Le 19 mai 2026, au terme de son 73ᵉ forum climatique régional, le centre climatique régional de la Grande Corne de l’Afrique (ICPAC) a publié une prévision donnant plus de 60 % de probabilité de pluies inférieures à la normale sur le centre, le nord-est et le nord-ouest de l’Éthiopie pour la saison de juin à septembre, et jusqu’à 80 % dans le nord-est. Ces quatre mois apportent d’ordinaire de la moitié aux quatre cinquièmes du cumul annuel dans les régions agricoles du nord et du nord-ouest du pays. Un pourcentage de ce type ne dit pas combien il pleuvra : il dit dans quelle catégorie le cumul de la saison a le plus de chances de tomber. Trois mois plus tard, les relevés de terrain permettent une chose rare en prévision saisonnière : confronter la probabilité annoncée en mai à ce qui est réellement tombé.

Une saison des pluies annoncée déficitaire sur les hautes terres éthiopiennes

Le forum climatique de la Grande Corne de l’Afrique réunit avant la saison des pluies les services météorologiques nationaux de la région autour de l’ICPAC, le centre climatique régional. Sa 73ᵉ édition s’est tenue les 18 et 19 mai 2026 et a produit une prévision pour la saison de juin à septembre : des pluies inférieures à la normale sur la majeure partie de la région, avec des températures supérieures à la moyenne. Le document de décision qui en découle, la « Summary for Decision Makers », a été mis en ligne le 10 juin. La prévision date du forum de mai ; la fiche de juin en est la mise en forme pour les décideurs, pas une actualisation.

La zone concernée par le déficit annoncé couvre le Soudan du Sud, l’Ouganda, l’Éthiopie, Djibouti, l’essentiel de l’Érythrée, le Soudan, ainsi que l’ouest et le littoral du Kenya. La carte n’est pas uniforme pour autant. L’ICPAC réserve trois exceptions, où des pluies normales à excédentaires étaient attendues : le nord isolé du Soudan, le sud-est de l’Éthiopie et les régions somali. C’est déjà le premier avertissement contre la lecture en bloc : une prévision saisonnière régionale se lit zone par zone, jamais pays par pays.

Sur les hautes terres du nord de l’Éthiopie, la probabilité de tomber dans la catégorie déficitaire dépasse 60 %, et atteint 80 % dans le nord-est. Ce sont précisément les régions où la saison de juin à septembre, appelée kiremt, apporte entre 50 et 80 % du cumul de pluie de l’année. Cette part décrit la climatologie de ces régions, pas la saison qui vient : c’est un ordre de grandeur constant du régime pluviométrique local, indépendant de toute prévision saisonnière. La prévision du 19 mai 2026, elle, ne chiffre que des probabilités de catégorie. Quatre mois y déterminent donc l’essentiel de l’eau disponible pour douze. C’est cette concentration, plus que le pourcentage lui-même, qui fait l’enjeu de la prévision.

De quoi le chiffre de 80 % est le chiffre

Une prévision saisonnière ne produit pas une quantité de pluie. Elle produit une répartition de probabilité entre trois catégories — déficitaire, proche de la normale, excédentaire — définies par rapport à une climatologie de référence, c’est-à-dire par rapport à ce qu’ont donné les saisons passées au même endroit. Cette normale est une référence, pas une cible : elle dit ce qu’il est tombé autrefois, jamais ce dont les cultures ont besoin. Une saison sous la normale n’est donc pas mécaniquement une saison insuffisante, et une saison conforme à la normale peut l’être si la pluie arrive au mauvais moment. Annoncer 80 % pour la catégorie basse dans le nord-est éthiopien signifie que, sur l’ensemble des scénarios envisagés par les modèles et les experts du forum, quatre sur cinq placent le cumul de juin à septembre sous la normale locale. Le cinquième restant se répartit sur les deux autres catégories. Rien dans ce chiffre ne dit de combien le cumul sera inférieur, ni quand la pluie manquera, ni sur quelle fraction du territoire.

Un deuxième 80 % circule dans le même dossier, et il ne mesure pas la même chose. Dans son bulletin El Niño/La Niña du 2 juin 2026, l’Organisation météorologique mondiale donne 80 % de probabilité d’apparition de conditions El Niño sur juin-août, et environ 90 % de probabilité qu’elles persistent de septembre à décembre. Ce chiffre-là porte sur l’état de l’océan Pacifique, pas sur la pluie en Afrique. La majorité des modèles situent l’épisode au moins au niveau modéré, avec la possibilité qu’il devienne fort ; l’intensité au pic reste incertaine à cette date. Le bulletin donne une probabilité, pas un qualificatif d’intensité acquis. Deux mois et demi plus tard, cette part-là de l’incertitude est levée : dans sa mise à jour du 19 août 2026, l’OMM écrit que l’épisode s’est formé et qu’il devrait se renforcer sur le reste de l’année. Ce qui reste ouvert, c’est son intensité au pic — une probabilité d’apparition qui se réalise ne dit rien de l’amplitude atteinte.

Reste la question de fond : d’où vient la capacité à annoncer quoi que ce soit quatre mois à l’avance, alors que la prévision météorologique ordinaire perd toute valeur au-delà d’une dizaine de jours ? La réponse tient à la différence d’inertie entre l’atmosphère et l’océan. L’atmosphère oublie son état initial en quelques jours. Une anomalie de température de surface de l’océan Pacifique, elle, se maintient pendant des mois et impose à l’atmosphère une contrainte de fond, statistique plutôt que déterministe. Ce n’est pas la même prévision : la météo annonce un jour, la prévision saisonnière annonce une tendance de trimestre.

La publication de Gleixner et de ses coauteurs dans Environmental Research Letters, parue le 2 novembre 2017, chiffre cette contrainte pour le kiremt éthiopien : la corrélation entre le cumul de pluie de la saison et l’indice Niño3.4, qui suit l’anomalie de température de surface d’une zone de référence du Pacifique équatorial, atteint −0,7 sur des rétroprévisions couvrant 1985-2005. Le signe est négatif, l’association forte. La même étude fixe la limite du dispositif : sur onze modèles de circulation générale couplés testés, trois seulement présentent une compétence significative sur le kiremt — la compétence désignant ici la capacité d’un modèle à faire mieux, sur les saisons déjà observées, qu’une prévision qui se contenterait de rejouer la climatologie — et aucun ne fait mieux qu’un modèle statistique simple fondé sur l’indice Niño3.4 prévu. La contrainte océanique est donc réelle et exploitable, mais la valeur ajoutée des modèles couplés sur cette saison précise reste faible.

Du Pacifique aux hautes terres d’Éthiopie, la chaîne qui détourne la pluie

Une corrélation de −0,7 entre un indice de température de l’océan Pacifique et une saison des pluies d’Afrique de l’Est n’explique rien par elle-même. Elle signale seulement qu’il existe un chemin physique entre les deux. Ce chemin est documenté, et il tient en quatre maillons.

Le premier est l’anomalie elle-même : pendant un épisode El Niño, les eaux de surface du Pacifique équatorial oriental et central se réchauffent au-delà de leur moyenne saisonnière. Le deuxième est atmosphérique. L’air chaud et humide monte préférentiellement au-dessus des eaux les plus chaudes ; le déplacement de l’anomalie thermique déplace donc avec lui la zone de soulèvement convectif principale, qui se cale au-dessus du Pacifique central au lieu de rester sur sa position habituelle.

Le troisième maillon est le plus important, et le moins intuitif. L’atmosphère tropicale fonctionne en boucles fermées : ce qui monte quelque part doit redescendre ailleurs. Le déplacement du soulèvement réorganise la circulation zonale à l’échelle du bassin, et la branche descendante de cette boucle se retrouve positionnée au-dessus de l’Afrique de l’Est. Or l’air qui descend se comprime et se réchauffe, ce qui l’éloigne de la saturation. Il ne peut plus produire de nuages convectifs. Cette subsidence agit comme un couvercle : elle ne prélève pas d’eau, elle empêche celle qui est présente de se condenser.

Le quatrième maillon concerne l’alimentation en humidité. Le kiremt des hautes terres éthiopiennes est nourri par des flux d’air humide circulant près du sol, et la réorganisation de la circulation les affaiblit. Moins d’humidité entrante, une couche d’air qui interdit la convection : le déficit de pluie est le résultat des deux, pas de l’un ou de l’autre.

Ce mécanisme éclaire aussi pourquoi la prévision reste probabiliste. La contrainte océanique oriente la saison, elle ne la fixe pas : la dynamique atmosphérique locale, l’état de l’océan Indien et le relief éthiopien continuent de jouer. Une association statistique forte, un mécanisme physique identifié et une compétence de modèle limitée à trois systèmes sur onze, selon les tests de Gleixner et de ses coauteurs, coexistent sans se contredire. Ce sont trois niveaux de connaissance différents.

Le même El Niño assèche le nord en été et gorge d’eau la Corne équatoriale en automne

Le raccourci le plus répandu sur ce sujet consiste à écrire qu’El Niño provoque la sécheresse en Afrique de l’Est. Il est faux la moitié de l’année, et faux sur une bonne moitié de la région. Le signe de l’effet s’inverse selon la saison et selon la latitude.

Sur les hautes terres du nord — Éthiopie, Érythrée, une partie du Soudan — la subsidence décrite plus haut ampute la saison de juin à septembre. Mais à l’automne boréal, la configuration change et l’effet s’inverse : la Corne équatoriale, dont la saison des pluies court d’octobre à décembre, devient au contraire probablement excédentaire. Le 19 août 2026, l’OMM annonçait pour cette saison une probabilité accrue de pluies supérieures à la normale sur les zones équatoriales et méridionales de la Grande Corne, avec une forte probabilité de dépasser 400 mm sur des parties du centre et du sud de la Somalie et du centre du Kenya. La même mise à jour signale un dipôle de l’océan Indien positif attendu d’août à octobre : une partie occidentale de l’océan Indien plus chaude que sa partie orientale, donc une évaporation et une convection renforcées du côté africain du bassin. L’OMM indique que ces conditions se traduisent habituellement par des pluies renforcées sur la région ; le Pacifique n’est pas le seul océan en jeu dans cette saison-là.

L’année 2023 a fait les deux. Le suivi saisonnier de FEWS NET, publié fin novembre 2023 alors que la saison d’octobre à décembre courait encore, attendait sur la Corne orientale des cumuls dépassant 150 % de la normale sur une large part du territoire, et 200 à 300 % par endroits dans le sud-est éthiopien, le nord du Kenya et le sud de la Somalie. Une projection de fin de saison, donc, et non un relevé. Ces pluies ont provoqué des inondations parmi les plus fortes depuis une quarantaine d’années. Elles ont aussi restauré les pâturages et l’état du bétail après cinq saisons déficitaires consécutives. Un même signal océanique, deux bilans opposés à six mois d’intervalle.

Effets attendus d’un épisode El Niño sur la Grande Corne de l’Afrique, selon les prévisions de l’ICPAC (19 mai 2026) et de l’OMM (19 août 2026)
SaisonZone concernéeSigne attenduRepère chiffré
Juin-septembre (kiremt)Nord et ouest de la région : Éthiopie, Djibouti, l’essentiel de l’Érythrée, Soudan, Soudan du Sud, Ouganda, ouest et littoral du KenyaDéficitairePlus de 60 % de probabilité de catégorie basse, jusqu’à 80 % dans le nord-est éthiopien
Octobre-décembreCorne équatoriale et méridionale : centre et sud de la Somalie, centre et nord-est du Kenya, sud de l’ÉthiopieExcédentaireForte probabilité de dépasser 400 mm sur des parties du centre et du sud de la Somalie et du centre du Kenya

Le paysage aride de la savane africaine, l'arbre nu sur la route de terre rougeâtre, le ciel bleu.

1997, 2015 et 2023, trois repères pour situer l’ampleur

Pour caractériser la configuration attendue en juin-septembre 2026, l’ICPAC a désigné deux analogues historiques : 1997 et 2023, deux années de fort El Niño. Le raisonnement par analogue consiste à chercher dans les archives les saisons dont la configuration océanique et atmosphérique ressemblait le plus à celle qui s’annonce, puis à regarder ce qu’elles ont donné.

L’exercice a une portée précise, et une limite tout aussi précise. Il situe une amplitude possible d’anomalie atmosphérique. Il ne prédit pas le même bilan humain, parce que le bilan humain ne dépend pas seulement de la pluie. Le rapport de situation de la FAO de février 2016 documente l’épisode précédent : un belg — la saison des pluies secondaire qui précède le kiremt — défavorable, suivi de pluies kiremt tardives et erratiques, avait conduit le gouvernement éthiopien et ses partenaires à lancer un appel de 1,4 milliard de dollars visant 10,2 millions de personnes.

Entre-temps, la surveillance saisonnière, les systèmes d’alerte précoce et l’action anticipatrice ont changé. Une prévision publiée en mai, soit près de cinq mois avant le début de la collecte, n’a pas la même valeur qu’un constat de crise : elle ouvre une fenêtre pendant laquelle des semences à cycle court, des transferts monétaires ou un prépositionnement de stocks modifient le résultat. Répéter le chiffre de 2016 comme s’il annonçait 2026 reviendrait à traiter un analogue atmosphérique comme un analogue social. Ce ne sont pas les mêmes objets.

Quatre semaines de retard : ce qu’a donné la saison 2026

La prévision de mai offre un cas peu fréquent : elle peut être confrontée aux observations avant la fin de la saison qu’elle annonçait. Le point de situation de FEWS NET pour l’Éthiopie en juillet 2026 fournit ce contrôle.

Les pluies kiremt se sont installées avec retard. Jusqu’à quatre semaines dans des zones d’Amhara, trois semaines en Afar, en Somali et dans l’est de l’Oromia. Sur le cumul, les déficits atteignaient 40 à 70 % par rapport à la normale sur le nord, l’est et le centre de l’Éthiopie pour la période de juin-juillet. Le sens annoncé par l’ICPAC est donc confirmé sur la première moitié de la saison, et sur les mêmes régions que celles où la probabilité annoncée était la plus élevée. Le sens, et lui seul : une prévision de catégorie ne promettait aucune ampleur de déficit, il n’y a donc rien à comparer aux 40 à 70 % relevés. Confirmer une catégorie et prévoir un chiffre sont deux exercices distincts, et le second n’a pas été tenté.

Un accord de ce type ne valide pas un système de prévision. La compétence d’un protocole se mesure sur des dizaines de saisons, pas sur une : une prévision à 80 % qui se réalise n’apporte pas plus de preuve qu’une prévision à 80 % qui échoue n’en retire. C’est la fréquence de vérification sur le long terme qui compte, et c’est exactement ce que mesurent les rétroprévisions de la publication de 2017.

Les conséquences agricoles, elles, étaient déjà lisibles fin juillet. En Amhara, environ 80 % des 5,6 millions d’hectares programmés avaient été semés — mais la proportion tombait à 60 % dans l’est de la région. Au Tigré, les travaux agricoles étaient sensiblement retardés. La surface semée reste ici un indicateur plus parlant que le cumul de pluie : elle intègre déjà la décision des exploitants face à une saison qui ne s’installe pas.

Du semis manqué à la récolte amputée, le calendrier qui décide

Le passage d’une anomalie atmosphérique à une récolte manquante ne se lit pas dans les millimètres. Il se lit dans le calendrier. En Éthiopie, la saison kiremt porte la récolte principale, le meher, dont la collecte commence en octobre. Le semis doit intervenir dans une fenêtre courte, calée sur l’installation des pluies, parce que le cycle de la plante doit tenir tout entier à l’intérieur de la période humide.

Un retard de trois à quatre semaines déplace tout ce qui suit. Le cycle végétatif se raccourcit, faute de temps disponible avant la fin des pluies. Surtout, la floraison et le remplissage du grain — les phases les plus sensibles au manque d’eau — se retrouvent décalés vers la fin de saison, quand les pluies faiblissent. Le rendement se joue là. C’est pourquoi un retard d’installation coûte souvent plus qu’un déficit de cumul de même ampleur : la pluie peut revenir et le total finir proche de la normale sans que la plante en ait profité au moment où elle en avait besoin.

Ce mécanisme explique l’attente de FEWS NET pour 2026 : une récolte meher inférieure à la moyenne, avec les pertes les plus fortes sur l’est de l’Amhara, l’est du Tigré et le Hararghe, et des zones classées en phase 3 — crise — de la classification IPC de juillet 2026 à janvier 2027. L’enjeu se mesure à ce que pèse cette seule saison : de 50 à 80 % du cumul annuel de pluie sur les régions agricoles du nord une année ordinaire, et 85 % de la production alimentaire du pays selon le rapport de situation de la FAO de février 2016 — un chiffre opérationnel de cette époque, qui n’a pas été recalculé depuis.

Bétail, barrages et cours d’eau : les autres usages de la même eau

Une saison des pluies déficitaire n’est pas seulement une affaire de champs. L’ICPAC identifie sept secteurs exposés au déficit annoncé : l’agriculture pluviale, la disponibilité en eau, les systèmes d’élevage, la production hydroélectrique, la sécurité alimentaire, la santé publique et les tensions locales.

La logique est celle d’une ressource unique et concurrente. La même pluie remplit les mares et fait pousser le fourrage dont dépendent les troupeaux ; elle alimente les nappes et les points d’eau domestiques ; elle recharge les retenues qui font tourner les turbines hydroélectriques ; elle soutient le débit des cours d’eau en aval, donc les usages situés plus bas dans les bassins. Quand quatre mois apportent de 50 à 80 % du cumul annuel, un déficit ne se répartit pas : il se propage simultanément à tous ces usages, avec des délais différents. Le fourrage réagit en semaines, une retenue en mois.

Quand la voie d’approvisionnement se ferme au même moment

Un déficit de production intérieure se compense normalement par des importations. Cette compensation suppose deux choses matérielles : une voie d’acheminement praticable et une capacité de stockage disponible au bon moment.

Or depuis novembre 2023, les perturbations de sécurité en mer Rouge ont fait chuter le trafic du canal de Suez, et aucun retour au niveau antérieur n’était constaté début 2026. Les séries de suivi portuaire du FMI, consultées ici via un miroir de données, donnent un ordre de grandeur et non une valeur : un tonnage quotidien moyen tombé d’environ 4 millions à moins de 2 millions de tonnes, soit une baisse de plus de moitié. L’analyse publiée le 24 août 2026 par Abdek Mahamoud Abdi, de l’université de Montpellier, situe l’autre bout de la chaîne : le Programme alimentaire mondial disposerait à Djibouti de 40 000 tonnes de stockage céréalier sur 65 000 tonnes de capacité totale, plateforme par laquelle transiterait environ 90 % du commerce extérieur éthiopien. Ces deux derniers chiffres viennent de cette analyse et n’ont pas été recoupés à une source institutionnelle. Les deux contraintes ne s’additionnent pas : elles se rencontrent sur le même calendrier, celui d’une récolte attendue en octobre.

Ce qui se saura entre octobre et janvier

Trois choses se décideront pendant ce trimestre. La récolte meher, d’abord, dont la collecte commence en octobre et donnera la mesure réelle du déficit annoncé en mai. La saison d’octobre à décembre sur la Corne équatoriale ensuite, pour laquelle l’OMM annonçait le 19 août une probabilité accrue de pluies supérieures à la normale — l’effet de signe opposé, sur d’autres régions. Le statut d’El Niño lui-même enfin : au 19 août 2026, l’OMM donnait l’épisode formé et attendu en renforcement sur le reste de l’année, sans arrêter son intensité au pic — c’est elle que les prochains bulletins auront à situer.

Ce que la prévision de mai permettait de dire, elle l’a dit : une probabilité, une zone, une saison. Ce qu’elle ne dira jamais, c’est le bilan. Entre une catégorie de pluie et un nombre de personnes en difficulté s’intercalent le calendrier agricole, les stocks, les voies d’acheminement et les décisions prises pendant les mois d’avance que la prévision a précisément servi à dégager. C’est là que se juge l’utilité d’un chiffre annoncé à l’avance.

Questions fréquentes sur El Niño et la Corne de l’Afrique

Que signifie exactement « 80 % de probabilité de pluies inférieures à la normale » ?

Que quatre scénarios sur cinq placent le cumul de pluie de la saison sous la normale locale, calculée sur les saisons passées au même endroit. Le pourcentage désigne une catégorie, pas une quantité. Il ne dit ni de combien la pluie manquera, ni à quelle date, ni sur quelle part du territoire. Une saison à 5 % sous la normale et une saison à 50 % sous la normale tombent toutes les deux dans la catégorie basse.

El Niño assèche-t-il la Corne de l’Afrique ?

Pas de façon uniforme, et l’effet change de signe selon la saison et la latitude. Sur les hautes terres du nord de l’Éthiopie, un El Niño est associé à un déficit de la saison de juin à septembre. Sur la Corne équatoriale — sud de la Somalie, nord et centre du Kenya, sud-est éthiopien — la saison d’octobre à décembre est au contraire souvent excédentaire. En 2023, la même année a produit les deux.

Qu’est-ce que le kiremt, et pourquoi cette saison compte-t-elle autant ?

Le kiremt est la saison des pluies de juin à septembre en Éthiopie. Une année ordinaire, il apporte de 50 à 80 % du cumul annuel de pluie dans les régions agricoles du nord et du nord-ouest. Il porte la récolte principale, dite meher, dont la collecte commence en octobre. Le rapport de situation de la FAO de février 2016 lui attribuait 85 % de la production alimentaire du pays.

Pourquoi un retard des pluies coûte-t-il une récolte, même si la pluie revient ensuite ?

Parce que la fenêtre de semis est courte et calée sur l’installation des pluies. Un semis décalé de trois ou quatre semaines raccourcit le cycle de la plante et déplace la floraison, phase la plus sensible au manque d’eau, vers la fin de la saison humide. Le cumul total peut finir proche de la normale sans que le rendement suive.

Comment une prévision peut-elle porter sur quatre mois quand la météo s’arrête à dix jours ?

Parce qu’elle ne prévoit pas la même chose. L’atmosphère perd la mémoire de son état initial en quelques jours. L’océan Pacifique, lui, conserve une anomalie de température pendant des mois et impose à l’atmosphère une contrainte de fond. La prévision saisonnière exploite cette lenteur et rend une probabilité de tendance, jamais une date de pluie.

La prévision de mai 2026 s’est-elle vérifiée ?

Sur le sens, oui. FEWS NET a relevé en juillet 2026 des déficits de 40 à 70 % par rapport à la normale sur le nord, l’est et le centre de l’Éthiopie pour juin-juillet, avec des retards d’installation atteignant quatre semaines en Amhara. Une saison ne valide pas un protocole à elle seule : la compétence d’un système de prévision se mesure sur des dizaines de cas, pas sur un.

La faim dans la région s’explique-t-elle par El Niño ?

Non. La sécurité alimentaire dépend d’abord de l’accès à la nourriture, des revenus, de la continuité de l’aide et, dans plusieurs pays de la région, des conflits en cours. L’aléa climatique agit comme multiplicateur d’une vulnérabilité qui lui préexiste. Attribuer une crise alimentaire à un indice océanique revient à confondre un facteur aggravant avec une cause.