Sur les 54 vagues de chaleur nationales que Météo-France a recensées depuis 1947, deux tiers sont survenues depuis le début du XXIe siècle, et plus de la moitié depuis 2010. La série, présentée par l’établissement dans une page datée du 29 septembre 2026, intègre désormais les trois épisodes de l’été 2026 : 53 jours de vague cumulés, quand le record annuel précédent, celui de 2022, s’arrêtait à 33. Ce compteur repose sur une définition précise, des seuils fixes et trente stations. Les projections qui l’accompagnent décrivent, dans une France à +4 °C, un cœur de l’été passé sept jours sur dix en vague de chaleur.
Un thermomètre national de 30 stations et trois seuils
Une vague de chaleur, au sens de Météo-France, n’est pas une journée très chaude. La définition qu’en donne l’établissement reste volontairement large : « Une vague de chaleur correspond à un épisode où les températures sont anormalement élevées pendant plusieurs jours. » Tout le travail de la série consiste à rendre mesurables ce « anormalement » et ce « plusieurs jours », à l’échelle du pays entier.
L’outil s’appelle l’indicateur thermique national. Il agrège chaque jour les relevés de 30 stations réparties sur le territoire, et il ne retient pas la seule température de l’après-midi : sa valeur quotidienne mêle les minimales et les maximales, donc la nuit et le jour. C’est un thermomètre fictif, qui donnerait la température moyenne d’une journée en France.
Trois seuils, détaillés par Météo-France dans sa page sur les différences entre canicule, pic et vague de chaleur, décident ensuite de ce qui entre dans la série :
- l’indicateur doit atteindre au moins 25,3 °C au moins un jour ;
- il doit rester à 23,4 °C ou plus pendant au moins trois jours ;
- l’épisode prend fin quand il repasse sous 23,4 °C plus de deux jours consécutifs, ou sous 22,4 °C.
Deux conséquences en découlent. Une chaleur locale, même à 42 °C dans les Landes, ne fait pas une vague si le reste du pays demeure tempéré : il faut une chaleur à la fois large et durable. À l’inverse, une moyenne nationale « à 24 °C », qui paraît modeste, décrit déjà une situation hors norme, parce qu’elle inclut les nuits et toutes les régions. Des valeurs nationales de 24 à 29 °C correspondent ainsi à des maximales locales nettement plus élevées.
Le choix le plus structurant est ailleurs. Ces seuils sont des valeurs fixes en degrés, et non des écarts à une normale qui glisserait avec le climat. Un épisode de 1950 et un épisode de 2026 doivent donc franchir la même barre pour être comptés. Si le compteur monte, ce n’est pas parce que la règle a changé. C’est le climat qui franchit la barre plus souvent.
Vague de chaleur, canicule, pic : trois objets, trois échelles
Les deux premiers mots circulent comme synonymes. Ils ne désignent pas la même chose, et la différence a des effets concrets.
La vague de chaleur est un objet climatologique et national : c’est elle que Météo-France compte depuis 1947, avec l’indicateur décrit plus haut. La canicule est un objet sanitaire et départemental : de très fortes températures de jour comme de nuit pendant au moins trois jours, appréciées avec des seuils propres à chaque département. C’est elle qui fonde la vigilance canicule, et c’est sur ses épisodes que Santé publique France mesure la mortalité. Le pic de chaleur, enfin, désigne une chaleur brève, de 24 à 48 heures.
Premier effet : un décalage de calendrier. Pour l’été 2026, Météo-France date ses trois vagues nationales du 17 au 30 juin, du 4 au 19 juillet et du 28 juillet au 19 août. Santé publique France, qui suit les épisodes de canicule département par département, retient du 17 juin au 2 juillet, du 3 au 20 juillet et du 27 juillet au 20 août. Il n’y a pas de contradiction. Les deux organismes ne mesurent pas le même objet.
Second effet, plus directement utile. Comme les seuils de canicule sont départementaux et ceux de la vague nationaux, votre département peut se trouver en canicule sans que le pays soit en vague de chaleur, et l’inverse. Pour savoir ce qui vaut chez vous, c’est la vigilance départementale qui compte ; pour situer un été dans l’histoire climatique, c’est la série nationale.
| Repère | Vague de chaleur | Canicule |
|---|---|---|
| Nature | Climatologique | Sanitaire |
| Échelle | Nationale (30 stations) | Départementale |
| Critère | Indicateur ≥ 25,3 °C un jour et ≥ 23,4 °C au moins 3 jours | Très fortes températures de jour comme de nuit, seuils propres à chaque département |
| Durée minimale | 3 jours | 3 jours |
| Usage | Série nationale depuis 1947 | Vigilance canicule, suivi de la mortalité |
| Dates 2026 | 17-30 juin ; 4-19 juillet ; 28 juillet-19 août | 17 juin-2 juillet ; 3-20 juillet ; 27 juillet-20 août |
Cinquante-quatre épisodes et un rythme qui change après 2000
Le total, seul, ne dit presque rien. Réparties uniformément sur les quatre-vingts étés écoulés depuis 1947, 54 vagues feraient une moyenne d’environ deux épisodes tous les trois ans. Cette moyenne est trompeuse. Elle écrase précisément ce que la série montre : un changement de rythme.
Dans sa page du 29 septembre 2026 sur l’impact du changement climatique sur les vagues de chaleur, Météo-France ne donne pas de décompte par décennie, mais trois fractions arrondies : deux tiers des 54 vagues se sont produites depuis le début du XXIe siècle ; avant 2010, on en comptait environ la moitié, étalée sur une soixantaine d’années ; depuis 2010, plus de la moitié en quinze ans.
Ces fractions suffisent à dessiner des ordres de grandeur. Si deux tiers des épisodes datent d’après 2000, la France en a connu au plus une vingtaine entre 1947 et 1999, soit environ une vague tous les deux à trois étés. Si plus de la moitié datent d’après 2010, cela représente au moins 28 vagues en une quinzaine d’étés, soit plus d’une et demie par été en moyenne. Le premier rythme laissait des étés sans vague ; le second en place plusieurs dans un même été.
Ces deux taux sont dérivés de fractions arrondies publiées par Météo-France, pas de comptes officiels. Ils donnent un ordre de grandeur, non un compte exact, et ne permettent pas de lire une décennie isolée. Le sens du mouvement, lui, ne dépend pas de l’arrondi.
Cette comparaison entre époques tient au choix décrit plus haut : des seuils fixes en degrés, identiques pour 1950 et pour 2026. Elle a aussi son périmètre. La série repose sur un indicateur de 30 stations et sur un seul producteur, Météo-France ; il n’existe pas de décompte national indépendant qui permette de la recouper. Ce qu’elle mesure, elle le mesure de façon homogène. Elle n’a pas de contre-expertise.
Reste une dernière limite, qui tient au compteur lui-même : il additionne des épisodes, quelle que soit leur longueur. L’été 2026 en donne l’illustration.
2026 : trois vagues, 53 jours et la durée de 1983 égalée
L’été 2026 n’ajoute que trois unités au compteur : les 52ᵉ, 53ᵉ et 54ᵉ vagues de la série. Lu ainsi, il ressemblerait à un été chargé, sans plus. La durée raconte autre chose.
D’après le bilan climatique de l’été publié par Météo-France le 3 septembre 2026, la 52ᵉ vague a duré 14 jours, du 17 au 30 juin ; la 53ᵉ, 16 jours, du 4 au 19 juillet ; la 54ᵉ, 23 jours, du 28 juillet au 19 août. Soit 53 jours au total, contre 33 en 2022, le précédent record annuel. L’écart est de 60 %. Rapportés aux 92 jours de l’été météorologique, de juin à août, ces 53 jours représentent plus d’une journée sur deux.
La 54ᵉ vague égale à elle seule la plus longue jamais enregistrée, celle de juillet 1983, avec une intensité supérieure. Dans son retour sur cet épisode, Météo-France décrit une chaleur partie du sud-ouest, où Bélis, dans les Landes, a atteint 42,7 °C le 29 juillet, avant de gagner l’est puis le nord-ouest. Le pourtour méditerranéen et la Corse ont compté jusqu’à 23 nuits à 20 °C ou plus.
Les autres marqueurs de la saison vont dans le même sens. L’été 2026 est le plus chaud mesuré en France depuis 1900, avec 24,0 °C de moyenne, soit 3,6 °C au-dessus de la normale 1991-2020, devant 2003 (+2,7 °C) et 2022 (+2,3 °C). Les stations de Météo-France ont franchi 40 °C à 178 reprises, contre 88 en 2003 et 72 en 2019. La vigilance rouge canicule a concerné 72 départements en juin et 37 en juillet. Le détail de la saison figure dans le bilan de l’été 2026, le plus chaud mesuré en France ; dans la série, c’est la durée qui fait la différence.
Compter les vagues sous-estime donc le changement. Trois épisodes peuvent faire une saison longue. La durée cumulée et l’intensité décrivent mieux un été que le nombre de vagues.
Une saison chaude qui démarre plus tôt et s’achève plus tard
Le calendrier s’étire aussi. Selon Météo-France, les vagues de chaleur nationales surviennent désormais plus tôt, dès la mi-juin, et plus tard, après le 15 août. L’été 2026 suit ce profil : première vague ouverte le 17 juin, dernière refermée le 19 août.
Les projections de l’établissement prolongent ce mouvement par les deux bouts. Dans une France à +2,7 °C, des vagues deviennent possibles de début juin à la mi-septembre. À +4 °C, la fenêtre s’ouvre à la mi-mai et se ferme fin septembre. Par rapport au calendrier actuel, la fenêtre s’avance d’environ un mois au printemps et se prolonge jusqu’à la fin septembre.
Une lecture calendaire aide à mesurer ce que cela recouvre, sans que Météo-France l’affirme : une fenêtre allant de la mi-mai à la fin septembre englobe la fin de l’année scolaire et la rentrée. L’établissement, lui, rattache explicitement à des vagues plus longues et plus intenses quatre enjeux : la santé, les infrastructures, les feux de forêt et la ressource en eau.
Pour un gestionnaire d’école, de réseau d’eau ou de lutte contre les incendies, la question change de nature. Le pic de température compte toujours. La durée de la période à couvrir compte autant.
À circulation égale, jusqu’à 2,5 °C de plus : la part du réchauffement
Dire qu’une vague est « due au changement climatique » mélange deux questions. Pourquoi l’air chaud s’est-il installé sur le pays ? Et pourquoi était-il aussi chaud ? Les méthodes d’attribution rapide séparent les deux.
Celle qu’emploie ClimaMeter pour la vague du 21 au 27 juin 2026, sur l’Europe de l’Ouest et centrale, est la méthode des analogues. Elle recherche dans les archives des situations atmosphériques semblables à celle observée, avec la même configuration de blocage anticyclonique, dans une période ancienne (1950-1987) et dans une période récente (1988-2025). Puis elle compare les températures associées à ces situations. Selon l’analyse de ClimaMeter, à circulation semblable, la période récente produit des températures jusqu’à environ 2,5 °C plus élevées que l’ancienne.
Ce chiffre est un plafond régional, pas un écart uniforme. Il mesure ce que le réchauffement ajoute à une météo donnée. Il ne dit pas que le réchauffement a créé la vague : la configuration de blocage elle-même relève en partie de la variabilité naturelle, comme l’explique le mécanisme du blocage du courant-jet qui immobilise la chaleur. ClimaMeter juge néanmoins le signal de réchauffement robuste. À météo égale, la période récente est plus chaude.
L’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), dans un éclairage consacré à la vague de juin 2026 mené avec le CEA, replace l’épisode dans son contexte : juin 2026 est le mois le plus chaud enregistré en France et en Europe de l’Ouest, à 3,8 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020. Sur la cause, l’institut tranche en ces termes : « L’intensification des extrêmes chauds est principalement due à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre ».
Le mot « principalement » a un contenu précis. Il laisse une part à d’autres contributions, que l’IPSL nomme : l’assèchement des sols, la baisse des aérosols et l’urbanisation. Les gaz à effet de serre en sont le moteur principal, pas le seul facteur.
Plus de décès en excès en juin qu’en août : précocité et intensité avant la durée
La vague la plus longue de 2026 n’est pas celle qui a pesé le plus sur la mortalité. Santé publique France, dans son bulletin du 16 septembre 2026, établi sur des données arrêtées au 15 septembre, rassemble les estimations provisoires des trois épisodes de canicule de l’été :
- au moins 5 764 décès en excès toutes causes du 17 juin au 2 juillet, soit +36 % selon le bulletin consacré à cet épisode, publié le 22 juillet 2026 ;
- au moins 1 243 du 3 au 20 juillet, soit +9,2 % selon le bulletin consacré à cet épisode, publié le 19 août 2026 ;
- au moins 817 (+5,2 %) du 27 juillet au 20 août, dans 79 départements.
Ces dates sont celles des épisodes de canicule suivis par l’agence, dans les départements concernés, et non celles des vagues nationales de Météo-France. Pour l’épisode de juillet, le bulletin du 19 août retenait le 22 juillet comme date de fin ; celui du 16 septembre retient le 20. Le contraste n’en est pas moins net. L’épisode de juin, le plus court et le plus précoce, concentre de loin le plus de décès en excès ; celui d’août, le plus long, beaucoup moins. Les journées les plus chaudes de l’été sont aussi celles de fin juin, selon Météo-France. Précocité et intensité pèsent visiblement plus que la longueur, sans que les sources détaillent le mécanisme physiologique en jeu. La comparaison a ses bornes : les trois chiffres ne portent pas nécessairement sur les mêmes départements, et ce sont tous des planchers. Moins ne veut pas dire peu : l’épisode d’août compte au moins 817 décès en excès.
Ces chiffres demandent deux précisions. Ils sont provisoires. Et un décès en excès toutes causes n’est pas un décès causé par la chaleur : c’est un surplus de mortalité observé pendant l’épisode, quelle qu’en soit la cause.
Une autre estimation circule pour juin. Une analyse publiée par Carbon Brief le 7 juillet 2026 chiffre à plus de 2 700 les décès liés à la chaleur du 12 au 29 juin 2026, sur toute la France, à partir d’une relation température-mortalité ajustée sur 2004-2019. C’est une attribution modélisée, sur une autre période et un autre territoire : elle mesure autre chose et ne contredit pas le chiffre de Santé publique France. La différence entre ces deux méthodes est développée dans l’article sur comment se chiffrent les morts d’une canicule.
+2,7 °C en 2050, +4 °C en 2100 : la trajectoire qui sert de référence
Les projections de Météo-France ne s’expriment pas en années, mais en niveaux de réchauffement de la France : +2,7 °C et +4 °C. Ces deux valeurs ne sont pas choisies au hasard. Elles sont celles de la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique, la TRACC.
D’après la page du ministère de la Transition écologique consacrée à la TRACC, mise à jour le 28 janvier 2026, cette trajectoire retient pour la France hexagonale +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, par rapport à l’ère préindustrielle. Son décret et son arrêté ont été publiés fin janvier 2026.
La TRACC n’est ni une prévision certaine ni le pire scénario. C’est une trajectoire de référence, fixée par décret à l’intention de l’État, des collectivités et des entreprises. Selon le ministère, toutes les actions d’adaptation menées en France doivent s’y rapporter, et c’est sur elle que doivent être mis à jour les référentiels de risque, les normes et les réglementations techniques, horizon par horizon. Elle vaut jusqu’à son jalon le plus lointain : une France à +4 °C en 2100. C’est ce qui fait sortir ces projections des rapports scientifiques : elles entrent dans les règles techniques qui encadrent la vie quotidienne.
Ces niveaux sont plus élevés que les chiffres mondiaux souvent cités, et ce n’est pas une contradiction. Selon Météo-France, une France à +2,7 °C correspond à environ +2 °C de réchauffement mondial ; le scénario de la TRACC associe de même les +4 °C de 2100 en France hexagonale et en Corse à environ +3 °C à l’échelle du globe. Le territoire se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale.
Le point de départ n’est pas zéro. Selon Météo-France, la France hexagonale et la Corse se sont déjà réchauffées d’environ 1,9 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Les étés décrits plus bas sont donc à moins d’un degré, puis à environ deux degrés, du climat actuel.
Cinq fois, dix fois plus de jours : lire les multiplicateurs
Météo-France résume ses projections par deux multiplicateurs : le nombre de jours de vague de chaleur serait multiplié par 5 dans une France à +2,7 °C, et par 10 dans une France à +4 °C, par rapport à la période de référence 1976-2005.
Ces chiffres disent une proportion, pas un nombre de jours. Ils s’appliquent à une période où les vagues étaient rares, et la page source ne donne pas la base absolue, c’est-à-dire le nombre moyen de jours de vague par an entre 1976 et 2005. Sans ce dénominateur, toute conversion en jours serait inventée.
L’indicateur le plus lisible est ailleurs, dans la même page : la probabilité, pour un jour donné du cœur de l’été, de se trouver en vague de chaleur. Elle était de 1 sur 10 sur 1976-2005. Elle passerait à 45 % dans une France à +2,7 °C, soit près d’un jour sur deux, et à 70 % à +4 °C, soit sept jours sur dix. À ce niveau, la vague devient la situation la plus probable du plein été.
D’autres repères donnent la texture de ces étés. À l’horizon 2100, une vague pourrait durer jusqu’à deux mois en continu. Une seule vague de cette longueur dépasserait le cumul des trois vagues de 2026, qui totalisaient 53 jours. Dans une France à +2,7 °C, toujours selon Météo-France, 37 °C deviendrait la valeur moyenne du jour le plus chaud de l’année, et le pourtour méditerranéen pourrait compter jusqu’à 100 nuits par an à 20 °C ou plus.
Ce dernier chiffre se lit à côté d’un autre. Pendant la 54ᵉ vague de 2026, la plus longue de l’été, le même littoral et la Corse ont compté jusqu’à 23 nuits à 20 °C ou plus. Les deux valeurs ne portent pas sur la même durée : l’une couvre un épisode, l’autre une année entière. Elles donnent pourtant l’échelle du déplacement. Le compte de nuits chaudes d’un épisode hors norme d’aujourd’hui représente moins du quart du plafond annuel projeté à +2,7 °C.
Un été hors norme aujourd’hui, une moyenne demain ?
La tentation est forte de lire 2026 comme un aperçu de 2050. Le raccourci ne tient pas. Un été est un tirage ; une projection est une moyenne.
L’été 2026 est un tirage extrême dans le climat actuel, celui d’une France déjà réchauffée d’environ 1,9 °C selon Météo-France. Les projections décrivent autre chose : des moyennes calculées sur des décennies, dans une France à +2,7 °C ou à +4 °C. 2026 montre à quoi ressemble un été hors norme aujourd’hui. Il ne démontre pas le climat de 2050, et il ne valide pas à lui seul les projections.
Les chiffres eux-mêmes ne se superposent pas. Les 53 jours de 2026 représentent un peu plus de la moitié des 92 jours de l’été météorologique, ce qui pourrait sembler proche des 45 % projetés à +2,7 °C. La comparaison est fausse. Les 45 % et les 70 % portent sur le cœur de l’été, pas sur toute la saison de juin à août : le dénominateur n’est pas le même.
Reste une question ouverte : à quel niveau de réchauffement un été comme 2026 deviendrait-il un été moyen ? Les pages de Météo-France citées ne la chiffrent pas ; la série, saison après saison, permettra de la suivre. Ce que la série établit déjà se limite à ceci : la barre fixe de l’indicateur thermique national est franchie de plus en plus souvent, et de plus en plus longtemps.
La série en un tableau, de 1947 aux étés à +4 °C
Le tableau ci-dessous rassemble les repères de la série observée et des projections. Les deux lignes marquées « ordre de grandeur dérivé » sont calculées à partir des fractions arrondies publiées par Météo-France ; ce ne sont pas des comptes officiels par période.
| Période ou niveau | Vagues ou jours de vague | Rythme, probabilité ou saison | Nature du chiffre |
|---|---|---|---|
| 1947-1999 | Au plus une vingtaine de vagues | Environ une tous les deux à trois étés | Ordre de grandeur dérivé |
| Avant 2010 (une soixantaine d’années) | Environ la moitié des 54 | — | Fraction arrondie, Météo-France |
| Depuis 2000 | Deux tiers des 54 | — | Fraction arrondie, Météo-France |
| Depuis 2010 (15 ans) | Plus de la moitié des 54, soit au moins 28 | Plus d’une et demie par été | Ordre de grandeur dérivé |
| 1976-2005 (référence) | Base non donnée par la source | 1 jour sur 10 en vague au cœur de l’été | Probabilité, Météo-France |
| 2022 | 33 jours de vague | Record annuel jusqu’en 2026 | Observé |
| 2026 | 3 vagues, 53 jours ; la 54ᵉ dure 23 jours, comme en 1983 | Du 17 juin au 19 août | Observé |
| France à +2,7 °C (2050 selon la TRACC) | Jours de vague multipliés par 5 | 45 % au cœur de l’été ; saison de début juin à mi-septembre | Projection, Météo-France |
| France à +4 °C (2100 selon la TRACC) | Jours de vague multipliés par 10 ; jusqu’à deux mois d’affilée | 70 % au cœur de l’été ; saison de mi-mai à fin septembre | Projection, Météo-France |
Le prochain point de la série sera l’été 2027. Un été isolé ne tranchera pas la tendance. Il s’inscrira dans une série où le cumul annuel le plus long est désormais de 53 jours, et où le rythme récent dépasse, en ordre de grandeur, une vague et demie par été.
Cet article n’est pas un avis médical : lors d’une vigilance canicule, les recommandations officielles et, en cas d’urgence, le 15 restent la référence.
FAQ — vagues de chaleur en France
Qu’est-ce qu’une vague de chaleur pour Météo-France ?
C’est un épisode de températures anormalement élevées pendant plusieurs jours, mesuré à l’échelle nationale par l’indicateur thermique national, une moyenne jour-nuit calculée sur 30 stations. Il faut que cet indicateur atteigne au moins 25,3 °C un jour et reste à 23,4 °C ou plus pendant au moins trois jours. L’épisode s’arrête quand il repasse sous 23,4 °C plus de deux jours consécutifs, ou sous 22,4 °C.
Quelle différence entre vague de chaleur et canicule ?
La vague de chaleur est une notion climatologique et nationale, celle de la série Météo-France. La canicule est une notion sanitaire et départementale : de très fortes températures de jour comme de nuit pendant au moins trois jours, avec des seuils propres à chaque département. C’est sur la canicule que reposent la vigilance et le suivi de la mortalité par Santé publique France, d’où des dates d’épisodes qui diffèrent de quelques jours entre les deux organismes.
Combien de vagues de chaleur la France a-t-elle connues depuis 1947 ?
Météo-France en recense 54, dont deux tiers depuis le début du XXIe siècle et plus de la moitié depuis 2010. En ordre de grandeur, dérivé de ces fractions arrondies, cela donne environ une vague tous les deux à trois étés avant 2000, et plus d’une et demie par été depuis 2010. Ce ne sont pas des comptes officiels par décennie.
L’été 2026 a-t-il battu des records de vague de chaleur ?
Sur la durée cumulée, oui : ses trois vagues totalisent 53 jours, contre 33 jours en 2022, le précédent record annuel. La dernière, du 28 juillet au 19 août, dure 23 jours et égale la plus longue jamais enregistrée, celle de juillet 1983, avec une intensité supérieure. Le nombre d’épisodes, trois, décrit moins bien la saison que leur durée cumulée.
Quelle est la part du réchauffement climatique dans la vague de juin 2026 ?
Selon l’analyse ClimaMeter par la méthode des analogues, une circulation atmosphérique semblable à celle du 21 au 27 juin 2026 produit des températures jusqu’à environ 2,5 °C plus élevées sur 1988-2025 que sur 1950-1987. Le réchauffement a rendu la vague plus chaude à météo égale ; la configuration de blocage elle-même relève en partie de la variabilité naturelle.
À quoi ressemblera un été dans une France à +4 °C ?
Selon Météo-France, le nombre de jours de vague de chaleur serait multiplié par 10 par rapport à 1976-2005, et la probabilité d’être en vague un jour donné au cœur de l’été passerait de 10 % à 70 %. La saison des vagues s’étendrait de la mi-mai à la fin septembre, et une vague pourrait durer jusqu’à deux mois en continu à l’horizon 2100. Ce sont des moyennes projetées, pas une prévision d’un été précis.
Quel est le bilan sanitaire des épisodes de 2026 ?
Santé publique France estime, à titre provisoire, au moins 5 764 décès en excès toutes causes du 17 juin au 2 juillet, au moins 1 243 du 3 au 20 juillet et au moins 817 du 27 juillet au 20 août, dans les départements concernés. Un excès de mortalité toutes causes ne désigne pas des décès causés par la chaleur. En période de vigilance canicule, les recommandations officielles s’appliquent, et le 15 reste la référence en cas d’urgence.

