Les quelque 300 data centers en service en France consomment environ 10 TWh d’électricité par an, soit à peu près 2 % de la consommation du pays, selon les chiffres clés de RTE mis à jour le 1ᵉʳ juin 2026. Avec un poids aussi faible, comment un seul projet peut-il attendre des années son raccordement ? À Loughton, dans l’Essex, le site d’intelligence artificielle de Nscale, que cite Michel Robert, de l’Université de Montpellier, dans un article publié par The Conversation le 29 septembre 2026, ne sera pas raccordé à temps pour l’ouverture visée en 2027. La réponse tient dans une distinction : ce qui bute sur le réseau n’est pas l’énergie consommée sur l’année à l’échelle du pays, c’est une puissance appelée sans interruption, en un point précis.
Un bâtiment de serveurs qui transforme l’électricité en chaleur
Vu de l’extérieur, un centre de données est un bâtiment fermé, sans activité visible. Michel Robert en détaille l’intérieur dans ce même article : des serveurs de calcul, des baies de stockage et des équipements réseau ; des zones de refroidissement, par climatisation, ventilation ou circulation de liquide ; une alimentation électrique doublée de groupes électrogènes et de batteries, pour fonctionner 24 heures sur 24 ; enfin la cybersécurité, la supervision et la sécurité physique du site.
Cette liste se lit souvent comme un inventaire de postes indépendants. Elle décrit en réalité une seule chaîne. L’électricité qui entre dans une puce ne disparaît pas dans le calcul : le résultat, une fois produit, n’emporte avec lui aucune énergie utilisable hors de la salle. La quasi-totalité de l’énergie absorbée par les processeurs ressort sous forme de chaleur. Chaque kilowatt de calcul impose donc d’évacuer à peu près un kilowatt de chaleur, en continu, faute de quoi les composants sortent de leur plage de fonctionnement.
Le refroidissement n’est donc pas un équipement annexe, ajouté au calcul comme une climatisation à un bureau. Il est la seconde moitié du même phénomène. L’eau entre dans la chaîne au même titre. Le Cines, centre de calcul de Montpellier décrit par le même auteur dans un article du 10 août 2026, refroidit ses 2 MW d’équipements à l’aide de tours adiabatiques, où l’évaporation de l’eau emporte une partie de la chaleur. Un data center est d’abord un problème thermique.
De l’ENIAC aux puces d’IA, une sobriété par opération qui n’a pas allégé la facture
L’article de Michel Robert part d’un point de comparaison ancien. L’ENIAC, calculateur à relais et tubes électroniques, appelait 150 kW, pesait 30 tonnes et réalisait 5 000 additions par seconde. Les supercalculateurs actuels de la classe dite exaflopique, recensés dans le classement Top500 de juin 2026, dépassent 10¹⁸ opérations par seconde pour une puissance inférieure à 20 MW.
Ces deux couples de chiffres permettent un calcul d’ordre de grandeur, qu’aucune des sources ne publie tel quel. L’ENIAC dépensait environ 30 joules par addition : 150 000 watts divisés par 5 000 opérations par seconde. Une machine exaflopique dépense de l’ordre de 2 × 10⁻¹¹ joule par opération : 20 millions de watts divisés par 10¹⁸. Le rapport entre les deux est de l’ordre de mille milliards. Une addition de l’ENIAC et une opération d’un supercalculateur ne sont pas des unités strictement équivalentes, si bien que ce rapport ne vaut qu’en ordre de grandeur.
La puissance totale, elle, n’a pas baissé. Elle a été multipliée par un facteur de l’ordre de cent, de 150 kW à près de 20 MW, pendant que le nombre d’opérations par seconde était multiplié par environ 2 × 10¹⁴. Le gain d’efficacité n’a pas servi à consommer moins : il a servi à calculer beaucoup plus, dans une enveloppe électrique qui a grossi. La sobriété d’une opération ne fait pas la sobriété d’une machine.
Les puces d’IA prolongent cette logique. Selon Michel Robert, chaque processeur graphique (GPU) utilisé pour l’IA appelle plusieurs centaines de watts. La fiche technique de NVIDIA pour le H100, consultée le 2 octobre 2026, donne jusqu’à 700 W pour la version SXM et 350 à 400 W pour la version NVL. Le constructeur exprime ce chiffre en TDP, une puissance thermique de conception : la chaleur que le système de refroidissement doit être capable d’évacuer. La fiche d’une puce se lit déjà comme une fiche de chaleur.
Évacuer la chaleur : air, eau et liquide au contact des puces
Une baie de serveurs est l’armoire normalisée dans laquelle s’empilent les machines. D’après le communiqué de la 14ᵉ enquête mondiale d’Uptime Institute, publié le 30 juillet 2024 sur la base de 879 répondants, la densité moyenne d’une baie restait inférieure à 8 kW, et la plupart des sites n’avaient aucune baie au-delà de 30 kW. L’enquête 2025 du même institut, relayée par Network World, observe une progression des baies de 10 à 30 kW.
Un calcul simple, dérivé de ces chiffres, montre pourquoi l’IA change la nature du problème. Dix GPU H100 à 700 W représentent environ 7 kW pour les seules puces, sans compter le reste du serveur. Une dizaine de puces suffit donc à atteindre la densité moyenne d’une baie entière en 2024, alors que les grappes de calcul dédiées à l’IA en logent bien davantage par baie. À ce niveau, l’air ne peut plus emporter assez de chaleur dans un volume aussi réduit. D’où le passage au refroidissement liquide au contact des puces, l’une des techniques que recense Michel Robert. L’IA n’ajoute pas seulement des serveurs. Elle change l’ingénierie.
Le coût de ce refroidissement se mesure par le PUE (Power Usage Effectiveness), le rapport entre l’énergie totale consommée par un site et celle consommée par ses seuls équipements informatiques. Un PUE de 1,5 signifie qu’à chaque kilowattheure consommé par les serveurs s’ajoute environ 0,5 kWh pour le refroidissement, la conversion électrique et les pertes. La moyenne mondiale se situe autour de 1,5 d’après les reprises de l’enquête d’Uptime Institute, et l’indicateur ne s’améliore quasiment plus depuis six ans. Cette stagnation a une conséquence directe : quand la puissance informatique installée croît, la consommation annexe croît au même rythme. Un PUE stable n’est pas une consommation stable.
L’eau, elle, dépend de la technique retenue et du climat. Le Cines consomme environ 7 000 m³ d’eau par an pour ses 2 MW installés, parce que ses tours adiabatiques refroidissent par évaporation. Ce chiffre ne s’extrapole pas proportionnellement à un campus d’un gigawatt refroidi autrement. À l’inverse, un refroidissement liquide en circuit fermé rend la chaleur récupérable pour un réseau de chaleur ; le Cines lui-même doit être raccordé à celui du nord de Montpellier. La chaleur évacuée cesse alors d’être un rejet.
Une charge plate, 24 heures sur 24
Le chiffre le plus instructif du Cines n’est pas sa consommation. C’est le rapport entre sa consommation et sa puissance. Michel Robert indique 2 MW installés et 17 GWh d’électricité consommés par an. Une année compte 8 760 heures. Un site de 2 MW qui tournerait à pleine puissance sans interruption consommerait donc 2 × 8 760 = 17 520 MWh, soit environ 17,5 GWh. Le Cines en consomme 17. Le rapport entre les deux, obtenu à partir des seuls chiffres publiés, place son taux d’utilisation moyen autour de 97 % de sa puissance installée.
Le site tire donc presque en permanence sa pleine puissance : jour et nuit, semaine et week-end, été comme hiver. C’est aussi le sens de l’alimentation redondée décrite plus haut. Groupes électrogènes et batteries existent pour qu’une coupure ne fasse jamais tomber la charge. Un logement se comporte à l’inverse : sa pointe, un soir d’hiver, se situe très au-dessus de sa consommation moyenne, et le reste du temps il appelle peu.
Cette différence est le maillon contre-intuitif de toute la chaîne. Pour un gestionnaire de réseau, l’énergie annuelle d’un data center compte moins que la puissance qu’il réclame à chaque heure, y compris aux pointes d’hiver ou lors des épisodes où le réseau électrique travaille sous la chaleur. Lignes, câbles et transformateurs se dimensionnent sur une puissance garantie, en mégawatts, pas sur une énergie annuelle, en térawattheures. Deux sites qui consomment la même énergie sur l’année n’imposent pas la même contrainte au réseau si l’un étale sa demande et l’autre la maintient au plafond. Le data center la maintient au plafond. Cette charge s’ajoute à l’exercice permanent par lequel RTE équilibre le réseau électrique à chaque instant.
Raccorder 100 MW en un seul point du réseau
Les projets actuels n’ont plus l’échelle du Cines. Selon RTE, un projet de data center type demande 100 à 200 MW, et une dizaine de projets dépassent 400 MW. Le gestionnaire du réseau de transport précise que les opérateurs prévoient une montée en charge très progressive, étalée sur 10 à 15 ans, pour atteindre environ 80 % d’utilisation.
Le réseau d’une zone donnée a été dimensionné pour les charges qui s’y trouvent déjà. Ajouter 90 à 200 MW continus en un seul point revient à y greffer une demande que ses lignes et ses transformateurs n’ont pas été construits pour porter. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) en donne l’ordre de grandeur dans son rapport Energy and AI, publié en 2025 : un data center type orienté IA consomme autant d’électricité que 100 000 foyers. Or la construction d’un poste ou d’une ligne à haute tension se compte en années, pas en mois.
Le paradoxe de départ se résout ici. Les 2 % rapportent une consommation à un dénominateur national ; la contrainte, elle, est locale et ponctuelle. Le réseau peut disposer de marges à l’échelle du pays : c’est pourtant l’ouvrage situé sur place qui doit porter la charge. L’AIE estime ainsi qu’environ 20 % des projets de data centers prévus dans le monde risquent des retards faute de capacité réseau, du fait des files d’attente de raccordement. Ce constat ne dit rien d’une menace sur l’approvisionnement national, et les deux notions ne se recouvrent pas. Un problème de raccordement tient à un ouvrage précis, une ligne ou un poste, à un endroit donné ; un problème d’approvisionnement tiendrait à l’équilibre entre production et consommation du système entier. La difficulté documentée est un raccordement.
Loughton, un site de 90 MW qui attend son raccordement
Le site de Nscale à Loughton, dans l’Essex, au Royaume-Uni, montre où la chaîne se rompt. D’après Data Centre Review, en juillet 2026, le projet demande un raccordement de 90 MW, pour une installation conçue pour 50 MW dans une première phase, et doit accueillir jusqu’à 45 000 GPU GB200 de NVIDIA. L’ouverture était visée en 2027. Le gestionnaire du réseau a fait savoir que le raccordement ne serait pas prêt à cette date. Les 90 MW, que mentionne aussi l’article de Michel Robert, désignent donc la puissance de raccordement visée, pas une puissance déjà installée.
Sur l’échéance, les informations disponibles n’ont pas la même solidité. Le fait établi est que le raccordement ne sera pas prêt pour 2027. Des comptes rendus de la presse britannique parus en septembre 2026 rapportent que UK Power Networks, le gestionnaire concerné, aurait indiqué une alimentation suffisante seulement au début ou au milieu des années 2030. Cette échéance reste une information de seconde main, attribuée au gestionnaire par la presse : elle ne vaut pas date ferme.
Quand le réseau ne suit pas, un projet dispose de deux issues. Attendre, ce que la situation impose déjà à Loughton. Ou produire sur place : selon Data Centre Review, Nscale étudie des piles à combustible à oxyde solide du fabricant Bloom Energy. Cette seconde voie ne supprime pas le besoin d’énergie. Elle le déplace. Le site dépendrait alors moins d’une ligne que d’un combustible acheminé jusqu’à lui.
18 GW réservés en France pour 10 TWh consommés
La même distinction entre puissance et énergie éclaire le chiffre français le plus repris. Selon RTE, en mai 2026, près de 18 GW de capacité de raccordement étaient réservés pour environ 80 projets de data centers, contre une quarantaine de projets pour environ 5 GW fin 2024. En puissance, la file d’attente a plus que triplé en un an et demi, quand le nombre de projets doublait : la taille moyenne d’un projet a donc augmenté. L’Île-de-France, avec environ 7 GW, et les Hauts-de-France, avec environ 6 GW, en concentrent l’essentiel.
En face se trouve la consommation réelle : environ 10 TWh par an pour quelque 300 data centers en service. Rapportés aux 8 760 heures de l’année, ces 10 TWh correspondent à une puissance moyenne d’un peu plus de 1 GW. RTE projette 15 à 20 TWh en 2030, soit environ 3 % de la consommation française, puis 23 à 28 TWh en 2035, soit environ 4 %.
Un calcul d’ordre de grandeur mesure l’écart entre ces deux familles de chiffres. Si toute la capacité réservée fonctionnait à 80 % de sa puissance, le taux visé par les opérateurs au terme de leur montée en charge, elle consommerait environ 18 GW × 0,8 × 8 760 heures, soit près de 126 TWh par an. C’est quatre à cinq fois la fourchette haute de RTE pour 2035. La projection du gestionnaire ne suppose donc pas que toute la capacité réservée tournera à ce régime d’ici là. Ce sont des intentions, pas des consommations.
Des sites choisis à côté des lignes 400 kV
La réponse française au goulot d’étranglement inverse le problème. Plutôt que d’amener le réseau jusqu’aux projets, elle amène les projets là où le réseau existe déjà. La procédure de raccordement dite fast-track, approuvée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) au printemps 2025, permet de raccorder au réseau très haute tension de RTE, en 400 kV, des consommateurs de 400 MW à 1 GW, à l’horizon 2028-2029, sur des sites préalablement identifiés par l’État.
Le cœur du dispositif tient dans une formule de la présentation publiée par la CRE : le raccordement se fait « sans limitation à la capacité du réseau ». C’est précisément ce qu’un raccordement ordinaire ne garantit pas, puisqu’il dépend des ouvrages existants. La contrepartie est économique : l’offre de raccordement reflète les surcoûts, à la charge du bénéficiaire. Selon RTE, cinq sites ont été identifiés, deux en Île-de-France et trois dans les Hauts-de-France.
Le premier contrat signé dans ce cadre montre à quoi ressemble un gigawatt en pratique. Le 26 janvier 2026, RTE a annoncé un contrat de raccordement accéléré avec Campus IA pour un site à Fouju, en Seine-et-Marne : 240 MW fin 2027, 700 MW avant fin 2029, et des infrastructures dimensionnées pour aller jusqu’à 1 400 MW. Même dans une procédure accélérée, la puissance arrive par paliers. Une annonce de 1,4 GW ne désigne pas des mégawatts disponibles demain. Entre l’approbation de la procédure, au printemps 2025, et l’horizon 2028-2029 qu’elle vise, il s’écoule encore trois à quatre ans.
À l’échelle mondiale, une part de 1,5 % concentrée dans quelques grappes
Le rapport Energy and AI de l’AIE donne la mesure globale. Les data centers ont consommé environ 415 TWh en 2024, soit environ 1,5 % de l’électricité mondiale. Les États-Unis en représentent 45 %, la Chine 25 % et l’Europe 15 %. Cette consommation croît d’environ 12 % par an depuis 2017, et l’agence projette environ 945 TWh en 2030 : plus du double, l’équivalent de la demande électrique actuelle du Japon.
Deux lectures opposées de ces chiffres ne tiennent pas. La première tient 1,5 % pour négligeable. La seconde voit dans la croissance une menace pour les réseaux nationaux. Les données de l’AIE dessinent une troisième image : un poids encore modeste, une croissance rapide et surtout une concentration géographique. Près de la moitié de la capacité américaine se regroupe dans cinq grappes régionales. Dans ces zones, les data centers deviennent un poste majeur de la demande. La moyenne masque la grappe.
L’échelle unitaire explique cette concentration. Selon l’AIE, un data center type orienté IA consomme autant d’électricité que 100 000 foyers, et les plus grands en construction vingt fois plus, soit l’équivalent de deux millions de foyers. Concentrées sur quelques territoires, de telles charges y pèsent bien plus que leur part mondiale ne le suggère. C’est ce qui rend l’enjeu de réseau réel malgré une part globale faible, comme le détaille l’analyse de la consommation des data centers liée à l’IA.
Déclarer son énergie et son eau : l’Europe commence à comparer
Comparer deux data centers suppose des données comparables. L’Union européenne a posé une obligation de déclaration dans la directive (UE) 2023/1791 relative à l’efficacité énergétique, à son article 12 et à son annexe VII. Comme le détaille Bruxelles Environnement, les exploitants de centres de données d’au moins 500 kW de puissance informatique installée doivent déclarer leurs données d’énergie et leurs indicateurs de performance dans une base européenne. Le règlement délégué (UE) 2024/1364 fixe la liste de ces informations et indicateurs, qui couvrent la performance énergétique et l’empreinte en eau, et pose les bases d’un système commun de notation.
L’étape suivante n’est pas encore en vigueur. Selon la page de la Commission européenne consultée le 2 octobre 2026, celle-ci a proposé le 21 septembre 2026 un système commun de notation des data centers, destiné à rendre plus transparentes leurs consommations d’énergie et d’eau, et soumet à consultation publique des normes minimales de performance jusqu’au 14 décembre 2026. La publication finale est visée au deuxième trimestre 2027. Il s’agit d’une proposition. Seule l’obligation de déclaration, à partir de 500 kW, s’applique aujourd’hui, et déclarer n’est pas se conformer : un exploitant doit transmettre ses indicateurs, aucun niveau minimal de performance ne lui est encore imposé.
La lacune n’est pas seulement réglementaire. Selon l’enquête 2025 d’Uptime Institute, la part des exploitants qui suivent leur consommation d’eau est passée de 43 % à 27 % entre les éditions 2024 et 2025. Les comparaisons entre sites reposent donc encore largement sur des données déclaratives, fournies par les exploitants eux-mêmes. Un chiffre isolé renseigne peu.
Du serveur au poste électrique, les ordres de grandeur en un tableau
Le tableau reprend la chaîne dans l’ordre, de la puce au réseau, en séparant puissance et énergie lorsque les sources donnent les deux.
| Échelon | Puissance | Énergie annuelle | Source |
|---|---|---|---|
| Une puce d’IA (H100 SXM) | jusqu’à 700 W | — | NVIDIA |
| Une baie de serveurs, moyenne 2024 | moins de 8 kW | — | Uptime Institute |
| Le Cines (Montpellier) | 2 MW installés | 17 GWh | The Conversation |
| Nscale, Loughton | 90 MW demandés, dont 50 MW en première phase | — | Data Centre Review |
| Projet type en France | 100 à 200 MW | — | RTE |
| Campus IA, Fouju | 240 MW fin 2027, 700 MW avant fin 2029, jusqu’à 1 400 MW | — | RTE |
| Data centers en service en France | un peu plus de 1 GW en moyenne (calcul) | environ 10 TWh | RTE |
| Capacité réservée en France, mai 2026 | près de 18 GW | sans objet : capacité, pas consommation | RTE |
| Data centers dans le monde | — | 415 TWh en 2024, environ 945 TWh projetés en 2030 | AIE |
Lu de haut en bas, le tableau couvre environ six ordres de grandeur : de 700 W pour une puce à 1 400 MW pour un campus, le facteur est de l’ordre de deux millions. Les difficultés de raccordement décrites ici portent toutes sur des projets d’au moins 90 MW. Reste la question que le mécanisme laisse ouverte : combien des 18 GW réservés deviendront des charges plates, tirées jour et nuit, et à quel rythme. La projection de RTE, 23 à 28 TWh en 2035, en donne aujourd’hui l’ordre de grandeur de référence.
FAQ — data centers et réseau électrique
Qu’est-ce qu’un data center ?
C’est un bâtiment qui réunit des serveurs de calcul, des baies de stockage et des équipements réseau, avec un système de refroidissement, une alimentation électrique redondée par des groupes électrogènes et des batteries pour fonctionner 24 heures sur 24, une supervision et une sécurité physique et informatique. La France en compte environ 300 en service, selon RTE.
Pourquoi un data center pèse-t-il plus sur le réseau que sa consommation annuelle ne le laisse penser ?
Parce qu’il tire sa puissance presque en permanence. Le Cines, à Montpellier, compte 2 MW installés et consomme 17 GWh par an, quand un fonctionnement continu à pleine puissance en donnerait environ 17,5 : un taux d’utilisation de l’ordre de 97 %, calculé à partir de ces deux chiffres. Or le réseau se dimensionne sur la puissance garantie, pas sur l’énergie annuelle.
Que signifie un PUE de 1,5 ?
Le PUE divise l’énergie totale consommée par un site par celle de ses seuls équipements informatiques. À 1,5, chaque kilowattheure consommé par les serveurs s’accompagne d’environ 0,5 kWh pour le refroidissement, la conversion électrique et les pertes. La moyenne mondiale se situe autour de cette valeur et ne s’améliore quasiment plus depuis six ans, selon les enquêtes d’Uptime Institute.
Les 18 GW réservés en France annoncent-ils la consommation future des data centers ?
Non. Ce sont des capacités de raccordement réservées par environ 80 projets en mai 2026. Exploitées à 80 %, elles représenteraient environ 126 TWh par an, un ordre de grandeur calculé qui dépasse de quatre à cinq fois la fourchette haute de RTE pour 2035, soit 28 TWh. La consommation actuelle est d’environ 10 TWh par an.
Qu’est-ce que la procédure fast-track de RTE ?
Approuvée par la CRE au printemps 2025, elle permet de raccorder au réseau 400 kV de RTE, à l’horizon 2028-2029, des sites de 400 MW à 1 GW situés sur des emplacements identifiés par l’État, sans limitation liée à la capacité du réseau, avec une offre qui reflète les surcoûts. Le premier contrat, signé avec Campus IA pour Fouju, prévoit 240 MW fin 2027 et 700 MW avant fin 2029.
Les data centers doivent-ils déclarer leur consommation d’énergie ?
Dans l’Union européenne, oui, à partir de 500 kW de puissance informatique installée : les exploitants déclarent leurs données d’énergie et leurs indicateurs de performance à une base européenne, en application de la directive (UE) 2023/1791. Le système de notation avec normes minimales proposé par la Commission européenne le 21 septembre 2026 reste une proposition soumise à consultation.
La consommation d’eau du Cines vaut-elle pour les autres data centers ?
Non. Les quelque 7 000 m³ d’eau consommés chaque année par le Cines tiennent à ses tours adiabatiques, qui refroidissent par évaporation, et à sa taille de 2 MW. La consommation d’un campus d’un gigawatt refroidi par un autre procédé, par exemple un circuit liquide fermé, ne se déduit pas de ce chiffre par simple proportion.
