Contrairement à une idée reçue tenace, août n’est pas la fin de la saison au potager : c’est le mois où se joue le « second potager ». Savoir que semer en août, c’est s’assurer des récoltes d’octobre à mars, au moment où les tomates et les courgettes s’épuisent et libèrent leurs planches. Deux obstacles se dressent toutefois : la chaleur, qui dessèche le sol et bloque la germination de certaines graines — la laitue refuse de lever au-dessus de 25 °C —, et un calendrier serré, surtout au nord de la Loire. Ce guide passe en revue 11 cultures fiche par fiche, avec un tableau calendrier et, surtout, les techniques anti-chaleur qui font réussir un semis en plein été.

Pourquoi août est le mois du « second potager »

La fenêtre s’ouvre début août et se referme vers la mi-septembre. À ce moment de l’année, les cultures d’été — tomates, courgettes, haricots — entament leur déclin et libèrent progressivement de la place. Plutôt que de laisser ces planches nues jusqu’au printemps, le jardinier peut y installer une deuxième vague de légumes : mâche, épinard, radis d’hiver, navet, laitue d’hiver, chicorées, roquette, chou chinois, oignon blanc, sans oublier les engrais verts. Les fanes et les pieds épuisés que vous arrachez ne sont pas perdus pour autant : ils rejoignent le tas de compost, et si vous hésitez sur ce qui peut y entrer, notre guide détaillant quels déchets composter fait le tri.

Cette logique du potager d’automne et d’hiver n’est pas qu’une astuce d’optimisation : elle devient une stratégie d’adaptation. Interrogé par le média 18h39, un ingénieur agronome recommande, face au réchauffement, de décaler et d’échelonner les semis pour faire porter l’essentiel de la croissance sur les saisons humides — automne, hiver et début de printemps — et de privilégier les légumes d’hiver. C’est très exactement ce que réalise le second potager : les jeunes plants s’installent pendant les dernières chaleurs, puis se développent quand l’eau redevient abondante.

Les données climatiques confirment que le calendrier du jardin bouge. Selon Futura-Sciences, la saison de végétation s’allonge de 2,3 à 5,2 jours par décennie, et les vendanges ont lieu environ 24 jours plus tôt que dans les années 1970. Des automnes plus doux et plus longs offrent ainsi une marge supplémentaire aux semis d’août, tandis que les projections annoncent des étés plus éprouvants pour les cultures. Pour comprendre les mécanismes derrière ces évolutions, vous pouvez approfondir avec notre dossier sur le réchauffement climatique.

Reste une contrainte de taille : au nord de la Loire, chaque jour compte. Comme le résume le site PotagerDurable, « un jour perdu en août = une semaine de croissance en octobre ». La lumière et la chaleur déclinant vite en arrière-saison, un semis retardé de quelques jours en août peut décaler la récolte de plusieurs semaines — voire la compromettre avant les premières gelées.

Réussir un semis en pleine chaleur : les 6 techniques qui changent tout

Semer en pleine chaleur est le vrai défi du mois : un sol sec et brûlant fait avorter les graines les plus fragiles. Avant de passer aux fiches culture par culture, voici les six techniques qui transforment un semis d’août hasardeux en levée régulière. Elles reviendront en filigrane dans chaque fiche.

Ombrer les semis et les jeunes plants

Le premier réflexe consiste à créer de l’ombre. Un voile d’ombrage ou une canisse posés au-dessus du rang protègent les semis de radis (conseil relayé par Plantez Chez Nous) ; une simple cagette retournée suffit à abriter un plant fraîchement repiqué, comme le suggère PotagerDurable. Pour les salades, Au Jardin recommande de semer « à l’ombre, en caissette ou en pépinière ». Cerfeuil, carotte et roquette apprécient la mi-ombre en été. Bonus non négligeable : une exposition mi-ombragée l’après-midi retarde aussi la montaison, cette montée en graines prématurée qui rend les feuilles amères (PotagerFruitier).

Arroser le fond du sillon avant de semer, puis garder le sol frais

Deuxième règle d’or, résumée par Gerbeaud dans sa fiche consacrée aux semis d’automne et d’hiver : « arrosez le fond du sillon avant de déposer les graines… une graine qui dessèche en cours de germination meurt ». L’arrosage du fond du sillon place l’humidité là où elle est utile, au contact direct de la graine, sans former de croûte en surface. Ensuite, le sol doit rester frais sans interruption : pour la mâche, Gerbeaud préconise de le maintenir humide pendant les deux semaines qui suivent le semis. Matin ou soir ? Les sources de référence penchent majoritairement pour un arrosage tôt le matin (Au Jardin, PotagerDurable) : l’eau du soir favorise les limaces et les maladies fongiques sur un feuillage qui reste humide toute la nuit. Une école minoritaire défend toutefois l’arrosage en fin de journée, à l’eau tiède — le débat existe, mais le matin reste la position la plus partagée.

Pailler et plomber

Le paillage fait l’unanimité parmi les sources : Au Jardin conseille de « pailler généreusement », et Plantez Chez Nous recommande un paillage fin sur les navets et les radis. Sa triple fonction : garder le sol frais, limiter l’évaporation et freiner les adventices. Le plombage — c’est-à-dire le tassement léger du semis pour plaquer les graines contre la terre humide — est quant à lui indispensable pour certaines cultures : la mâche d’abord (avec une planche, un rouleau ou même une bouteille roulée, selon Gerbeaud et Terre Vivante), l’épinard ensuite, tassé au dos du râteau d’après la Ferme de Sainte-Marthe. Une graine bien plombée capte l’humidité du sol par capillarité au lieu de sécher en surface.

Déjouer la thermodormance de la laitue : le coup du réfrigérateur

C’est le phénomène qui explique tant de semis de salade ratés en été : la thermodormance. Au-delà d’environ 25 °C, la graine de laitue se met en veille et refuse de germer — « au-dessus de 25 °C, la germination échoue », résume PotagerFruitier. L’optimum de germination se situe entre 15 et 20 °C. La parade est étonnamment simple : placez le sachet de graines au réfrigérateur (jamais au congélateur) 24 à 48 heures avant le semis pour lever cette dormance. Autre levier : semer le soir, car la germination s’enclenche la nuit, quand les températures redescendent. Notez le contraste avec les chicorées : chez la scarole et la frisée, la chaleur favorise au contraire la levée, avec un optimum autour de 20 °C et une germination en 3 à 5 jours.

Bon à savoir : si vos graines de laitue ne lèvent pas en été, ce n’est probablement pas un problème de qualité mais de température. Un passage de 24 à 48 heures au réfrigérateur avant le semis, un semis en soirée et une pépinière à l’ombre suffisent le plus souvent à débloquer la germination.

Semer en pépinière puis repiquer… avec des exceptions

Semer en pépinière ou en caissette à l’ombre, puis repiquer en place une fois la fournaise passée : la méthode vaut pour les laitues d’hiver (repiquage environ 6 semaines après le semis, selon Graines Bocquet), les chicorées (repiquage 3 à 4 semaines après, au stade 7-8 feuilles, d’après Jardiner-Malin) et l’oignon blanc (repiquage en octobre, selon Terre Vivante). La caissette a un avantage décisif en août : elle se déplace à l’ombre au gré de la canicule. Si l’idée de démarrer des semis à l’abri vous séduit au point d’aller plus loin, sachez qu’on peut aussi cultiver des légumes à l’intérieur toute l’année.

Attention : le navet et, plus largement, les légumes-racines ne se repiquent pas (Gerbeaud). Leur racine pivotante ne supporte pas la transplantation : pour eux, le semis direct en place est obligatoire.

Attendre les nuits fraîches plutôt que forcer

Dernière technique, souvent la plus sage : la patience. Pour les laitues, les chicorées et les gros radis d’hiver, PotagerDurable conseille d’attendre une fenêtre de nuits fraîches plutôt que de semer en pleine canicule. Quelques jours d’attente coûtent moins cher qu’un semis entier avorté qu’il faudra refaire — en perdant, cette fois, une à deux semaines complètes. Surveillez la météo : dès qu’un rafraîchissement nocturne s’annonce, lancez les semis les plus sensibles à la chaleur.

Que semer en août : le calendrier des semis en un coup d’œil

Que semer en août pour l’hiver, concrètement ? Le tableau ci-dessous récapitule les 11 semis d’août au potager : période de semis, profondeur, durée de levée et fenêtre de récolte. Les fourchettes traduisent les différences entre régions et entre sources de référence — les calendriers varient d’un climat à l’autre, et c’est normal. Les fiches détaillées qui suivent précisent les espacements, les variétés et les gestes clés.

Calendrier des semis d’août au potager (récoltes d’automne, d’hiver et de printemps)
LégumeSemisProfondeurLevéeRécolte
Mâchemi-juil. → oct.5 mm6-10 jmi-sept. → mars
Épinard d’hivermi-août → mi-oct.2-3 cm10-15 joct. → déc. (reprise en mars)
Radis d’hiverjuin → août (fin août au sud)2 cm~4-7 joct. → gelées
Navet15 juil. → 15 août1 cm— (sol frais)oct. → déc.
Laitue d’hiveraoût-sept.1 cm6-8 j (blocage > 25 °C)fév. → avril
Chicorées (scarole, frisée)juin → fin aoûtqq mm3-5 joct. → déc.
Roquettejusqu’à fin août~1 cm4-6 j4-6 sem. après semis
Chou chinoismi-juil. → fin août1-2 cmdès 10 °Csept. → nov.
Oignon blanc15 août → 15 sept.1 cmprintemps suivant
Carotte (bonus)tout début août1 cmlentenov.-déc.
Phacélie, moutardeaoût-sept.à la volée, ratissé~1 sem. (moutarde)— (détruits vers −5 °C)

Les légumes-feuilles à semer en août

Les légumes-feuilles forment le gros du bataillon des légumes à semer en août : ils lèvent vite, occupent le sol tout l’automne et, pour plusieurs d’entre eux, traversent l’hiver sans broncher. Voici les six valeurs sûres, avec leurs chiffres clés.

La mâche, reine du potager d’hiver

Semer la mâche en août est un classique indémodable, et pour cause : semée de la mi-juillet à octobre — jusqu’en novembre dans le Midi —, en plusieurs fois pour échelonner les récoltes, elle fournit des salades de la mi-septembre à la fin mars, soit environ 10 semaines après chaque semis (données croisées Gerbeaud et Terre Vivante). Comptez 3 g de graines par m², recouvertes de 5 mm de terre seulement — pas davantage —, en rangs espacés de 20 cm, avec un éclaircissage à 15 cm. La levée prend 6 à 8 jours à 15 °C, une dizaine à 10 °C. Deux gestes non négociables : le plombage (planche, rouleau ou bouteille roulée) et un sol maintenu humide deux semaines. Côté variétés, Terre Vivante distingue les mâches d’automne comme 'À grosses graines', peu résistantes au gel, des mâches d’hiver — 'Verte d’Étampes', 'Vit', 'Baron' — qui encaissent le froid sans faiblir.

L’épinard d’hiver

Semer des épinards en août, c’est miser sur la deuxième moitié du mois : la fenêtre court de la mi-août à la mi-octobre selon Plantez Chez Nous, et la Ferme de Sainte-Marthe conseille août-septembre pour son 'Géant d’hiver', une variété très rustique taillée pour la mauvaise saison. La graine s’enterre à 2-3 cm, se plombe au dos du râteau, et lève en 10 à 15 jours avec un optimum de 16 à 18 °C — d’où l’intérêt d’attendre que la canicule reflue. Éclaircissez à 10-12 cm sur le rang ; pour l’écartement entre rangs, les sources divergent : 15 à 20 cm selon Plantez Chez Nous, 25 à 30 cm selon la Ferme de Sainte-Marthe. En été, l’épinard accepte la mi-ombre et réclame un paillage. Récolte environ 2 mois après le semis, d’octobre à décembre, avec une reprise possible jusqu’en mars-avril.

Les laitues d’hiver

Pour la laitue d’hiver, le semis d’août-septembre — plutôt fin août au potager, selon le calendrier des travaux d’août de Gerbeaud — prépare les toutes premières salades pommées du printemps. C’est ici que la thermodormance décrite plus haut entre en jeu : levée en 6 à 8 jours vers 15 °C, mais blocage au-dessus de 25 °C. D’où le trio gagnant : pépinière à l’ombre, passage des graines au réfrigérateur, semis le soir. Semez à 1 cm de profondeur, puis repiquez environ 6 semaines plus tard, en rangs espacés de 30 cm et à 25-30 cm sur le rang (Graines Bocquet). Le plant hiverne jeune, pomme entre février et avril, et se récolte jusqu’en mars sous protection — un voile d’hivernage fait l’affaire. Parmi les variétés éprouvées : 'Merveille d’hiver', donnée résistante jusqu’à −8 °C sous voile par Graines Bocquet, mais aussi 'Blonde d’hiver', 'Brune d’hiver' et 'Merveille des quatre saisons'.

Chicorées : scarole et frisée

La scarole et la chicorée frisée se sèment de juin à fin août — juillet est optimal, et septembre reste possible en climat doux. Bonne nouvelle pour un semis estival : contrairement à la laitue, la chaleur favorise leur germination, avec une levée éclair en 3 à 5 jours et un optimum autour de 20 °C (Jardiner-Malin). Semez clair et recouvrez simplement de quelques millimètres de terreau fin. Le repiquage intervient 3 à 4 semaines plus tard, au stade 7-8 feuilles, à 20-30 cm sur le rang ; l’écart entre rangs varie de 25 à 50 cm selon le type et les sources. La récolte arrive environ 3 mois après le semis, d’octobre à décembre. Pensez au blanchiment 2 à 3 semaines avant la récolte, par temps sec, pour attendrir le cœur et adoucir l’amertume. Très rustiques, ces chicorées tolèrent les premiers froids ; un voile les protège des gelées précoces. Variétés de référence : scaroles 'Grosse bouclée', 'Cornet de Bordeaux', 'Géante maraîchère' ; frisées 'De Meaux', 'Wallonne', 'De Ruffec'.

La roquette

La roquette se sème jusqu’à fin août (sa grande fenêtre s’étend de mars à août, avec une seconde en septembre-octobre pour des récoltes de printemps). Son talon d’Achille estival : elle monte vite en graines par temps chaud. Installez-la donc à mi-ombre et renforcez l’arrosage. Semez à environ 1 cm de profondeur et éclaircissez à 15 cm ; la levée est rapide, en 4 à 6 jours. Les premières feuilles se cueillent 4 à 6 semaines après le semis, jeunes de préférence, et la récolte se poursuit tout l’automne. Rustique, la roquette passe même l’hiver en climat doux.

Le chou chinois : pé-tsaï et pak choï

Le chou chinois — pé-tsaï ou pak choï — se sème à partir de la mi-juillet, idéalement en août : semé trop tôt, avant la mi-juin, il monte en graines à coup sûr, et septembre reste réservé au Midi (Gerbeaud). La graine germe dès 10 °C, avec un optimum de 15 à 20 °C, enterrée à 1-2 cm selon les sources. Prévoyez des rangs espacés de 30 à 40 cm et des plants à 30 cm sur le rang. Comptez 1,5 à 3 mois entre le semis et la récolte : 65 à 75 jours pour le pé-tsaï 'Granaat', 45 à 55 jours pour le taï saï, soit des cueillettes de septembre à novembre, avant ou juste après les premières gelées — il en supporte de légères. Deux exigences à retenir : il aime la fraîcheur mais pas le froid, et il est très gourmand en eau — arrosages suivis obligatoires.

Les légumes-racines : semis direct obligatoire

Radis d’hiver, navet, carotte : les légumes-racines d’août obéissent à une règle commune, déjà croisée plus haut. Leur racine pivotante ne tolère pas la transplantation : pas de pépinière, pas de godets — on sème directement en place, dans un sol travaillé finement, et on éclaircit ensuite. En contrepartie, ce sont parmi les récoltes d’automne-hiver les plus généreuses et les plus faciles à conserver.

Les radis d’hiver : noir, violet, daikon

Le semis des radis d’hiver — radis noir, 'Violet de Gournay' ou daikon — s’étale de juin à août, fin août restant possible au sud ; les calendriers varient d’une source à l’autre, y compris chez Gerbeaud, dont la fiche indique juin-août quand son tableau resserre sur juin-juillet : mieux vaut donc viser le cœur de la fourchette et ajuster selon votre climat. Semez à 2 cm de profondeur, en rangs espacés de 25 cm. Deux écoles pour la densité : une graine tous les 12-15 cm directement (Gerbeaud), ou une graine tous les 5 cm suivie d’un éclaircissage (Graines Bocquet). La levée demande de l’ordre de 4 à 7 jours. Récolte d’octobre jusqu’aux gelées — comptez environ 2,5 mois pour 'Violet de Gournay' — puis conservation en silo pour l’hiver. Un radis noir semé trop tôt devient plus piquant et risque la montaison. Côté variétés : 'Noir long poids d’horloge', dont la racine atteint environ 25 cm, et 'Noir gros rond d’hiver', de 8 à 10 cm. Gerbeaud recommande enfin « une terre régulièrement amendée en compost mûr » : notre guide pour utiliser le compost au potager détaille comment nourrir vos planches sans excès.

Le navet d’automne-hiver

Le navet suit un calendrier serré : sa fenêtre de semis va du 15 juillet au 15 août selon Gerbeaud, à moduler vers début août en région froide et fin août en région chaude d’après Plantez Chez Nous. « Le navet ne se repique pas », rappelle Gerbeaud : semis direct, à 1 cm de profondeur, en rangs espacés de 25 à 30 cm, puis éclaircissage à 10-15 cm au stade 3 vraies feuilles. Son ennemi juré est la sécheresse : arrosage et paillage sont obligatoires, la mi-ombre est acceptée en été, et le sol doit rester frais jusqu’à la levée sous peine d’échec. La récolte intervient 3 à 4 mois après le semis, d’octobre à décembre — arrachez impérativement avant les fortes gelées.

La carotte : la toute dernière fenêtre (bonus prudent)

Ajoutons une carte bonus, à jouer avec prudence : la carotte. Tout début août seulement, avec des variétés précoces type 'Nantes express', il est encore temps de tenter un rang pour récolter de jeunes carottes d’automne en novembre-décembre. Semez à 1 cm de profondeur, en rangs de 15 cm, et éclaircissez à 5 cm. La levée de la carotte est lente et exigeante : le sol doit rester frais en continu, ce qui impose ombrage partiel et arrosages réguliers en plein été. C’est un pari de toute fin de fenêtre — si le semis traîne au-delà des premiers jours d’août, mieux vaut réserver la place à une culture plus sûre.

L’oignon blanc : semer en août pour le printemps

L’oignon blanc est le marathonien de la liste : seul semis d’août récolté au printemps suivant, il boucle la boucle du second potager. Terre Vivante situe son semis entre le 15 août et le 15 septembre, en pépinière, dans une terre légère et sans fumure fraîche : déposez les graines à 1 cm et recouvrez d’1 cm de terre. Attention à la fraîcheur des semences, viables 2 ans au maximum. Le repiquage a lieu en octobre, quand les plants atteignent environ 15 cm : installez-les en bordure de potager, à 8 cm sur le rang, en rangs espacés de 15 à 20 cm. La récolte s’étale de mars à mai, quand le feuillage jaunit — sachant que l’oignon blanc ne se conserve pas longtemps, consommez-le au fil des besoins. Parmi les variétés recommandées : 'Blanc de Paris', résistant au froid, 'Très hâtif de Vaugirard' et 'Hâtif de Paris' ; 'Blanc sphérique de juin' est en revanche déconseillé en montagne. Les oignons japonais type 'Senshyu' offrent une alternative intéressante.

Engrais verts : phacélie et moutarde pour les planches libérées

Toutes les planches libérées en août n’accueilleront pas forcément un légume. Pour celles qui resteraient nues, semez un engrais vert : la moutarde d’août à septembre — un semis d’août est conseillé en région froide —, ou la phacélie, dont la fenêtre s’étend d’avril à août. Selon Terre Vivante, comptez 10 g de graines pour 10 m², soit 1 g/m² pour chacune — d’autres sources montent à 2-4 g/m² pour la phacélie. Le geste est simple : semis à la volée, coup de râteau pour enfouir légèrement, plombage, arrosage. La couverture du sol est rapide, avec une levée de la moutarde en une semaine environ.

L’hiver se charge ensuite du travail : le gel détruit ces deux espèces vers −5 °C, laissant sur place un mulch naturel qui protège le sol jusqu’au ratissage de printemps. Si vous enfouissez les résidus, ne dépassez pas 15 cm de profondeur. Le bénéfice est mesurable : un cycle d’engrais vert restitue environ 100 g d’azote, 30 g de phosphore et 150 g de potassium pour 10 m², toujours selon Terre Vivante. La phacélie ajoute un atout écologique : très mellifère, elle nourrit les butineurs de fin de saison.

Un point de vocabulaire mérite d’être clarifié : engrais vert ne veut dire ni engrais ni compost. Terre Vivante précise d’ailleurs que les engrais verts « ne remplacent que partiellement compost et fumier » pour construire l’humus stable du sol — la différence entre engrais et compost éclaire bien cette complémentarité.

Autrement dit, le second potager gagne à combiner les deux : un engrais vert sur les planches en repos, et du compost pour nourrir les planches cultivées. Si vous ne compostez pas encore, apprendre à faire son compost est le prolongement naturel de ce mois d’août, quand les fanes et les déchets verts abondent au jardin.

Attention : la moutarde est une crucifère, comme les choux, les radis et les navets. Pour respecter la rotation des cultures et ne pas favoriser leurs maladies communes, ne la semez jamais sur une planche qui vient de porter — ou s’apprête à porter — des choux, des radis ou des navets. Sur ces planches-là, préférez la phacélie, qui n’appartient à aucune famille potagère.

Adapter le calendrier des semis à votre région

Tous les calendriers de ce guide se modulent selon le climat. La règle générale, posée par Gerbeaud : semez plutôt début août en région froide, plutôt mi-fin août en région chaude. Au nord de la Loire, ne tardez sous aucun prétexte — rappelez-vous l’équation de PotagerDurable : un jour perdu en août se paie d’une semaine de croissance en octobre. Au sud de la Loire et dans le Midi, la marge est plus confortable : la mâche s’y sème jusqu’en novembre (Terre Vivante), le chou chinois reste possible en septembre (Gerbeaud) et les radis d’hiver se tentent jusqu’à fin août. Les régions à arrière-saison douce peuvent même risquer un dernier semis de haricots verts début août (Au Jardin) — un pari hors liste principale. En montagne, enfin, méfiez-vous des variétés sensibles : l’oignon 'Blanc sphérique de juin' y est déconseillé (Terre Vivante). Quel que soit votre climat, le raisonnement reste le même : caler chaque semis sur la fenêtre où la graine lève bien, puis laisser l’automne — plus doux et plus humide — faire grossir la récolte.

FAQ — Que semer en août au potager

Quels légumes semer en août pour récolter en hiver ?

Une dizaine de cultures se sèment en août pour l’automne et l’hiver : mâche, épinard d’hiver, radis d’hiver, navet, laitue d’hiver, chicorées (scarole et frisée), roquette, chou chinois, oignon blanc, plus la carotte en tout début de mois. Sur les planches laissées libres, semez un engrais vert (phacélie ou moutarde). Les récoltes s’étalent d’octobre à mars — reportez-vous au tableau calendrier ci-dessus —, et jusqu’au printemps pour l’oignon blanc.

Pourquoi mes graines de laitue ne germent-elles pas en été ?

C’est la thermodormance : au-dessus d’environ 25 °C, la graine de laitue se bloque et la germination échoue, l’optimum se situant entre 15 et 20 °C. Trois parades efficaces : placer le sachet de graines 24 à 48 heures au réfrigérateur (pas au congélateur) avant le semis, semer le soir quand les températures baissent, et installer le semis en pépinière à l’ombre.

Faut-il arroser les semis le matin ou le soir en été ?

La majorité des sources de référence recommandent d’arroser tôt le matin : l’arrosage du soir laisse le feuillage humide toute la nuit, ce qui attire les limaces et favorise les champignons. Une école minoritaire défend l’arrosage en fin de journée à l’eau tiède. Dans tous les cas, arrosez le fond du sillon avant de semer : une graine qui sèche en cours de germination meurt.

Quand semer la mâche pour en récolter tout l’hiver ?

Semez la mâche de la mi-juillet à octobre, en plusieurs fois pour échelonner les récoltes, et jusqu’en novembre dans le Midi. Recouvrez les graines de 5 mm de terre seulement, plombez soigneusement le semis (planche, rouleau ou bouteille roulée) et gardez le sol humide deux semaines. La récolte court de la mi-septembre à fin mars, environ 10 semaines après chaque semis.

Quel engrais vert semer en août ?

Phacélie et moutarde se sèment en août-septembre sur les planches libérées, à raison de 10 g pour 10 m² (soit 1 g/m²) selon Terre Vivante — d’autres sources montent à 2-4 g/m² pour la phacélie. Le gel les détruit vers −5 °C, laissant un mulch protecteur pour l’hiver. Attention : la moutarde est une crucifère, à ne pas semer avant ou après des choux, radis ou navets.

Peut-on repiquer les navets et les radis ?

Non : « le navet ne se repique pas », rappelle Gerbeaud, et la règle vaut pour tous les légumes-racines, radis et carottes compris. Leur racine pivotante ne supporte pas la transplantation : ils se sèment directement en place, puis s’éclaircissent. À l’inverse, laitues d’hiver, chicorées et oignon blanc se sèment très bien en pépinière avant d’être repiqués en place.

Quels semis d’août résistent au gel ?

Les mâches d’hiver ('Verte d’Étampes', 'Vit', 'Baron') résistent bien au gel, contrairement aux variétés d’automne comme 'À grosses graines'. L’épinard 'Géant d’hiver' est très rustique, la laitue 'Merveille d’hiver' tient jusqu’à −8 °C sous voile, et les chicorées supportent les premiers froids avec un voile en cas de gelées précoces. Le chou chinois, lui, ne tolère que de légères gelées.