur 7,2. Vingt-six kilomètres d’écart maximal, et pourtant aucune conséquence : toutes ces valeurs restent très au-delà de 70 kilomètres. C’est l’intérêt de raisonner sur la profondeur — la décision de ne pas alerter aurait été la même avec n’importe laquelle d’entre elles.

Les ordres de grandeur à retenir

  • Moins de 30 km : profondeur des séismes qui produisent les tsunamis majeurs, selon la NOAA.
  • Moins de 70 km : limite conventionnelle du séisme dit « superficiel » en sismologie.
  • 70 à 300 km : intervalle des séismes « de profondeur intermédiaire », dans la plaque plongeante, selon l’USGS.
  • Magnitude 7,6 : palier à partir duquel l’USGS juge possible un tsunami local destructeur.
  • Environ 1 m de soulèvement du fond et environ 100 km de longueur d’onde : les deux dimensions caractéristiques d’un tsunami en océan profond, selon la NOAA.
  • Environ 105 × 15 km : dimensions de la rupture d’un décrochement de magnitude 7,4, selon l’USGS.
  • 15 à 20 minutes : délai d’une première prévision chiffrée après le séisme.
  • Magnitude 7,4 à 110,3 km : le cas du 10 août 2026, valeurs USGS relevées le jour même.

Questions fréquentes sur les séismes et les tsunamis

Pourquoi un séisme de magnitude 7,4 ne provoque-t-il pas toujours un tsunami ?

Parce que la magnitude ne mesure que l’énergie libérée, pas le déplacement vertical du fond marin. Celui du 10 août 2026 s’est produit à 110,3 kilomètres de profondeur selon l’USGS, avec une rupture principalement décrochante et un foyer situé sous les Andes, à l’intérieur des terres. Aucune des trois conditions d’un tsunami n’était réunie.

À partir de quelle profondeur un séisme ne peut-il plus déclencher de tsunami ?

Il n’existe pas de seuil couperet, seulement une probabilité qui s’effondre avec la profondeur. La NOAA associe les tsunamis majeurs à des foyers de moins de 30 kilomètres. Au-delà, la déformation atteint le plancher océanique atténuée et étalée plutôt que concentrée. À 110 kilomètres, comme le 10 août, la génération d’une vague devient très improbable.

Quelle magnitude minimale faut-il pour un tsunami destructeur ?

L’USGS donne des paliers indicatifs : en dessous de 6,5, un tsunami est très improbable ; entre 6,5 et 7,5, il n’est en général pas destructeur ; à partir de 7,6, des tsunamis locaux destructeurs deviennent possibles ; au-delà de 7,9, les dégâts peuvent s’étendre plus loin. Ces paliers supposent un séisme superficiel et sous-marin.

Pourquoi les failles inverses provoquent-elles des tsunamis et pas les failles décrochantes ?

Parce que le mouvement n’a pas la même direction. Dans une faille inverse, un compartiment monte sur l’autre et soulève le plancher océanique, donc l’eau au-dessus. Dans un décrochement, les deux blocs coulissent horizontalement et ne déplacent presque rien vers le haut. L’USGS écrit que les séismes en faille inverse sont bien plus susceptibles d’engendrer des tsunamis.

Un séisme profond est-il moins dangereux qu’un séisme superficiel ?

Moins violent au-dessus du foyer, mais ressenti bien plus loin : à magnitude égale, un séisme profond produit des secousses moins intenses sur une région plus large, selon l’USGS. Le 10 août, environ 10,5 millions de personnes ont subi une secousse forte à très forte, jusqu’en Équateur et au Panama, et l’alerte PAGER était orange.

Combien de temps faut-il pour savoir s’il y aura un tsunami ?

Quelques minutes pour une première décision, un quart d’heure pour une prévision chiffrée. Le 10 août, le bulletin du PTWC est parti 21 minutes après la secousse, celui du NTWC 24 minutes après. La NOAA situe entre 15 et 20 minutes après le séisme la première prévision de hauteur et d’heure d’arrivée.

Un tsunami peut-il survenir sans séisme ?

Oui. Le critère qui compte est le déplacement d’un grand volume d’eau, quelle qu’en soit la cause. Un glissement de terrain sous-marin peut produire une vague sans qu’un séisme tsunamigène soit en jeu, et l’USGS rappelle à l’inverse que de petits tsunamis ont suivi des séismes décrochants de magnitude supérieure à 8.

Trois conditions sont nécessaires à un tsunami d’origine sismique : un déplacement vertical du plancher océanique, un foyer assez proche de ce plancher, et un mécanisme de rupture capable de soulever plutôt que de faire coulisser. Le séisme colombien du 10 août 2026 n’en remplissait aucune — 110,3 kilomètres de profondeur, une rupture principalement décrochante, un foyer sous la cordillère Occidentale et non sous l’océan. Les deux références régionales montrent que la règle a du jeu dans les deux sens : 1906 a réuni les conditions et produit une vague de plusieurs mètres, 2016 les a réunies aussi et n’a produit que 25 centimètres. La phrase à emporter tient en une ligne : un séisme fait un tsunami quand il soulève le fond de la mer, pas quand il est fort.