Dans le cerveau d’une souris en bonne santé, des milliers de gènes de la microglie montent et redescendent chaque jour selon un ordre stable, sur un cycle d’environ 24 heures. Placée au contact de plaques amyloïdes, la même cellule voit environ quatre de ces gènes sur cinq perdre leur rythme, pendant que plus d’un millier d’autres se mettent à osciller alors qu’ils ne le faisaient pas. Le résultat vient d’un atlas d’expression génique des cellules gliales publié le 23 octobre 2025 dans Nature Neuroscience par l’équipe d’Erik S. Musiek, à la Washington University School of Medicine de Saint-Louis. Il mesure des ARN messagers dans des cellules de souris, à des heures données : ni mémoire, ni sommeil, ni cerveau humain n’y figurent.
Quatre gènes rythmiques sur cinq perdent la cadence dans la microglie exposée à l’amyloïde
L’atlas publié dans Nature Neuroscience le 23 octobre 2025 répond à une question de comptage : dans une cellule gliale précise, quels gènes sont traduits en protéines, et à quelle heure ? Les auteurs ont établi cette carte heure par heure pour les astrocytes, pour la microglie et pour le cortex cérébral entier, dans trois situations — souris témoin, souris porteuse de plaques amyloïdes, souris de grand âge.
Chez la souris témoin, la réponse est déjà une information en soi : une large part du répertoire traduit de la microglie oscille sur 24 heures. La version en accès libre du travail, mise en ligne sur bioRxiv le 1ᵉʳ juin 2024, dénombre 5 039 gènes rythmiques dans la microglie de contrôle. Ces gènes ne montent pas au hasard : chacun a son heure, et cet ordre se reproduit d’un animal à l’autre.
En présence de plaques amyloïdes — modèle APP/PS1-21, une souris qui accumule des dépôts en quelques mois —, ce répertoire est réordonné. Toujours selon la version preprint, 4 124 gènes microgliaux perdent leur rythmicité, soit environ 82 % de ceux qui l’avaient, tandis que 1 259 autres en acquièrent une qu’ils n’avaient pas. Le texte intégral de la version publiée en octobre 2025 n’est pas librement accessible, et le communiqué de l’université ne parle, lui, que de centaines de gènes. Ces comptages fins sont donc attribués ici au preprint, dont la relecture par les pairs a pu réviser le détail. C’est l’ordre de grandeur — quatre gènes rythmiques sur cinq — qui porte le résultat, pas le chiffre à l’unité.
Le point le plus contre-intuitif tient dans une distinction. Les gènes qui constituent l’horloge elle-même, ceux dont la boucle de rétroaction fabrique le cycle de 24 heures, restent rythmiques malgré la pathologie amyloïde. Ce n’est donc pas le balancier qui s’arrête. C’est ce qu’il commande qui change. Mêmes cellules, même horloge, autre emploi du temps : le dérèglement est une reprogrammation des cibles, pas une panne du mécanisme horaire. Cette nuance décide de tout ce qui suit, y compris de l’endroit où une intervention pourrait agir.
La microglie, éboueur du cerveau : ce qu’elle fait d’une plaque amyloïde
Parler de « cellules qui nettoient le cerveau » ne dit rien tant qu’on n’a pas décrit le geste. La microglie est le macrophage résident du système nerveux central. Elle occupe le tissu de façon permanente et déploie des prolongements fins qui balaient sans cesse l’espace autour d’elle, à la manière d’une patrouille qui palpe son secteur plutôt qu’elle ne le traverse. Quand ces prolongements rencontrent du peptide amyloïde bêta agrégé, des récepteurs de surface le reconnaissent, la membrane l’englobe, et le matériel se retrouve enfermé dans une vésicule qui fusionne ensuite avec les lysosomes de la cellule — les compartiments acides où les enzymes de dégradation travaillent. C’est la phagocytose : capter, internaliser, digérer.
Ce mécanisme relève des connaissances établies du domaine, pas d’un résultat propre à l’atlas de 2025. L’image du nettoyage induit d’ailleurs en erreur sur un point. Une plaque amyloïde constituée n’est pas dissoute par la microglie. Les cellules l’entourent, forment autour d’elle une couronne dense et la compactent, ce qui limite son extension et met à distance les prolongements neuronaux voisins. Le bénéfice n’est donc pas l’effacement du dépôt, mais son confinement. Là où cette barrière cellulaire fonctionne mal, la plaque gagne du terrain sur le tissu alentour.
Cette fonction s’exerce dans une maladie qui s’installe très lentement. Selon le dossier de l’Inserm consacré à la maladie d’Alzheimer, mis à jour le 13 octobre 2025, les lésions cérébrales — agrégats de peptide amyloïde bêta entre les neurones, puis agrégats de protéine tau à l’intérieur des neurones — se constituent sur plusieurs dizaines d’années. Il existe donc une longue phase silencieuse pendant laquelle le cerveau porte déjà des lésions sans que la personne présente de symptôme. La même source situe entre 1 et 1,2 million le nombre de personnes atteintes en France, avec 225 000 nouveaux cas diagnostiqués par an.
Ces deux ordres de grandeur, mis côte à côte, expliquent l’intérêt porté à la microglie. Sur plusieurs décennies, un déficit même modeste de captation de l’amyloïde a le temps de peser. Et si l’efficacité de cette captation varie selon l’heure, alors le moment de la journée devient une variable du bilan, pas un détail de protocole.

Une horloge dans chaque cellule, et un emploi du temps pour la phagocytose
L’horloge biologique n’est pas un organe unique. Il existe bien un chef de file, le noyau suprachiasmatique, une petite structure de l’hypothalamus qui reçoit l’information lumineuse par la rétine et synchronise le reste de l’organisme. Mais presque toutes les cellules du corps portent en propre une horloge moléculaire autonome, capable de tourner sans lui. L’atlas de 2025 ne mesure pas le noyau suprachiasmatique : il mesure ces horloges périphériques, dans des cellules gliales du cortex cérébral.
Le mécanisme de ces horloges cellulaires est une boucle de rétroaction génique. Un premier groupe de protéines active la transcription d’un second groupe ; les protéines de ce second groupe s’accumulent, entrent dans le noyau et bloquent leurs propres activateurs ; elles sont ensuite dégradées, le blocage se lève, et le cycle repart. Le tour complet prend environ 24 heures, d’où le mot circadien — circa diem, « à peu près un jour ». Cette boucle ne se contente pas de tourner sur elle-même : elle commande, en aval, l’activité d’un grand nombre d’autres gènes.
D’où la définition qui sert d’unité de compte dans tout ce travail. Un gène dit « rythmique » est un gène dont la quantité de messager traduit varie selon l’heure de façon reproductible, avec un maximum et un minimum situés toujours aux mêmes moments du cycle. Rien de plus, rien de moins.
Reste la question du sens biologique. Programmer une tâche à une heure plutôt qu’à une autre n’a d’intérêt que si cette tâche est coûteuse ou risquée. La phagocytose et la réponse inflammatoire le sont : elles mobilisent de l’énergie, produisent des molécules agressives pour le tissu et perturbent l’environnement des neurones. Les cadencer revient à les concentrer au moment où elles gênent le moins l’activité nerveuse. Un rythme, ici, n’est pas un décor. C’est un ordonnancement.
C’est ce qui donne son poids à la distinction relevée plus haut. Puisque les gènes-cœur de l’horloge continuent d’osciller sous amyloïde, le désordre ne vient pas d’un mécanisme horaire cassé, mais de la liste des tâches qu’il déclenche. Et cette liste, chez la souris malade, se remplit de gènes de la réponse inflammatoire et de la réponse microgliale à la pathologie : des programmes d’alerte qui, chez l’animal sain, n’avaient pas d’horaire du tout. La cible d’une éventuelle intervention se déplace en conséquence — non plus l’horloge, mais ce qu’elle commande.
Douze prélèvements en 24 heures, dans le noir, sur des ribosomes marqués
Un chiffre ne vaut que par ce dont il est le chiffre. Ici, trois choix de protocole déterminent entièrement ce que les 5 039 gènes rythmiques signifient.
Le premier concerne la façon d’isoler une population cellulaire. La microglie ne représente que quelques pour cent des cellules du cortex : séquencer un morceau de tissu entier noierait son signal dans celui des neurones, bien plus nombreux et bien plus riches en ARN. Les auteurs ont donc utilisé la purification par affinité des ribosomes en cours de traduction — la méthode TRAP pour les astrocytes, sa variante RiboTag pour la microglie. Le principe : modifier génétiquement l’animal pour qu’une protéine du ribosome porte une étiquette dans un seul type cellulaire, puis récupérer par immunoprécipitation les ARN messagers accrochés à ces ribosomes étiquetés. Les souches employées sont AstroTRAP (Aldh1l1-RPL10a-eGFP) pour les astrocytes et mgRiboTag (Cx3cr1-CreERT2 ; LSL-Rpl22HA) pour la microglie, croisées avec la lignée APP/PS1-21 pour la condition amyloïde.
Ce que l’on lit alors n’est ni une protéine, ni un comptage de cellules. Ce sont les ARN que la microglie était en train de faire lire par ses ribosomes à l’instant du prélèvement. L’avantage sur un tri cellulaire classique est direct : les cellules ne sont ni dissociées ni triées, opérations qui prennent du temps et modifient elles-mêmes l’expression des gènes de la microglie. La mesure colle donc de plus près à l’état de la cellule dans le tissu.
Le deuxième choix est l’échantillonnage. Les prélèvements ont été faits toutes les 2 heures pendant 24 heures, soit 12 points de mesure, en duplicat. Douze points répartis sur un cycle complet, c’est ce qui permet d’ajuster une courbe à chaque gène et d’en lire la période, l’amplitude et l’heure de pic : deux ou trois prélèvements auraient signalé une différence entre deux moments de la journée, sans dire s’il s’agit d’un rythme.
Le troisième choix est celui qui autorise le mot circadien. Pendant les 24 heures précédant l’expérience et pendant toute sa durée, les animaux ont été maintenus en obscurité constante. Supprimer l’alternance jour-nuit revient à retirer le donneur d’heure extérieur. Ce qui continue d’osciller dans ces conditions oscille parce que l’horloge interne le commande, et non parce que la lumière ou l’activité de l’animal l’y pousse. C’est exactement la différence entre un rythme circadien véritable et une simple réponse à l’environnement. Sans cette précaution, une oscillation relevée dans le tissu pourrait n’être que le reflet de l’alternance jour-nuit imposée à l’animal.
Deux tranches d’âge ont enfin été comparées : 6 à 7 mois, soit un jeune adulte, et 21 à 23 mois, soit un animal âgé. Cette seconde condition n’est pas un supplément : c’est elle qui permet de vérifier qu’un désordre observé sous amyloïde n’est pas simplement celui de l’âge. La portée d’un résultat cérébral se lit d’abord dans son instrument — le même réflexe vaut pour ce que les études d’imagerie mesurent vraiment dans le cerveau.

Des gènes de risque d’Alzheimer sous commande horaire
Le terme de « gène de risque » circule beaucoup et se comprend mal. Il ne désigne pas un gène qui cause la maladie. Il vient des études d’association pangénomique, qui comparent le génome de très grands groupes de personnes malades et non malades et repèrent les variants statistiquement plus fréquents chez les premières. Ces études désignent une position sur le génome et le gène qui s’y trouve ; elles ne disent pas par quel chemin biologique ce gène pèse sur le risque. C’est leur limite structurelle : elles pointent, elles n’expliquent pas.
D’où l’intérêt de savoir dans quelles cellules ces gènes s’expriment, et quand. Le communiqué publié par WashU Medicine le 23 octobre 2025 rapporte sur ce point les mots d’Erik S. Musiek, auteur senior du travail.
« Il existe 82 gènes associés au risque de maladie d’Alzheimer, et nous avons découvert que le rythme circadien contrôle l’activité d’environ la moitié d’entre eux. »
Erik S. Musiek, professeur de neurologie, Washington University School of Medicine
Les bornes de cet énoncé comptent autant que sa proportion. Il porte sur une liste de 82 gènes de susceptibilité identifiés par ces études d’association, sur environ la moitié d’entre eux, et sur une observation faite dans la microglie de souris saine — pas dans l’ensemble du cerveau, pas chez l’humain, et pas sur l’ensemble des gènes impliqués dans la maladie.
Cette réserve posée, la piste de mécanisme qu’il ouvre est claire. Si la susceptibilité génétique à la maladie d’Alzheimer se concentre dans des gènes exprimés par la microglie, et si l’activité d’une bonne partie d’entre eux dépend de l’heure, alors le risque génétique passerait par la fonction immunitaire du cerveau — laquelle est cadencée. La statistique et la biologie se rejoignent sur un même type cellulaire. C’est peu, et c’est déjà un chemin.
Souris APP/PS1 et cerveau humain : la distance qui reste à franchir
Une lignée APP/PS1-21 porte des mutations humaines rares du précurseur de l’amyloïde et de la préséniline 1. Elle accumule des plaques en quelques mois, ce qui la rend utilisable en laboratoire. Elle ne reproduit pour autant qu’une pièce du tableau humain : la dégénérescence liée à la protéine tau telle qu’on l’observe aux stades avancés lui échappe, la perte neuronale à grande échelle aussi, et les quelques mois de son évolution n’ont pas grand-chose à voir avec les décennies décrites par l’Inserm. Sur ce point, la question du calendrier biologique n’est pas propre à Alzheimer : elle rejoint pourquoi la souris et l’humain ne fonctionnent pas au même tempo.
Un second garde-fou tient à ce que l’étude n’a pas mesuré. Aucune performance mnésique, aucun test comportemental ne figure au protocole. Il s’agit d’expression génique relevée à des heures données, chez des animaux comparés à un âge donné, sans suivi dans le temps. Ce dispositif ne peut donc pas établir qu’un dérèglement circadien précède un déclin cognitif. La mémoire n’y est jamais mesurée.
Le travail apporte en revanche une distinction utile. La reprogrammation observée sous amyloïde n’est pas celle observée au grand âge : les deux conditions modifient l’expression circadienne des cellules gliales, mais pas de la même façon et pas sur les mêmes gènes. La lecture qui ferait de la maladie d’Alzheimer un vieillissement accéléré ne tient donc pas, au moins du point de vue de l’horloge gliale. Vieillir et porter des plaques ne produisent pas le même désordre.
Ce que la clinique observe déjà sur le sommeil dans la maladie d’Alzheimer
Les perturbations du rythme veille-sommeil font partie du tableau clinique de la maladie d’Alzheimer : réveils nocturnes, sommeil fragmenté, agitation de fin de journée. Ce constat est ancien et documenté, mais il vient de la clinique et de l’épidémiologie, pas de l’atlas de 2025. L’idée qu’il puisse s’installer avant les premiers troubles de la mémoire s’appuie sur la longue phase silencieuse décrite par l’Inserm et sur des travaux distincts de celui-ci. Ce que le présent travail établit, c’est une reprogrammation de l’expression circadienne des cellules gliales sous amyloïde, chez la souris. La chronologie par rapport au déclin cognitif reste une hypothèse issue d’ailleurs, et il vaut mieux la traiter comme telle.
Cette distinction n’est pas une précaution de forme. Elle change ce que vous pouvez faire du résultat. Un mauvais sommeil n’est pas un indice sur votre cerveau. Les réveils nocturnes sont banals à tout âge, leurs causes ordinaires sont nombreuses — douleur, bruit, alcool, apnées, anxiété, médicaments, horaires décalés — et aucun signe isolé issu de ce travail ne permet de conclure quoi que ce soit sur un risque individuel. Il n’existe ici ni marqueur, ni seuil, ni test.
Ce qu’un médecin évalue est d’une autre nature : des troubles installés, leur ancienneté, leur retentissement, et leur association à d’autres signes, appréciés en consultation. Face aux 1 à 1,2 million de personnes atteintes en France et aux 225 000 nouveaux diagnostics par an, l’inquiétude est compréhensible ; elle se traite en consultation, pas par auto-observation. Pour ce qui relève des leviers réellement documentés, c’est du côté des facteurs de risque de démence sur lesquels on peut réellement agir qu’il faut regarder, et non de ce type de résultat de laboratoire.

Avant cet atlas : REV-ERB, BMAL1 et les leviers déjà testés sur l’horloge gliale
Deux résultats antérieurs, en apparence contradictoires, expliquent pourquoi une cartographie séparant les types cellulaires était nécessaire.
En 2019, une partie de la même équipe montrait, dans une étude parue dans Aging Cell sur l’inhibition des protéines REV-ERB, que bloquer pharmacologiquement ces régulateurs de la boucle d’horloge accélérait l’absorption du peptide amyloïde bêta par la microglie. Supprimer le gène Rev-erbα chez une souris du modèle 5XFAD réduisait le nombre et la taille des plaques. Agir sur l’horloge modifiait donc la charge amyloïde.
En 2022, une expérience publiée dans Scientific Reports sur l’horloge des astrocytes allait dans le sens inverse : supprimer le gène d’horloge Bmal1 dans les seuls astrocytes changeait leur état d’activation autour des plaques, sans modifier la charge en plaques du modèle APP/PS1. Casser l’horloge, ici, ne changeait rien au dépôt.
Lus ensemble, ces deux travaux ne se contredisent pas : ils disent que le levier circadien est spécifique du type cellulaire. Ce que l’atlas de 2025 rend visible, et qu’un séquençage de tissu entier aurait masqué en moyennant les signaux, c’est précisément l’asymétrie entre les deux populations. La microglie perd massivement plus de rythmicité qu’elle n’en gagne ; les astrocytes, eux, présentent des pertes et des gains de volume comparable.
| Population cellulaire | Gènes rythmiques chez le témoin | Perte de rythmicité sous amyloïde | Gain de rythmicité sous amyloïde | Sens du déséquilibre |
|---|---|---|---|---|
| Microglie | 5 039 | 4 124 (environ 82 %) | 1 259 | Perte largement dominante |
| Astrocytes | 2 323 | 999 | 980 | Pertes et gains d’ampleur voisine |
Restaurer le rythme change-t-il la charge amyloïde ?
C’est la question que ce travail laisse ouverte, et elle n’est pas théorique : les leviers existent déjà chez l’animal, comme le montre l’épisode REV-ERB de 2019. Ce que l’atlas ajoute, c’est une liste de cibles en aval — les gènes microgliaux qui perdent ou gagnent un rythme sous amyloïde — sur lesquelles cette question peut désormais être posée précisément. Les auteurs et leur institution présentent d’ailleurs le résultat pour ce qu’il est : une ressource de cartographie et la désignation d’une cible possible. Pas un traitement, pas un test diagnostique, et aucun essai clinique n’en découle.
La contrainte suivante est d’ordre matériel. Un équivalent humain de cet atlas supposerait des tissus cérébraux post-mortem datés à l’heure du décès, en nombre suffisant et répartis sur les 24 heures. C’est la principale raison pour laquelle la transposition reste hors de portée aujourd’hui, indépendamment de l’intérêt de la question.
Reste un point de calendrier qui vaut au-delà de ce sujet. Le preprint est en ligne depuis le 1ᵉʳ juin 2024 — le 28 mai encodé dans son DOI est la date de soumission, pas celle de la mise en ligne —, la version en revue depuis le 23 octobre 2025 : Nature Neuroscience, volume 28, numéro 11, pages 2366-2379. Entre les deux, près de dix-sept mois de relecture par les pairs, d’expériences supplémentaires et de retouches. Un « résultat d’octobre 2025 » est donc discuté en laboratoire depuis plus d’un an. Le travail, mené par l’équipe d’Erik S. Musiek avec Patrick W. Sheehan en premier auteur, a été financé par le National Institute on Aging, le National Institute of Neurological Disorders and Stroke et les NIH.
FAQ — l’horloge circadienne de la microglie et la maladie d’Alzheimer
Que montre exactement l’étude publiée en octobre 2025 ?
Elle cartographie, heure par heure et sur 24 heures, quels gènes sont traduits en protéines dans les astrocytes, dans la microglie et dans le cortex entier de souris. La comparaison porte sur trois conditions : animal témoin, animal porteur de plaques amyloïdes, animal de grand âge. Le résultat central est qu’en présence d’amyloïde, la grande majorité des gènes rythmiques de la microglie perd son rythme tandis que plus d’un millier d’autres en acquièrent un, sans que les gènes constitutifs de l’horloge cessent, eux, d’osciller.
Que dit ce travail des troubles du sommeil ?
Rien. Aucune mesure de sommeil, aucune mesure de comportement, aucun test de mémoire n’y figure. Il s’agit d’un relevé d’expression génique dans des cellules, à des heures données. L’existence de perturbations du rythme veille-sommeil dans la maladie d’Alzheimer est documentée par d’autres travaux, cliniques et épidémiologiques, dont cette étude est indépendante.
Ce résultat a-t-il été obtenu chez l’humain ?
Non. Tout provient de souris, dont une lignée génétiquement modifiée, APP/PS1-21, porteuse de mutations humaines rares qui provoquent une accumulation de plaques en quelques mois. Ce modèle reproduit une pièce de la maladie, pas son ensemble : ni la dégénérescence liée à la protéine tau au stade humain, ni la perte neuronale massive, ni une évolution étalée sur des décennies. Un mécanisme établi chez cet animal constitue une hypothèse à tester chez l’humain, pas un fait humain.
Qu’est-ce qu’un gène rythmique ?
C’est un gène dont la quantité de messager traduit varie selon l’heure de façon reproductible, avec un maximum et un minimum situés toujours au même moment du cycle de 24 heures. Le qualifier de circadien suppose que cette oscillation persiste sans repère extérieur : c’est pourquoi les animaux ont été maintenus en obscurité constante pendant l’expérience et les 24 heures qui l’ont précédée.
Que recouvre le chiffre « environ la moitié des gènes de risque » ?
Selon le communiqué de WashU Medicine du 23 octobre 2025, les études d’association pangénomique ont désigné 82 gènes liés au risque de maladie d’Alzheimer, et l’activité d’environ la moitié d’entre eux se révèle sous contrôle circadien — dans la microglie de souris saine. Le périmètre compte autant que la proportion : il s’agit de la moitié d’une liste de 82 gènes de susceptibilité, pas de la moitié des gènes impliqués dans la maladie.
Combien de personnes sont concernées par la maladie d’Alzheimer en France ?
Le dossier de l’Inserm mis à jour le 13 octobre 2025 fait état de 1 à 1,2 million de personnes atteintes en France, et de 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. La même source rappelle que les lésions cérébrales s’installent sur plusieurs dizaines d’années, ce qui laisse une longue phase silencieuse avant les premiers symptômes.
Faut-il modifier ses habitudes de sommeil après ce résultat ?
Ce travail ne fonde aucune recommandation individuelle, ni sur la durée de sommeil, ni sur la lumière, ni sur un complément quelconque. Il mesure l’expression de gènes dans des cellules de souris. Se réveiller la nuit est banal et n’a aucune valeur de dépistage : ce qu’un médecin évalue, ce sont des troubles installés, associés à d’autres signes, en consultation.
Un traitement peut-il en découler ?
Les auteurs et leur institution présentent ce travail comme une ressource de cartographie et comme la désignation d’une cible possible, pas comme un traitement ni comme un test diagnostique. Aucun essai clinique n’en découle à ce stade. La question ouverte est de savoir si restaurer le rythme des cibles microgliales modifie la charge amyloïde ; elle reste à trancher chez l’animal avant de l’être ailleurs.
